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CHAPITRE VU

ÉtAT SOCIAL DE XA GAULE

La Gaule, au temps de César, avait un commencement de civilisation qui manquait absolument à la Germanie. C'est que les Germains étaient restés dans l'isolement, tandis que Marseille, puis la Narbonnaise, donnaient aux Gaulois le spectacle de la civilisation grecque et romaine. Il ne put être sans influence sur un peuple avide de nouveautés et disposé à Timitation *.

L'agriculture florissait en Gaule; des instruments de labourage et de» procédés de culture déjà perfec-

' Summae genus solertiae, atque ad omniâ imitanda et efficienda quœ ab quoquc tmduntur solertiâsimum. (Caes. VII, 22.)

donnés étaient en usage : Pline attribue aux Gaulois rinvention de la charrue à roues* ; ils savaient accroître par certains amendements la fécondité du sol 2.

L'industrie avait aussi pris quelque essor : les Gaulois tissaient des étoffes auxquelles , se donnait une teinture renommée '; il se pratiquait des procédés délicats de placage *.

Cette agriculture et cette industrie alimentaient un commerce auquel des routes avaient été ouvertes *, avec des ponts jetés sur les rivières ^. Ce commerce avait assez d'activité pour que la ferme des taxes mises sur la circulation des marchandises pût devenir la Source de grandes fortunes ''. César constate l'importance de la marine armoricaine. La Gaule expédiait au dehors les produits de son agriculture et de son industrie : elle faisait des exportations de blé considé-

< Pline, EùL Nat. XVIII, 18.

» Plin. 76. — Varr. De Re rust., t. VII.

3 Plin., XVIII, 18.

* Plin., XXXIV, 17. — Flor. III, 2.

^ Gomme la route du Rhône aux Alpes que Domitius fit réparer, et à laquelle il donna son nom. — Strabon, 1. IV, fait mention d'une route ouverte de la Méditerranée à la Haute-Loire parTArvernie pour éviter la remonte du Rhône. — César parle en divers endroits des routes que Tennemi interceptait : t Hostem vagari et vias obsidere. (III, 23 — obsessis viis, III, 24.)

• César tira grand parti d'un pont qui existait sur l'Aisne. (V. Cœs. II, 5, 9, 10.)

' L'Eduen Dumnorix en est un exemple : il mit au service de son ambition une immense fortune acquise de cette, manière. (V. Caes. I, 48.)

rables; Tltalie était sa tributaire pour divers articles.

Les Gaulois surent exploiter les richesses minérales de leur sol ^ La Gaule avait cependant encore peu de fer ; Tépée gauloise était communément une épée de bronze. Mais la Gaule possédait une masse considérable de métaux précieux , dont une partie était due au pillage des pays étrangers. L'histoire montre les rois de la Gaule assis sur des trônes d'or^, traînés dans des chars d'argent ' d'où ils font largesse autour d'eux *. Telle était l'abondance de l'or que la conquête de la Gaule en fit baisser le prix à Rome *..

Le style archaïque de certaines monnaies gauloises semble indiquer de premiers essais; dans d'autres, mieux frappées, on reconnaît l'imitation de la Grèce et de Rome ^.

^ César (III, 21) mentionne spécialement les mines do PAquitaine : t Multis locis apud eos œrariae, secturaeque sunt. » — Plus loin (VII, 22) il parle d'une manière générale des mines de la Gaule : c apud eos magnse sunt ferrariae. » — Ces mines étaient exploitées au moyen de galeries souterraines percées avec habileté; César (VII, 22) ajoute: «atque omnegenus cuniculorum notum atque usitatum est.»

2 Dion Ghrysostome. — Strabon, IV.

' Tel était le char de Bituit, roi des Arvernes, dans le combat où il fut vaincu : ce ohar figura plus tard dans le triomphe du général vainqueur. (Flor. III, 2.)

* Strabon parle d'un autre roi des Arvernes, Luern, qui, pour montrer sa richesse et sa munificence, parcourait son royaume, en jetant des pièces d'or et d'argent à la foule. (Strab. IV.)

* Suéton. in Cœs,, 54. — V. Bureau de la Malle. (Econ. polit des Rom,, liv. I, ch. vni.)

