RECETTE POUR GUERIR LA COLIQUE
Macaire , mon cher ami, ne me faites pas manquer cette soiree , j en ai tant besoin < mon ami, je ne puis jouer, je souffre trop... . Essayez, je vous en conjure
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-Nous partaoerons la recette NOUS PARTAGERONS LA RCCFTTE ?
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J pi ) ) P \v, iouee, le drame commence . ''•s- C i \ /sss
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Mettez des serviettes chaudes , mais , pour l’amour de Dieu , tâchez de jouer ce soir... Quatre mille francs de recette!
— Oh ! la la la la la !
— Oh ! je conçois tout le désagrément de votre position , mon cher Macaire, mais songez aussi à l’horreur de ma situation... Rendre quatre mille francs!... plutôt rendre l’âme... Allons, Macaire, mon bon Macaire, mon cher ami, ne faites pas manquer cette soirée... j’en ai tant besoin !
— Ah, mon ami! murmurait Macaire d’une voix éteinte, je ne puis jouer... je souffre trop !
— Essayez, je vous en conjure... Le public vous demande, il crie, menace, veut briser les banquettes... Je vais être forcé de rendre l’argent!... Voyons, je doublerai vos feux!
— Oh, la la!... Bertrand, chauffez des serviettes... du vin chaud
Chauffez. . . chauffez !
— Je triplerai vos feux !
— Chauffez toujours... chauffez!... chauffez les serviettes.
— Nous partagerons la recette!...
— Nous partagerons la recette! .. Allons, mon cher directeur, vous faites de moi tout ce que vous voulez... Je vais faire un effort qui me coûtera la vie, peut-être... mais du moins je vous aurai rendu service. Je jouerai ce soir.. Levez le rideau !
Oui, pauvre directeur, levez le rideau, la farce est jouée... il est trop juste que le drame commence.
Quelquefois, lorsqu’il était tout-h-fait en humeur de plaisanter, Robert Macaire ne se contentait pas de mystifier son directeur , il s’amusait encore à mystifier le public en faisant annoncer, après la scène de la colique dans sa loge, qu’il réclamait l’indulgence du public, attendu l’indisposition qui le privait d’une partie de ses moyens... Farceur de malade, qui après le spectacle allait souper avec une salade de homard, et qui pour tisane ne buvait que deux ou trois bouteilles de tisane de Champagne!
Bref, cette colique n’avait pour tout désagrément que de valoir deux mille francs à notre artiste dramatique. — A ce prix là , une foule de gens fort bien portants s’abonneraient bien à avoir la colique pendant les trois cent soixante-cinq jours de l’année.
Paris, chez ACBERT, Galerie Vérot-Dodat.
Iinprim. de Béthune et Plon, 30, rue de Vaugirard.
îRobni ittrtcairc journaliste mîutstricl
Nous avons déjà eu occasion de remarquer, dans le cours de cei. ouvrage, que Macaire avait su exploiter le journalisme dans toutes ses ramifications. La presse exerçant une grande influence sur le bon public, pour qui les articles de journaux sont toujours des articles de foi , Macaire ne pouvait se dispenser de saisir avec empressement toutes les occasions de s’insinuer dans les bureaux où s élaborent et s’impriment tous les canards politiques , commerciaux et littéraires. Macaire avait déjà su exploiter avec assez d’agrément l’article politique, l’annonce , le fait-Paris et la réclame ; mais il lui restait encore une partie non moins intéressante , et surtout non moins lucrative : nous voulons parler du journalisme industriel.
11 y eut un moment où toutes les têtes et tous les capitaux tournèrent vers l’industrie; tout le monde se mit à parler bitume, chemin de fer; houille, chandelle économique, fer galvanisé, etc., etc. Ce fut une mode, une manie, une fureur; la place de la Bourse offrit l’image de la rue Quincampoix au temps du système de Law et des actions sur le Missis-
sipi, fleuve américain qui5 sous le rapport des brouillards , avait la plus grande ressemblance avec la Garonne.
Comme les journaux sont toujours censés répondre aux besoins de l’époque, cette époque éminemment industrielle ne pouvait manquer d’enfanter une foule de journaux non moins industriels. Effectivement , les prospectus ne tardèrent pas à pleuvoir de tous cotés, et il se ciéa au moins autant de journaux que de sociétés en commandite, ce qui nest pas peu dire.
