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CHAPITRE IV

L'idiome populaire du pays de Galles est le kymraëg^ la langue des Kymris. Les mœurs anglaises y ont progressivement prévalu: mais il a obstinément gardé ce reste, ce témoignage de son ancienne nationalité.

Il a dans cette langue une vieille littérature du moyen âge qui mérite à beaucoup de titres l'attention. Elle fut, au commencement du siècle dernier, signalée au monde savant par un antiquaire gallois, Ed. Lhuyd* ; mais elle restait ensevelie dans des manuscrits qui avaient été recueillis en grand, nombre dans les bibliothèques des monastères, puis dispersés par suite de l'abolition des ordres monastiques. Il s'en forma toutefois des collections plus ou moins riches

* Archeolof/ia britannica, Oxf. 1707.

dans quelques châteaux, au collège de Jésus à Oxford, plus tard au Bntish Miisœum *.

La polémique suscitée dans la seconde moitié du siècle dernier par TOssian de Macpherson attira davantage l'attention sur cette littérature qui restait à peu près inconnue hors du pays de Galles. Quelques poèmes d'anciens bardes gallois furent traduits en anglais *.

Une ère nouvelle dans cette étude a été ouverte, au commencement de ce siècle, par la publication faite en 1801 de la Myvyrian archaiology où était rassemblé, malheureusement sans traduction, ce que la vieille littérature galloise offre de plus notable. C'est aux frais d'un marchand fourreur de Londres, Owen Jones, avec la coopération d'Ed. Williams * que fut élevé ce monument patriotique.

Sh. Turner ayant puisé dans cette littérature des documents pour son histoire des Anglo-Saxons ^, il fut critiqué pour avoir fait usage d'œuvres auxquelles

^ Voy. un rapport de H. de la Villemarqué dans les Archives scientifiques, t. V, 1856.

2 Spécimens ofthepoetry ofthe ancient Welsh hards, hy EvailS. 1764. — Musical and poetical relies of tke Wetsh bards, by Ed. Jones. 1784.

3 The Myvyrian archaiology of Wales collected of ancient manuscripts. Lond. vol. 1, II. 1801. III. 1807. Owen Jones est comme déguisé sous le nom de Myvyr, nom adopté par lui comme barde, parce que Myvyr avait été le lieu de sa naissance.

* The History of the Anglo Saxons^ from the earliesi period to the Norman conquesL 1799. (Ed. Baudry. Paris, 1840.)

ANCIENNE UTTÉRATUAfi Dlî MTS Dfi GALLES ^63

la science anglaise refusait toute valeur historique. Turner reprit la plume pour se justifier, et défendre la vieille littérature galloise contre un îiïjuste dédain ^ Un Gallois, M. Stepheïis, a écrit en anglais l'histoire de cette littérature ^ avec une plume élégante et une critique éclairée, mais d'une manière partielle î îl s'était proposé d'approfondir seulement une époque de la poésie galloise, sa plus belle époque, celle des douzième, treizième et quatorzième siècles. Il n'a donc eu à s'occuper qu'incidemment d'œuvres plus anciennes, de celles qui précisément ont pour nous le plus d'in-i térêt.

Ce qui prédomine dans l'ancienne littérature du pays de Galles, c'est la poésie ^; non la poésie épique ou

* A vindication of the genuineness of the ancient hritish poeins , 1803. — Cette œuvre a été reproduite à la suite de l'histoire des Anglo-SaxoDs dans Tédition Baudry, t. III.

^ History of the language and Htterature of Wales during the twelfth and two succededing centuries, 1849.

3 Le système de la versification dans les langues celtiques rie re|)0se point sur le nombre et là mesuré, comme dans la poésie grecque ou latine, mais sur le retour des mômes sons, mêmes consonnes, ou mêmes voyelles ; sur Tallitération et la rime. L'allitération, qui domine dans les poëmes des bardes Scandinaves, se rencontre aussi chez les poëtes gallois, maïs d*une manière accidentelle. La rime, au contraire, est tin des caractères propres de la versification kymrique. Les Latins ne furent pas sans faire aussi quelquefois usage

dramatique , mais la poésie lyrique. La musique rehaussait le charme de chants composés avec art. Mais ce qui donne la vie aux œuvres poétiques, c'est moins encore l'art que l'inspiration. On^ la trouvait, est-il dit, sur la cime du Snowdon. De là le regard embrasse un vaste horizon : l'âme du poëte s'élargissait devant ce grand spectacle. Mais ce qui inspira surtout les bardes, ce fut le patriotisme : leiu*s chants furent la voix émue du pays.

