MALADIE
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depuis un essor encore plus vaste, la postérité ne doit cependant pas oublier que sa première apparition tant soit peu gigantesque, est due à la Société du Clystère!
Si l'affiche avait continué à se développer pendant plusieurs années comme elle l’avait fait pendant plusieurs semaines, nous ne savons pas vraiment où cela se serait arrêté ! — 11 ne fallait rien moins que trois hommes et trois échelles pour coller une affiche de moyenne dimension, un simple Avis au Public , pour annoncer un changement de domicile, ou une baisse de prix sur les Briquets phosphoriques ! — Il s’était déjà formé des compagnies de spéculateurs qui avaient l’intention de construire des murailles rien que pour recevoir des affiches.
Du reste, il est à remarquer que la compagnie qui réalisa les plus beaux bénéfices durant la période des grandes affiches fut la respectable Compagnie des Chiffonniers. — Ces messieurs faisaient régulièrement trois tournées par jour , et arrachaient ces immenses lambeaux de papiers qui se transformaient pour eux en billets de banque. — Les afficheurs eux-mêmes prêtaient parfaitement la main à cette spéculation , et ils avaient toujours soin de ne pas coller un des coins de l’affiche , afin quelle pût être enlevée plus facilement. L’homme à la colle raisonnait parfaitement juste en se disant que plus on arracherait d’affiches, et plus ça lui donnerait d’occupation et de bénéfice pour en recoller de nouvelles.
C’était la mode alors de tout envoyer à domicile. — Bains à domicile , gaz et gazettes à domicile, romans à domicile, fricandeau à domicile, laiterie à domicile, bois à domicile, briquets phosphoriques à domicile , clystères à domicile ! — tout enfin devait arriver au domicile de l'heureux Parisien, lui qui, jusqu’alors, n’avait reçu à domicile que les billets de garde envoyés par son sergent-major!
Robert , en collaboration de son ami Bertrand , vient à son tour de combler la lacune qui existait encore dans les fournitures à domicile. — Robert a fourni la rédaction, Bertrand a posé l’affiche, et les deux grands hommes regardent d’un air de satisfaction l’effet prodigieux que l’affiche, humide encore, produit sur tous les braves badauds parisiens, qui savourent déjà en pensée les délicieux clystères à domicile!
Aussi Robert, ne doutant nullement du succès de son entreprise, s’appuie complaisamment sur l’épaule de Bertrand , et lui dit :
— Yois-tu, Bertrand, nous faisons là de la morale en action , en
actions de 250 francs, bien entendu : — Nous soignerons les actionnaires gratis, lu les purgeras....; moi, je les saignerai!
Caris , chez A Lit li HT, gai: rie Véro-Dodat.
Typographie LaCIUmpk et (,omp., rue Damiette,
Hobert-JHacairc, escompteur*
Il n’est personne qui, en passant dans les rues qui avoisinent le Palais- Royal, n’ait remarqué de ces maisons à longues allées noires, étroites et suintant l’humidité. Au-dessus de ces entrées peu attrayantes se trouvent souvent des écriteaux annonçant au passant que : « Ici on achète toutes espèces de Marchandises et les Reconnaissances du Mont-de-Piété. »
Triste marchandise que ces derniers petits papiers, et dont le vendeur ne doit pas tirer grande ressource! car, si l’établissement national qui a reçu le sobriquet de Mont-de-Piété se montre avare de ses pièces de cinq francs et n’accorde son numéraire que pour la moitié de la valeur de la marchandise, l’acheteur de reconnaissances est au moins aussi défiant
que l'établissement national, et s’arrange toujours de manière à se réserver un bénéfice fort honnête. Le cabinet d’un antiquaire , le fouillis d’un marchand de meubles, le désordre d’un atelier d’artiste, n’ont rien de comparable au coup d’œil que présente le magasin , le sanctuaire d’un de ces négociants en marchandises de toutes sortes et en reconnaissances du Mont-de-Piété.
