‹ Les cent et un Robert-MacaireChapitre 14 sur 22 · I PY · texte numérisé non relu

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— Hélas, Madame! dit en s’inclinant M. Macaire, qui prend, pour le dialogue, une voix de chevreau ému; hélas, Madame! vous avez eu le malheur de perdre monsieur votre fils!...

— Ah , Monsieur !

— Que voulez-vous, Madame , nous sommes tous mortels !

C'était un homme bien honorable, monsieur votre fils !

— Un enfant de quatre ans, si beau! si gentil!... Mais, Monsieur, à qui donc ai-je l’honneur de parler?

— Madame, je suis marbrier, et je viens vous offrir un mausolée ; j’en fais à tous prix ; et comme je sympathise vivement avec voire douleur, je serais bien aise de travailler pour vous, Madame.... Voulez-vous permettre que je mette sous vos yeux mes croquis et mes échantillons lumulaires? Un de mes amis, qui fait la romance en gros pour messieurs les marchands de musique, se charge des épitaphes; un professeur surnuméraire de botanique, attaché au Jardin-des-Plantes, soignera les plantes de votre jardin, ou plutôt du jardin de feu monsieur votre fils; les émanations des fleurs sont comme les exhalaisons de la pensée , qui survit à la mort et perce le gazon pour venir répondre à la pensée de l'ami des tombeaux.

On est marbrier, Madame, mais on n’a pas le cœur comme sa marchandise ; on comprend la poésie du regret et du souvenir ; la pierre est notre esclave, et ne doit qu’obéir. C’est à moi que l’on doit la tombe de l’inventeur du télégraphe, sur laquelle j’ai placé l’instrument mobile des dépêches aériennes, contraste avec l’immobilité de celui qui repose sous la pierre; c’est moi qui ai posé une veilleuse qu'on allume deux fois par an sur les cendres du premier introducteur du gaz hydrogène à Paris; pensée consolante et conciliante, qui apprend que toutes les haines, toutes les rivalités s'éteignent dans la tombe, et que l’huile y brûle sans passion près du gaz; c’est à moi qu'on a dérobé le plan de l’épitaphe-prospectus qui signalait la douleur d’une veuve inconsolable, et indiquait l’adresse de son magasin; c’est moi qui ai érigé à la femme d’un gendarme un monument en asphalte, avec ces mots sculptés en bitume fébrifuge :

Ci-gît une pauvre mère;

. Elle est morte d’un cancer,

Jugez comme elle a souffert...

La douleur de la mère ne peut tenir à cette burlesque citation Elle

fait jeter le marbrier à la porte.

Paris, chez AUBERT, galerie Véro-Dodat.

Typographie Làcrampk et Comp., rue Damiette, 2.

Robert- Jîtacaire moite.

Bertrand , travesti en secrétaire intime de Robert-Macaire, lui remet une invitation à dîner, adressée par le chef d’une des premières banques industrielles de Paris : Robert-Macaire, étendu dans son fauteuil, laisse percer un mouvement de mauvaise humeur contre celui qui lui présente la missive.

— Mon Dieu, Bertrand! ditMaeaire, vous ne vous formerez jamais! il faudra que je vous réforme! Comment, vous 11e comprenez pas qu'il est des invitations que je ne puis accepter? Vous raisonnez toujours dans l’intérêt d'un appétit animal. Dans le siècle où nous sommes , il faut savoir refuser à dîner. Je sais très-bien que je ne vous ai pas nourri dans ces principes-là...; mais il arrive un temps, par exemple, au dessert de la

Vie, passez-moi l’expression, où il faut mettre de l’eau dans son vin, et ne plus agir comme on faisait au commencement du repas de l’existence, même allégorie que ci-dessus.

Diable! respectons les convenances, Monsieur! M. Durand, un homme taré, un parvenu dont la fortune vient on ne sait d’où... Je ne puis pas accepter une invitation comme celle-là..., je ne puis pas m’encanailler, c’est impossible.

— Le domestique de M. Durand , que j'ai connu dans mes voyages, dit que vous avez connu son maître à l’époque des vôtres.

— Comment! à l’époque de mes maîtres?

— Non! à l’époque de vos voyages.

— Ce garçon-là sera amphibologique toute sa vie!

— Quel garçon? celui de M. Durand?

— Imbécile! c’est de toi qu’il s’agit! — . Ah çà, monsieur Bertrand , est-ce que vous auriez la prétention de me mener et de faire ici le Mentor? Dites au domestique de M. Durand que je ne dîne jamais.

— Alors il vous invitera à déjeuner.

— Que je ne déjeune jamais, que je 11e soupe jamais; enfin que je ne mange jamais.... hors de mon domicile politique; ajoutez encore que je ne reçois personne à l’heure des repas, car un intrigant de la force de M. Durand serait homme à faire une entrée chez moi, entre le potage et le hors-d'œuvre.

