L. II
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clu-ï A LU F. 1U , galerie Vrro-h<Hlai
Typographie I.aCK \tpk et DtHtip., rue Damiette, ü.
Kobert'iïlacam agent D’affaires.
Il n’est pas dans le monde en général, ni dans le dictionnaire français en particulier, un mot plus commode, plus souple, plus élastique, plus caoutchouc, que le mot d 'agent d’affaires.
Agent d’affaires signifie tout ce qu’on veut bien lui faire signifier, Un individu quelconque peut spéculer sur les rentes françaises ou espagnoles, sur les reconnaissances du Mont-de-Piélé, sur les fils de famille qui ont besoin de billets de 500 francs, sur les vieux habits, sur les sous de Monaco, sur les domestiques sans places, sur les pots-de-vin des fournitures, sur les actions des chemins de fer, ou même sur les actions de la Société du dessèchement de la Méditerranée; en un mot, on peut spéculer sur toutes les choses imaginables et même inimaginables. Ce mot embrasse
tout, convient à tout, s’applique à tout. Il est des agents d affaires qui gagnent cent mille francs par an; il en est d’autres qui ne gagnent qu’une condamnation en police correctionnelle.
Nous disions que l’agent d'affaires n’avait pas de prédilection pour telle ou telle affaire, qu’il spéculait sur toutes choses au monde ; à vrai dire cependant, il est une chose sur laquelle 1 agent d affaires aime surtout à spéculer : c’est sur le jobard. Mais, malheureusement, le jobard devient plus rare de jour en jour; tant de chasseurs se sont mis à la piste de ce genre de gibier, que, si l’on n’y prend garde, l’espèce en sera détruite, comme il en arrivera prochainement des baleines et des autruches.
On montrera le dernier jobard au Jardin-des-Plantes, dans la galerie où toutes les curiosités d’histoire naturelle nagent dans des bocaux d’esprit-de-vin. — Le malheureux jobard, infusé de la sorte , servira d’amusement à toutes les bonnes d’enfants et à tous les vétérans qui fréquentent d'ordinaire l’établissement national situé près du pont d’Austerlitz.
Il est vrai que pour faire naître de nouveaux jobards, on pourra suivre le précepte du Bon Jardinier industriel , qui dit :
« Semez de la graine de niais,
Il pousse des actionnaires. »
Or, c’est sur factionnaire que se greffe le jobard. Ainsi, avec des soins et une culture convenable, on peut espérer parvenir à ne pas laisser s'éteindre cette race précieuse.
Rieil n’est plus facile que de monter un bureau d'agent d affaires ; il suffit d’une table, de quelques chaises, et d’un immense cartonnier, sur lequel sont collées une foule d’étiquettes, telles que : correspondance, affaires pressées, mines et chemins de fer, bitumes, etc., etc. Si l’on ouvre un bureau de moindre importance , les étiquettes portent alors : emplois vacants, domestiques à placer, fonds à vendre, etc., etc. Il va sans dire que, la plupart du temps, les nombreuses paperasses renfermées dans ces cartons ont été achetées chez l'épicier du coin, à trois sous la livre. On voit qu'il est impossible de se procurer une masse d’affaires à meilleur compte. Pour dix-sept sous, on peut avoir des dossiers d’affaires qui ont l'air de valoir dix-sept cent mille francs.
Si l’agent d’affaires qui s’occupe du placement des domestiques et de la vente des fonds d’épicerie et d’herboristerie va établir ses bureaux dans quelque rue d’un aspect assez modeste, en revanche, l’agent d’affaires qui travaille dans le bitume et dans les créances d’Espagne ou de Saint- Domingue, croirait déroger s’il ne fixait son domicile dans la Chaussée-
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d’Àntin et à proximité du palais de la Bourse, ce temple de l’agiotage, ce lieu de rendez-vous de tous les pêcheurs rusés qui aiment à jeter leurs filets dans l’eau trouble.
Robert-Macaire devait à la société en général, et se devait à lui-même en particulier, d’exploiter aussi cette branche d’industrie d’un commerce non moins facile qu’agréable. Cela lui convenait d’autant mieux que l’ami Bertrand avait son petit rôle à jouer dans cette circonstance.