La lutte soutenue par la Cambrie aux douzième et treizième siècles contre les princes anglo-normands, loin d'étouffer le génie national, ne fît que l'exciter. M. Stephens fait connaître beaucoup de poëmes composés par des bardes qui vécurent alors, par des princes même qui se piquèrent de cultiver aussi la poésie.

Le génie national avait-il attendu jusque-là pour prendre l'essor? Nennius fait mention de bardes qui furent renommés pour leur talent poétique dans un temps où les Bretons n'étaient point encore refoulés dans la Cambrie*. Des poèmes portant les noms de bardes bretons du sixième siècle se sont conservés, et ils ont été traduits dans notre langue par un savant celtiste, écrivain distingué, M. de la Villemarqué 2.

de cette assonance; mais les exemples en sont très-rares : il y a quelque apparence que nous devons la rime à Texeniplé de la versification kymrique.

* Tune Talhaiarn-Cataguen in poemate claruit ; et Neirin et Taliessin..- simul uno tempore in poemate britannico, claruerunt. (^2*6'^ Bnt.^ 62.)

* Poëmes des bardes Bretons du sixième siècle. 1850.

C'est Lywarch-Henn (Lywark le vieux), autrefois roi, maintenant dépossédé de son royaume. Une perte plus cruelle pour lui a été celle d'un fils qu'il pleure : « La grande salle de Kynddylan est sombre, son foyer est éteint, les chants y font silence, les larmes coulent sur toutes les joues... » — C'est im autre chef, Aneurin^ auteur du Gododin^ récit poétique d'une bataille sanglante où moururent un grand nombre de Bretons surpris dans le sommeil de l'ivresse- — C'est Taliesin^ barde d'un roi dont il célèbre les hauts faits. ce Plus de dissensions! s'écrie-t-il : les kymris sont unis; leur force va se montrer; voici le jour de la délivrance...»

Ces poëmes ont des beautés sauvages qu'on admire. Mais sont-ils vraiment authentiques ?

La publication de M. de la Villemarqué ne comprend qu'une partie des poëmes attribués à des bardes bretons du sixième siècle. Beaucoup d'autres, cependant, portant les noms de Taliesin, de Merlin, figurent dans les vieux manuscrits gallois. La série entière de ces poëmes, publiée déjà dans l'archéologie galloise d'Owen, l'a été de nouveau par un savant écossais, M. Skene avec traduction anglaise ^ Pourquoi M. de

* The four dncient hooks of Wales, Edimb. 1868. — Cette publication reproduit quatre grands recueils manuscrits qui contiennent les plus anciens monuments de la littérature galloise. Ce sont : le Livre noir de Caemarthen, du douzième siècle; le livte d'Aneuriiiy du treizième; le livre de Taliesin, du

â66 ANGIBNNfi LITTÉRATURe hV l»AtS DE GAtLËS

la Villemarqué écarta -t- il certains po€mes? C'est parce qu'ils étaient considérés^ èoinme apocryphes, fcomme des œtitres du douzième et du treizième siècle mises iBctivement sous le^ noms de Merlin et de Taliesin. Le caractère certainement apooryphe dé certains poëmies n*autorise-t-il J)as à les suspecter tous ? On y remarque une orthographe et des fotmes grammaticales qui ne furent point celles du sixième siècle *. On répond, il est vrai, que les copistes eurent l'habitude d'accommoder à l'usage de leur temps les œuvres anciennes qu'ils transcrivaient.

L'opinion a beaucoup varié en notre temps sur le caractère dé ces poëmes. Turuer semble les avoir admis tous sans distinction 9 parce que l'authenticité de quelques-uns lui paraissait établie. — M- Stephens reconput que certains poëmes avaient été sans nul doute composés longtemps après la mort de leurs prétendus auteurs ; il jugea qu'il y avait un discernement à faire : en admettant tels poëmes^ il rejeta tels autres^. — Vient ensuite un critique anglais, M. Nash *♦ qui semble porter plus loin le scepticisme : certains poëmes étant indubitablement apocryphes, il les met

quatorzième ; le Livre rouge d^Hergest, du quatorzième et du quinzième.