Pour peu qu’on soit philosophe, — et tout le monde a le droit d’être philosophe ! — la vue d’un de ces magasins fantastiques peut faire naître bien des réflexions tristes ou bouffonnes , suivant que l’on est de la secte d’Héraclite ou de Démocrite* — Pardon de la citation savante, c’est sans préméditation, et avec des circonstances atténuantes.
Tout Paris vient aboutir dans le poudreux fouillis de ce marchand de bric-à-brac escompteur ; toutes les classes de la société fournissent leur contingent à ce bazar universel, véritable succursale du Mont-de-Piété. Pendules de salon et vieilles casseroles , tableaux de prix et lithographies à quinze sous le rouleau, vases étrusques et vieux pots à beurre, secrétaire en palissandre et commode en noyer, fauteuils en damas de soie et chaises en fer creux laminé , on trouve de tout dans ce capharnaüm de la misère et de la dissipation parisienne ; — la montre d’argent de l’étudiant en médecine va rejoindre dans ce lieu , pendant les jours gras , la petite montre en or guilloché de la petite dame de la rue de Provence, qui , depuis quelque temps, est veuve de bienfaiteur; les outils du pauvre ouvrier malade se trouvent pêle-mêle avec les éventails chinois d’une ancienne actrice à la mode ; le violon de l’artiste se trouve écrasé dans sa boîte par de vieux trumeaux et un assortiment de vieille ferraille!
L’industriel dont nous nous occupons, et qui, par parenthèse, n’a pas même de nom dans le commerce parisien , puisque ce n'est pas positivement un marchand de bric-à-brac et qu’il ne se pare pas exclusivement du titre d 'acheteur des reconnaissances du Mont-de-Piété ; ce négociant, disons-nous , que nous nous contenterons de désigner sous le nom de Monsieur La Ressource , ne se contente pas d’acheter et de revendre une foule de choses , ou plutôt toutes les choses imaginables ; il joint aussi à ce commerce déjà lucratif, une autre branche d’industrie bien plus lucrative encore : il escompte la signature des jeunes gens qui éprouvent le besoin de mener une existence un peu andalouse. Comme les soupers au Café Anglais coûtent un prix fou , il faut bien aviser au moyen de tripler le quartier de pension que l’on tient de la munificence paternelle ou onclernelle; et le jeune amateur du bal Musard et de tous ses accessoires vient un beau matin trouver M.La Ressource pour aviser au moyen de remplir le tiroir d’un secrétaire fort espagnol , c’est-à-dire tout-à-fait
XCiU/U
\ Voici mes conciliions . vous me ferez une lettre de chanoe de 40,000 i je vous J donnerai 0,5 f. Argent, 3,000 f. de Moutarde blanche eide Socques articulés. i 3000 f. de pommes’ de terre hiles, une roue de Cabriolet,- deux vaches,, 'quatre actions duthysionolype et un quintal de connaissances utiles Jeudi pas d'autres valeurs en portefeuille , mais cela vaut de l'or. -
mis à sec par toutes les Andalouses des bals de la Renaissance et des bals de la rue Yivienne.
Comme depuis quelque temps surtout, le tribunal de Police correctionnelle se montre fort peu disposé à encourager le commerce qui consiste à fournir de l’argent moyennant des intérêts qu'on a la petitesse d'appeler usuraires , messieurs les négociants à la petite semaine se gardent bien aujourd'hui de demander un intérêt un peu élevé ; — oh ! mon Dieu , ils ne sont pas exigeants sur ce point; leurs prédécesseurs n'avaient pas honte de prendre 25 , 30 , et même 50 pour cent : maintenant on serait désolé d’accepter plus de 5 pour cent , intérêt bourgeois, tout ce qu'il y a de plus bourgeois ; on rend service à un ami , et voilà tout !
