‹ Les celtes, la Gaule celtiqueChapitre 29 sur 67 · VI · texte numérisé non relu

VI

2 Magnum ibi numerum versuum adiscere dicuntur, neque fas esse existimant ea litteris mandare... quod neque in vulgum discipUnam efferri volunt. (Caes. VI, 14.)

» Ad hos magnas adolescentium numerus discipUnœ causa concurrit. (Caes. VI, 13.)

i52 RELIGION

mais les moyens manquent pom' apprécier au juste à quel degré d'avancement elle parvint. Les druides cultivèrent l'astronomie', ils paraissent toutefois avoir mieux observé le. cours de la lune que celui du soleil; car en Gaule, comme en Germanie, le temps était calculé par nuits et par périodes lunaires *. Les druides s'étaient fait une doctrine sur le système du monde '. Ils croyaient à des transformations successives d'une matière étemelle, et au triomphe alternatif de deux éléments, le' feu et l'eau *. Ils cultivèrent la médecine; mais l'empirisme tint une grande place dans leur science médicale : ils prêtaient une vertu merveilleuse au gui de chêne coupé sous certaines influences lunaires avec des rites consacrés ^. Les druides avaient des talismans, des amulettes douées d'une puissance merveilleuse®. Par certains procédés, certains calculs, ils s'ouvraient la vue de l'avenir'.

* Multa de sideribus atque eorum motu... disputant. (Gaes. VI, 14.) — Motus cœli atque siderum... scire profitentur. (P. Mêla, 111,2.)

. 2 V. Tacite, Germ. 11. — Plin.. ffisL NaL, XVI, 95. - Belloguet, Ethnog, gauL, t. II, p. 338.

' Multa de mundî ac terrarum magnitudine, de rerum natura... disputant. (Gaes. VII, 14.) — Terrae mundique magnitudinem et formam... scire profltentur. (P. Mel., III, 2.)

* Strab., IV.

» V. Piiii, HisL NaL XVI. 44.

« V. Plin. H, N. XXIX, 3.

^ In Gallia druidaB sunt, aquibus ipsa Diviticum seduum... coguovi, qui et naturre rationem, quam physiologiam GrîBci appellant, notam esse sibi profîtebatur ; et partim auguriis,

On voit combien leur science fut gâtée par le charlatanisme. C/est un tort que le druidisme partagea avec les autres corps sacerdotaux de l'antiquité : tous se firent de leurs connaissances un moyen de domination, au lieu de travailler, par une diffusion généreuse, à élever la foule à leur niveau.

Quoique leurs doctrines religieuses fussent sans doute d'un caractère supérieur, les druides prêtaient leur ministère aux superstitions du culte populaire. Ils y voyaient peut-être les symboles grossiers de dogmes dépassant la portée du vulgaire.

Mais il est une grande doctrine qu'ils eurent le mérite de répandre et d'inculquer profondément dans l'esprit des Gaulois : je veux parler de l'immortalité de l'âme. La Gaule y crut d'une ferme conviction qui contrastait avec le scepticisme, ou les molles croyances de peuples plus avancés. Ceux-ci n'étaient pas sans envier à la Gaule cette doctrine fortifiante ; ils y voyaient le mobile du courage des Gaulois : pourquoi, disait-on, craindraient-ils la mort si elle n'est pour le brave qu'un passage à une vie meilleure * ?

partim conjectura quîe essent futura docebat. (Gic. de Divin., I, 41.)

* Hoc maxime ad virtutem excitari putant, metu mortis neglecto. (Gœs. VI, 14).

Felices errore suo quos ille timorum Maximus haud urget metus?...

Inde ruendi

In ferrum mens prona vins, animasque capaces Mortis, et ignavum rediturœ parcere vitœ.

( Lncan. Phai'Sy I.)

(^Qmmmt Vimmortatité de l'âme futHslte entmim pQ.r 1^ dniids^? César attesta qu'ils mseignsàent la métempsycosa ^ D'autres auteurs, parlant slmpleioant d' iii^mortaUté, sans rien dire des transmigrations da Tâma dans d'autres corps ^. Quelques-uns niême s'expriment en termes qui suggèrent plutôt l'idée d'une dx)Gtrine différente ^. Et comment eneore coneilier avec l^ métempsycose (certains usages de la Gaule? On brûlait avec la mort les objets qui liii avalent été le pto chers * ; diôs parents, des amis s'élançaient (bns les flammes pour revivre .^vae lui ^ ; on jetait dans le bûcher des lettres que le niort porterait h des humains décédés avant lui ^ ; on prenait des engagements exécutoires dans une autre vie '^\ Quelle consé-

* In primis hoc volunt, non interire animas, sed ab aliis po6t mortem transire ad alios.

2 PejrsuasHjn habi^erunt animas hominum iraniortales psse. (Valer. Max. ]i, g.) — Pronuntiarunt aninias immortales. (Amm. Marcell. XV, 29.)