' C'est ce que montrent des gloses marginales ou interlinéaires, remontant au dixième siècle, peut-être au neuvième, qui sont les monuments les plus anciens de la langue galloise. (V. Zeuss, Grammaticd celtica, p. 37, 43.)

a W. Nash., Taliesin. Lond. 1858.

AKGIEKNE bTTÉRATURfi DU PAYS DE GALLES 267

totts en suspicion. — Tout au contraire, M« Skene, revenant au point de départ, parait admettre tous ces poèmes comme le produit de Tépoqiie dont ils portent la date, l'œuvre des poètes dont ils portent les noms. De tous les systèmes exposés, celui-ci est le moins admissible : il est difficile, on eii conviendra, de faire remonter au sixième siècle telle pièce attribuée à Merlin où la Normandie est nommée.

Le caractère apocryphe de presque tous les poëmes portant le nom de Taliesin a été démontré en Angleterre par M. Nash. La même preuve a été faite en Allemagne, pour les poëmes portant le nom de Merlin, par M. Schulz, sous le pseudonyme de San-Marte *. Quelqués-ùns de leurs arguments peuvent être combattus ; maïs, dans son ensemble, la démonstration est irréfutable. Il demeure bien établi qu'on eut, aux douzième et treizième âiècles, Thabitude de faire parler des bardes anciens dans des poëmes auxqurfs leur nom était fictivement attaché*

La littérature galloise est très-riche eh cohipositions d'un tout autre genre, intitulées Mabinogion^ contes

< Die Bagen von Merlin. Halle. 1853.

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pour les enfants. Ils méritent aussi l'attention de lage mûr. Une dame anglaise en avait publié dans sa langue un ample recueil *; M. de la Villemarqué en a fait passer quelques-uns dans la nôtre ^.

C'est sans doute par de tels récits que les jeunes filles charmaient Thôte du logis, comme Girald nous rapprend ^. Les poètes gallois alTectèrent le dédain pour les auteurs de ces compositions modestes. Les Mabinogion sont bien vengés de ce dédain d'autrefois par la faveur dont ils jouissent aujourd'hui : ils ont été appelés par M. Renan *, un bon juge en fait de goût, « la perle de la littérature galloise. » Les fées y jouent un grand rôle ; on y trouve des débris curieux de vieux mythes bretons ; on reconnaît dans certains contes quelques-unes des figures qui animèrent notre cycle romanesque de la Ïable-Ronde.

Ce rapprochement a paru fournir un argument de grande force dans le débat relatif à l'origine de ce cycle ^. Mais de quel côté fut l'imitation? Les Mabinogion n'ont point de date certaine : lem'S auteurs n'ont pas laissé de nom ; l'époque de chaque composition

^ T1ie Mabinogion, by lady Ouest 1850.

2 Contes populaires des anciens Bretons. 1842.

3 Qui matutinis horis adveniunt puellarum aûatibus et cithararum modulis usque ad vesperam dilectantur. (Descr, Cambr,y I, 10.) .

* La Poésie des races celtiques, (Revue des DeuX" Mondes.) 1" fc\r. 1854. ' V. Villemarqué, Les Romans de h Table-RoJide.

n'est certifiée que par l'âge du plus ancien manuscrit où elle se rencontre ; on n'est pas ainsi conduit trèshaut. En étudiant les œuvres elles-mêmes, on remarque que l'Arthur des Mabinogion n'est point l'Arthur de la tradition nationale, le héros des légendes qui soutinrent la Cambrie dans ses luttes contre l'Angleterre. C'est, comme dans nos romans de la Table- Ronde , un prince qui tient pacifiquement sa cour, entouré de joyeux compagnons qui vont bientôt se disperser en quête d'aventures. Cela n'indique-t-il pas une conception venue du dehors? Je ne reconnais pas non plus le génie fermé de la Cambrie dans ce goût d'aventures; j'y reconnais bien plutôt les Normands qui portèrent leur audace heureuse en tant de lieux.