Mais s il fallait reconnaître tous ceux qu’on a vus ou rencontrés sur les grandes routes et dans les bois, on n’en finirait plus avec les politesses.

Je ne fais fi de personne; je trinquerais volontiers avec un villageois, si le villageois offrait de boire à mes vertus ou à mes travaux industriels ; si c’était à huis clos, je le dispenserais même de me dire son nom : mais dans un acte public, comme un dîner d’apparat, dans une solennité avouée, comme un repas auquel on est convié par lettre autographiée, on se doit à soi-même, à sa propre conscience, à la considération dont le vulgaire vous honore, de savoir le juste poids de la moralité de l’amphitryon.

Ces maximes sont nouvelles pour toi, Bertrand. Leur application te trouvera longtemps encore récalcitrant. Tu bois, comme on dit en termes vulgaires, tu bois volontiers avec celui qui paie ; lu ne connais que l’é chelle sociale de la soif; tu juges l’homme au plus ou moins d’empressement qu il met à t’offrir quelque chose. Je dois être plus sévère , mon ami ; je dois être d’autant plus rigoriste que tu l’es moins.

— Je suis philosophe , et ne demande pas un billet de confession à ceux qui m’offrent de me rafraîchir.

— Ne t’échauffe pas, Bertrand ! Si je vivais comme toi dans une sphère

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moyenne, j’aurais probablement ton laisser-aller; je ne mettrais pas le fricandeau du prochain à la question , je ne promènerais pas la torche de l'enquête autour du perdreau truffé. A diverses époques de la vie, j’ai bu avec la maréchaussée la piquette de la grande roule; dans les vallons solitaires où nous cachions nos tètes réclamées par un code ennemi de la vieillesse, je me suis souvent désaltéré dans le courant d’une onde plus ou moins pure, et souvent j’ai bu dans des tasses qu’avaient effleurées des lèvres peu virginales. Si les hasards de la vie m’envoyaient, dans un chemin de traverse, un des anneaux vivants de la grande chaîne de Toulon , je ne voyais en lui qu’un homme couvert d’une veste rouge, et altéré, je buvais. Avec les myriades d’actionnaires, dans mes nombreuses commandites, j’ai accepté le repas de corps, et même j’ai poussé le cynisme jusqu’à servir et à découper. Mais alors, Bertrand , c’est moi qui étudiais les hommes, et aujourd’hui les hommes m’étudient. Il y a des gageures, de fortes gageures sur ma valeur réelle; il y a conflit entre mes contemporains : ils ne savent pas si je parodie sur terre Cartouche ou saint Vincent de Paul, et ils ne le sauront jamais; mais pour cela, il faut que j’oppose l’adresse à la ruse. On veut me peser, c'est à moi de fuir la balance. On me surveille, je me surveille moi-même avec des yeux qui valent mieux que ceux de mes sbires.

Les invitations à dîner sont un de leurs grands moyens. Ils espèrent voir l’homme à nu, au moment des irrigations de l’Aï, ils veulent me tenter par le chant des sirènes; puis, à côté, les saint Jean-Bouche-d'Or de la finance porteraient un toast à l’usure ou à l’agiotage, pour connaître la devise de mon drapeau... Il y a même de par le monde un second Érostrate, qui se propose de brûler mes autels; il a parié qu’il parviendrait à me rendre actionnaire d’une tontine quelconque.

Oh, Messieurs! faites pleuvoir les invitations sur mon bureau, chargez l’omnibus des facteurs de poulets à mon adresse, je n’irai point manger les vôtres, ni fléchir devant vos colombes; vos nymphes sont falsifiées, vos vins frelatés... ; le coin du feu est mon champ d’asile, mon fauteuil est le trépied de la pythonisse, qui devine et n'est pas devinée; je m’y cramponne de toute la force de mes phalanges.

Suis-je ange, ou diable? génie du bien, ou esprit du mal? Mérilé-je l’encens, ou la corde? le cabanon, ou le prix de vertu? la statue, ou la potence?

Le mot est à trouver. Ce ne sera pas chez M. Durand que ce grand logogriphe social sera deviné. Il n’y a que moi, mes maîtres, qui pourrais vous tirer d’embarras. Comme le père Sournois des Dandides , je n’aurais qu’un mot à dire , et je ne le dirai pas. M. A.

Paris, chez ALBERT, galerie Véro-Dodat.

Typographie Lacbampe et Cornp., rue Damiette, ï.

Holml-Jilacairc charitable.

John, portez ces cinq cents francs à M. le curé, pour les pauvres de la paroisse ; qu’on sache bien que c’est moi qui les donne !

— Oui, monsieur le comte J’oubliais de dire à Monsieur que cet

homme est revenu.

