‹ Les cellules géantes existent-elles dans les diverses lésions de la syphilis: recherches histologiquesChapitre 7 sur 11 · LES ACCIDENTS SECONDAIRES · texte numérisé non relu

LES ACCIDENTS SECONDAIRES

La seule classification ralionnelle des lésions secondaires est celle qui repose sur l'examen anatomique, les lésions qui apparaissent les premières n'intéressant que les couches les plus superficielles de la peau et les lésions qui apparaissent les dernières intéressant les couches dermique el sous-dermique. Les premières guérissent sans laisser de traces, les secondes sont généralement suivies de cicatrices.

Cette classification est celle que nous suivrons et nous étudierons successivement les roséoles, les plaques muqueuses, les syphilides papuleuses ; nous terminerons par l'étude de l’adénopathie syphihtique.

Aucun histologiste ne signale les cellules géantes dans les roséoles et dans les plaques muqueuses, nous les avons néanmoins recherchées dans ces lésions et nous avons examiné dans ce but de nombreuses préparations provenant de cinq taches ou macules et de six plaques muqueuses enlevées à des malades en traitement à l’Antiquaille.

Les roséoles, macroscopiquement polymorphes, présentent toutes des lésions histologiques identiques que

STAR la superfieialité et la fugacité de l'éxanthème pourraient faire croire légères. Il n’en est rien, et nous trouvons dans cette lésion d'apparence si bénigne des altérations déjà très profondes : ce sont d’ailleurs les mêmes que celles déjà décrites à propos du chancre, mais à un degré infiniment moindre. Tout d’abord, on peut conslater que les lésions de l'épiderme sont des plus légères ; mas les lésions du derme sont déjà très accentuées : on constate une infiltration diffuse de petites cellules embryonnaires, beaucoup moins intense que celle observée dans le chancre. Ces cellules sont disposées sans ordre apparent entre les faisceaux conjonctfs du derme. Elles n’affectent pas la forme d'amas comme dans l'accident priniif et elles ne sont pas aussi bien groupées autour des vaisseaux que dans les syphihides papuleuses où celte disposition est particulièrement remarquable. Toutes ces cellules n’ont qu'un seul noyau et les auteurs les font dériver soit de la multiplication des cellules fixes du tissu conjoncüf, soit des cellules Iÿmphatiques issues des vaisseaux par diapédèse. On ne voil pas de cellules géantes n1 de cellules à plusieurs noyaux, quel que soit le point de la préparation où on les cherche. Les vaisseaux sont fortement dilatés et présentent une Luméfaction assez marquée de leur endothélium. Le périthélium est infiltré d'éléments embryonnaires qui affectent la mème disposition que dans le chanere primilif.

Contemporanes des roséoles, les plaques muqueuses ou syphilides muqueuses ont les mêmes caractères de polymorphisme macroscopique. Mais, au point de vue

microscopique, ces lésions reprennent, elles aussi, leur

unité ; du moins en ce qui concerne le derme, car les altérations épithéliales sont susceptibles de variations considérables suivant la forme analysée. C’est ainsi . qu'à peine marquées dans les formes érosives, les altéations deviennent maxima dans les formes hypertrophiques. Dans ces dernières formes, on trouve une couche épithélale très hypertrophiée qui rappelle, en l’exagérant, mais avec une infiltration embryonnaire moins intense. les lésions du chancre dans la forme érosive, les lésions du derme sont les mêmes dans tous les cas observés : on constate une infiltration de cellules embryonnaires entre les faisceaux conjoncüfs, infiltration qui esttrès marquée au niveau de la couche papillare et qui diminue assezrapidement vers la profondeur. Au niveau du voisinage de l'épiderme, l'infiltration embryonnaire est trop dense pour qu'on puisse voir se développer des cellules géantes ; mais nous pensions qu'on pourrait peut êlre en trouver dans les parties profondes du derme, car les cellules embryonnaires infiltrées y sont peu nombreuses et les traclus conjoncüfs bien écartés. Jamais cependant nous n'en avons vu dans ces points. Les vaisseaux assez difficilement visibles au milieu de cette masse embryonnaire,comme le remarque très justement une note du professeur Hayem dans le traité de l'ournier, ne paraissent pas très malades; leur endothélium est légèrement boursouflé, leur périthélium est peu infiltré. L'infiltration qu'on constate à leur pourtour est composée de cellules à un seul noyau et là non plus nous n'avons pu voir de cellules géantes.

