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— Vous me permettrez, docteur, de vous dire que vous dépoétisez la souffrance; vous rendez la convalescence prosaïque. Que sera le chevet d’un malade s’il n’a pas le matériel pharmaceutique consacré par l’usage , si la fiole n’apparaît pas avec son lockou sa potion calmante, si le rouleau d’eau de groseille ne reflète pas sa teinte pourprée sur le drap du moribond? Je passe sous silence plusieurs accessoires hydrauliques que vous avez en horreur.
— J’estime la mécanique, mais l’homœopathie ne l’applique pas à l’élévation de fonde dans le corps humain. Le tube d’étain, ou, si vous l’aimez mieux, le clyso-pompe ou clyso-bol a tué plus de monde que les inondations des années les plus désastreuses.
— Vous ne passez même pas au malade la distraction du sucre d’orge ou du jus de réglisse.
— L’homœopathie a ses raisons pour agir ainsi : Un de nos malades ayant consommé, malgré la défense du médecin, un seul petit pois , est mort au moment où sa guérison semblait immanquable. Ce fait est consigné dans les annales de la Société. Un autre moribond s’obstina à ne pas quitter le cure-dents qu’il avait l’habitude de portera la bouche, il eut le même destin que le mangeur de petits pois.
— Eh bien ! mon cher confrère, il m’est arrivé un cas tout à fait contraire : un malade mis à la diète la plus sévère trompe la surveillance de sa garde , il fait frire un boisseau de pommes de terre, le dévore..., et le lendemain il se portait comme un ange.
— Cela ne m’étonne pas dans la médecine allopathique ; mais le gourmand serait défunt s’il avait été traité homœopathiquement...
Confrères, nous pouvons dire que le chiffre des décès diminue tous les jours ; nous enregistrons des cures miraculeuses.
Dernièrement encore, le directeur de l’Opéra me fait appeler : un de ses premiers danseurs fut atteint d’une engelure au pied gauche; c’était l'hiver. Je fis mettre l’artiste au lit jusqu’aux premiers jours de juillet, et, sans aucun remède visible, il fut guéri, à l’étonnement général, et reprit son service dans la première quinzaine d’août.
Sur vingt rhumes de cerveau que je fus chargé de traiter à la caserne de la gendarmerie, il n’y eut pas un décès h constater. Monsieur Odry luimême n'a jamais fait une pareille cure avec son jus de réglisse.
Les tableaux relevés dans toutes les parties de l’Europe sur le résultat des traitements homœopathiques , révèlent un grand nombre de faits aussi surprenants.
— Vous m'étonnez ! ! !
Paris, chez Ai bert. galerie Yèro-Doda;.
Typographie Lacrampe et Comp., rue Damiette, 2.
Habert- Jïlacairc en tilbury.
Il vaut mieux faire envie que pitié. Cet aphorisme a fait vendre plus de vingt mille équipages, dont les trois quarts n’ont jamais été et ne seront jamais payés. Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer le goût prononcé que M. Macaire avait pour les cabriolets; quand on court après la fortune, le mieux est de courir au galop. Une des premières conditions pour aller au galop, c’est de renoncer au service de ses propres jambes pour se confier à l’allure de coursiers plus ou moins fougueux.
Robert-Macaire a donc cru utile aux intérêts de sa fortune, de ne pas fouler le sol parisien avec des socques; c’est du haut du tilbury qu’il regarde la foule. Il a offert une place à son ami Bertrand, et, perché sur son char, il commence avec lui une de ces conversations philosophiques
que nous avons cru devoir sténographier pour l’édification des races futures.
— L’homme qui est propriétaire ou locataire d’un tilbury ou autre locomoteur, dit Macaire à son ami, est un niais complet s’il n’arrive pas à la fortune ou à la célébrité. Le cheval mène partout et à tout, il ne faut que savoir le conduire. L’homme qui va h pied croit que celui qui va en voiture est plus élevé que lui, calembour à part. Le fouet est le sceptre de la domination et de l’influence qu’on peut conquérir sur ses semblables.
Il y a dans la capitale de France cinquante philanthropes qui ne doivent leur immortalité qu’à la roue de leur équipage. Voici comment ils procèdent : Ils donnent cinquante francs de prime à leur cocher pour écraser un passant; ils donnent cinquante-cinq francs au passant qu'ils écrasent, ils dépensent soixante-neuf francs de réclames pour dire qu'ils ont indemnisé un écrasé, et l’Académie leur donne vingt mille francs, que le respectable M. de Montyon a légués pour récompenser les hommes en voiture qui n’écrasent qu'aux trois quarts ceux qui vont à pied.
Une réflexion pénible trouve naturellement sa place ici, ajoute Macaire.