— Quel homme?

— Ce pauvre homme qui prétend être un ami de monsieur le comte ; il s’appelle Bertrand.

— Bertrand?... Bertrand !... je ne connais pas ça. Dites toujours que je n’y suis pas.

— Mais c’est qu’il insiste, il persiste et même il résiste ; on ne s’en défait pas facilement. Avant-hier il m’a dit : Dis à ton maître que pour le

voir, je ferai peut-être un tour de force; et il a ajouté : M. de Saint-Macaire sait ce que c’est qu’un tour de force...

— Je ne comprends pas le calembour.

— Puis il s’est radouci , et , d’un air un peu hypocrite, il a ajouté : Ton maître et moi avons été longtemps à l’école....

— D’abord, il ment; je suis élève du Prytanée.

— Eh bien! il dit que vous avez été avec lui à l’école du Ah ! j’y

suis..., à l’école du malheur...

— Connais pas cette école-là !

— Il m’a prié encore de vous rappeler que vous aviez travaillé ensemble en mathématiques, et il avoue qu’il était moins fort que vous en soustraction; comme les mathématiques n’allaient pas beaucoup, il prétend avoir été votre associé dans les fers... ; peut-être a-t-il voulu parler des fers creux. Puis, il m’a encore raconté qu’en garnison à Toulon, vous aviez eu un mal de galère.

Macaire à pari. — Ce polisson de Bertrand a la bosse de la mémoire développée d’une manière atroce. Il faut que j’avise au moyen de la lui faire rouler sous d’autres climats.

— Et puis, après toutes ces conversations, il a pris...

— Qu’est-ce qu’il a pris?

— Il a pris une chaise, en me disant : Il faut que je vous conte une chose renouvelée de M. Odry et du théâtre de la Porte-Saint-Marlin; il a * njouté : Ça pourra faire pièce à ton noble maître; et il a commencé ainsi son récit :

« Pour lors, il y avait une fois, dans le Puy-de-Dôme, une jolie fille qui était meunière, et même que son moulin et elle-même étaient très-recherchés en mariage. Dans le village où étaient le moulin et la meunière, il n’y avait pas de jolis garçons du tout, du tout. Pour être meunier, il n’y a pas besoin d’avoir du physique, que disait la meunière; mais pour être mon mari, il n’y aurait pas de mal d’être un peu agréable. »

M. Bertrand s’arrêta un moment, et but un coup de vin qu’il s’offrit.

— Que diable me raconte-t-il là?

— Quand M. Bertrand eut bu , il continua son conte : « La meunière était vraiment bien embarrassée, parce que chacun la pressait d’en finir; le curé lui-même lui disait : Meunière, ça n’a pas de raison d’être si longtemps à vous décider : je sais que vous avez une passion dans le cœur, et quelle est bien plus longue que celle de feu Notre-Seigneur, car il y a plus de cinq ans quelle vous pâlit et vous rend le teint farine, sans comparaison avec celle de votre moulin. La meunière répondait par un gros soupir; mais une fois, v’ià quelle pousse un cri de joie qui fit

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pivoter toutes les girouettes d’alentour : elle avait vu derrière un buisson l’objet de sa tendresse, qui voyageait avec un bâton et un mouchoir bleu à carreaux , dans lequel étaient son paquet et ses papiers. — C’est lui ! c’est elle! qu’ils se dirent. Le jeune homme, qu’on n’avait pas vu depuis neuf ans, dit qu’il raconterait, une autre fois, ses aventures, mais qu’auparavant il désirait se rafraîchir et se marier. On lui versa à boire, et les cierges de l’église s’allumèrent. Au théâtre on ne connaît pas la publication des bans, ça ralentirait l’action, » à ce que disait M. Bertrand.

« Voilà le nouveau venu bien heureux : il met une veste blanche , un pantalon blanc , un chapeau blanc; enfin , le voilà déjà meunier et bientôt époux , quand , au clair de la lune, se présente un convive qui n’était pas invité, et qui est habillé d’une façon fort singulière, n’ayant qu'un bas, un quart de soulier, et à peu près un demi-chapeau. Il dit qu’il veut parler au meunier. Le meunier arrive, et , à la vue du particulier, il blanchit le plus qu’il est possible. Il reconnaît dans ce nouveau venu un ami intime qui a été forçat avec lui; car le meunier avait été à Toulon, rien que ça. L’ami du meunier lui dit qu’il vient, sans façon, danser à la noce et partager la dot. — C’est trop fort, dit le meunier, tu ne feras pas un pareil trait à un ami; je ne te refuse pas à boire, mais pas de dot. — Je veux un peu de dot. — Tu n’en auras pas. Là-dessus, querelle, bataille ; le meunier reçoit un coup de pistolet de son ami, il va tomber dans la coulisse; la meunière arrive les cheveux épars, elle ouvre la veste du blessé, cherche la balle. Qu’est-ce qu’elle aperçoit? les deux lettres T. F., gravées à vif sur l’épaule de son chéri ! T. F., dit l’assassin, ça signifie galérien!.... Ce n’est plus qu’un cri d’horreur !.... tout le monde va s’évanouir, quand le blessé revient à lui. On s’explique, et heureusement tout s’arrange, parce qu’on reconnaît que les deux lettres T. F. ont été mises à tort , par la justice, sur l’épaule en question ; on se console en pensant que ces deux lettres se trouvent heureusement former le chiffre de Thérèse et de François, les deux époux. On s’embrasse, et la toile tombe. »