Seulement, on a soin, en échange du billet du jeune homme, billet stipulé valeur reçue comptant , de ne fournir que le tiers ou le quart en écus , et on complète la somme en marchandises : les écus sont si rares aujourd’hui qu’il faut bien faire ce petit sacrifice ; du reste , ces marchandises sont toujours excellentes, et d’un placement facile..., — à soixantequinze pour cent de perte.
Robert-Macaire , dès son entrée dans la carrière de l’industrie , devait nécessairement se laisser séduire par l’agrément de la position sociale du marchand de bric-à-brac escompteur. Aussi n’y a-t-il pas fait faute, et ses premiers pas dans cette route furent marqués par d’ éclatants succès ! Tous les journaux ont enregistré il y a quelque temps le résultat d’une de ses opérations : c’est lui ou un de ses plus brillants élèves qui avait escompté à un jeune dandy une lettre de change de 4,000 francs, contre cinq cents francs écus, huit cents bouteilles d’eau de Seltz, un chameau et un ours , accompagnés d'un petit tambour et d’un flageolet !
11 est bien entendu que pour compléter l’opération , Robert-Macaire envoie le lendemain son ami Bertrand racheter les marchandises au jeune homme , qui est charmé de pouvoir s’en débarrasser contre quelques écus.
L’affaire que Robert-Macaire est en train de conclure en cet instant ne nous semble pas moins agréable :
— Voici mes conditions : vous me ferez une lettre de change de 40,000 francs, je vous donnerai 25 francs argent, — 3,000 francs de moutarde |! blanche et de socques articulés , — 3,000 francs de pommes de terre frites , — une roue de cabriolet , — deux vaches , — quatre actions du Panthéon littéraire, et un quintal du journal la Presse — ; je n’ai pas d autres valeurs en portefeuille , mais cela vaut de l’or !
Chez Aubkrt, galerie Véro-Dodat.
Typographie Lacraihpk et Comp., rue Damietie, 2.
fôobert-Jîtacairc et la fouille.
Après l'invention de l'actionnaire, l’invention de la houille a, certes, bien aussi son agrément! — Il y a même plus , la houille peut être regardée comme le complément indispensable de l’actionnaire; et la houille sans actionnaire, ou l’actionnaire sans houille, serait comme un corps sans âme, comme un théâtre sans spectateurs, comme un journal sans abonnés, comme un ténor sans ut quelconque, fût-ce même un roquet d'ut de chanteur d'opéra-comique.
La houille est une chose si précieuse, si délicieuse, si avantageuse, que si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer; et c’est ce qui fait tout justement que bon nombre d’industriels se sont dévoués au bien-être de la société, et ont inventé des mines de houille dans des départements qui, depuis la créa-
lion (lu monde et des départements, n’avaient jamais produit que de la craie; comme les environs de Paris, par exemple, où l'on trouve une légère couche blanche de douze cents pieds d'épaisseur! — Voilà de quoi frotter les escarpins de tous les danseurs de corde, de tous les saltimbanques, de tous les acrobates de l’univers, jusqu’à la fin des siècles. — Voilà pourquoi , attendu que toute cette craie est récoltée dans les environs de Paris, on la désigne dans le commerce sous le nom de blanc d’Espagne.
Comme l’instruction est toujours une bonne chose, nous n’étions pas fâché de vous apprendre en passant, même à propos de houille, l’origine de cette expression : blanc d’ Espagne !
