IK^ BARDES GAU
chrétienne librement conçue avec la métempsycose, on a cru retrouver la doctrine religieuse des druides ^ Le bardisme a été représenté comme le dépositaire de leurs secrets, comme le promoteur de tout ce qu'il y eut de meilleur chez les Kymris, le bardien fidèle des vieilles et bonnes coutumes, le réformateur vigilant de tout mauvais usage tendant à s'établir. On a prêté aux bardes un amour incorruptible de la vérité; Técole du Glamorgam s*était donné pour enseigne une belle devise : La vérité contré le monde. Cette devise a recouvert les inventions les plus hardies.
L'histoire des bardes fut écrite dans ses idées, vers la fin du siècle dernier, par Williams Jones, par Evans, par Williams Owen •. Mais le véritable hiérophante de l'école du Glamorgam a été Edward Williams.
Il n'est pas hors de propos de faire connaître dès maintenant cet homme remarquable, révélateur d'un mystère dont je ferai en son lieu l'histoire '.
^ Je m'occuperai plus loin de ce néo-druidisme.
2 Edward's Jones, Relicks. 1784. — Williams Owen, Bardism (en tête d'une publication des poèmes de Lywarch- Henn, 1792). — Evan Evans, Dissertatio de Bardis, à la suite de ses Spécimens of the ancient Welsh bards, 1794.
^ M. Henri Martin, très-enthoûsiaste d'Edw. Wiilams,
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Fils de maçon, maçon lui-même, Edw. Williams vécut et mourut pauvre. Mais le sort, avare pour lui des dons de la fortune, l'avait doué en revanche d'une vive imagination, d'une forte intelligence. II sut acquérir par lui-même, sans maître, une instruction assez étendue. Ses poésieg lyriques sont estimées en Angleterre, et font l'orgueil du pays de Galles. On le rencontrait marchant par monts et par vaux, appuyé sur un long bâton, portant sur ses épaules un double sac contenant, l'un ses instruments de travail, l'autre les chers trésors bardiques qui servaient d'aliment à sa pensée, les yeux fixés sur les pages de quelque livre qu'il tenait toujours à la main. Edw. Williams fut animé d'un vif patriotisme, enthousiaste de tout ce qui pouvait rehausser l'honneur de son pays, et plus encore épris du druidisme qui faisait l'objet constant de ses méditations. 11 en était le représentant ; car Yolo, c'est le nom qu'il avait adopté comme druide, était le chef de l'école du Glamorgam, son archi- ^ druide.
|. J'apprécierai plus loin un mystère publié par Yolo
|: comme la révélation d'une grande doctrine diniidique
K conservée chez les bardes par une tradition secrète,
i\ On lui doit une autre révélation non moins curieuse.
s'était proposé d'écrire sa vie; ce projet n'a pas été réalisé. Mais on doit à une plume amie un livre de souvenirs et d'anecdotes qui le font assez bien connaître. {Recolleclions and anecdotes of Edw, Wiiliams, by Elijah Waring. 1850.)
celie d'un alphabet d'origine divine conservé, secrètement aussi, chez les bardes. En voici l'histoire racontée par Yolo ^
Il nous transporte au moment de la création. L'Etre étemel fait entendre son nom : aussitôt les mondes sortent du néant; des soleils roulent dans l'espace en formant un concert céleste. Tout à coup brillent trois rayons de lumière, et trois notes se dégageant de ce concert donnent les sons qui correspondent à ces trois lettres. Menw^ le premier homme, témoin de cette grande scène, la raconta à son fils Einigan Gawr (Einigan le Grand) ; il grava sur la pierre l'image des trois rayons, en faisant connaître les sons célestes qui avaient accompagné leur apparition. Ainsi furent révélées aux hommes les trois lettres primitives qui exprimaient le nom de l'Etre étemel. Einigan trouva ensuite d'autres lettres et d'autres sons pour donner des noms aux choses. Un alphabet de dix lettres fut transmis par lui à sa postérité dont les Kymris formaient une branche. Alors ils habitaient encore leur patrie primitive, Defrobani^ dite autrement Gwlad y Haf^ la terre du soleil . On ne sait où elle était située ; mais son nom indique un climat chaud qui fut le berceau de l'humanité. Les Kymris avaient porté à seize le nombre des lettres de leur alphabet quand ils furent chassés de cette demeure par une nation puissante.