Depuis quelque temps les magistrats ont pris à tâche d’empêcher le philanthrope d’accomplir son œuvre en suivant la seule impulsion de son âme. Les tribunaux, sous prétexte qu'on écrase trop de piétons, ont taxé la vie des individus écrasés à un taux que peu de fortunes peuvent atteindre. On a vu de simples bourgeois, mutilés par une roue, obtenir vingt mille francs d’indemnité... ; c’est en disproportion avec les moyens de ceux qui aiment à écraser... Aussi est-on réduit à ne plus écraser ses semblables qu'à la brune, ou à nuit close.
Si tu voulais, Bertrand, continue Macaire en dirigeant son coursier au milieu de la foule, si tu voulais, je serais un Vincent de Paul !
— Comment pourrais-je contribuer à ta béatification? dit avec empressement l’ami de Macaire.
— En agissant suivant mes instructions : Tu te mets sur mon passage, je crie Gare ! tu t’obstines à te considérer comme une borne-fontaine ou un monument inamovible. Je passe outre, je te fracture le tibia ou la rotule... Tu pousses un cri; je m’élance de mon char, je me jette sur ton corps, je bande tes plaies avec mon foulard (à la condition expresse que tu me le restitueras après la farce jouée); je m'arrache les cheveux , et je fais serment, devant la foule ébahie, de me défaire de mon cheval, de le vendre au prochain marché et de consacrer le prix de la vente aux frais de la guérison. Je te demande : Avez-vous des enfants? tu me réponds,
lmp: cl.' Aubert et Ct
ar;j chez Aubert
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Huit! je réplique, Je les adopte. Avez-vous une femme? tu me réponds, Oui, une seule. Je réplique, Je me charge de sa nourriture tant que vous serez hors d’état de manger. Le lendemain, je lis dans une feuille: Un particulier très-connu dans Paris, l’honorable M. Robert-Macaire, une de nos illustrations commerciales, traversant hier les rues populeuses du quartier Saint-Marcel, a renversé un honorable citoyen père d’une nombreuse famille. Arrêter son cheval, sauter à terre, relever le blessé, lui faire administrer les premiers soins, ce fut la première action de M. de Macaire. Mais ce digne citoyen ne crut son œuvre de philanthropie complète que lorsqu’il eut assuré l’avenir d'une famille dont l’existence se trouvait compromise par l'accident arrivé h son chef. Malgré tout ce que M. de Macaire a fait pour les victimes de l’événement, sa conscience d’honnête homme est vivement affectée; on craint qu’il ne succombe à un accès d’hypocondrie qui s’est emparée de lui, ou qu’il ne se retire dans un monastère.
— Eh bien! dit Bertrand, changeons les rôles : mets-toi sous la roue, et je t’écraserai. Les articles subsisteront; seulement, mon nom sera substitué au tien.
— Bertrand, mon cher, vous êtes frappé d’une stupidité incurable! vous n’êtes jamais à la question.
— C’est pour cela que je veux échapper au supplice de la roue.
— Ce jeu de mots est pitoyable, et je vous le passe en faveur de mots beaucoup plus mauvais encore qui vous échappent quotidiennement.
Puisque vous ne voulez pas vous sacrifier à ma renommée, ni me servir de marchepied ou de piédestal , je me confie à ma bonne étoile. Je vais écraser le premier venu; mais je crains de ne pas tomber sur un père de famille.
— Dis donc! s’ils allaient nous faire un mauvais parti, tous ces meurtde-faim-Là ?
— Qui, la populace?.... tune la connais pas! ça crie, ça gueule après les gens riches, comme les chiens après les mendiants...; mais ça ne mord pas.... C’est pas méchant; c’est bête, v’ià tout. (Il crie très-haut) : Hééé ! — hoppp!... garrrr, gare... gare !
Le peuple remarque avec attendrissement qu’il n’a écrasé personne, et qu’il a l’air très-bon enfant.
Robert-Macaire est le plus malheureux des hommes, il ne peut pas faire un malheur !!!
Typographie Lacrampb et Comp,, rue Damiette, 2
Paris, chez AUBERT, galerie Vero-Dodat.
ttobert-JHacaire arrêté... bans ses opérations.
Un monsieur, escorté de plusieurs individus, qu’au premier abord on pouvait prendre pour des courtiers-marrons en denrées coloniales, se présente à M. Macaire au moment où il entrait chez un de ses mille commanditaires.
— Vous êtes banquier. Monsieur? dit le nouveau venu.
— Oui, Monsieur; je fais une banque, et une fameuse, j'ose le dire; je lais la banque du commerce de Beaucaire. Capital : quatre millions. Ma haute capacité, ma probité, mes connaissances financières, sont une garantie du plus immense succès. Aussi les actions s’enlèvent, on se bat pour en avoir, et l'on n’en a pas : elles sont toutes prises.