Voici la recette pour faire une bonne affaire; elle est à portée de toutes les intelligences, sinon de toutes les consciences.
M. Macaire, en flânant sous le portique de la Bourse, trouve un brave homme qui est possesseur d’une créance sur un gouvernement quelconque, fût-ce même le gouvernement de Monaco, qui s’est fait connaître si avantageusement dans la société par les sous du même nom. M. Macaire, qui a flairé les valeurs contenues dans le portefeuille du brave homme en question, l’a bien vite accosté en lui parlant du froid, de la pluie ou de la chaleur, suivant la circonstance; grâce au thermomètre de l’ingénieur Chevalier, la conversation se lie tout à fait, et, de fil en aiguille, de baromètre en créances espagnoles, la connaissance se trouve faite au bout d’une heure. L’offre d’une bouteille de bière ou d’un bol de punch, toujours suivant la saison, vient achever de mettre en relation le pigeon avec le vautour.
Le lendemain, M. Macaire se rend de nouveau à la chasse de son gibier ; mais, cette fois, il a soin de s’adjoindre un compère, qui n’est autre que M. de Saint-Bertrand. Cette fois le baromètre n’est plus mis en jeu, et dès que M. Macaire rencontre le pigeon, il lui glisse ces mots fallacieux :
« Hier, je me suis trompé en disant que votre affaire était bonne; elle est détestable. Le gouvernement vous doit cinq cent mille francs, c’est vrai ; mais la créance n’a pas été reconnue : il y a aujourd’hui déchéance ; vous n’aurez pas un sou... Cependant, tenez, j’y pense, voici M. de Saint- Bertrand, un riche capitaliste, un imbécile : vendez-lui vos droits cent écus; ce sera une affaire magnifique... (à part) et pas chère! »
Si le jobard donne dans le panneau, la société Macaire et Saint-Bertrand réalise un bénéfice de deux ou trois cent mille francs, en échange de sa mise de fonds de cent écus, à moins pourtant que les créances ne soient sur le gouvernement espagnol ou monacocien. Mais M. Macaire connaît ses gouvernements, et il ne ferait pas la boulette d’avancer cent écus contre des valeurs qui n’ont de prix dans la société que pour allumer des cigares.
P, iris, élu1/ ALBERT, galerie Véro-Updai.
Typographie LaCua.mpe ei Comp. , rue Dqmielle, 2.
— fl 5. —
Robcrt-JHacairc agent bc renseignements.
Madame, veuillez donc vous seoir, je vous prie. Qu’est-ce qui me procure l’avantage de vous recevoir? Je ne suis pas assez fat pour croire que votre visite ne soit pas essentiellement une visite d’affaires : aussi me pardonnerez-vous de vous donner audience dans ce cabinet de travail, et devant ce bureau chargé d’étiquettes propres à effaroucher les Grâces.
Madame vient-elle pour un vol-au-pot? Nous définissons le vol-au-
pot, une soustraction faite par des praticiens.
— Je connais ce genre d’industrie, la Gazette des Tribunaux tait faire à ses lecteurs un cours de vols en tous genres.
— Auriez-vous été victime d’un vol à la graisse? ce vol, comme vous
devez le savoir encore, consiste à
— Connu..., monsieur Robert-Macaire , grâce encore à l'obligeance de la gazette susdite.
Madame aurait-elle à son réveil été saluée par un bonjourien ? le
bonjourien est le larron qui s’introduit
— Je sais, je sais, Monsieur : c’est le filou qui s’introduit le matin à jeun dans les hôtels garnis ou dans les domiciles, et qui , sous le prétexte de venir réveiller un ami ou une amie, dérobe tout ce qu’il peut pendant qu’il ou qu’elle est endormie.
— Parfaitement formulé; je n'aurais pas mieux dit. Vous possédez à fond l'idiome correctionnel. Et à propos de bonjouriens, il vient de nous être signalé un fait assez original : Un industriel s'introduit un matin chez une de nos actrices à la mode ; il ignorait chez qui les hasards de son exploitation l’avaient amené, quand il aperçoit sur le somno un bulletin de répétition portant le nom de l’actrice endormie. Une montre d’or enrichie de diamants pendait à un petit clou d'or.... Savez-vous ce que le voleur a dérobé ?