Macaire ne fut pas le dernier à fonder un journal dont le besoin se faisait généralement sentir , et il lui donna pour titre la Commandite . Il \a sans dire que la Commandite avait elle-même donné naissance à une Société en commandite : trois cents actions de deux cent cinquante lianes. Chaque action donnait droit au porteur... d’assister aux délibérations de la société; mais l’actionnaire ne recevait pas le journal gratis, car le gérant avait fort judicieusement prouve que c était faite tort a la société. Chaque action entraînait de droit un abonnement que 1 on payait h bureaux ouverts ; les porteurs de deux actions pouvaient payer deux années d’avance.
Quant au but du journal la Commandite , son prospectus vert-pomme l’indiquait parfaitement. Le rédacteur s’engageait à éclairer le public sur toutes les sociétés que 1 on fondait chaque jour. La Commandite se faisait le flambeau qui devait éclairer tous ses abonnés et les prémunir contre toutes les friponneries commerciales. L’honnête rédacteur Macaire, effrayé de voir ses concitoyens enfouir leurs capitaux dans une foule d’affaires créées par des chevaliers d’industrie, se dévouait pour dévoiler toutes les manœuvres frauduleuses , et pour estimer a leur juste valeur tous ces apports, tous ces brevets évalués deux ou trois millions! Bref, le journal la Commandite était une œuvre de bonne foi , de conscience et de probité! Le tout pour trente-deux francs par an! La bonne foi, la conscience et la probité étaient portées au domicile des abonnés tous les dimanches avant sept heures du matin.
Voilà pour le prospectus. Voici maintenant pour l’exécution.
Macaire se mit à guetter toutes les sociétés nouvelles qui faisaient leur apparition dans les Petites -Affiches , et à mesure qu une nouvelle commandite apparaissait sur l’horizon commercial, pour parler en style de grand journal, Macaire allait faire visite au nouveau gérant en lui tenant le discours suivant, qui se trouvait toujours de circonstance :
HQBEFIT MACAIRE OlfiEETEUR D’UN JOURNAL INDUSTRIEL^ j |
. -Monsieur , je fais le plus orand cas de votre operation , c'est une affaireV^i maônitique. Voulez-vous que j'en rende compte dans mon journal LÀ\
COMM^NGirE?-Mons.r ,vouS étés bien honnête, cela me fera plaisir Pour 1000 f je\ \ f
vous ferai un article ronflant -MILLE francs, c'est horriblement cher, r j Jl
aime mieux m'en passer. Conrme vous voudrez , mais dans'ce cas, tenez1 :vous bien , car je vais discuter votre brevet, contester votre apport
évaluer vos bénéfices je dois à ma conscience /V A /
idéclatrer le public sur toutes les affaires désastreuses et je ni rai pas y.1 lu manquer a ma mission , pour vous faire plaisir ( y
— Monsieur , je lais le plus grand cas de votre opération , c’est une affaire magnifique... Voulez-vous que j’en rende compte dans mon journal la Commandite ?
— Monsieur, vous êtes bien honnête... cela me fera beaucoup de plaisir!... répondait naïvement le gérant des chandelles, des bougies ou du cirage en commandite.
— Très-bien, monsieur; en ce cas, pour mille francs je vous fais un article ronflant...
— Mille francs!!! diable , diable ! c’est horriblement cher ; j’aime mieux m’en passer.
— Comme vous voudrez, monsieur... je ne force personne... Mais dans ce cas tenez-vous bien, car je vais discuter votre brevet, contester votre apport, évaluer vos bénéfices. Je dois à ma conscience d’éclairer le public sur toutes les affaires désastreuses, et je n’irai pas manquer à ma mission pour vous faire plaisir.
Là-dessus Macaire se retirait en faisant un salut plein de dignité, et le malheureux gérant des chandelles restait tout stupéfait dans son comptoir, et attendait avec frayeur l’effet des menaces du terrible journaliste industriel.
Effectivement, le dimanche suivant les nouvelles chandelles recevaient un suif soigné dans le journal Macaire, et le pauvre gérant, craignant de voir son entreprise couler entièrement, courait immédiatement chez Macaire pour jeter un gâteau de miel dans la gueule du terrible cerbère qui s’était posé comme le gardien de la probité, de la bonne foi et de toutes les autres vertus commerciales. Il va sans dire que ce gâteau de miel avait la forme et la pâte qui distinguent le papier des billets de la Banque de France.