Dans ces derniers temps, les petits livres amusants que l’on vend deux sous sur les places publiques, avec un paquet de poudre à gratter , et qui donnent la manière de rire , de se divertir et de s’enrichir en société sans se fâcher, ont indiqué plusieurs recettes pour exploiter des mines de houille. — La première recette est très-vulgaire, très-niaise, même; car elle semble empruntée à la Cuisinière bourgeoise , article civet de lièvre : — Pour exploiter une mine de houille, ayez d’abord une mine de houille , etc., etc. — La seconde recette, sans être moins à portée de toutes les intelligences, est surtout beaucoup plus à portée de toutes les fortunes; car elle dit: — Pour exploiter une mine de houille, achetez, pour quelques écus, un champ où depuis un temps immémorial il ne pousse que des cailloux , semez-y des actionnaires, creusez un grand . trou , faites faire, un .rapport. scientifique par un. individu quelconque, . expert en n’importe quoi; ce rapport déclarera qu’il n’est pas impossible qu’une mine magnifique se trouve dans ce champ, attendu que César, en traversant les Gaules, aurait pu mentionner celte mine dans ses Commentaires, si elle avait existé de son temps ; et cet oubli est d’autant plus heureux, qu’il prouve évidemment que cette mine n’a jamais été exploitée, et que par conséquent ses filons ont encore toute leur richesse, et rapporteront des sommes énormes aux actionnaires ; en conséquence de quoi cette mine doit être évaluée au moins un million! — et voilà ! — Prix du rapport scientifique, minéralogique et houillifique : mille francs!
Ce rapport ne manquait jamais de faire du bruit dans le monde , surtout en ayant soin de l'accompagner convenablement à l’aide de la grosse caisse de l’Annonce et de la clarinette de la Réclame. — Quinze jours après, on aurait pu combler totalement le puits de la mine avec le nombre de jobards..., je me trompe, je veux dire d’actionnaires, qu’on était parvenu à recruter parmi les trente-deux millions de Français qui composent le peuple surnommé le plus spirituel de la terre ! — C’est très-flatteur pour les autres nations !
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^Les. mines d'argent les mines lot, les mines de diamant ne sont que de la potd (Vibouille, 3e laratalomlle eu comparaison dema houille . Mais { que vous mallezi,'-^ dire), lu vends alors tes actions un million?.. . . .Mes actions, Messieurs, je jy ne les vends pas . je les donne pour deux cenls misérables francs, j en donne (
Kfj'j) deux pour une je donne une aiguille, un cure- oreille, impasse lacel, et
]e vous dorme encore ma bencdid ion par dessus le 'marche
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Quelques fonceurs de mines de houille, en fonceurs encore plus distingués que les autres, avaient soin de joindre à leurs rapports, des dessins lithographiques représentant la mine sous tous ses aspects , et on avait soin d’enjoliver le dessin de quelques petites cheminées qui fumaient; il n’y a rien qui fasse bien dans un paysage comme une cheminée qui fume ! — Puis, comme tous les professeurs et tous les peintres célèbres conseillent aussi d’animer les paysages h l’aide de quelques petits personnages, on représentait une foule de petits ouvriers traînant des brouettes pleines de houille; — c’était joli, cela faisait bien à l’œil, et le tirage lithographique ne coûtait pas plus cher: vous voyez donc bien que ce n’était pas la peine de se passer de petites cheminées et de petits bonshommes !
Enfin , quelques fonceurs, en fonceurs encore plus forts que tous les autres, avaient joint à cette recette la recette toute particulière d’enfouir quelques paniers de houille dans le terrain présumé houiller : de la sorte, les premières fouilles étaient toujours couronnées d’un plein succès ; mais Robert-Macaire, lors de son association avec Bertrand, trouva cette recette indélicate, et déclara hautement qu'elle ne convenait qu’à des polissons.— Passe pour des étourderies de jeunesse; mais de l’indélicatesse, jamais !!