— La montre, sans nul doute.
Non, belle dame! Il a dérobé à l’actrice un baiser, un simple
baiser, et donné si légèrement, que la belle endormie ne l'a pas même senti.
— Alors , qui a pu le dire ?
— L’indiscret scélérat a poussé la plaisanterie jusqu’à revenir le lendemain; mais cette fois l’actrice s'est réveillée , et l’ingrate a crié au
voleur! Le jeune homme était trop fier pour nier sa profession. Il
l’a avouée aux magistrats; mais ceux-ci n’ont pas voulu croire à l’acte de désintéressement du bonjourien. La famille du coupable a chargé mon agence de faire des recherches, pour savoir s’il ne s'est pas présenté plusieurs circonstances dans lesquelles le galant voleur aurait agi de même ; et un de nos jeunes avocats s’est chargé de prouver que le praticien devait
être traité comme monomane qui avait le baiser en idée fixe Ce gail-
lard-là se serait-il par hasard présenté à votre chevet, belle dame?
— Ah , Monsieur! je ne suis pas assez heureuse pour avoir eu ce malheur-là! ou plutôt , je suis trop malheureuse pour avoir eu un pareil bonheur! Je suis victime d’un vol à la tire.
— Le plus commun, le plus vulgaire, le plus roturier des vols; il ne suppose à celui qui le commet aucune élévation d’idée, aucune poésie d’âme. C’est le vol dans sa pureté native , la soustraction antédiluvienne. Nous avons dans nos cartons les noms de tous les écoliers qui se livrent à cet exercice, ils sont déshonorés aux yeux même de leurs confrères.
— Monsieur, on m'a volé dans mon sac un billet de mille francs.
— Madame , j’ai votre affaire , le voleur est un de mes amis.
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\\l / f>our rnes démarches el demain le voleur vous rendra ^vVt7)x il vous remellra sa carte.
— Pourrais-je ravoir mon billet et connaître celui qui me l'a pris?
— Rien n’est plus facile. Donnez-moi quinze cents francs pour mes démarches, et demain le voleur vous rendra le billet et vous remettra sa carte.
— Quinze cents francs!... Mon cher monsieur Macaire, vos services sont hors de prix.
— Je vous demande à peine mes déboursés. Personne ne peut savoir les dépenses énormes de notre exploitation. Si nous ne faisons pas affaire ensemble, j’en serai aujourd’hui pour mes frais de consultation. Eh bien, Madame , il y a cent personnes par jour qui viennent , on leur fait des offres aussi avantageuses que celle que j’ai l’honneur de vous faire — : elles hésitent..., elles demandent h réfléchir, elles ne reviennent plus...; et pendant ce temps, les frais administratifs marchent toujours. Savez vous que nous avons dix mille voleurs à notre charge? Quand ils n’ont pas d’ouvrage, il faut que nous les nourrissions.
— Comment, vous tenez une table d’hôte de voleurs !
— Table d’hôte n’est pas le mot exact, mais nous pensionnons ces messieurs. Quand ils ont fait une affaire, ils sont tenus, sur parole d’honneur, de nous avertir. A notre tour, nous avertissons la personne volée. Si elle tient à l’objet enlevé , il faut qu’elle en restitue d'abord le prix au preneur, c’est de toute justice : car possession vaut titre, c’est le Code qui le dit. Pour nos peines nous réclamons cinquante pour cent; c’est ce qui vous explique , Madame , pourquoi nous exigeons de vous les quinze cents francs que je vous demande.
— Mais j'aurais autant de profit à ne pas retouver la somme.
— Profil , oui ; mais faites attention que votre orgueil sera vivement flatté, et celui du voleur humilié. Vous pouvez dire dans le monde, je me suis fait restituer mes mille francs. Vous n’avez pas besoin de parler de la prime que vous m’avez allouée pour mes peines. Je vous autorise même à faire, à ce sujet, le récit le plus épique que vous pourrez inventer; dites, par exemple, que vous avez reconnu le voleur au moment où il passait sur le Pont-Neuf , qu’il a voulu vous échapper en se lançant à la Seine; mais que vous, qui nagez comme une sirène ou un éperlan, vous l’avez suivi dans les flots, et en plongeant, que vous avez plongé votre main dans son portefeuille, où vous avez repris le billet de banque.
