‹ Les cent et un Robert-MacaireChapitre 19 sur 22 · JJ MUSIQUE PYROTECHNIQUE ,V-^ ^ CHARIVARIQUE ET OIABOUQUE · texte numérisé non relu

JJ MUSIQUE PYROTECHNIQUE ,V-^ ^ CHARIVARIQUE ET OIABOUQUE

1 ^ Simple Ménétrier de bas tri noue, Macaire a compris son epoque, nous ne vivons pas j

>A (f-^dans un temps d'harmonie , il faut du bruit, beaucoup de bruit ! c'est pourquoi Macaire fa.it. ■ ^ v \ des vers charabias, introduit les fusees et les pistolets dans la symphonie, et fait 1a p(f musique a coups de canon ..... . C'est plus ronflant et surtout plus facile !

jhefs d etablissements coulés, directeurs de

J Habitués des cabarets, cafés borônes

concerts en plein vent, propriétaires de jardins deserts, Macaire serait votre dieu^ s’ il enfonçait Strauss et Musard, comme il enfonce ses créanciers.

Baouuuund 1 /v.n

-^Bàouudnd' Pouff !! .Pouf f !!!.Paâââaâotif^f,^--- .

lmp . d'Aubert & f’1

chei Aubert. éal véro-dodat

mels-le en morceaux..., ça imite la mitraille... (Au canonnier.) Chargez...

Mironton , ton, ton ,

Mirontaine...

Allez, les ophicléides, les basses, les trompettes à ciels et sans clefs..., les cors anglais...; imitez la marche d'une armée qui part pour la guerre ! ! !

Malbrough s’en va-t-en guerre,

Second coup de canon... seconde décharge de pistolet...

Ne sait quand il r’ viendra...

Imitons ici les pleurs d'une famille, les larmes d’une amante. Nous ferons ce gémissement avec les gonds d'une porte un peu rouîllés...; une porte qui tourne avec peine , ça imite le chagrin...

Ne sait quand il r’viendra...

Faites tourner trois fois la porte... C’est cela...

Il n'y a pas une chanson nationale ou non qui ne puisse être exécutée par le moyen onomatopique. C’est de la musique charivarique et diabolique.

Passons à la musique pyrotechnique , exécutons Au clair de la lune. Attention !

Au clair de la lune...,

Allumez deux soleils de Ruggieri.

Mon ami Pierrot... ,

Faites crier un petit oiseau auquel vous arrachez une aile.

Prête-moi ta plume Pour écrire un mol...

Grand bruit d’écritoires en bronze, en faïence ou en terre de pipe.

Ma chandelle est morte ,

Faites partir une chandelle romaine.

Je n’ai plus de feu ,

Allumez les flammes de Bengale, ou des briquets phosphoriques.

Ouvre-moi ta porte,

Frappez un grand coup avec un marteau de porte cochère.

Pour l’amour de Dieu !

Effet de cuivre, terminé par un point d’orgue.

Ce n’est pas ce polisson de Méhul, ni ce cuistre de Grétry, qui auraient ti ouvé de ces effets-la. . . , et ils étaient décorés !!!... les ânes ! ! !

l'aris, chez AUBERT galerie Véro-Dodat.

Typographie Lacrampe et Comp,, rue Damiette, 2.

Hubert üttacairc fonctionnaire publie.

11 était écrit sur le carnet du Destin (carnet qui, par parenthèse, doit avoir la grosseur de furieusement de volumes in-folio, à moins que les pages n’en soient en peau d’âne , et que le Destin ne prenne soin d’ef- . facer de siècle en siècle tout ce qu’il s’amuse ainsi à écrire long-temps à l’avance ! — Cette réflexion faite , nous refermons nos parenthèses et nous disons ) : — il était écrit sur le carnet du Destin que ce pauvre Bertrand serait toujours la victime de son ami Robert Macaire. Dieu sait le nombre de tours plus ou moins indélicats que le Pylade en pantalon garance s’est déjà plu h jouer à son Oreste à redingote grise. Eh bien, ce pauvre Bertrand avait toujours la naïveté de croire que ces mauvais tours n’etaient que le résultat du hasard , et que son ami ne pouvait manquer de lui prouver un jour véritablement toute son affection, toute sa gratitude.