Le dimanche d’après, Macaire annonçait qu’il avait été induit en erreur relativement aux nouvelles chandelles , et des indications plus exactes lui permettaient de recommander une entreprise véritablement nationale. Quant aux expressions désobligeantes que renfermait le premier article à l’égard du gérant-chandelier, elles étaient mises sur le compte des compositeurs et des protes de l’imprimerie. C’était une erreur , une faute d’impression.
O Guttemberg, mon vieil ami , quand tu inventas la typographie je suis bien certain que tu ne te doutais guère qu’on en ferait un jour un usage aussi malpropre ! L. IL
Paris, chez ALBERT, paierie Yéro-Dodat.
impriin. de Béthune et Plon, 30, rue de Yaugirard.
Uokrt ittacatrc actionnaire.
Cette fois voici le monde renversé ! c’est un actionnaire qui floue son gérant. (Nous employons le verbe flouer parce que ce mot a parfaitement cours dans la langue française, et n’a même pas de synonyme; ce verbe se conjugue très-bien, on dit i je floue , tu floues, il floue , nous flouons , etc. Consultez plutôt les académiciens du palais de la Bourse.) Nous disons donc que cette fois nous voyons un actionnaire qui floue son gérant. Après un événement pareil on ne doit pas être surpris si un jour on lit dans les journaux qu’un étudiant en droit vient d’empoigner un garde municipal qui dansait le cancan au bal de la Chaumière ; — ou bien qu’un poulet vient de mettre à la broche un cuisinier; — ou bien que les sociétaires du Théâtre-Français vivent dans la meilleure intelligence et s’aiment comme des frères. Bref , on doit s’attendre aux événements les plus extraordinaires et les plus incroyables !
Il est vrai que l’actionnaire qui parvint un jour à flouer ainsi son gérant n’était autre que le célèbre Macaire lui-même; et si Macaire s’était amusé à prendre des actions dans une entreprise quelconque , il fallait
qu’il eût sa petite idée pour l’avenir.— Effectivement, l’actionnaire Macaire avait sa petite idée.
On sait que du temps de la société primitive, du temps de lage d’or de la société en commandite, messieurs les gérants, pour allécher le public, avaient pris la louable habitude de distribuer des dividendes aux actionnaires huit jours après que la société était constituée par-devant notaire, et huit mois avant qu’on ne fût en mesure d’exécuter les plus petits travaux, et par conséquent de réaliser le plus léger bénéfice. Ces dividendes anticipés , ou antichipés , pour nous servir de l’expression usuelle et parfaitement juste, ces dividendes, disons-nous, étaient forcément pris sur le capital. Un individu apportait cinq cents francs , et deux jours après on le priait de passer à la caisse pour toucher un premier dividende de quinze francs. A cela vous me direz que l’actionnaire aurait pu tout aussi bien ne verser la veille qne quatre cent quatrevingt-cinq francs; cela lui eût évité une course d’omnibus. — Oui, mais notre actionnaire n’aurait pas eu le plaisir d’aller toucher un dividende et de pouvoir montrer trois pièces de cent sous à tous ses amis en leur disant : Voici les premiers bénéfices de mon action !
O actionnaire, actionnaire!., que tu étais bien... actionnaire!
Macaire prit donc un jour des actions dans une des 445,576 sociétés qui surgirent tout-à-coup dans notre belle patrie , et l’actionnaire Macaire eut soin de donner sa confiance à la société qui distribuait immédiatement les plus gros dividendes antichipés. Il va sans dire que Macaire, en souscrivant pour un certain nombre d’actions, profita du droit qu’il avait de ne payer que par dixièmes. Il paya donc le premier dixième et promit de payer les neuf autres dixièmes dans le courant de l’année. Puis, trois jours après il passa au bureau pour toucher un premier dividende de quinze pour cent. On voit que l’affaire, prise sous ce point de vue, n’était pas déjà trop mauvaise, puisque Macaire se trouvait immédiatement en bénéfice; mais cela ne suffisait pas à son ambition, et voici la méthode qu’il employa pour flouer l’infortuné gérant :
Un beau matin Macaire se rendit au bureau de l’entreprise, et il se mit à apostropher le représentant de la société commerciale en ces termes peu parlementaires :
— Monsieur, je suis bien aise de vous rencontrer : je viens vous dire que vous êtes un polisson !
