PS
Les capillaires qui rampent dans cette masse embryonnaire sont nombreux et énormes; énormes par leur paroi et non par leur calibre qui est plutôt réduit, mais que nous n'avons jamais vu complètement oblitéré, Les parois de ces capillaires montrent, en effet, des séries concentriques de cellules jeunes qui s’allongent, s'élalent en s’incurvant autour de la lumière du capillaire. Souvent un capillaire parait de la sorte comme le centre d’un nodule embryonnaire. L'infiltralion cellulaire est, en effet, surtout considérable autour des vaisseaux el nous avons cherché les cellules géantes dans ces masses cellulaires périvasculaires ; jamais nous n'en avons vu; toutes ces cellules n'ont qu’un seul noyau. Sur certaines préparations, on peul constater que l’infiltration des parois des vaisseaux est parüculièrement marquée à la périphérie et qu'il ny a pas la moindre trace de prolifération de lendothelium. On peut done et l’on doit donc admettre pour ces cas un processus de périartérile ; mais, dans d’autres cas, le processus endartéritique ne saurail être mis en doute, car on voit très nettement sur des sections, qui ont porté horizontalement sur les vaisseaux, des bourgeons endothéliaux faire saillie dans l'intérieur de leur lumière ; ces bourgeons réduisent le calibre du vaisseau soit à une simple fente hnéare, soit à une figure étoilée. Au point de vue chronologique, il nous semble que la périartérile précède l’artérite ; car c'est dans les chancres ayant déjà subi un commencement d'évolution cicatricielle, alors que la périartérite tend déjà vers la régression, alors que lon
voit de nombreux trousseaux de tissu fibreux enserrer
les cellules embryonnaires quise raréfient et finissent par disparaître, que l’on rencontre les plus beaux exemples d'endartérite.
Lorsque la cicatrisation complète du chancre est opérée, il persiste pendant longtemps un nodule induré. Lorsqu'on fait des coupes portant sur ce nodule, on constate qu’à ce moment la lésion a complètement changé d'aspect. L'épiderme el la couche superficielle du derme qui étaient, à la période d'état, infiltrés d’éléments embryonnaires excessivement nombreux, ont repris leur structure normale ; et le nodule induré qui persiste dans la profondeur du derme est formé de tractus conjonctifs sclérosés, emprisonnant entre leurs mailles très épaissies des cellules fixes du tissu conjoncüf en assez pelit nombre. Nous avons recherché dans ce point les cellules géantes qui, au dire d'Unna, s’y lrouvent en très grand nombre, 1l nous a été impossible d’en apercevoir une seule. Les lésions des vaisseaux semblent avoir complètement rétrocédé à ce moment.
En résumé, infiltration embryonnaire dermique, ulcéralion ou, au contraire, réaction de l’épiderme, forte vascularisation avee endo-et périartérite, tels sont les caractères histologiques du chanere à la période d'état. Le nodule fibreux du derme profond, sans infilration cellulaire, caractérise le chancere à la période de guérison. En ce qui concerne les cellules géantes, en aucun point de nos préparations nous n'avons pu en voir : Jamais nous n'avons trouvé d'éléments cellulaires mulüunucléés, de myéloplaxes qui auraient pu en imposer
pour une cellule géante. Tous les éléments cellulaires
Gr qui conslituent l'infillralion embryonnaire épidermique, dermique et sous-dermique sont des éléments à un seul noyau.
Nous avons cependant rencontré Lout à fait à la parte profonde du derme des éléments qui, au faible grossissement el lorsque la préparation est colorée au bleu de méthylène polychrome de Unna pourrauent être confondus avec des cellules géantes. En effet, au nulieu de petites masses isolées, et colorées en bleu clair, on aperçoit des noyaux qui ont vivement pris la coloraion. Ces derniers sont assez nombreux (de huit à dix) -et ne paraissent pas ordonnés en couronne. Mais à un fort grossissement on peut déjà voir que ces masses bieues claires qui paraissent formées par une substance homogène sont en réalité formées de fibrilles accolées les unes aux autres el contenant entre elles les noyaux. Enfin, si on examine des coupes colorées au picrocarmin, on constate que ces peliles masses prennent, sous l'influence de ce réactif une coloration rouge acajou el qu'alors, même au faible grossissement, elles ne présentent plus nullement l'aspect des cellules géantes. Ces amas ne sont pas autre chose que les muscles lisses annexés aux poils et qui ont été coupés perpendiculairement à leur axe.
On rencontre encore des éléments qui pourraient être pris au faible grossissement pour des cellules géantes. On peut voir, en effet, assez profondément situés el entourés d’une zone de petites cellules embryonnaires, de petites masses protoplasmiques contenant de six à huit noyaux très colorés ; mais au fort grossissement on reconnait que l’on a affaire à un capillaure, qui s'est
De a
PR RS rétracté sous l'influence du durcissement et dont les cellules endothéliales, gontlées, sont arrivées à se toucher, amenant ainsi, par la présence de leurs noyaux qui se groupent en couronne, une assez grande similitude d'aspect avec les cellules géantes.
En résumé, à la période d'état, le chancre syphilitique est dépourvu de cellules géantes. Cette aflirmation est en rapport avec les données que nous tenons de Laulanié (Z{ude critique et expérimentale sur les cellules géantes). Pour lui les Reisenzellen apparaissent dans tous les processus inflammatoires spécifiques ou vulgaires, qui se caractérisent par leur marche paresseuse, procédant d’une 1rritation continue et peu intense. Mais si celte conception de la cellule géante, considérée comme une réaction cellulaire à un agent irritant dont l'action se produit avec une sorte de modération, est d'accord avec notre aflirmation pour refuser au chancre, processus aigu, le droit d’avoir des cellules géantes, elle nous oblige à être moins atfirmatif en ce qui concerne le chancre épidermisé qu'on pourrait considérer comme relevant d'un processus chronique.
Néanmoins les deux seuls chancres épidermisés que
nous avons examinés en élaient dépourvus.