* V. Hucher. UArt gaulois. •

Que dire des Beaux- Arts? Un écrivain grec du temps de l*Empire parle d'une peinture qu'il avait remarquée en Gaule ; mais nous ne savons ni Tépoque, ni la valeiu* de cette oBuvre. On prendrait une pauvre idée de l'architecture gauloise si l'on en jugo^it par les monuments informer qui ont été qualifiée de celtiques : mais l'opinion qui les attribuait aux Oaulois a perdu son crédit ^ Il ne parait pas toutefois que l'art de la construction se fût beaucoup développé : nuls restes certains d'architecture gauloise ne se sont conservés.

Tournons-nous maintenant vers la Germanie.

Les Germains, tels qu'ils étaient au temps de César ou de Tacite, ont souvent été comparés aux sauvages de l'Amérique. Leur état social présenta, en effet» certaines ressemblances ; mais les Germains étaient capables de progrès auxquels les sauvages n'pnt point su s'élever, et déjà bien plus avancés.

Les habitudes des peuples chasseurs et des peuples pasteurs se mêlaient cependant encore chez eux >. Leur principale nourriture consistait dans le lait ou

' V. supr., p. 4.

^ Yita omnis in venationibus atque in studiis rei œilitaris consistit. (Gacs. YI, 21.) — Quoties Jiaila non ineunt^ multum venationibus t'ransigunt, (Tacite, Ocrm*, 16 )

la chair de leurs troupeaux qui formaient leur seule richesse*. Sans goût pour Tagricultùre, le Germain se contentait de jeter quelques grains à la surface du sol et d'attendre la moisson 2.

Ainsi s'explique le régime des terres en Germanie. J'insisterai sur ce point, parce que rien n'est plus propre à donner La mesure de l'état social d'un peuple. La propriété mobilière est aussi ancienne que l'hupaanité ; la constitution de 4a propriété foncière a été plus lente.

Au quatrième livre de ses Mémoires César est Éunené à parler des Suèves qui occupaient la contrée appelée Souabe au moyen âge. Les Suèves, dit César, ne connaissent point la propriété individuelle du sol j ils ne souffrent même pas qu'on jouisse de la même terre pendant plus d'une année. Tous les ans une partie des hommes capables de pointer les armes s'en va en guerre, et la jouissance des terres est distribuée entre ceux qui restent . L'année suivante^ ceux-ci prendront les armes, et un partage semblable se fera entre ceux qui les ont déposées '. — Plus loin, au livre sixième. César

^ Major victus eorum in Jacte^ oaseo, earne coasintit. (Oses, VI, n.)

» Agriculture non studeiiti (Gœs., VI, i2.) — Née arare terram aut expectare annuiri persuaseris. (Tac. Gwm, 44.)

3 Suevorum gens est longe maxima et bellicosissima Germanoruni omnium. Il ccntum pagOB habere dicuntur, ex qaibus quotannis singula millia armatorum beliandi causa sais ex finibùs educunU Reliqui doipi manent, pro se atque

décrit les mœurs des Germains en général. Il ne parle plus d'expéditions annuelles ; mais il dit que le sol n'est point possédé en propriété par lès individus : tous les ans, les chefs assignent à chacun le lot dont il jouira pendant l'année ; un autre lot lui sera attribué l'année suivante*.

Un siècle plus tard Tacite composait sa G^manie. Il y parle à son tour du régime des terres : dans ce qu'il en dit il y a des points obscurs, mais ce qui paraît bien clair, c'est un partage annuel de la jouissance des terres*.

illis colunt. Illi rursus invicem anno post in armis sunt ; illi demi rémanent. Sic neque agricultura neque ratio atque usus belli intermittitur. (Caes. IV, s.) Horace attribue aux Scythes une coutume sembable :

Nec cultura placet longior annua ;

Defunctumque laboribus iEquali recréât sorte vicarius.

Od, m. 2/i.

^ Neque quisquam agri modum certum aut fines proprios habet; sed magistratus ac principes in annos singulos geatibus, cognationibusque homînum qui una coierunt quantum et quo loco visum est agri attribuunt, atqi;e anno post alio transire cogunt. (Caes. VI, 22.)