^ Recollections of Ed, Williams, p. 186.
Après avoir pendant cinq siècles mené une vie errante, iJ^ arrivèrent en Bretagne et s'y donnèrent des institutions. Un corps de bardes fut établi pour enseigner tout jtie qui p0uy3.it contribuer au bon ordre et à la prospérité du pay^. Dépositaires, entre autres secrets, 4e Talpbabet d'origine divine, les bardes y ajoutèrent encore des lettres nouvelles pour exprimer des sons composés. Ainsi se forma une écriture mystérieuse qui se gr3'yait sur la pierre et sur le bois. Les Runes du Nord en furent une imitation *.
Ce mélange d'idées poétiques et de chimères bizarres niontre la tournure d'esprit d'Ed. Williams, et caracr térise aussi T école dont il est la personnification.
Ed. Williams mourut en 182Q dans un grand âge, ayant conservé dans un corps affaibli toute sa vigueur d'esprit.
Il laissait un nombre énorme de volumes écrits de sa main où, de sa plume infatigable, il avait rassemblé confusément une multitude de pièces relatives à. l'histoire du pays de Galles et de ses bardes ; pièces tirées les unes de son propre fonds, les autres (Je manuscrits de toutes dates; le plus souvent sans en indiquer la source, et sans distinguer ses compositions
^ Le collège de Jésus, à Oxfofd, gardp |daps sa bibliothèque une tablette d'acajou sur laquelle Yolo, qui lui en fit hommaga, avait gravé l?alphabet secret des bardes. Ce sont des lettres romaines modifiées par la substitution de lignes droites
jV, aux formes courbes, pour être plus facilement gravées par le
y- couteau sur le bois ou la pierre,
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sonnelles de celles des autres. C'étaient des matériaux amassés pour une grande publication, annoncée par hn à plusieurs reprises, dans laquelle il ferait connaître, avec preuves à l'appui, toutes les doctrines ésotériques des druides ^ Après sa mort, un choix de ces pièces a été mis.au jour par un fils dTolo •. Il en est qui seraient d'un grand intérêt pour l'histoire du pays de Galles si elles avaient plus .d'authenticité. D'autres^ c'est le plus grand nombre, sont relatives aux bardes et portent la marque de l'école du Glamorgam.
Cette école s'est dissoute; mais ses idées chimériques ont conservé des adeptes ^.
Les formes archaïques qu'elle avait adoptées ont été imitées par des sociétés d'un autre caractère, composées dje Gallois aélés pour tout ce qui pput contribi^er 4
« V. RecoUfsciion^ of J^fl. Williams, p. 177. — Nash, ^aliesin, p. 141.
* Yoh Manuscripts, A sélection from tbe collection made by the late Ed. Williams (Yolo Morganwg), with english translations and notes, by bis son, Taliesin Willams ab Yolo. 1848.
3 Je citerai notamment John Williams, Ecdesiastical antù quities ofihe Cymri,W\k. — Williams ab Itbel, Bardas, 1862.
l'honneur, à la prospérité, aux progrès de leur pays K Une grande association de ce genre tient des assemblées où s'ouvrent des concours et se distribuent des prix. VEisteddfod^ annoncé un an et un jour à l'avance, s'ouvre au lieu indiqué : un cercle de pierres a été formé ; le président monte sw un bloc placé au centre, et tire une épée qui rentre aussitôt dans le fourreau, parce que, dit-il, c'est une assemblée de paix qui va se tenir à la lumière du soleil ; la trompette sonne , puis les opérations commencent pour durer trois jours. Les bardes appliquèrent à tout ce nombre trois. De divers côtés figurent les trois rayons, signe symbolique dont la signification — un des secrets de l'école du Glamorgam — nous a été expliquée par Yolo. On croit observer ainsi les usages des plus anciens temps. La vieille Bretagne semble revivre dans les générations nouvelles ; et l'on répète en chœur la devise patriotique : Tra môr^ tra Bi^thon (tant durera la mer, tant durera le Breton).
* On doit à ces sociétés des publications intéressantes : The Cambro-breton. 3 vol. 1820-1822. — Transactions of the Cymmodorion.oT metropolitan Catnbrian institution. 4 vol. 1822- 1833. — Archeologia Cambrensis, a record of the antiquities of Wales and its marches, 1846 et seq. — Cambrian-joumal, 1854 et seq.