— C’est de l’histoire ancienne, John, qu’on t’a contée là C’est du

drame classique que tu nous narres. Que peut avoir de commun avec ton maître et M. Bertrand le mélodrame des Deux Forçats ? quelle morale M. Bertrand tire-t-il de là?

— C’est celle-ci, monsieur le comte : il dit que ça prouve qu’il y a bien des grands seigneurs meuniers qui n’oseraient pas ôter leur robe de chambre.

— Ce M. Bertrand est sans doute quelque moraliste malheureux!

Donne-lui deux sous, et dis que je pars demain pour une tournée philanthropique. M. A.

l’a ris , chez AUBERT, galerie Véro-Dodat.

Typographie Lacrampe et Uomp., rue Damiette, 2.

Jît. et Jilmc Jttacaire en délicatesse.

Quand M. Macaire crul tenir la fameuse dot d’Éloa de Wormspire, quand il compta les châteaux et leurs dépendances, dont la description tenait onze pages du contrat nuptial sur recto et verso ; quand il vit dix tiroirs pleins de vieux cachets blasonnés aux armes des Wormspire, il ne put retenir un cri de joie; il passa un entrechat, et, toujours à la réplique pour les refrains applicables à sa position, il entonna d’une voix inspirée :

L’hymen est un lien charmant.

Mais quand arriva le jour néfaste des révélations, quand Éloa tint le langage que vous savez; quand il fut mathématiquement démontré que le

patrimoine mutuei des époux ne montait pas à la somme exigible par le percepteur du Pont-des-Arts , pour le passage d’un bipède, M. Macaire, par une de ces pensées soudaines qui font naître en lui les grandes résolutions, s’appliqua un proverbe qu’il traduisit ainsi : Quand le fourrage dotal manque au râtelier de la communauté, les conjoints se

— J’aime mieux battre le pavé..., ajouta-t-il, et le battre seul. Je laisserai mon fils à sa mère, afin qu’elle ait quelqu’un pour essuyer ses larmes, si elle a des larmes à essuyer.

M. Macaire prit son chapeau , n’ayant pas le choix de prendre celui d’un autre, il demanda le cordon , et dit au portier : Je ne rentrerai pas.

Le concierge crut devoir ajouter : — Cette nuit?

— Cette nuit et toutes les autres nuits idem... , riposta Macaire. Je deviens une âme en peine..., je vais errer... Si le facteur a des lettres pour moi, je vous autorise, concierge, à faire écrire au dos : domicile inconnu, ou plutôt domicile très -connu..., la voie publique.

Madame Macaire parcourut toute l’échelle harmonique du désespoir; elle étourdit les voisins, pendant toute une semaine, de la gamme de sa douleur

ri ! point d’orgue !

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Le besoin de consolation lui suggéra la pensée de tricoter des bretelles pour un jeune homme porteur de jolies moustaches, et de papiers qui prouvaient à peu près que le porteur était un cousin de Wormspire; par conséquent les Wormspire femmes devaient être ses cousines : c’est ce que l’éloquence put enfin persuader à la quasi -veuve inconsolable. Le cousin Wormspire , en cousin qui connaît son siècle , fit comprendre à madame Macaire qu’il n’était pas nécessaire d’être dans une mansarde pour déplorer l’ingratitude des hommes; il lui fit comprendre qu’on pouvait se plaindre du sort plus chaudement, sous une robe de mousseline de laine, que sous un peignoir de toile imprimée ; enfin, l’aisance et les châles rentrèrent au logis. Le fugitif Robert-Macaire comprit qu'il était temps d’y rentrer aussi.

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Macaire voulait bien rompre son ban dexilé; mais, en émigré fier de son infortune, il voulait, non pas se rappeler lui-même, mais être rappelé.

Un jour , il aperçoit madame Macaire mangeant un petit pâté chez Félix; l'époux, encore à jeun, s’approche en souriant, et tendant la main, dit : — Éloa! quelques miettes du festin....

Éloa, toujours bonne, jette une énorme brioche au perfide.

