Polybe, III, xxxvu
les écrivains grecs, demeurant au sud-est de la Celtique, la marche chronologique de leurs informations a dû se produire de l'est au nord-ouest, de sorte que l'on risque de céder à une illusion d'optique en attribuant une marche parallèle aux tribus celtiques. Nous avons déjà vu que Pythéas, vers l'an 300 avant J.-C, rencontra des Celles sur la côte occidentale de la Gaule, fait dont Polybe, très mal disposé envers le voyageur marseillais, ne croit devoir tenir aucun compte. Mais bien avant Pythéas, au vine ou au ixc siècle avant notre ère, les côtes de la Gaule occidentale paraissent avoir été peuplées par des hommes parlant une langue celtique. Aucun texte, à la vérité, ne nous l'apprend, mais il est peut-être légitime d'en demander la preuve à la linguistique. L'un de nous, en effet, a récemment essayé de démontrer1 que lenomgrec del'étain,/.aa7n:eps;, était celtique et qu'il dérivait du nom des îles Cassilérides (îles Britanniques), comme celui du cuivre de l'île de Chypre et celui du bronze de Brundisium en Italie2. Or, nous savons par Hérodote que l'étain employé dans le monde grec provenait de l'Europe occidentale et le mot xâcwfepoç se trouve déjà dans Homère. L'auteur des Mirabiles auscultaliones qualifie l'étain de celtique, tov /.asjiTspov Tiv/.eAï'.y.:v3. Il en résulterait que, dès le ixe siècle avant J.-C , le sud-ouest de la Bretagne insulaire et le nord-ouest de la Gaule, pays entre lesquels se faisait le commerce de l'étain, étaient déjà celtiques. C'est la plus ancienne et presque la seule indication que nous possédions sur le rameau septentrional des Celtes, resté longtemps inconnu aux historiens'. Quant au centre de la Gaule à la même époque, notre ignorance à ce sujet est égale à celle de Polvbe.
1. S. Reiuach, L'Anthropologie, 1892, p. 275-281; Rabyloniun ami Oriental Record, 1892, p. 129-139.