C’est pourquoi, au lieu de s’enfoncer dans Ses profondeurs delà terre, comme une taupe ténébreuse, pour y porter des fragments de houille , ou des morceaux de cook brûlés déjà deux ou trois fois, Robert-Macaire préféra grimper sur un cabriolet emprunté à un marchand de vulnéraire suisse de ses amis; et là, montrant ses actions au grand jour de la place publique , craignant peu de laisser voir sa marchandise et de laisser tâter le papier pour prouver qu’il était d’une bonne fabrique, et parfaitement collé, — notre héros, après avoir rassemblé une société choisie à l’aide d’une musique qui , pour porter à la tête , n’était pourtant pas enivrante , proféra le discours suivant avec l’aplomb d’un professeur de rhétorique :
— Messieurs et dames Les mines d’argent, les mines d’or, les
mines de diamant , ne sont que de la pot-bouille , de la ratatouille en comparaison de ma houille !... Mais (que vous m’allez dire), tu vends alors tes
actions un million? Mes actions, Messieurs, je ne les vends pas, je
les donne pour deux cents misérables francs, j’en donne deux pour une; je donne une aiguille, un cure-oreille, un passe-lacet, et je vous donne
encore ma bénédiction par-dessus le mar ché ! — En avant, la grosse
caisse !
Dix minutes après, il ne restait plus une action sur la place; le tour était fait; il ne restait plus qu’à prendre des chevaux de poste pour Bruxelles!
Typographie Lacravpe et Comp., rue Itaïuiette, ri.
Paris, chez Al'IVF.RT, galerie Véro-Dodat.
rassemblée b’^Utiotmaires.
La plus belle invention du dix-neuvième siècle est bien certainement 1 actionnaire. — L’homme de génie qui le premier a importé en France ce produit de l’industrie humaine , a bien mérité les bénédictions des industriels en général, et des chevaliers d'industrie en particulier.— La pomme de terre est d’un excellent rapport, la betterave a bien son charme, la carotte est très-nourrissante , et la graine de topinambour donne des produits monstrueux; mais qu est-ce que tout cela, bon Dieu! en comparaison de çe que produit la graine d’actionnaire semée dans un terrain vierge et qui n’a pas encore été trop fouillé par la bêche de la civilisation?
L’année 1837 fut très-pluvieuse; Paris fut presque continuellement inondé de torrents de pluie et d’averses de prospectus; mais si la saison fut défavorable aux melons, en revanche elle fit pousser une quantité
innombrable d’actionnaires qui les remplacèrent fort avantageusement. — Plus on étudie le caractère de cette classe prodigieuse , qui malheureusement n’existait pas encore du temps de M. de Buffon, et qui, par conséquent , n’a pas pu être décrite par ce savant naturaliste , et plus on est tenté de croire que ce bipède est le produit fantastique de l’alliance incestueuse d’un serin et d’un cornichon!
Nous demandons pardon à l'actionnaire si nous émettons ainsi sur son compte une opinion littéraire qui doit paraître un peu verte; mais toute autre comparaison aut-aît mal rendu notre pensée.
Il n’était sorte d’entreprise extraordinaire , baroque , stupide même , qui, à l’aide de quelques coups de grosse caisse avec accompagnement de clarinette , ne fit accourir une foule de badauds qui s’arrachaient les actions, les coupons, et les fragments de coupon! — Vous vous rappelez, ou plutôt même vous ne vous rappelez plus, sans doute, ces millions de sociétés qui furent créées dans l’espace de quelques mois, et qui vécurent toutes l’espace de quelques semaines. — La quatrième page des journaux n'était plus assez vaste pour contenir les annonces mirobolantes qui venaient se disputer la place au soleil de la publicité ; la Réclame se faufilait jusque dans le feuilleton, et le Premier Paris voyait empiéter chaque jour davantage sur l’espace réservé à ses tartines politiques. — Ce n est pas là , du reste, le plus grand méfait que l’on puisse reprocher à l’Annonce et à l’Action; au contraire, il en est des tartines politiques comme des tartines de beurre : les plus légères sont les meilleures.