— Comment, monsieur Macaire, que signifie ce...
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} y JvpotW îîlaC4M/t
[•ais Mr Macaire , quand je vou 'ous saviez bien qu'ils étal importe 1 vous n'aviez le droi ivez nous les rendre __Yous isles avez acceptés C'est — Vous' n 'aviez pas le droit je ne sors pas de la vous de
— Plus qu’un polisson... un escroc... un voleur...
— Ah ça, mais expliquez-moi...
— Comment, vous me distribuez ces jours derniers un dividende de quinze pour cent , et les travaux de la société ne sont pas encore commencés!... Où avez-vous pris cet argent?... où avez-vous volé ces ignobles quinze pour cent?...
— Mais, monsieur Macaire, vous savez bien que l’article 15 de notre acte de société porte qu’on distribuera un dividende le 15 janvier et le 15 juillet...
— Certainement, je sais cela Mais ce n’était pas une raison pour
prendre ces dividendes sur le capital social... sur l’argent que je venais de verser... car je venais de le verser mon argent !
— Mais, monsieur Macaire, quand je vous ai distribué ces dividendes, vous saviez bien qu’ils étaient pris sur le capital !...
— Qu’importe ! vous n’aviez pas le droit de nous les distribuer...
Donc vous devez nous les rendre !
— Vous les rendre !!!... Mais vous les avez acceptés , c’est à vous de les rendre....
— Vous n’aviez pas le droit de nous les distribuer, je ne sors pas de là... vous devez donc nous les rendre, je ne sors pas de là!
Le malheureux gérant, abasourdi par ce raisonnement qui empruntait à la logique tout ce qu’elle a de plus serré , chercha en vain à faire revenir son rebelle actionnaire des idées financières qui lui semblaient fort erronées ; mais Macaire ne démordit pas de son argumentation , et finit par menacer le gérant d’un procès en police correctionnelle , procès où il prendrait lui-même la parole pour dévoiler toutes ses turpitudes.... a moins qu’il ne consentît à lui rembourser intégralement le prix de ses actions !
Les procès en police correctionnelle ont toujours le privilège d’effrayer tous les gérants du monde , même les plus vertueux; et le nôtre, qui au fond n’était pas plus vertueux qu’il ne fallait à cette époque de commandite, se décida à faire un sacrifice pour se débarrasser du terrible actionnaire Macaire ! Le malheureux tira donc de son secrétaire cinq billets de mille francs, et de sa poitrine cinq énormes soupirs! Une fois Macaire sorti du bureau, le pauvre gérant se mit la tête entre les mains pour chercher encore à comprendre le raisonnement de cet actionnaire phénoménal qui se faisait rendre les dividendes qu’il avait déjà touchés ! L. IL
Paris, chez ALBERT, galerie Yéro-Dodat.
Imprim. de Béthune et Plon, 36, rue de Vaugirard.
— os. —
tiobcft^fttrtcaiw agcut=ïrr=cl)itnjjc ccssiumiaire.
« Il est trois heures vingt-cinq centimes » , dit en style de bourse M. Macaire à son premier commis; — les opérations sont closes , écrivez : Acheté 10,000 fr. de rentes cinq pour cent pour M. Tripot, h 106 fr. 90 c. Bah! c’est un bon enfant, mettez 80 centimes. — Acheté 15,000 francs de rentes pour M. Moutonnet, h... c’est un animal qui se plaint toujours, mettez à 90 centimes. Je lui apprendrai à suspecter ma bonne foi.
— M. Macaire, dit le commis, quelle réponse faut-il faire à votre ami de Nantes, votre ancien camarade de collège, qui demande des renseignements sur l’opération des chemins de bois , appelés à remplacer les chemins de fer?
— M. Robinet, écrivez à mon ami que l’opération se présente bien , que les coupons sont recherchés et que les émissions sont rares.
— Mais on parle de la prochaine liquidation de l’affaire ; avant huit jours la gérance déposera.