Je vous jure sur mes cheveux blancs, je n’en ai pas, mais je pourrais en avoir, je vous jure sur cela ou sur toute autre chose de blanc , que je ne ferai à ce sujet aucune réclame dans les journaux , même dans ceux de ma couleur, c’est-à-dire de mon opinion.
— Enchantée de votre désintéressement !
Pi ris, chez ACRETïT, gale ri o Vcro-Po^at.
Typographie Lacravpe et Cornp., rue Damiette, •>
Kobert^Jttacmre professeur îfinîiustric.
En général, la création d'une chaire quelconque est la chose la plus utile que l’on puisse inventer pour le... professeur. Six mille francs d’appointements, une leçon par semaine, et neuf mois de vacance, voilà le plus clair du programme de presque tous les cours publics. Si, en outre, le professeur jouit d’une mauvaise santé, et ne peut se rendre exactement à sa leçon hebdomadaire, par suite de coqueluche ou de cors aux pieds, il s’ensuit que chaque leçon lui vaut environ cinq cents francs. Ceci est un peu cher, surtout en comparaison des professeurs de français, de latin et même de grec, qui vont en ville à raison de trois francs le cachet.
Un autre agrément du professorat consiste dans le suppléant. Il y a au collège de France des messieurs non moins savants que paresseux, qui,
depuis dix ans* touchent de fort agréables appointements sans avoir même la peine de faire une seule leçon. Ces professeurs in partibus savent très-bien que le suppléant n'a pas été inventé uniquement pour se promener la canne à la main dans la grande allée du Luxembourg. Un suppléant, avec la manière de s’en servir, est, selon l’avis des professeurs titulaires, une des plus belles inventions des temps modernes. Grâce au suppléant, on peut être improvisé professeur de n’importe quoi, d’hébreu, de syriaque, de sanscrit ; on n’est même pas tenu à un petit prologue d’ouverture : c’est le suppléant que cela regarde. Par exemple, il y a une chose fort importante, pour laquelle le professeur ne se laisse jamais suppléer; nous voulons parler de l’émargement de la feuille de caisse le jour où il va toucher cinq cents francs pour prix des leçons qu’il n’a pas faites pendant le mois.
Le suppléant fait donc sa petite leçon le plus régulièrement et le plus anonymement possible; seulement, comme aux termes du règlement universitaire, un cours dit public ne peut continuer à avoir lieu qu’autant qu’il est suivi au moins par trois élèves, le suppléant fait assister à ses leçons dites publiques son neveu, son filleul et le fils de son portier. Pour prix de cette corvée, il promet son héritage à son neveu , des étrennes au fils du portier, et sa bénédiction à son filleul !
Si ces messieurs les professeurs des cours dits publics s’entendaient un peu mieux entre eux, ils pourraient faire de notables économies sur leurs frais d’auditeurs : au lieu de recruter ainsi un public qui leur cause toujours une certaine dépense, ils devraient se rendre le service d’assister réciproquement à leurs leçons; de la sorte, ils auraient toujours au moins huit à dix auditeurs, et cela produirait un bien meilleur effet. Les leçons pourraient même devenir fort agréables et fort variées ; car, lorsque le professeur de syriaque serait fatigué de parler, l’un des assistants, le professeur d’indouslan, par exemple, monterait en chaire, et parlerait de l'indoustan pendant une douzaine de minutes, jusqu’à ce qu’un enrouement le forçât à reprendre sur les bancs sa place d’élève, pour entendre pendant quinze autres minutes le professeur de chinois. Nous espérons que ce système ne tardera pas à être mis en usage avec le plus grand succès; car il procurera économie d’auditeurs, économie d'amphithéâtre et économie de verres d’eau sucrée. Par exemple, il est bien entendu qu’il n’y aura pas économie sur les traitements de six mille francs. Diable ! ceci ôterait tout le charme de la nouvelle combinaison, n’est-ce pas, messieurs les professeurs?