A l’époque où florissait l’action, il semblait que tous les Français fussent dignesd'entreràl’établissementnational des Quinze-Vingts , tellement tous ces malheureux étaient aveugles. — La contagion fut générale, il n’était personne qui n’eût dans un coin de son tiroir une petite action de n’importe quoi, — fût-ce une action de librairie, de laiterie, de boulangerie, de parfumerie, ou de charcuterie ; car, pour répéter une maxime qui n’est pas neuve , mais qui n’est pas consolante , dans cette époque déplorable , tout, excepté la morale, avait été mis en actions! — Après tout, si quelquefois on se laissait aller à s’apitoyer sur la bonne foi, l’aveuglement ou la niaiserie , comme vous voudrez l’appeler, de ces actionnaires qui échangeaient de belles et bonnes pièces de cinq francs non frappées à Monaco, contre de mauvais petits morceaux de papier non contrôlés par la Monnaie , d’autres fois aussi on était tenté de trouver juste la punition que ces actionnaires recevaient de la Providence, par l’entremise de Roberl- Macaire ; — carr un actionnaire auquel on offrait, pour une modique somme de cinquante mille francs , un immeuble qui , suivant le prospectus , en valait trois cent mille, et qui, à l’aide d’une autre opération, devait rap-
Messieurs , le journal , franchement monarchique, que j ai eu l'honneur ji
de fonder avec vos Capitaux et de dinoer avec ma profilé elmes lumières, a dépassé) * V A toutes mes espérances. .. . . . il a vécu deux mois, ira dévoré que trois cents mille francs et/
il attend plus pour reparaître qu un nouveau, versement Jettran
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porter cent cinquante pour cent par an ; dans cette circonstance , disonsnous. l’actionnaire, le bonhomme d’actionnaire, le jobard d'actionnaire, jouait un peu le rôle de l’autre jobard, qui, dans le vol dit à Ï américaine , achète pour quelques écus un sac qu’il croit rempli de pièces d’or étrangères , qui , lorsque le tour est fait , se transforment en un assortiment de liards très-rouges, et de sous de Monaco très-jaunes ! — Dans ce cas particulier, le voleur est un misérable, mais le volé est un polisson qui avait eu l’intention d’être voleur.
Je vous laisse à penser si à l’époque bienheureuse dont nous vous entretenons, on se lit faute de créer une foule de nouveaux journaux ! — Depuis longtemps le besoin se faisait généralement sentir, dans la société , d’avoir des journaux blancs, jaunes, roses, vert-pomme, et aussitôt, vlan ! Robert-Macaire jetait à la tête de la France des masses énormes de journaux blancs, jaunes, roses et vert-pomme.
Le journal franchement monarchique créé par M. Robert-Macaire, n’eut pas tout le succès désirable; après deux mois d’existence , le gérant convoqua ses actionnaires, qui , d’après les statuts, ne comptaient avoir le plaisir de se trouver réunis qu’à la fin de la première année. La séance étant ouverte , Robert-Macaire, assisté de Bertrand, métamorphosé en garçon de bureau , se plaça derrière la table verte, tribune obligée de tous les orateurs d’assemblées commerciales, et le gérant prit la parole :
« Messieurs, le journal franchement monarchique que j'ai eu l’honneur de fonder avec vos capitaux , et de diriger avec ma probité et mes lumières , a dépassé toutes nos espérances!... il a vécu deux mois entiers, n’a dévoré que trois cent mille francs, et n’attend plus, pour reparaître, qu’un nouveau versement! — Bertrand, conduisez ces messieurs à la caisse !.. »
Vous pouvez juger de l’effet de la harangue sur la physionomie de messieurs les actionnaires; bien que franchement monarchiques, ils sont franchement vexés, et leur nez s’allonge d’une manière très-significative. — Pourtant, pas un d’entre eux n’ose prendre la parole pour se plaindre tout haut ; car le Gogo mécontent qui se permettrait une réflexion désagréable serait traité immédiatement de factieux, de carliste, de républicain, par le gérant M. de Robert-Macaire , et Bertrand s'empresserait d’aller quérir les sergents de ville chargés d’empoigner ce perpétuel ennemi de 1 ordre et des journaux franchement monarchiques.