2 Agri pro modo cultorum ab universis Vicis (al. vice — ai. in vicem — al. in vices) occupantur; quos mox inter se secundum dignationem, partiuntur. Facilitatem particndi camporum spatiaprœstant; arva per annos mutant.et superest ager. [Germ., c. xxvi.) — La leçon vice ou m vices s'expliquerait par la distribution annuelle des terres-, mais la leçon vicis est la mieux appuyée. Tacite paraît faire allusion aux suites de l'occupation d'un nouveau territoire par un peuple germain : il s'en fait un premier partage entre les différentes

Quand les Germains au cinquième siècle renversèrent l'Empire romain, leurs habitudes avaient changé : les lois rédigées alors, dans les nouveaux Etats barbares qui se fondèrent, montrent qu'un autre régime du sol s'était établi en Germanie. Ce changement s'explique par le temps écoulé depuis César et Tacite, par le spectacle de la Gaule romaine donné aux peuples voisins du Rhin, par les rapports qui s'établirent entre l'Empire et divers peuples devenus ses alliés : les soldats qu'ils fournissaient à Rome, en rentrant chez eux, y rapportaient d'autres idées, d'autres habitudes. Ainsi fut suscité un progrès qui pénétra de proche en proche jusqu'au fond de la Gennanie, sans toutefois que le vieil usage fut partout abandonné. Au siècle dernier on retrouvait encore,

tribus, chacun devient propriétaire de la portion de territoire qui lui a été assignée d'après son importance : Agri, pro modo cultorum, ah universis vicis occupantur. — Ensuite a lieu un autre partage entre les membres de la tribu : mox inter se,,, partiuntur. Tous ne sont pas traités également, mais selon leur dignité, secundum dignationem. Ce second partage n'a point le caractère du premier : celui-ci n'est qu'un partage de jouissance ; tous les ans il se renouvelle et chacun passe sur une autre terre : arva per annos mutant. Ces mots correspondent à ceux de César : Neque longius anno remanere uno in loco incolendi causa licet (IV, 1); anno post alto transire cogunt {Vly 22) .

Tacite ajoute : Super est ager. Les traducteurs ont entendu que les terres ne manquaient pas pour faire un lot à chacun ; qu'ily en avait même de reste. Je suppose plutôt que, dans la distribution annuelle, on laissait de côté une portion des terres destinée à rester en jachère, pour que la terre se reposât périodiquement.

98 ÉTAT SOCUL

dans le voisinage même du Rhin, les usages constatés par César et Tacite * .

Jusqu'ici on avait toujours vu dans les textes de César et de Tacite la propriété collective du sol et la distribution annuelle de la jouissance des terres. Aujourd'hui TAllemagne ne veut plus admettre que ses ancêtres aient été si peu avancés, On prétend que César attribua par erreur à toute la Germanie un usage qui existait peut-être chez les Suèves , mais non ailleurs? Pour Tacite, on ne veut voir dans ce qu'il a dit qu'un système d'assolement, des cultures alternées. On en est venu même à prétendre que la propriété foncière fut en Germanie la base des droits et des obligations de l'individu vis-à-vis de l'Etat ; le propriétaire foncier était seul \m citoyen actifs.

^ Je fais allusion à une principauté souveraine enclavée dans le Luxembourg entre la France et l'Empire, le duché de Bouillon. Le duc possédait un vaste domaine dont la jouissance était distribuée tous les ans entre les familles de chaque village, f Cette distribution change tous les ans; « Tannée suivante on donne à chaque habitant une portion « de terre, autre que celle qu'il avait Tannée précédente. « Ces distributions de terres sont appelées Virées, à cause < qu'elles changent et tournent. » (Ancien répertoire de Guyot, Y<> Bouillon. — Sur les J^llmmden de la Suisse voy. Laveleye. De la propriété et de ses formes primitives, 1874, p. 268 et s.

2 C'est Môser qui le premier émit ces idées dans Bon histoire d'Osnabruck. Elles ont fait école (V. Waitz, Deutsche Verfassungs^geschichte, vol. I, 1865), sans* cependant être admises universellement (V. Bethman Holweg., die Germanen).

Ces idées,, comme beaucoup d'autres, ont eu leur source dans un patriotisme qui se plaît à idéaliser la vieille patrie. L'interprétation subtile qu'on a donnée au texte de Tacite pourrait séduire si Tacite n'était expliqué par César : mais le langage du grand capi-< taine a une clarté qui défie tous les efforts qu'on tenterait pour l'obsciurcir. Aussi ne l'essaie-t-on point; on impute à César une méprise, . . Voilà un exemple de la manière dégagée avec laquelle la science alle^ mande écarte ce qui contrarie ses hypothèses. César connaisBait trop bien la Germanie pour qu'il soit permis de faire si bon marché de son témoignage : il ne Tavait pas vue seulement du dehors ; il y avait, à deux reprises, porté ses armes. César n'a pas confondu les usages des Suèves avec ceux des autres peuples germains : il n'attribue qu'aux Suèves les prises .d'armes annuelles, mais il présente le partage annuel comme un usage général de la Germanie.