Le lendemain , Éloa est aperçue au moment où elle paie un cocher de citadine... Macaire s’avance : — Quand on donne deux sous pour boire à un cocher altéré, on ne refuse pas un grain d’or à un mari à jeun....

Eloa fait un cri de surprise...

— Préférez-vous que je vous offre mon bras, Éloa?...

Madame Macaire abandonne sa bourse à son époux, qui la presse (la bourse) près de son cœur, à la hauteur où se trouve la poche de son gilet.

Au spectacle, si Macaire aperçoit madame Macaire dans une loge, il lui fait tenir, par l’ouvreuse, un petit billet ainsi conçu : «Je prendrais volontiers une glace au marasquin, ou une plombière au corinthe...; mais

absence totale de capitaux » Il dit h la messagère : — Vous direz à ma

femme que je suis fortement altéré, et que je me trouve sans monnaie. Madame Macaire remet sa bourse à l’ouvreuse.

Ces diverses escarmouches ne sont que des jeux d'enfant pour Macaire. Le jour de la bataille décisive avance ; après avoir quelque temps peloté , il faut enfin faire la grande partie. L’illustre exilé se présente au domicile conjugal : il sonne à rompre les sonnettes, fait tourner sur ses talons la récalcitrante soubrette qui refuse l’entrée, et, arrivant en présence de son épouse et du cousin Wormspire , il s’écrie : — Madame mon épouse , vous me laissez manquer de tout! vous ne me faites qu’une misérable pension de trois mille balles, vous me consignez à votre porte comme un mendiant , et, qui plus est, vous voulez m’éloigner de Paris, m'expatrier, me déporter.... Non, non, je ne quitterai pas laFrrrrance! Écoutez, je dois 10,000 francs à mon ami Bertrand , c’est une dette de jeu , une dette d’honneur ; j’en dois à mon gargotier 525 , et 10 francs à mon garni ; total : 10,535 francs; donnez-moi de plus quelques mille francs pour distraire mes chagrins domestiques , et je vous laisserai tranquille , parole d’honneur!

Madame Macaire demande vingt-quatre heures pour réfléchir.

— Je vous les accorde, dit Macaire; et, pour être exact à l’heure , je prierai le cousin Wormspire de me confier sa montre d’argent ou d’or , n’importe....; il n’a rien à craindre...., je la monterai ce soir avant de me coucher.

l’.iris. chez Al.’IÎERT, galerie Véro-Dorlat.

Typographie Lacraihpp etCornp., rue Damiette, 2.

ilobcrt-iîlamire iîtabagascarien.

Nous retrouvons Robert-Macaire dans son ménage , après avoir vu Robert-Macaire en délicatesse avec sa femme, préférer le pavé de la grande cité au parquet du manoir conjugal; nous le retrouvons dans son ménage. Le chef de la communauté est rentré au bercail; l’air frais des nuits parisiennes, la solitude de la voie publique à l’heure où s’éteint le gaz , les tendres harmonies des rayons lunaires caressant les trottoirs de bitume, n’ont plus de poésie pour son âme. Il a retrouvé le chemin du toit d’Éloa, il y est revenu, comme un monarque rentré en grâce qui a beaucoup appris dans l’exil.

Le petit cousin Worinspire, celui que nous avons rencontré quand Robert-Macaire réclama une pension alimentaire d’Éloa, est devenu un di-

plomate , un monsieur décoré de plusieurs ordres qu’il ne porte pas, un monsieur bien en cour, ayant loge aux Italiens, et deux chevaux qui, tous les ans, ont le bon esprit de se laisser gagner le prix de vitesse par des chevaux de prince qui courent beaucoup moins bien qu eux.

Le petit cousin, grand personnage, est fort assidu chez son parent. Souvent il croit devoir des excuses de son importunité ; mais il avoue à M. Macaire qu’il lui en coûterait beaucoup de se voir interdire sa maison.

— Ah! Monseigneur.... (monseigneur ne se dit plus, mais les grands tolèrent ce nom, ils sont assez bons pour ne pas s en offenser); ah! Monseigneur, dit le mari d’Éloa, je vous prie de ne vous gêner en rien... II n’y a qu’une personne ici qui puisse blâmer ou approuver, c est Éloa; si Éloa approuve, ou si elle improuve, alors je fais écho....; elle est le chef d’orchestre de la communauté...; j’attends le coup d archet, pour jouer dans le ton indiqué.

— Vous êtes la perle des maris, monsieur Macaire !

— J’ai été converti par une livraison du Musée des FuMilles .... Cet ouvrage m a initié à une nouvelle doctrine qui doit éclipser le saint-simonisme, le fourriérisme et le coissinisme. Je cite seulement ce dernier pour la rime; car il n’a pour lui que de vendre trente-cinq francs, à ses adeptes, des hamacs qui coûtent partout ailleurs dix-huit francs; il est vrai que le chef de la doctrine donne par-dessus le marché, à ses disciples, deux clous pour les accrocher....