C’est là ce qui explique pourquoi Bertrand ne se lassait jamais de

faire la courte échelle à son intrigant de collaborateur. C’était absolument l’histoire de Bertrand et Raton : Bertrand se grillait continuellement les doigts pour tirer les marrons du feu, et Raton-Macaire n’avait que la peine de croquer ces délicieux marrons. Encore, Macaire se permettait-il de bougonner et de marronner quand il trouvait que les marions étaient trop chauds, et pour unique récompense il appliquait à l’infortuné Bertrand une foule de coups de pied où vous savez bien !

Ln beau jour, nous ne savons trop à la suite de quel bouleversement politique , il arriva que Macaire fut promu à un emploi fort important dans un des quatre-vingt-six départements français. Bertrand était occupé à prendre un petit verre orné d’un très-profond bain de pied, dans un des quatre mille huit cent cinquante-six cafés de la capitale, lorsqu’il lut dans les papiers publics la nouvelle ébourriffante qui annonçait la nomination de son ami Macaire.

Aussitôt, prenant à peine le temps d’ingurgiter son petit verre,, et ne prenant nullement le temps de payer ledit petit verre, Bertrand sortit du café en courant comme un fou, et, sans reprendre haleine, alla s'élancer sur 1 Impériale dune diligence qui partait en ce moment pour le département habité par le nouveau fonctionnaire Robert Macaire.

Pauvre Bertrand ! c était bien la peine de tant te presser pour aller éprouver une nouvelle humiliation ! A peine arrivé dans ce chef-lieu , Bertrand se fit conduire chez son ami, et son costume de voyageur lui valut d abord un léger affront de la part du concierge. Ce cerbère peu poli cria au visiteur parisien :

-— Hé, l’homme, où allez-vous? où est votre plaque et votre numéro?.. . Vous savez bien que l’on ne mendie plus sans plaque et sans numéro... M. Macaire l’a défendu.

— Plaît-il, portier? répondit Bertrand justement offensé; est ce que vous me prenez pour un mendiant, par hasard? Allez donc, mon cher!,. Annoncez à M. Macaire la visite de son meilleur ami et vous verrez comme votre maître me recevra. Un mendiant... par exemple !

Il faut être juste, Macaire ne lit pas faire antichambre à son ami Bertrand pendant plus de deux heures un quart; après ce léger moment <1 attente, il fit introduire le solliciteur dans son cabinet administratif.

Bertrand voulut commencer la reconnaissance par se jeter dans les bras de son ami, mais Macaire lui fit observer , en se reculant de trois pas, que cet usage était bien populaire et nullement pratiqué dans les

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hautes régions de la société. L’administrateur se contenta de donner à son ami une poignée de main, — avec le petit doigt!

Après ces premiers préliminaires de touchante expansion, Bertrand alla droit au fait, et ne cacha pas qu’il venait pour solliciter un des nombreux emplois dont pouvait disposer Macaire.

— Plaît-il? répondit l’administrateur Macaire, avec un sang-froid tout h-fait diplomatique.

— Je disais que je voudrais bien avoir un petit emploi avec de gros appointements! répéta le naïf Bertrand, qui croyait que son ami n’avait pas bien compris sa première demande.

— Ah ! monsieur demande un emploi ! C’est charmant , ma parole d’honneur... Je ne m’attendais pas h une visite pareille et h une demande semblable!.. Il y a des gens qui n’ont pas la moindre conscience de leur position sociale !...

— Je ne vois pas ce qu’il y a d’étonnant h ce que je te demande un petit emploi, puisque tu es mon ami.

— Monsieur Bertrand , la confiance de mes concitoyens m’a placé h la tète de cette administration, et, je vous le dis h regret, quel que soit mon désir de vous être utile, je n’ose engager ma responsabilité...

— Comment, ta responsabilité?...

— Oui... Vous ne pouvez vous le dissimuler, votre conduite a été jusqu’à ce jour un peu légère, vous avez fait parler de vous... L’administration ne doit compter que des hommes parfaitement irréprochables, sans cela où en serions-nous, grand Dieu! où en serions-nous...