La communauté des terres, qui est si bien constatée, doit toutefois s'entendre avec quelques restrictions.

Tacite laisse entrevoir qu'il existait déjà de son temps une propriété foncière. Il parle de la demeure du Germain , demeure grossière , mais cependant construite souvent avec soin, ornée avec un certain art * : aurait-on pris cette peine pour une habitation

* Quaedam loca diligentius illinunt terra, ita pura ac fiplendente ut picturam ac linanlenta oolorum imitetur. (Germ., 16.)

qu'il faudrait quitter au bout d'une année? Il y a lieu de croire que le Germain était déjà propriétaire de sa demeure. — Il dut l'être aussi de l'enclos attenant, qui en était une dépendance d'après les habitudes des Germains * . Voilà la première propriété foncière qui fut reconnue en Germanie. C'est probablement la terre salique qu'on voit plus tard réservée aux mâles par la coutume des Francs Saliens *, la terre aviatique de la loi ripuaire '.

Un groupe d'habitations de ce genre fpimait un village duquel dépendait un vaste communal : c'est là que régna la propriété collective et le partage annuel. Ce partage ne dut s'appliquer qu'aux terres arables : c'est ce qu'indiquent les mots agri^ arva employés par César et Tacite. Il n'y avait pas de raison pom' partager ce qui comportait une jouissance collective, comme les bois, les pâturages *.

César explique l'usage des Germains par des raisons profondes. Les Germains, dit-il, ont craint que le goût de l'agriculture, en se développant, n'affaiblît l'esprit militaire ; ils ont aussi voulu empêcher que les uns ne s'enrichissent à l'excès tandis que les autres tombe-

^ Suam quisque domum spatio circumdat. (Tac, Gemi. 16.) 2 De terra salica nuUa portio hœreditatis mulieri veniat.

(L, Salie. y em. LXIl. 6.) Terra salica, terre entourant la Sala,

la demeure, Hall en langue anglaise.

* Femina in haereditatem aviaticam non succédât. {L, Rip., LVI. 4.)

* Les lois barbares montrent encore l'usage collectif des bois, des pâtures.

ÉTAT SOCIAL lOi

raient dans ia misère, et prévenir ainsi les troubles que cause l'inégalité des fortunes dans d'autres sociétés. — Ces usages ne furent point inspirés par les raisons, politiques que César imagine : c'étaient les habitudes instinctives de peuples chasseurs et pasteurs ; mais ces usages eurent les effets que César indique. Ils en eurent aussi de moins bons : un tel régime faisait obstacle à tout progrès agricole. Aussi la Germanie n avait-elle presque point d'agriculture : « Vous ne trouverez en Germanie, dit Tacite, ni jardins, ni vergers, ni prairies arrosées avec quelque soin. » Le sol était resté dans un état tout primitif, couvert de bois et de marais. Telle fut la terre sortant des* mains de la nature : c'est la propriété individuelle qui, en stimulant le travail, l^a faite telle que nous ' la voyons.

La Germanie n'avait rien qui ressemblât à des villes ^

Il en fut autrement de la Gaule .: César parle souvent de ses oppida.

^ Nullas Germanorum popubs urbes habitari satis notum est; nepati quidem inter se junctas sedes vices locant, non in nostrum morem connexis et cohaBreatibus œdificiis. (Tac. , Germ.y 16.)

Ce mot, il est vrai, a un sens équivoque. On lit dans un grammairien : oppidum dictum est ab eo quod opem dut eà confugientibus *. Telle fut en effet la première origine des villes, simples lieux de refuge à leur naissance. L'île de Bretagne n'en avait point encore d'autres ; ses oppida n'étaient que deâ lieux fortifiés grossièrement poui* servir d'abri à l'occasion contre l'ennemi 2. On va voir que les oppida de la Gaule furent tout autre chose. Pour s'en faire une idée exacte il convient de rassembler des traits épars dans les Mémoires de César. Il nous apprend qu'on avait en général choisi quelque point facile à défendre ', une île, comme pour Lutèce ^, plus souvent une hauteur *. L'art ajoutait son œuvre à celle de la nature : Voppidum était entouré de murailles, fermé par des portes ^, muni de tours, et de ponts s'il

^ Festus. De Verb, Sign,

' Oppidum Britanni vocant quum silvas impeditas vallo atque fessa munierunt, quo incursionis hostium yitandœ causa convenire consuescunt. (Gaes. V, 21.)