— Les disciples ?

— Non , les hamacs. Mais revenons à la nouvelle secte. Je veux parler des Madagascariens. Savez-vous ce qui se passe à Madagascar?

Or donc, imaginez-vous que, dans ce royaume, les maris sont tres-flattés d’un grand nombre de choses qui affectent les epoux de nos contrées.

Quand un étranger aborde chez les Madagascariens, le Madagascarien va chercher sa femme, et il la présente à l’étranger en disant : Ma chère amie, tu vas me faire l'amitié de prendre le thé ou le café avec Monsieur. La Madagascarienne, qui sait combien les époux indigènes sont chatouilleux sur le chapitre de l’obéissance , répond : Mon ami , c’est comme tu voudras. Le mari, né bien plus galant que les époux de notre hémisphère, réplique : C'est au contraire comme tu voudras toi-même. Alors, la Madagascarienne riposte : Je le veux bien. Quand la Madagascarienne prend son thé avec l’exotique convive, le Madagascarien s’endort...

— Ah ! le singulier usage !

— Et s’il veut faire une politesse plus grande au noble étranger, et même à l’étranger roturier, le Madagascarien ronfle. Et depuis la fondation de Madagascar, qui remonte à... je ne sais pas à quelle année remonte la

fondation de Madagascar — Sais-tu , ma bonne amie, à quelle époque

remonte?...

— Ça ne fait rien à l'affaire.

— Eh bien alors!... depuis celte époque- là , il n'y a pas d’exemple qu’un Madagascarien se soit éveillé avant que sa femme ait pris la peine de le tirer de son sommeil. S’il s’éveillait, il serait déshonoré à ses propres yeux; en cas de veuvage, il ne trouverait pas de fiancée, et chez les races futures, on dirait, en montrant ses arrière-petits-enfants : Vous voyez bien ces grands petits-fils-là , ce sont ceux d'un homme qui a osé s’éveiller pendant que sa femme prenait le thé avec un étranger.

— Eh bien, monsieur le comte, je suis Madagascarien... Je vais fonder cette secte en France; j’aurai lesfemmes pour moi.... Le madagasearisme va s’infiltrer dans nos mœurs nationales. Je détrône Saint-Simon, je culbute Fourrier, j’enfonce le révérend père Coissin.

J’émancipe le sexe, seulement sous le rapport de la liberté du tête-àtête et de la promenade. Je ne touche nullement à la question brûlante de l’hérédité ; la mère, comme par le passé, rendra des comptes à sa fille, mais elle n’aura pas de comptes à rendre à son époux, qui n’en demandera plus.

Il est par trop barbare de laisser peser un joug de fer sur l’épouse... Comment! une femme de trente-un ans n’aura pas le droit de dire tout bas à un jeune homme de dix-sept hivers, ou à un vieillard de soixante-treize printemps, Je crois quil pleuvra demain! ou, Comment vous portez-vous? sans qu’un mari ait le privilège, le Code à la main, de venir demander à son épouse ce dont il s’agit !... on n’aura pas le droit , dans un dîner, d'offrir des artichauts à la Barigoule, ou de la charlotte russe à une jeune mère , sans que le mari ait le pouvoir de dire au maître de la maison : Je ne veux pas qu’Hortense, Cécile, Héloïse, Nathalie ou Joséphine mange de cela !... Oh.... oh !... nous allons saper ce vieil édifice social, monsieur le comte! Je veux qu'une épouse soit maîtresse chez elle

J’ai déjà la signature de soixante-dix-sept mille femmes. Dans ce moment, je suis attendu pour recueillir des adhésions dans la banlieue et les pays limitrophes. Mon Dieu! Monseigneur, obligé de me mettre en campagne, permettez que ma femme vous tienne compagnie Je vous en-

gage même à la catéchiser...; c’est une conversion à faire; le madagascarisme lui répugne...: ca été élevé dans des principes si naïfs!.... Notre timide tante Wormspire était de la vieille roche.... Elle obéissait à notre vertueux oncle Wormspire..... Enfin, monsieur le comte, faites pour le

mieux... Éloa. écoute M. le comte, c’est notre parent et notre ami

Paris, chez AUBERT, galerie Véro-Dortai

Typographie Lacraaipe et f.omp., rue Damiette, 2,

Hobcrt-JOTacairc lançant une affaire.

Il est un fait bien certain , et qui a été observé non-seulement par tous les auteurs qui ont écrit sur l’histoire naturelle, mais encore par les observateurs les moins instruits, et par toutes les personnes qui se sont trouvées en relation d’affaires ou d’amitié avec des moutons, des oies, ou même de ces vulgaires animaux dont la propreté est loin d’être aussi renommée que la voracité , et qui sont connus depuis longtemps sous la dénomination de cochons..., sauf votre respect !...