Les sentiments généreux, délicats, qu'on rencontre parfois dans les Mabinogion ne se trouvent dans aucune œuvre galloise qui ait une date certainement antérieure à nos romans de la Table-Ronde. La chevalerie en fut la source. Cette héroïque et gracieuse institution fut-elle, comme on l'a prétendu, un produit du génie celtique? Un symbole fut emprunté aux Celtes, peut-être aussi quelques formes aux Gennains ; mais l'idée mère de l'institution est clairement révélée par les cérémonies religieuses qui accompagnaient la réception du chevalier : on entrait dans cet ordre comme dans un sacerdoce. A la fureur de combats déchaînée par la féodalité, l'Eglise voulut donner une autre

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direction, en mettant le courage au service du bon droit et de la faiblesse. Elle tenta d'étouffer des passions grossières en épurant l'amour par le spiritualisme chrétien. Belle conception, qui ne fut réalisée que bien imparfaitement ; l'enfant échappa vite à sa mère. Mais l'esprit chevaleresque ne fut point étouffé : il a toujours continué de susciter des sentiments que Jes sociétés anciennes n'avaient point connus *•

Des œ^vFe^ moips romanesques, s^ns être yr^in^eiit historiques, sont les Bruts gallois '. L'histoire (Je ]^ Pret^gflfi y est r9.coqtéfi avec plus o^ ff^oin^ d'ampleur, çi'm& ïfl3.nière plus; ou m^n^ fi^f^uJ^iisPr W^ ont P-yee YfPnyr^ ^Geoffroy de MoRmQHtlj cïfi^ F^ppprt^ 4pQt te p^r^^tè^^ n^ sg If^isse p^ fax^Hejpgnj d^Wi^lçr-

ïl f^Ht^ qpatrg Bmf§ qui {9vm^^ gP 4^1*^ p}?3^3.

^ Je pe saurais quitter ce sujet sans renvoyer le lecteur aux pages délicieuses que les Mabinogion ont inspiré^8àliL Renai; ll,a poésifi dfis fflces celtiques). if^\& ellejs m§i ^l^m\>h^^ pl}|$ ingénieuses que vraies. Les Celtes que npu§ montre l histoire ne sont point la douce petite race que M. Renan a peinte aviec ^.ipoi^r. Le poëfcie leur a prêtjé spn d.|ne.

? D'.Qù vient le ]titre de Brut donné ^ ces conapositions? Est-ce de ce quelles s'ouvraient par Vhistoire de Brutus, ancêtre prétendu des Bretons ? Ou bien da .ce qu^ )e n^pt brut (bruit) devint, .en mi seps dérivié, le nopi de rhiî^toire| de la chronique? Les deux suppositions sont permises.

. ANCIENNE UTTÉRATURS DU FAYS DB GALLES âTi

i*' Un Brut y Tywysogion (chronique ^Qs princes) commence précisément où se clôt l'œuvre de GeoflPi'oy, Ce pai'att êfre le livre auquel Geoffroy renvoie en fvpmmt pour la suite de son histoire ; livre qu'il cite comm^ l'c^uvre de Caradoc de Llancarvan, auteur ineonnu ^. -^ %"" Vn Brut y Saeson (chronique des Saxons) n'pst guère que le Brut y Tywysogion avec un niélâiige de passages tirés de chroniques saxonnes 9.

La deuxitoie classa se compose : 1*^ d'un Brut y Brenir^dd (chronique des rpis) qui ne diffère guère que pa? la ïangu§ de T^^nvre de Geoffroy ?. Il paraît en ^tjpe }|ne tra4Bfitipn libre ; à moins qu'on ne veuille y voir une œuvre originale mise en latin par Geoffroy. Chaque supposition a eu ses partisans ; mais la première est la plus vraisemblable. — 2"* Un autre Brut nommé , je ne sais pourquoi , Brut y Tysilio *, ressemble extrêmement à celui-là *.

^ V. Myvyr, archaioL, II, 391-467, et p. 7-10. — Monum, histor. Britannica.^ p. 841-855 et II, p. 94.