Les syphilides papuleuses, en général assez lardives

RE

dans leur apparition sont les manifestations cutanées les plus parfaites de la syphilis secondaire.

Cornil qui, dans ses Leçons sur la syphilis fait très minulieusement leur histologie, ne mentionne pas dans ses descriptions les cellules géantes. Nous pouvons donc en conclure qu'il n’en a pas vu.

Maurica et Lesser ne les mentionnent pas non plus.

Unna, dans son livre déjà cité, soutient une opinion contraire ; au milleu des amas de Plasmazellen qui constituent la néoplasie papuleuse,il a rencontré très régulièrement des cellules géantes qui ne se distinguent en rien de celles du lupus. Leur protoplasma est trouble, finement réticulé ; elles sont munies de plusieurs noyaux qui sont diversement disposés. De plus, il à encore {trouvé un grand nombre de cellules géantes imparfaites, munies de quatre ou six noyaux, à protoplasma semblable à celui des cellules géantes; ces cellules seraient, pour lui, des Plasmazellen altérés qui formeraient des cellules géantes en se fusionnant les unes avec les autres. Etudianten détail l'évolution des papules chez un syphilitique soumis au traitement, à qui il enlevait une papule toutes les semaines, 1l a vu les cellules géantes persister jusqu'à la période de guérison apparente de la lésion avec tous leurs caractères histologiques.

Fournier, dans la description histologique des papules faites dans son livre parle D' Balzer, n'apporte pas sur ce point de faits nouveaux. Il se contente de rapporter simplement l'opinion de Unna : « Parmi les

cellules embryonnaires se volent des cellules à plusieurs

et de noyaux et même des cellules géantes » Il n’a pas fait de recherches personnelles sur la question. Nous devons encore mentionner une note du professeur Hayem relative à l'examen histologique de deux syphilides papuleuses hypertrophiques dans laquelle les cellules géantes ne sont pas signalées.

Bard, au contraire, estime que les cellules rondes uninuclées existent à peu près seules dans les syphihides secondaires; iln'y aurait guère de cellules épithélioïdes et pas du tout de cellules géantes.

Hallopeau signale les cellules géantes et les cellules conjonctives à noyaux multiples dans les petites papules ; 1l a également rencontré des cellules géantes dans le derme des papules condylomateuses.

M. Audry, dans son manuel. dit qu'il n’a trouvé les cellules géantes parfaitement développées, que très rarement: les cellules géantes avortées, sont plus fréquentes; mais elles manqueraient aussi dans un très grand nombre de cas.

Enfin, dans un article paru dans les Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie Himmel (de Cazan), publie l'analyse histologique de deux papules syphilitiques. Sur quelques coupes, il a rencontré des cellules géantes, mais en lrès petit nombre.

Nous avons personnellement examiné vingt-six papules, enlevées chez des syphilitiques en traitement à l'Antiquaille, dans le service de M. le professeur Gailleton. Ces malades, soigneusement examinés, ne présentaient aucune trace de lésions tuberculeuses.

Les papules enlevées étaient à des stades divers de leur évolution : jeunes, à la période d'état, à la période

tue

de régression: il y en avait des petites, des moyennes, des grosses, des condylomateuses. Elles ont été durcies soit à la gomme, soil aux alcools successifs, xylol, inclusion à la parafine. Nos colorations ont été faites au picro-carmin, au bleu de Unna et à l'éosine héma- Loxyline. Nous avons examiné au moins douze préparations de chaque pièce.

Nous avons constaté que les lésions les plus particulères à chaque sorte de papules sont celles de lépiderme. En effet, dans les petites papules, 1l est à peine altéré : quelquefois, très légèrement épaissi, d'autre fois, au contraire, en partie desquamé, les cellules cornées les plus superficielles faisant seules défaut. Mais ce que l’on rencontre très constamment, c’est l’aplatissement des bourgeons interpapillaires ; lépiderme et le derme sont alors séparés par une ligne presque droite.