Mais ici , vous m’interrompez , et vous me dites que j’oublie de vous parler du fait..., du fameux fait en question, que je vous ai annoncé au commencement de ma phrase infiniment trop prolongée... Vous avez raison, Monsieur; je reviens donc à mes moutons, c’est-à-dire au fait ob-

serve par quelques auteurs distingués en particulier, et parles trente-trois millions de Français en générale

Voici ce fameux fait : C’est que tous les animaux en général sont extrêmement imitateurs ; pour que trois cents moutons sautent un fossé, il suffit qu’un premier mouton se livre à cet exercice gymnastique. Aussitôt tous mes autres jobards de moutons imitent le mouton acrobate, et dans l’espace d’une minute, tout le troupeau est de l’autre côté du fossé, sans s’être demandé pourquoi , ni sans savoir comment.

Autre fait : Quand on veut prendre au filet une centaine d’alouettes, il suffit d’attacher quelque part une simple alouette, et aussitôt toutes ses compagnes viennent s’abattre sur ce point, uniquement parce qu'il s’y trouve déjà une alouette.

Autre fait : Quand on se promène dans la campagne Mais je m’a-

perçois que c’est bien assez de deux faits pour prouver le premier fait en question, et je quitte immédiatement la campagne où je voulais vous entraîner, pour vous ramener au beau milieu de Paris, séjour habituel de Robert-Macaire, personnage dont j’ai à vous entretenir pour l’instant.

Robert-Macaire, qui s’était livré à des études d’histoire naturelle assez approfondies, surtout sur la classe intéressante des serins, autrement dits jobards, ou actionnaires, avait remarqué depuis longtemps tous les faits que nous venons de relater ci-dessus, et, en véritable philosophe, en économiste profond, en politique habile, Robert-Macaire résolut de faire tourner au profit de la spéculation commerciale, des études qui primitivement étaient purement du ressort de l’histoire naturelle.

— Puisqu’il suffit d'un premier mouton , ou d’un premier actionnaire pour faire immédiatement sauter tous les autres dans notre entreprise en commandite, attachons un premier mouton, une première alouette à la porte de notre caisse, et notre fortune est faite. Par suite de ce raisonnement, Bertrand joua longtemps le rôle du premier actionnaire, ou, autrement dit, de X allumeur; mais ce système, quelque bon qu’il fût, n'était d’un rapport fructueux que dans Paris ; la province échappait totalement à l’influence de l’attraction spontanée , puisqu’elle était privée du plaisir de voir sauter le mouton primitif. Aussi Macaire fut-il un jour transporté de joie en trouvant un système qui lui permettait de faire croire à tous les moutons de province, non -seulement qu’un premier mouton sautait en ce moment , mais bien plus, qu’un très-grand nombre de moutons étaient déjà entrés dans le bercail dont il s’était constitué le pasteur. Car notre gaillard écrivait volontiers sur son chapeau, comme le loup de la Fable : C’est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau.

Il appelle Bertrand, et lui dit :

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l^yFais imprimer, lirer- à 300, °Ü° et empoisonne 2- en la France . . . Comment! nous ^ ) ) / . n av°n3 pas, placé une jculeaaction ; nous n'avons y ne, ,seiiJe demande tjQj.13 \ j '

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— Bertrand, asseois-toi à ce bureau, prends une plume d'oie, du papier à triple colle, et écris ce que je vais te dicter

— A qui écris-tu ?

— Ça ne te regarde pas !... Ce qu’il y a de sûr , c est que ce n’est pas au procureur du roi.... Tu sais bien que depuis longtemps nous avons cessé toute correspondance amicale... Allons!... écris.

Monsieur,

En réponse à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, j’ai le regret d’avoir à vous annoncer que les actions de la société européenne du cirage iNCOMRUSTiRLE ont été intégralement souscrites. Toutefois , j ai enregistré votre demande, et , dans le cas d une nouvelle émission, j aurai l’honneur de vous en donner immédiatement avis.

Recevez , etc., etc.

Le Directeur, R.-Macaire.

Fais imprimer , tirer à 300,000 exemplaires, et empoisonnes-en la France entière....

— Comment! s’écria Bertrand, en laissant tomber la plume d’étonne-

ment; comment! nous n’avons pas placé une seule action, nous n avons pas reçu une seule demande, en un mot, nous n’avons pas le sou, et tu

— Bertrand! vous êtes bête comme une carpe!... Faites ce que je vous dis, et vous verrez....