P Pon^p- Mala dit : ^Eternas essQ animas, vitamque alte^^m AP MANES. (III, 2). r— Lucain dans de beaux vejrs, ouvre d'autres aperçus :

Vobis auctoribus, umbrœ

Non tacitas Erebî sedes, Ditisque profundi Pallida regaa petunt ; régit idem Spiritus artus Orbe alio ; longœ, canitis si cognita, ?itœ Mors média est. (l^uc, phan., I.)

* Omnia quae visis cordi fuisse arbitrantur in ignem inferunt (Gaes. VI, 19.)

** Velut una victuri. (P. Mêla, III, 2.)

« Diodor. V, 6.

' Exactio erediti deferebatur ad inferos. (P. Mêla, III, 2. — Valer. Maxim. I, 2, 9.)

REUfiicm 185

quence faut-il tirer de ces rapprochements? Des 341teurs ont conclu que la doctrine de la métempsycose ne régna point en Gaule. Je suppose plutôt que cette doctrine fut combinée avec d'autres croyances que pous ignorons ^ . Mais que les druides aient enseigné la métempsycose, comme Taffirme César, il est dj^îcile d'en douter. La doctrine des .druides n'était-elje pas comparée généralement à celle (Je Pythagore ? Et Q'est-îl pas certain que Pythagore enseigna la métempsycose 2?

* V. Diodore V. Apud illos opinio invaluit quod animœ hominuii^ immortales in aliud ingreM» corpus dsfinito tampore d^nup v^tam c^pes3aat;.

^ Dicerem stultos, nisi idem braccati sensissent quod palliatus Pythagoras credidlt. (Valer. Maxim., 11,6.)— Of, Piogea.|^rjt.,Yni, 5. — Un livre retrouvé eu pptrateipps, les Philqspphumena (Ed. Cruice, 1840), apporte une conflrmation, nouvelle aux témoignages anciens. « Druidœ in &Uis Pyt^hagoricqd 9^II|mQp^re p)iiIpsQphi^ inaifl)uer^nt. n (I, 22.) — Ailleurs , en parlant 4'EmpédQcle, il egt dit : « Animarum de corporibus in alia corpora transitioni as-, sentitur^ sic loquens :

Namque fuit quondam Juvenis feimasaque Virgo, 6t stirps, et yoIupHb, yen%U9 9h f»qmfQ pi^cis.

Idem hic aaimarm» afflrmayit omnia in apimali» traQSr mutationem. Quippe bujusroodi rerum magister Pythagoras dixit Euphorum se fuisse qui susceptœ in liion intprfuit expeditioni; recognoseere se plypeum suum tastatus. (j, 3. — V. 16., \i, 2, 26.)

Cette doctrine conserva das partisauf^ parmi les phrétiens. c Dicnnt animas in corpora migrare donec perfeperiot pmnia peccata ; quum vero nihil iniqiïi remansarit» ti^np liberatas

Un corps qui réunissait le triple prestige de la religion, de la science et du mystère, ne put manquer d'exercer un grand ascendant.

Les druides obtinrent, en effet, d'importants privilèges : ils étaient exempts des charges communes *. L'administration de la justice passa presque entièrement entre leurs mains *. Leur influence politique fut considérable ; elle balançait celle de la classe guerrière des Equités, Une sorte d'excommunication qu'ils lançaient à l'occasion fut pour eux un puissant moyen d'agir sur les esprits et de vaincre les résistances : on s'écartait avec crainte de celui qui avait été ainsi frappé ; il se voyait retranché en quelque sorte de la société humaine '. César nous montre les druides in-

dimitti ad illum cœlestem Deum. (Philosoph,, Vil, 4.) — S. Jérôme (Ep. ad Pammach,) disait en parlant d'Origène : « An Origénis doctrina sit vera, qui dicit cunctas rationabiles creaturas... Si negligentiores fuerint paulatim ad inferiora labi;... si paululum resipescere caeperint, humana carne vestiri, ut... eodem circule que in carnem vénérant revertantur. »

* MilitiâB vacationem, omniumque rerum habent immunitatem. (GaBs. VI, 14.)

• Fere de omnibus controversiis publicis privatisque censtituunt. (Caes. VI, 13.)

3 Si qui aut privatus aut publicus eorum decreto non stetit.

tervenant dans les dissensions publiques pour rétablir par un acte d'autorité religieuse le jeu suspendu de la constitution K Les druides surent se faire écouter et craindre par les rois : un orateur, Dion Chrysostome, va jusqu'à dire que les rois de la Gaule n'étaient sur leurs trônes que les ministres de ces prêtres 2.

Tel étant le pouvoir de ce corps, on s'étonne de ne pas apercevoir son action dans la guerre qui décida des destinées de la Gaule. Lui seul aurait pu donner à la défense nationale!' unité nécessaire pour son succès. Il est à croire qu'il fut lui-même atteint par la division qui perdit tout : elle paralysa son action, et le fit manquer à son rôle.

sacrificiis interdicunt ; ista apud eos pœna est gravissima. Quibus ita est interdictum, il numéro impiorum ac sceleratonim habentur; lis omnes decedunt, aditum eorum sermonemque defugiunt, ne quid ex contagione incommodi accipiant; neque lis petentibus jus redditur, neque honos uUus communicatur. (Gœs. VI, 13.)