2 V. Myv, archaioLj II, p. 7-10. — Monum. hist, Brit,, I, p. 95.

3 y. I4yp arch,, fl, 80t390.^

* V! Myv, arch., IT, 80-390. Il en a été publié une traduction anglaise : The ckronicle of the Kings of Bretons , translaf;je4 froi?^ the \yelsh copy attributed to Tyssilio, by Ror berts. 18Î1 ; — et une traduction allemande : Gotsfried's von Monmouth, historia and Brut Tissilio ait walsche chronick in dejitsphiBn iibersetzung, by san Marte (Sphialz) J854. — Il est fait mention d'un barde nommé Tissilio, qui vécut au huitième siècle (Myvyr. arch., I., p. 23). Mais ce n'est pas à lui qu'on peut attribuer une œuvre du douzième.

* A quel point le Brut y Tissilio et le Brut y Breninodd se

Le Brut y Breninodd est suivi dans un manuscrit de cette mention singulière : « Walter, archidiacre d'Oxford, traduisit ce livre du latin en kymrique ; et moi (c'est sans doute Geoffroy qui est censé parler), je l'ai traduit du kymrique en latin . » - — Une mention plus singulière encore se lit à la suite du Brut Tysilio. C'est Walter l'archidiacre d'Oxford qu'on fait ici parler pour dire : » Je traduisis ce livre du kymrique en latin ; et, dans ma vieillesse, je l'ai de nouveau traduit du latin en kymrique. » — Aucune importance ne doit être attribuée à ces inventions de copistes qui voulurent expliquer la ressemblance et la diversité des œuvres qu'ils transcrivaient.

Ce que la littérature galloise offre de plus original, ce sont ses Tnades : genre de composition d'une forme ternaire, rapprochement de trois choses que l'auteur compare pour en montrer la ressemblance, ou le contraste, ou les nuances.

La triade se rencontre dans bien d'autres littéra-

ressembent, c'est ce que montre Tarchéologie galloise d'Owen, où ces deux Bruts ont été imprimés en regard l'un de Tautre.

turcs, mais rarement et d'une manière accidentelle, tandis qu'ici l'emploi en est systématique. La triade se produit quelquefois d'une manière inattendue au milieu d'une pièce qui n'affecte point cette forme ; elle domine exclusivement dans d'autres compositions qui sont d'un bout à l'autre une série de triades. Tous les sujets, morale, religion, droit, histoire nationale, ont été jetés dans ce cadre, traités sous cette forme. Les triades constituent à elles seules une branche si considérable de la littérature galloise qu'une liste des pièces de ce genre qui ont été imprimées remplit plusieurs pages du livre de M. Walter K Ce sont des compositions anonymes comme les Mabinogion ; elles n'ont pareillement d'autre date certaine que celle qui se déduit de l'âge apparent des manuscrits, ou de l'œuvre elle-même.

La triade plait d'abord par son originalité : mais bientôt elle rebute par sa monotonie. Les rapprochements sont quelquefois heureux, délicats, piquants; souvent ils sont forcés. La triade a le tort de rompre perpétuellement le fil des idées. Elle peut ajouter un attrait à des maximes détachées ; mais appliquée à une science, elle exclut toute suite dans l'exposition ; appliquée à l'histoire, elle exclut tout récit. D'où lui vint donc une si grande faveur? On ne peut l'expliquer que par le prestige d'un usage très-ancien,

< Das alte Wales., s. 8-16.

d'une forme consacrée. Ce n'est pas sans vraisemblance qu'une origine druidique a été attribuée à la triade : l'antiquité ne nous a transmis qu'une maxime des druides ; c'est une sentence & trois faces * . La triade parait donc avoir été en usage ches les druides comme dans l'école de Pythagore. Cette forme ne futelle employée que comme procédé mnémonique ? Les druides eurent sans doute besoin d'aider la mémoire pour qu'elle put i*etenir les longs poëmes qui conte* naient leur enseignement; mais ou peut supposer encore quelque raison plus profonde, quelque valeur mystérieuse attribuée au nombre trois. Il se retrouve dans les trois degrés de la biérarchie druidique, dans Tordre de bataille de la Trimarchisia^ dans le triple rang de guerriers qui prenaient place autour d'une table ronde dans les festins gaulois.

* Druidas obscure ac per sententias philosophari : colea* dos Deog ; nihil mali faciendum ; exercendam fortitudinein. Dioç. Laert., I, p. 10.)

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