Effectivement, trois semaines après, les trois cent mille circulaires dont on avait empoisonné la France produisaient leur effet; ce fut une contagion générale, et presque tous ceux qui furent atteints d une circulaire se mirent à cracher des écus dans la caisse centrale de la Société euro péenne du Cirage incombustible.

Les quatre-vingt-six départements , y compris la Corse, s arrachaient ces bienheureuses actions, que le directeur Macaire avait consenti à émettre, à la demande générale du public.

Tous les actionnaires étaient convaincus de l'excellence d une Société dont les premières actions avaient été si rapidement enlevées ; la seconde série que l’on venait de créer devait nécessairement donner une extension prodigieuse aux affaires de la Société , et les plus modestes de nos moutons espéraient des intérêts de cinquante pour cent.

Hélas! six semaines plus tard, tous les malheureux actionnaires de la Société du Cirage incombustible s’aperçurent qu’ils étaient brossés d’importance , attendu que le directeur Macaire avait éprouvé la fantaisie d’aller briller à Bruxelles.

Paris, chez Aubert, galerie Véro-Dodat.

Typographie Lacrampe et Comp., rue Damiette, 2.

Robert-Jîtacaire amoureux.

L’amour doit être une opération purement financière à une époque essentiellement commerciale. Un soupir qui ne porterait pas son fruit en espèce monétaire, en nature fusible au creuset, ou transmissible au change, serait réprouvé par noire héros. Le sentiment est un hameçon tendu, non pas au cœur, mais aux bagues, aux bracelets, et jusqu’aux épargnes des beautés qui peuvent mordre à l’appât.

— O mon trésor! s’écrie le galant Macaire, qui vient de recevoir un gage de tendresse depuis longtemps attendu ; ô mon trésor! avec quel plaisir j’admire, je caresse le charmant portrait que tu m’as envoyé !... Mais tu l’as fait orner de brillants, quelle folie ! ne fais donc plus de ces choseslà, tu me fais de la peine.... Et cette chaîne de montre, comme elle est

belle ! comme elle est riche ! Aussi , je veux à mon tour t’offrir un présent qui le soit agréable, qui te rappelle notre amour, notre bonheur... Je veux te donner une mèche de mes cheveux !

Dans les causeries intimes, Macaire cherche toujours à faire prévaloir ce paradoxe : qu’il est bien plus doux de donner que de recevoir ; impudent mensonge que vous entendez gravement répéter chaque jour par ceux qui ne donnent jamais, mais qui recevraient volontiers. M. Macaire est l’homme le plus exact au chômage des fêtes ; il envoie à l’homonyme d’une sainte, un bouquet de violettes avec un quatrain; et la veille de la Saint-Robert , il déclare hautement qu’il verrait d’un mauvais œil qu’on offrît à lui, Macaire, une épingle eji pierreries ou une montre de Breguet. Ne vous avisez pas d’ajouter foi à ses scrupules; avisez-vous encore moins de vous présenter à son domicile avec un simple pot de réséda, il vous casserait surja tête toutes les porcelaines du monde, si on payait son patron en même monnaie qu’il solde celui des autres.

Macaire sait faire comprendre qu’il n’y a que le plus précieux et le plus dur des métaux qui puisse être le symbole d’une tendresse que le creuset du temps et de l’absence ne peut fondre. — Je suis un homme d’or, et mon âme est de diamant , répète-t-il souvent , et la première pensée d’une femme aimante doit se porter sur ces deux matières , qui rappelleront à Macaire sa valeur représentative.

11 était réservé à M. Macaire de pousser jusqu’au dernier degré du possible l’exploitation de l’amour. Écoutez, et vous verrez qu’il a laissé bien loin derrière lui ses nombreux disciples.

Un jour, M. Macaire se présente dans les bureaux d’une Compagnie d’assurances sur la vie, s’annonce comme un bon parent qui veut laisser après lui une fortune honnête à une jeune personne qui l’est aussi; il désire, en un mot , se faire assurer, et, moyennant paiement subit ou par annuité, faire, à sa mort, un sort à la personne qu’il désigne. On lui donne tous renseignements à cet égard : la Compagnie paiera la somme convenue à la personne déclarée, mais à la condition que M. Robert-Macaire mourra de sa mort naturelle, la prime n'étant pas exigible au nom de ceux qui, pour quitter la vie, prennent la porte du suicide, du duel, ou autre porte qu’on peut ouvrir ou fermer à volonté. On fait encore observer à M. Macaire que la Direction refuse aussi la prime à ceux à qui l’exécuteur des hautes œuvres aurait fermé les yeux. On a prévu le cas possible de la spéculation; et même, pour le dernier cas, on a supposé, ce qui flatte l’honneur de la France, qu’il y aurait des scélérats assez vertueux pour faire de l’échafaud un gagne-pain pour leur veuve inconsolable.

Macaire, au fait des détails et des exigences de l’administration, réca-

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