' Oppidum egregie natura munitum. (CaBS. Il, 29.) * * César dit de Melun : Melodinum... oppidum Senonum in insulaSequanœ positum, utpaulo ante de Lutetia diximus. (Gaes. Xn, 58.)

* Cette situation est exprimée par la finale du nom de beaucoup de villes : Ex Noviodunum. Cette finale correspond à un mot celtique qui désignait un lieu élevé (V. Belloguet, Gloss gaul.i p. 113.) : quand elle eut passé en habitude, on rappliqua même à des villes qui n'avaient pas une telle situation.

« V. Cœs., II, 6, 12, 29, 33; VII, 25, 28: V. /è., 47, 69, 70, etc.

était situé sur un cours d'eau ^ La population d'alentour y trouvait au besoin une retraite, comme en Bretagne ^ ; mais cela ne prouve, pas qUé V oppidum gaulois n'eût point d'autre destination. Nous le voyons au contraire rempli d'édifices qu'on brûle quelquefois par mesure de guerre * ; il a ses places, son marché * ; il est peuplé d'habitants ; des oppida sont abandonnés à l'approche de l'ennemi * ; un autre est réduit à une faible population parce que la meilleure partie se trouve dans l'armée ^. Il est fait mention de négociants romains qui ont leur séjour dans quelque oppidum "^ : c'était donc le siège d'un commerce. C'étaient aussi des foyers d'industrie ®. Comment à tous ces traits ne pas reconnaître des villes ? César, en effet, emploie indifféremment le mot ^ oppidum dont le sens pourrait être équivoque, et le mot urbs dont le sens est bien précis ; et il appelle de

' Pontes ejus oppidi rescindi jubent. (Caes., VII, 58.)

' Jubet in oppida multitudinem convenire. (Gœs., "VI, 4.)

— Imperat ut pecora deducant suaque omnià ex agris in

oppida conférant (VI, 10).

^ Oppida incendi oportere. (Caes., VII, 14.) * In foro ac locis patentioribus. (Caes., VII, 28.) "Caes., VII, 58. — Nonnullosex oppidis demigrare. (Hir-

tius, Vm, 24.) 6 Perterritis oppidanis, quorum magna pars erat ad bellum

evocata. (Caes., VII, 58.) ' Genabum concurrunt, ci\esque romanos qui negotiandi

causa ibi constiterant... interficiunt. (Caes., VII, 3.) — Cogunt

eos qui negotiandi causa ibi constiterant. (Caes., Vil, 42.) ^ Argentum discoquere simili modo cœpere in Alesia

oppido, (Pline, XXXIV, 17.)

104 ÉTAT SOCUL

ce dernier nom les oppida qu'il connaissait le mieux pour en avoir fait le siège : Avaricum (Bourges) *, Gergovie *, Alésia '. Il raconte qu'au moment où l'on prenait la résolution de livrer aux flammes par mesure de guerre tous les oppida^ Avaricum fut épargné, les Bituriges n'ayant pu se résigner à sacrifier une ville qui était la plus belle de la Gaule, l'ornement comme la force de leur Etat *.

Le riche gaulois préférait l'habitation des champs où il pouvait se donner plus d'espace : il plaçait là sa demeure près de quelque bois, de quelque cours d'eau *. C'est aussi ce que Tacite dit du Germain 6. Mais, tandis, que celui-ci ne s'accommodait que de la vie rurale avec sa solitude et sa liberté, la vie urbaine ne répugnait point au Gaulois plus sociable,

* V. infr. note 4.

2 Perspecto urhis situ. (Gaes., YII, 36.)

3 Pour Alésia comme pour Gergovie César dit : perspecto urhis situ (VIL 68).

* Ne pulcherrimam prope latius Galliae urhem quœ et praesidio et ornamento sit civitati suis manibus succendere cogerentur. (Gaes., VII, 15.)

^ Plerumque silvarum atque fluminum petunt prppinquitates. (Gaes. VI, 30.)

^ Golunt discreti ac diversi, ut fons, ut campus, ut nemus placuit. (Tac, Germ,, 16.)

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