Les grosses papules présentent, du côté de l'épiderme, les mêmes altérations, en ce qui concerne l'effacement des bourgeons interpapillaires: mais, ici, l’épaississement de l'épiderme semble la règle.

Enfin, dans les papules condylomateuses, les altérations de l'épiderme atteignent leur plus grand développement : la prolifération de l’épiderme et l'hypertrophie des bourgeons interpapillaires sont considérables, rappelant, en l’exagérant, la disposition que l'on rencontre dans le chancre induré, non ulcéreux.

Du côté du derme, on constate toujours une infiltraion plus où moins intense d'éléments embryonnaires

entre les faisceaux du Ussu conjonetif. L'importance

que prennent les vaisseaux dans l'orientation de l'infiltation embryonnaire est ici considérable. En effet, sur certaines préparations de petites papules où l'infiltration cellulaire n’est pas très accentuée (il serait impossible de bien se rendre compile de ce phénomène sur les grosses papules lrès infiltrées), on voit nettement que linfiltration est exclusivement périvasculaire. Les coupes présentent, en effet, un certain nombre d’ilots arrondis, au centre desquels on voit la section d’un capillaire sanguin. Ces îlots, formés de cellules embryonnaires ordonnées concentriquement par rapport au vaisseau, sont séparés les unes des autres par de larges bandes de tissu conjonctif dans lesquels l'infillration est nulle où presque nulle. Cette disposition particulière dans l'infiltration embryonnaire peut être considérée comme caractéristique de la petite papule syphilitique. Elle ne se retrouve pas sur les larges papules ni sur les papules condylomateuses dont l'infilltration généralisée intense masque linfiltration localisée au pourtour des vaisseaux.

Les cellules qui constituent cette infiltration seraient, d'après Unna, des cellules plasmatiques et des cellules lymphatiques. Elles sont dans certains point excessivement serrées el se déforment par pression réciproque. Dans d’autres, elles semblent plus écartées, plus grosses ; mais n1 dans les uns n1 dans les autres, nous n'avons vu de cellules géantes ; nous n’en avons pas vu non plus entre les faisceaux conjonclfs du derme. En aucun point et sur aucune préparation nous n'avons pu voir ces cellules géantes avortées dont parle Unna. Ici, comme dans le chancre, tous les éléments qui consti-

— tuent l'infillration embryonnaire sont des cellules à un seul noyau.

Mais nous avons rencontré très constamment sur nos préparalions des éléments qui ont pu être pris pour des cellules géantes; dans la partie la plus superficielle du derme, sur les coupes colorées au picro-carmin, on peut voir des masses cellulaires qui, au faible grossissement, rappellent par leur forme et par leur grosseur l'aspect des cellules géantes ; mais au fort grossissement, un examen attentif montre que ces éléments sont formés de cellules épithéliales serrées les unes contre les autres et l'on se rend compte que l’on a affaire à la partie la plus profonde soit d’un follicule pileux, soit d'un bourgeon interpapillaire, intéressé transversalement par une coupe.

Sur d’autres points, plus profondément, au milieu d’une masse.de cellules embryonnaires assez nombreuses, on voit au faible grossissement, sur les coupes colorées au picro-carmin, des corpuscules arrondis qui rappellent très bien la forme des cellules géantes ; on peut distinguer une masse protoplasmique granuleuse et une couronne de six à huit noyaux à sa périphérie. Mais, au fort grossissement, on se rend compte que ces éléments ne sont pas des cellules géantes. En effet, lorsqu'on examine attentivement ces éléments, on voit qu'ils semblent faire une cupule et à leur centre, qui paraît être creusé par rapport aux bords, on peut distinguer, très imparfaitement d’ailleurs, au milieu du protoplasma, des noyaux peu visibles. Mais ce qui éclaire sur l’origine de ces éléments, c’est qu’à côté on

voit des tubes glandulaires sudoripares qui présentent

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