— Antidatez la lettre , M. Robinet, antidatez-la d’un mois ; quand mon ami la recevra il croira quelle s’est égarée dans les bureaux de poste, ou dans les malles-estafettes. Si le lendemain de la réception de la missive, il trouve le sinistre commercial signalé dans les journaux, il ne pourra pas nous en vouloir , d’autant mieux que nous aurons la précaution de lui écrire quinze jours après la faillite , en antidatant , comme ci-dessus, une lettre formulée ainsi : « Mon cher ami, ne donnez pas trop aveuglément dans l’entreprise des chemins de bois... Les spéculateurs l’abandonnent, il court des bruits fâcheux sur l’affaire. Soyez prudent... S’il arrivait une déconfiture, nous ne voudrions pas que vous eussiez à nous reprocher de vous avoir mis dans la fausse voie.» M. Robinet, vous veillerez à ce que cette lettre ne parte que le onzième jour après l’apposition des scellés au siège social.
— J’oubliais encore une affaire, M. Robinet; il faut faire composer
une grande affiche jaune sur laquelle on lira : On a perdu trois chiens turcs à poils ras, répondant aux noms de Sélim , Osmin et Gusman... On donne six mille francs de récompense à la personne qui les ramènera chez M agent-de-change, propriétaire de ces animaux , qui lui
ont été envoyés directement par le pacha d’Égypte.
— M. Robinet, vous aurez soin qu’une de ces affiches soit placardée à la porte de l’ambassadeur turc... Ces chiens, envoyés par le pacha d’Égypte, lui mettront la puce à l’oreille; le Turc aime peu à voir l’Égyptien emprunter des fonds... Messieurs de la Sublime-Porte penseront que je suis l’agent secret de la négociation, et ils me feront des avances pour que je n’en fasse pas au pays des obélisques.
— Autre chose, M. Robinet : il faut que vous me trouviez un acquéreur pour ma charge; vous avez des relations avec des jeunes hommes de la finance, faites courir le bruit de mon amour pour la vie privée... dites que mes intentions sont de tourner mes vues vers les études géologiques ou astronomiques.
— Mais, monsieur, je vous ferai observer que déjà j’ai mis ces bruitslà en circulation au moins neuf fois. Si je ne me trompe , ils vous ont porté profit : vous avez acheté en 1824 votre charge cent vingt mille francs; en 1826 j’ai, d’après vos ordres, propagé le bruit de votre prochaine retraite des affaires; vous avez vendu la moitié de votre charge cent vingt-deux mille francs , et vous n’avez pas acheté un seul télescope; en 1828, vous avez vendu cent cinquante mille francs la moitié
f ’ âujm/l/ iV Clixvi/tc^ ta/ tfoivtô^
Ecrivez .- acheté 10,000 f. de rentes ^/oo pour Mr TRIPOT, a 106fCJOc..
Bah I c 'est bon enfant, mettez 80 centimes .........
Acheté , 15, 000 fr. 5/oo pour MrM0UT0NNET à C!'es't.
An animal qui se plaint toujours , mette.» à 95 centimes , je lui apprendrai1 1| à suspecter ma bonne foi 1 >.
fmp. d'Aubert o fC".. ’ Chei Aubert, yil : Vcro rforfat .
de votre moitié, et vous êtes resté titulaire; deux ans après vous avez vendu cinquante mille écus le tiers de votre quart , et vous n’avez pas quitté la corporation. Depuis, vous avez encore fractionné la charge h l’infini, et chaque fraction s’est vendue aussi cher que vous eussiez vendu la totalité dans l’origine. A chaque vente vous avez augmenté mes appointements de cent francs vingt-cinq centimes... Combien Monsieur veut-il vendre le sixième qui lui reste?
— Quatre cent mille francs...
— Cela met la charge hors de proportion avec les bénéfices présumables.
— Mon cher Robinet, vous sortez de la question. Ce n’est pas à moi de vous apprendre comment on peut acheter une charge deux millions, faire cent mille francs d’affaires et gagner... la frontière. Si vous ne trouvez pas acquéreur pour un sixième, je vendrai un trente-deuxième, un soixante-quatrième, même.
— Faites de votre mieux, Robinet, il ne manque pas de goujons à la Bourse... Amorcez... amorcez... Celui qui sera pris en prendra un autre, ce qui sera comme s’il n’avait pas été pris. Voyez le petit Géronval ou Florigny, ils sont amoureux d’une figurante du Cirque qui a fait vœu de n’adorer qu’un agent-de-change... C’est le moment de faire la proposition .
— Le prix du soixante-quatrième?