— Tant mieux , Monsieur, car il vous sera plus facile de payer cette lettre de change de cent écus, pour laquelle je vous arrête.
— Fichtre! c’est différent... Alors, Monsieur, la vraie vérité, c’est que je n’ai pas le sou, je n’ai pas le premier sou... ; mais attendez un peu, et la première action qui se placera sera pour vous. On souscrit chez M. Bertrand, agent de change, M. Wormspire, banquier, et Mandrin, notaire. Ce sont des garanties morales qui parlent haut en faveur de l’entreprise.
L’inconnu, qui se fait alors connaître pour un officier garde du commerce, assisté de ses praticiens ou recors, ne juge pas à propos d’accepter les offres non réelles faites par M. Macaire en paiement de sa créance.
— Messieurs, allons à la Bastille-Clichy, je suis pris comme la passagère hirondelle sous la griffe de l’autour ou du vautour... Si Bertrand était là, Bertrand, l’ami du calembour, il ajouterait : Messieurs, voilà de vos tours.... Cependant, Messieurs, je vous ferai observer que je consens à monter en fiacre, plutôt pour vous obliger que pour obéir à la loi. Si je voulais...., je bénéficierais de l’avantage légal que le débiteur a de se faire mener par-devant M. le président, tenant son audience de référé...; là, je ferais rapporter le jugement. Je prouverais que c’est faire un tort réel à la Société et surtout à nos capitalistes , de me mettre en charte privée; ce n’est pas à Clichy que je placerai mes actions, et si je ne place pas mes actions, mes fournisseurs finiront eux-mêmes par se faire mettre sous clef. C’est logique, cela.
— M. le président n’entend pas de cette oreille-là.
— Alors je plaiderai un autre moyen. J’ai besoin d’air pour mes larges poumons, j’ai besoin de beaucoup d’air, et je suis Français.
L’air de la servitude est mortel à ce peuple ,
a dit, je crois, Arnaud dans une tragédie où le public s’est donné beaucoup de coups de bâton... C’est même, je crois, au titre de cet ouvrage que les cannes de messieurs les bouchers, charcutiers et gardes du commerce ont dû le surnom de Germanicus qu’elles ont porté longtemps.....; et si ma mémoire m’est fidèle....
— Allons, Monsieur, nous n'avons pas de temps à perdre.
— Farçeurs! Est-ce que le créancier ne vous paiera pas autant d’heures de fiacre que nous n’en aurons pas consommé? Mais puisque vous n'aimez pas les digressions historiques, partons.
— Allô ns-nous en référé ?
— Non, Messieurs; je n’abuserai pas de vos précieux moments. Je sais bien que le temps que nous mettrions à chercher monsieur le premier pré-
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pour vous . AVIS: ON SOUSCRIT.
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siéent, el le laps de la discussion, seraient toujours du boni sur le temps de la captivité; mais je laisse ces subterfuges à des débiteurs vulgaires. Le temps de messieurs les juges est plus précieux que l'or, et c’est dérober au moins cinquante centimes que de leur surprendre une audience de trois minutes; marchons.
— Cocher, rue de Clichy, 68.
— 62, monsieur le garde; vous faites erreur, votre mémoire vous fuit.
— Cocher, 62 ; merci , monsieur Macaire.
— Il n’y a pas de quoi.... Mais, monsieur le garde , et vous, messieurs les praticiens, si je ne craignais pas d’être importun, je demanderais à être conduit chez un ami qui aurait peut-être des capitaux disponibles pour ma rançon; je vous récompenserai de cet acte d’obligeance, rue i d’Enfer, 36.
— Cocher, dit le garde du commerce, rue d’Enfer, 36.
Arrivé à cette demeure, l’ami est sorti. M. Macaire demande à être conduit chez une comtesse du faubourg Saint-Germain ; il remet plusieurs lettres à un domestique, qui vient les prendre à la voiture, et dit, après quelques minutes d’absence, que madame la baronne n’a pas donné de réponse.
Le fiacre sillonne Paris dans vingt directions, et, à chaque domicile , M. Macaire remet une lettre et parle bas aux personnes qu’il trouve; puis en élevant la voix, et s’adressant à ses compagnons de route, il ajoute : L’affaire n’est pas possible ici ! allons ailleurs.
La journée avance , le soleil va bientôt se cacher, bientôt va venir l’heure à laquelle le garde du commerce a ordre de respecter le débiteur qu’il ne tient pas, et d’incarcérer celui qu’il tient.