* Conviotolatonem qui per sacerdotes, more civitatis, intermissis magistratibus, esset creatus... (Gœs., VII, 33.)

2 Je lis dans Am. Thierry (II, i) que les Druides avaient exercé, dans un temps antérieur, une autorité plus grande, absolue, qui fut réduite par le progrès d'une aristocratie militaire, destinée elle-même à décliner ensuite. J'admets bien que cette aristocratie, au temps de César, était en déclin ; mais je ne vois rien qui autorise à supposer un premier âge de pure théocratie.

tEUélOUf

Ouarid et comment le druidîsme s'était-il établi?

Ce ne fut certainement point une institution emportée par les Celtes quand ils quittèrent le berceau dé la famille aryenne. La preuve s'en trouve dans l'état rèiîgieu^ que peignent les hymnes du Hig- Véda, bien postérieurs eux-mêmes à la séparation.

Longtemps après l'établissement des Celtes dans notre pays, le druidisme n'y était point encore constitué : on îi'èn découvre point de traces dans les pays qu'occupèrent les tribtt^ émigrées de la Gatrle êfl Itàfié, etf Espagne, eftf Gà'ktîe.

D'après le témoignage des druides il avait commencé dans Fîlè dé Srétagne, d'oti il s'était comffiunique à la Gaule. C*est dans cette île qu'ils avait encore, ari temps de César, son- prîncrpal îo'v^t : c'est là qu'allaient s'instruire ceux qui voulaient acquérir la science druidique la plus complète ^

II reste à savoir comment le drliidisme s'était établi en Bretagne. La grossièreté des mœiirs que César y Remarqua ne permet pas de voir dans le druidisme

< Gœs. VI, 43.

un pfogfès ^oitt&tië an géfiiê brétoii. Maïs s'il fttt iiÉf|)'orté au âéhtfts, âë quefe fiëtfi, en qaéï téBttpfts, et (ië (^êfïfe ïttanîè^éf Là dîfficiflté n'est tftië ï-è6ùléè'.

ta côïïstitirtîoti dti cotps cfftiîdîqtie, ses doctrines sttr réternîté' dit monde et ses transformations, sûr rîiùmot'talîté dé Fâffie e'é ses transmigrations, des secfefS sôiïs lesquels otf stpertoît fat înâgîe et Fastf'dogîe, totrt îiï(ïîque Uîië origine ofierîtâlïe. C'est dans f Asîe (occidentale et en Egypte que s'àlhiraèrèrit ïes premiers foyers de ta civilisation . De bonn e heure? Èotis y vO'y ons degraûrfs empires fondés par desguei'rîeï*s,poKcés par des pTêtfés. Hes Cotps sacef dotaux s'y livrèrent à rôttfde des secrets dé \si nature, à cfestriéffifatîons sur lé mystère dé là déétiiïéé hufùsCiùe. J'àî pïtfe firaut * attribué à ce côïitàct, à cet é:^empïe, t'étolutîôii qui s'ctpétà chezr téS Afyas de flhde, h fondaltîon du b'ràfilriàûisme qui substitua une synthèse panthéiste aux ctoyaricés instinctives du Aiff- tédd et un grand coïps' saièerdotât au ctiïte patrîà:fcàï dés anciens temps* C*èst paii' quelque éoMùiûnîcalîori moins diirecte avec les mêrûés corps sâcefiJotaùx cfé f^Triént qïïê Je m'eiplîqûé aussi f évolution anaïô^ue qui s'opéra chez les Celtes dans notre (Jccidêïrf . tes Phéniciens purent servir de trait d'union : if est bren Constant qu'ils connurent et fréquentèrent les îles Britanniques d'où ils tiraient l'étain. Sans doute ces mar-

^ V. supr,, p. 28.

chands furent occupés de commerce bien plus que de propagande religieuse; mais ils semaient des germes susceptibles de développement. Un vaisseau . phénicien put apporter quelque initié d'un corps sacerdotal de TOrient, qui se fit de sa science un moyen d'ascendant et posa la première pierre de l'édifice druidique. L'empreinte phénicienne ^st visible dans certaines parties du culte de la Gaule : ne reconnaît-on pas dans son dieu Belen le Bel de la Phénicie, le Baal dont parle la Bible? César fait mention de sacrifices humains où la victime était livrée aux flammes avec des formes semblables à celles qui se pratiquèrent en Phénicie. La croyance à la métempsycose y régnait-elle? Il estcertain au moins que la Phénicie était voisine de lieux où s'enseigna cette doctrine sacerdotale. Rappelons-nous la ressemblance remarquée par les anciens entre l'école pythagoricienne et le druidisme. Des auteurs supposaient que Pythagore s'instruisit chez les Druides ; d'autres que les Druides furent instruits par Pythagore. Ni l'une ni l'autre supposition n'est admissible : ilest bien plutôt à croire que les deux doctrines eurent une source commune.Pythagore apporta certainement la sienne de l'Orient : n'estil pas à croire que le druidisme eut la même origine?

Page 1