L’infortuné Bertrand, foudroyé par ce discours vertueux, ne put trouver un mot de réponse, et serait encore actuellement planté en face de son ami Macaire, les deux mains appuyées sur son parapluie et la bouche ouverte comme une porte cochère , si le vertueux et irréprochable administrateur n’avait pris la peine de faire flanquer à la porte son ancien ami Bertrand , par deux vigoureux et vertueux valets de chambre.

De plus , Macaire fit prévenir son ami que s’il ne quittait pas le cheflieu sous vingt-quatre heures il serait mis sous la haute surveillance de la gendarmerie départementale!

Paris, citez AL BERT, galerie Véro Dodat.

lmprim. de Béthune et Plon, 30, rue de Vaugirard.

Habert ütacairc artiste dramatique*

Depuis long-temps dans la société , lorsque l’on veut citer les êtres qui jouissent de l’existence la plus fatigante , on ne manque jamais de nommer en première ligne les chevaux de fiacres, de cabriolets et d’omnibus. Sans vouloir vexer en rien ces quadrupèdes estimables et estimés, sans prétendre rien ôter à leurs qualités, nous ferons observer cependant qu’il existe une profession qui est encore bien autrement fatigante , assommante, éreintante : nous voulons parler de la profession de directeur de spectacle. Le public , le bon public , qui est souvent si mauvais, ne se doute guère combien de courses^ de soins, de tracas, d’inquiétudes, de veilles et d’insomnies sont causés par la direction du plus humble théâtre. Il faut continuellement penser aux auteurs , aux acteurs, aux décorateurs, aux censeurs, aux contrôleurs, aux allumeurs, aux claqueurs ; de plus, il ne faut pas oublier les choristes, les buralistes, les copistes, les machinistes et les journalistes! Jugez donc

tic ce que devient le metier de l’infortuné directeur quand il compte parmi ses pensionnaires un Robert Macaire.

Pendant tout le temps que notre illustre personnage se livra à la profession d’artiste dramatique, il continua à cultiver les heureuses dispositions qu’il tenait de la nature pour la flouer te , et il floua tous les di recteurs avec lesquels il eut affaire.

Lorsqu’il débuta en province, il leva le pied deux ou trois fois en emportant les avances qu'il tenait d’une direction trop confiante , mais ce fut à Paris qu’il obtint le plus de succès dans ce genre. Voici le tour que Robert Macaire pratiquait avec le plus d’agrément :

Lorsqu’un grand mélodrame venait d’obtenir un beau succès, ce qu’en terme de directeur on nomme un succès d’argent, Robert Macaire ne manquait jamais d’éprouver alors des indispositions très-fréquentes, et qui menaçaient à chaque instant d’entraver le cours des représentations. Enfin, le soir où la recette était le plus gigantesque, lorsque l’heureux directeur venait de contempler avec satisfaction , à travers le li ou de la toile, des monceaux de pièces de cinq francs entassées sur toutes les banquettes, depuis le parterre jusqu’au sommet du poulailler, le régisseur venait tout-à-coup arracher le directeur à cette voluptueuse contemplation en lui disant avec un air effaré :

Ah ! mon Dieu, monsieur, nous allons être obligés de faire relâche : voici que M. Macaire vient de tomber malade dans sa loge au moment même où il était en train de revêtir son costume !

A cette fatale nouvelle le directeur courait à la loge de Macaire, et il trouvait notre artiste étendu dans un grand fauteuil à la Voltaire , et

occupé à gémir comme une femme qui va bientôt avoir le bonheur d’être mère.

Mon Dieu, mon cher Macaire, s’écrie le directeur, qu’est-ce que je viens d’apprendre : on me dit que vous êtes malade, et au moment même où on va lever le rideau. Qu’est-ce que vous avez?

— Oh, la la la! répondait Macaire.

— Plaît-il?... Pour l’amour de Dieu, dites-moi ce que vous éprouvez, mon cher Macaire.

— Oh ! la la la la la ! rerépondait Macaire.

— Ah! je comprends... malheureux! c’est la colique! Allez chercher

un médecin... Vous avez peut-être mangé des champignons Quelle

imprudence... un jour où nous avons quatre mille francs de recette!...

V — ov .Paiis^.-Nrv.chez Aubert oal.véro-dodat

Imv • ci Auber!

LÂhl

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