Le fiacre roule vers la fatale demeure..., on va atteindre le numéro 62 de l’ex-hôtel Saillard.
Le débiteur semble saisi d’un petit mouvementée curiosité, et il demande au garde du commerce à faire l’inspection de son dossier.
Le garde du commerce le tire avec un signe de mauvaise humeur...
— Farceur de garde du commerce ! dit Robert.. .., je ne suis plus votre prisonnier. Ce jugement est par défaut... Je le savais aussi bien que vous, et vous le saviez aussi bien que moi. Je mets opposition , et je prends ma volée en air libre.
— Mais pourquoi nous avoir fait des frais de fiacre exorbitants?
— J’avais besoin de faire quelques courses, de remettre mes actions chez mes actionnaires ; j’ai fait mes affaires à vos dépens. . .
A charge de revanche, mes maîtres... Cependant, si vous le voulez , vous avez le droit de me payer à dîner. M. A.
Maris, chez AUBERT, galerie Vero-Doilai.
Typographie Laorampk etCornp., rue Damiette. 2.
Hubert- JHacairc inarcljanti bc Hiblcs.
— Eh bien ! frère Bertrand , les souscripteurs commencent-ils à mor dre à nos Bibles? En avez- vous vendu plusieurs millions d’exemplaires?
Bertrand. — Les souscripteurs disent que nous sommes des farceurs, que nous nous f fichons d’eux , et ils nous f fichent à la porte.
Robert- Macaire. — De quelles expressions vous servez-vous, drôle!... parlez plus décemment devant moi, ou je vous f... fi... flanque par 1 1 fenêtre.... Ce sont vos airs mondains, vos paroles mondaines qui scandalisent les souscripteurs. Retournez-y..., s’ils vous fichent h la porte, rentrez par la fenêtre ; s’ils vous fichent un soufflet, tendez l'autre joue...; mais ne revenez pas sans abonnements, malheureux, ou je vous f... ma malédiction.
— Qui fait ce qu'il peut fait ce qu’il doit, répond avec humilité frère Bertrand. Il y a un vice radical dans notre opération : c’est le prix de vente. Nous vendons huit francs un livre que l'on trouve ailleurs pour rien.
— Pour rien?
— Qui, révérend père Macaire. Une Compagnie s’est organisée pour répandre la Bible gratis. Elle la fait tomber comme la manne du désert, ou comme les giboulées de Paris au mois de mars; il n’y a qu’à se baisser pour en prendre. Ce qu’il y a de plus impie, c’est que les Bibles qu’on ose donner pour rien sont beaucoup mieux corrigées que les nôtres, que le papier est beaucoup plus beau, qu'il y a des gravures, des fleurons, des choses de lampes. . ; le mot propre ne ine revient pas...
— Frère Bertrand, vous êtes un apostat, un Judas; vous êtes vendu à la concurrence. Comment n’avez-vous pas l’intelligence de comprendre, et le talent de faire comprendre qu’il est honteux de renfermer dans sa bibliothèque des livres dont la source peut être impure? Comment les anonymes, ces invisibles, peuvent-ils donner pour rien des livres sur lesquels nous perdons cinq francs en les accordant à neuf francs? Ces Messieurs ont donc pillé mes magasins? ou plutôt, l’édition dont vous parlez n’est-elle pas un produit turc? Ce sont les sectateurs du Coran qui auront empoisonné la chrétienté d’une oeuvre diabolique sous uu titre saint.
— Mais, révérend père Macaire, les Bibles en question sont plus complètes que les nôtres, et elles sont reliées en peau de chagrin.
— Elles coûteront bien des larmes à leurs actionnaires !
— Pas tant qu’aux nôtres.
— Donner des livres pour rien, c’est menacer la terre de la prochaine éclipse générale des lumières.
— Je ne comprends pas.
— C’est possible. C’est la même question , sous une autre forme, que; celle des billets de spectacle à vingt sous. Depuis qu'on peut avoir un billet à ce prix, le public ne va pas au théâtre les jours où ces sortes d'assignats ne sont pas en circulation; il attend qu’ils reparaissent sur la place, pour aller siéger aux mélodrames ou aux vaudevilles. De même, quand un éditeur annoncera une tragédie en cinq actes, ou la Cuisinière Bourgeoise , à un prix qu’il aura fixé, le lecteur se dira : On a la Bible pour rien, donc on doit avoir les tragédies, la Cuisinière Bourgeoise , les drames, les mimo-drames, les mélodrames pour rien. .., c’est rationnel.. , c'est logique...; et le public attendra. Si les éditeurs s’entêtent, le lecteur les imitera; on finira par ne plus trouver un alphabet dans la circulation; on ne pourra plus apprendre à lire; les lycées seront déserts, et