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CHAPITRE IV

LA FAMItU; CELTIQUE. — LES LANGUES CELTIQUES

Nous avons assisté à la dispersion de la famille aryenne. Les Celtes arrivèrent les premiers dans nos contrées. En quels lieux leurs tribus se répandirentelles? Des traditions le disent; mais nous le savons encore mieux et plus complètement par leur idiome qu'on retrouve, quelquefois seulement en vestiges, ailleurs bien conservé, vivant, diversifié toutefois par le temps et les événements.

Ce que je dis ici et ce que j'ai dit plus haut suppose que nous connaissons sûrement la langue des Celtes : c'est ce qu'il me faut justifier avant d'aller plus loin.

Au siècle dernier l'attention se porta sur un vieil idiwne qui se parlait dans notre Basse-Bretagne. On

reconnut que ce n'était pas un patois, mais une langue ayant son caractère propre^ On ne tarda pas à remar^ quer la ressemblance qu'avMt le bas-breton avec un autre vieil idiome conservé en Angleterre dans le pays de Galles. Plus tard on reconnut encore sa ressemblance, moins étroite toutefois, avec de vieilles langues parlées en Irlande et dans la Haute-Ecosse. Ainsi fut distingué un groupe de langues auquel fut donné le nom de langues celtiques.

Une étude approfondie de ces langues a fait distinguer deux branches, divisées chacune en deux rameaux. La première, composée des idiomes de notre Basse^Bretagne et du pays de Galles, a été qualifiée de branche Kimrique^ parce que les Gallois au moyen âge se donnaient le nom de Kymris. La seconde, composée des idiomes de l'Irlande et de la Haute- Ecosse, a été qualifiée de gaélique^ parce que les Irlandais ont, à ime époque ancienne, porté le nom de GaëlsK

L'histoire rend parfaitement compte de cette distribution des différents dialectes celtiques. 1** Le gallois est un reste de l'idiome parlé dans l'île de Bretagne avant et pendant la domination romaine. Il fut porté, aux quatrième et cinquième siècles, dans notre péninsule armoricaine par des émigrés bretons qui s'y multiplièrent, au point de changer la face du pays et d'en

^ * V. Recherches sur les langues celtiques, par W. F. Edwards, 1844. — Zeuss, Grammatica celiica, 1853.

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faire une petite Bretagne. 2° Une longue séparation avait produit des différences profondes entre l'idiome de nie de Bretagne et celui de l'Irlande : la langue irlandaise fut portée dans le nord de Tîle de Bretagne par des colons venus d'Irlande.

Ainsi s'explique l'étroite affinité du gallois avec le bas-breton; celle du vieil idiome de l'Irlande avec l'idiome de la Haute-Ecosse ; et, d'autre part, la parenté plus effacée qui relie entre elles les branches kimrique et gaélique.

Cette famille de langues appartient-^Ue à la famille plus large des langues aryennes? On en avait douté d'abord ; mais la démonstration a été faite ensuite * ; et aujourd'hui la question n'est plus douteuse. Il se comprend bien que la parenté avec le sanscrit soit moins visible dans les langues celtiques que dans les autres langues aryennes de notre Occident : les Celtes s'étaient détachés avant les autres de la souche commune.

Voilà la famille celtique, parente de la famille germaine puisque toutes deux appartiennent à la famille

^ V. Pictet, De raffinité des langues celtiques avec le sans^ ait; 1837.

indo-européenne, mais comme deux branches bien distinctes.

Que la langue de la Gaule ait été autre que celle de là Germanie, et qu'elle ait été im'e langue analogue aux vieux idiomes de l'archipel britannique, c'étaient deux faits bien reconnus, quand un auteur allemand a entrepris de démontrer une thèse contraire *.• Holtzman a soutenu que les Celtes ou Gaulois ne furent point de même langue, de même famille que les populations de l'archipel britannique ; qu'ils furent de même famille, de même langue que la Germanie. Mais ce parodoxe n'a pas trouvé d'écho : il a été bientôt réfuté par un autre savant d'Outre-Rhin 2.