Heureux si, pour couronner le tout, le susceptible gérant attaqué dans ce qu’il a de plus cher au monde, dans son honneur, ne se permettait pas une petite attaque de nerfs, cette dernière et immanquable ressource des femmes et des gérants attaqués dans leur honneur !
Typographie Lackampk rt Coinp., rire Damif“U<;, 2.
Paris, c liez ALBERT, calorie Yéro-Bodat.
Robert- Jîlamirc avocat.
Je ne sais quel est le mauvais plaisant qui le premier donna h l’avocat le sobriquet de défenseur de la veuve et de l'orphelin ! — 11 était impossible de faire sentir d’une manière plus ironique et plus mordante qu’il y avait toujours dans chaque cause que l’on plaide devant les tribunaux un avocat qui est le spoliateur de la veuve et de l’orphelin .
L’avocat est un homme vraiment charmant en société et de l’humeur la plus accommodante ; avec lui , pour avoir raison , pour être parfaitement d’accord, pour qu’il entre entièrement dans votre manière de voir, pour qu’il embrasse votre cause avec chaleur, pour qu’il dise pis que pendre de votre adversaire, il ne faut qu’une chose, c’est arriver le premier dans son cabinet. — Un instant pourtant, nous nous trom-
pions ; notre phrase n’est pas entièrement exacte : pour avoir raison avec un avocat , il faut deux choses : — Arriver le premier dans son cabinet , comme nous le disions d'abord; puis, deuxième chose non moins essentielle, y arriver avec des arguments irrésistibles puisés, non pas dans le Code civil , mais dans le tiroir de votre secrétaire.
L’avocat connaît d’autant mieux toutes les raisons qu’il faudra faire valoir devant les juges pour défendre votre cause, que souvent il n’aura qu’à répéter presque mot pour mot le plaidoyer que son adversaire prononçait quelques jours auparavant dans un autre procès où les rôles étaient intervertis.
De même qu’on trouve des dîners copieux à trois francs, à deux francs, à trente-deux sous, à vingt-cinq sous et même h treize sous, de même on trouve des plaidoyers à tous prix, depuis mille francs jusqu’à cent sous. — Du reste, l’avocat est confiant, il s’en rapporte à la générosité des personnes, pourvu qu’on ait soin de payer à l’avance ! — Il va sans dire aussi que si les honoraires laissés discrètement sur la cheminée ou sur un coin du bureau, ne sont pas dans une proportion honnête avec la réputation de richesse dont jouit le plaideur, ou avec la finesse du drap de son habit, l’avocat, en ruminant la cause dont on l'a chargé, découvre tout à coup un côté faible dont il ne s’était pas aperçu d’abord, et le lendemain matin il renvoi t le dossier en disant que sa conscience ne lui permet pas de plaider ce procès, qu’il regarde comme perdu à l’avance. — Conscience est joli !
Quand mon homme à la conscience délicate a affaire à un plaideur novice et virginal, l’affaire en reste là, et le pauvre diable, qui commence à craindre pour l’issue de son procès, va trouver un autre avocat moins en vogue et par conséquent moins difficile. — Mais quand le plaideur est un vieux Normand , il retourne le lendemain chez ce même avocat, s’il tient à sa faconde , et il replace le dossier sur le bureau en y joignant un second rouleau de métal précieux , et il prie le savant légiste de vouloir bien jeter un nouveau coup d’œil sur cette affaire pourvoir si elle est aussi mauvaise qu’il le craignait d’abord. — Il va sans dire que la thèse change de face encore une fois, et la conscience de l’avocat redécouvre de nouveaux arguments qui permettent de soutenir le procès , et qui même permettent de concevoir bon espoir.
Le plaideur qui est en quête d’un défenseur a non- seulement le choix du prix qu’il veut y mettre, mais encore le choix du genre de talent qu’il veut trouver dans son avocat. — Tous les barreaux du monde possèdent : L’avocat rageur, qui parle toujours en fausset et qui se foule le poignet en tapant comme un furieux sur tous les bancs qui sont à sa portée ;
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