■7 — Toujours le même, quatre cent mille francs, cl il y aura une prime de cent louis pour vous. Cherchez cela, Robinet, vous trouverez. Que diable, on trouve bien des capitaux pour la pêche de la baleine , la Bourse vaut bien la mer Glaciale. Mon remplaçant pourra mettre mon soixante-quatrième en actions : chaque action de dix mille francs représentera la quatre cent millième partie de mon soixante-quatrième. Le capitaliste ne demande qu’à placer. Je prendrais volontiers une action à un jeune homme qui m’achèterait ce qui me reste de ma charge; et pour l’obliger je resterais titulaire... Cependant, comme prime, je lui concéderais le privilège de faire graver sur ses cartes de visite : M...., associé de M. Macaire, agent-de-change.
Paris, chez ALBERT, galerie Yéro-Dodat.
Imprim. de Bétiiune et Plon, 36, rue de Yaugirard.
Jeu lu Commcmîittf.
Une lettre de décès tirée à cent mille exemplaires a été distribuée à la famille des industriels; elle portait : Monsieur, vous êtes prié d’assister au convoi de dame Commandite , décédée en son siège social , vendredi, jour des trépassés. Le cortège partira de la maison mortuaire h onze heures précises, et se rendra au champ du repos.
Que d’infortunés frappés par cette mort, à laquelle une longue agonie devait cependant faire croire depuis long-temps. Les mineurs, les houilleurs, les asphalteurs , furent les premiers au rendez-vous. Les spéculateurs en carottes ne se firent pas non plus attendre. Quand toute 1 assemblée fut présente, M. Macaire, le cœur gros de soupirs, les yeux rougis par les larmes, prit la parole :
« Quel jour affreux, messieurs, pour les actionnaires, les administrateurs, les directeurs, les gobloteurs de la société industrielle, que le jour où chacun s’abordait en criant : Madame la Commandite se meurt,
madame ïa Commandite ,est morte!... Hélas! il est vrai, cette mère généreuse est morte... très-morte... on ne peut pas plus morte. Grand patron de la déconfiture, reçois aux cieux, lame de notre mère commune : elle fut, comme toi, martyre des haines politiques.
« Messieurs, une souscription par actions est ouverte chez moi pour l’érection d’un mausolée sur lequel on lira : A la mère des Robert Macaire! Elle fut digne du Panthéon, elle mourut en faillite.
« C’est, en outre, encore ici le moment, ajouta Robert Macaire , de vous faire apprécier ce que la Commandite a fait de bien, pendant sa vie, et les pertes irréparables qui viennent fondre sur nous à son décès.
« De son vivant, messieurs, vous savez tous, qu’il y avait une classe honorable qu’on nommait gérants, dont la vie coulait douce comme les fleuves de laitage dont parlent les poètes mythologues. Ils se levaient , flânaient, mangeaient, dormaient et n’avaient rien à faire , si ce n’était d’encourager une autre famille, dont nous allons parler, à mettre le plus possible des capitaux dans la caisse sociale. Eh bien, messieurs, le coup de faux qui a tranché la vie de la Commandite a coupé les vivres aux gérants. Il y a sur le pavé de Paris cinq mille tapissiers qui réclameront en vain, le prix des mobiliers fournis; plus de sept cents tailleurs qui n’auront pas même un à-compte de l’Elbeuf fourni. Les restaurateurs sont ruinés, les repas d’association sont anéantis. Les portières en pleurs oseront à peine réclamer leurs étrennes.
« Et l’actionnaire , Messieurs , l’actionnaire qui avait pris son pli , comme une serviette; qui se faisait une loi de verser de l’argent partout où il y avait une caisse pour le recevoir; l’actionnaire, qui faisait encadrer dans son salon ses coupons d’actions à côté du cheval de Mazeppa et des Adieux de Fontainebleau; l’actionnaire reçoit le contrecoup de cette calamité. Qne fera-t-il de son argent? Le mettre dans un secrétaire! Mais, messieurs, je sais comme vous, mieux que vous même, les progrès surhumains faits par la serrurerie française. Aujourd’hui on déferait le nœud gordien avec le plus mauvais rossignol, avec le monseigneur le plus faible. L’actionnaire prendra-t-il des rentes sur l’État? Mais, messieurs, ce mode de placement est désagréable, car il faut tous les six mois faire queue pour recevoir ses rentes. Chez nous, quand la Commandite vivait, personne n’a jamais fait queue pour recevoir : j’en appelle à vos témoignages.»
Un signe négatif se manifeste dans toute l’assemblée.