Les Celtes avaient été confondus par les anciens avec les Germains dans un temps où ceux-ci étaient encore presque inconnus. On voyait de près les Celtes ; sur les peuples habitant au delà on n'avait que des notions vagues ; tout fut confondu sous le même nom. Mais dès que les Germains eurent à leur tour été vus de près, on reconnut vite qu'ils parlaient une autre langue, composaient une autre famille. C'est ce que César',

* Holtzmann, Kelten und Gennanen, Stuttgard, 1855.

* Brandes, Bas ethnograplmhe Verhaîtniss der Kelten und Germanen, Leipsig, 1857.

* César, après avoir décrit les mœurs et les coutumes de la Gaule se tourne vers la Germanie pour opposer une race àTautre. — Ailleurs, il parle d'un chef Germain, Arioviste, familiarisé par un séjour déjà prolongé en Gaule avec la langue du pays : qua mulla jam Ariovistus longa consuetudine utebatur.

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Tacite * montrent très-clairement. — On aperçut aussi que la langue de la Gaule était analogue à celle de Tîle de Bretagne ^.

Des preuves d'un autre genre confirment ces témoi-* gnages. Je laisserai de côtéi si Ton yeut^ l'idiome de notre Basse-Bretagne dans lequel on a communément «vu un reste de l'idiome parlé par les Gaulois ; je le laish serai de côté, parce qu'on pourrait le regarda comme un idiome apporté de l'île de Bretagne dans T Armorique par les émigrations de Bretons dont elte fut le théâtre aux quatrième et cinquième Siècles de notre ère. Mais une autre preuve plus certaine résulte de mots gaulois en assez grand nombre que des écrivains anciens nous ont transmis» et qu'on retrouve, ou dont au moins on retrouve les racines dans les langues dites celtiques ^. Elles ont donc été bien nommées.

Toutes en effet sont des dialectes divers de la langue qui fut parlée dans la Gaule par les Celtes nos pères.

En ce sens, on est autorisé à comprendre sous le nom de Celtes tous les peuples dont la langue appartient à cette faniille*

^ Tacite remarque en Germanie des peuples dont la langue est analogue à celle de la Gaule : ce qui prouve, dit-il, qu'ils ne sont pas Germains : Gothinos gallica linffua eoarguH non esse Germanos [Germ., 43).

2 Sermo haud muUum diversus (Tac, agric., 11).

3 V. Belloguet, Etknogénie gauloise, I»« partie. — Brandes, Ethnog. Yerhali,^ 287-319. — Diefenbach, Celiiea, I. — • Tout n'est pas à admettre dans les rapprochements faits par ces savants; mais en écartant ce qm est hasardé, il reste encore assez pour former une démonstration solide.

Puisqu'il y a une famille'de peuples prouvés frères par leurs idiomes celtiques, l'idée se présente naturellement de relier entre eux ces rameaux sortis d'un tronc commun, d'étudier l'histoire de ces peuples, les monuments de leur passé qu'ils peuvent avoir conservés, leurs traditions, leurs croyances, leurs coutumes; et l'espoir naît d'arriver, par ces rapprochements, à éclaircir les problèmes de l'époque celtique.

On n'a pas été jusqu'ici sans rien tenter en ce genre. Mais comment a-t-on procédé? Des documents ont été hâtivement recueillis chez des peuples dont on connaissait insuffisamment l'histoire; dans de vieilles littératures dont on n'avait point une idée exacte ; dans des lois et des coutumes dont les monuments étaient encore dans l'ombre. De ces documents on a tiré des inductions précipitées; et l'on a construit ainsi une Gaule de fantaisie. Une saine critique commande de procéder tout autrement.

Je me renfermerai donc d'abord dans les témoignages de l'antiquité au sujet de la Gaule. Puis, après avoir recueilli tout ce que les anciens nous ont appris, je me tournerai vers les autres peuples de langue cel-

tique : j'esquisserai leur histoire, je ferai connaître leurs vieilles littératures, les monuments de leur droit; et enfin je rechercherai quelles lumières nouvelles tout cela peut jeter sm' des questions que les témoignages anciens ont laissées dans ime si grande obscurité.

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