Comme dans notre siècle éminemment doctoral, toutes les sciences, tous les arts et même tous les métiers sont enseignés à l’aide de professeurs;
‘/S/' --E-Xemplf ; Vous achetez un procède nou ^ous lachelez MO L 500 f. 25 francs, le rr i / acUo,ls le P^s possible 1 Vous faites des tete05 promesses monstres , vous réalisez le capi il )wi , ? e sur Por*-e. vous déposez v<
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ImpdAutert et C f
attendu que nous avons des professeurs de coiffure et inôm des profes seurs de pugilat, autrement dits professeurs de savate, le besoin se faisait généralement sentir dans la société de voir aussi créer une chaire où l’on pût recueillir les doctes leçons d'un professeur d'industrie.
Robert -Macaire, mieux que personne au monde, était capable de remplir avantageusement celte place difficile ; et, par suite d’une délicatesse excessive, qui d'ordinaire, il faut l’avouer, n’était pourtant pas l'apanage de ce professeur, Robert-Macaire ne voulut pas confier à un suppléant le soin de faire son cours. 11 jugea que ce n’était pas trop de son propre talent pour faire ressortir toute la finesse d’une leçon qui avait pour but de fournir aux jeunes élèves toutes les connaissances nécessaires pour acquérir le diplôme de chevalier d’industrie.
Les auditeurs de Robert-Macaire furent d'autant plus nombreux, que le cours du savant professeur ne devait se composer que d’une seule leçon. En une seule séance, Robert-Macaire se flattait de révéler le secret de l’industrie ou plutôt de la flibusterie parisienne.
Lorsque l'amphithéâtre fut suffisamment garni d’élèves ornés de cols en crinoline, âgés de dix-sept ans, de pantalons noirs passés à la nuance gris perle, et de bottes veuves de talons, de semelles et d’empeignes, le professeur Robert-Macaire fit son entrée dans la salle, précédé de l’appariteur Bertrand. Après un moment de religieux silence, l’orateur se moucha, toussa, retroussa sa manche, et prononça les paroles suivantes, recueillies fidèlement par le sténographe ordinaire des cours publics :
« Jeunes élèves, vous êtes gueux, et vous désirez vous enrichir [marques d'assentiment dans tout l'auditoire)..., vous désirez vous enrichir, mais honnêtement, et selon les usages de la bonne société industrielle (: nouvelles marques d'assentiment). En ce cas, voici la meilleure de toutes les recettes, et que jusqu’à présent je n’avais confiée qu’à mes amis les plus intimes [attention générale). Vous achetez un procédé nouveau, n’importe quoi, bon ou mauvais; vous l’achetez 600 fr., 500 fr., 25 fr., le moins possible; vous créez 500,000 francs d’actions, le plus possible; vous faites des annonces-monstres, des affiches-monstres, des promessesmonstres; vous réalisez le capital, vous l’empochez; vous mettez ensuite la clef sous la porte, vous déposez votre bilan, c’est-à-dire le bilan de la société... Le tour est fait, et vous passez à un autre. »
Vous savez si messieurs les élèves de Robert-Macaire se sont fait faute de mettre à profit la leçon de leur illustre professeur !
Che* Auukrt, galerie Véro-Dodat.
Typographie I.acrampk et Comp., rue Damiette, 2.
ttobert-Jîlacaire libraire.
« Messieurs et darnes, y aurail-il dans cette aimable localité, quelqu’un qui voudrait se faire un fort joli revenu sans peine et sans travail?.. S’il en est un, qu'il prenne en dépôt mes abécédaires — G est une spécialité pour laquelle il n’est pas besoin d’être libraire , pas besoin d être connaisseur, pas besoin de savoir lire; au contraire!... 11 suffit de me verser un petit cautionnement.... Les plus gros sont les meilleurs, comme dit la chanson. »
C’est ainsi que s’exprimait Robert-Macaire, lorsqu’il éprouva le besoin de renouveler la face de la librairie française, à l’époque où les dictionnaires, les formulaires et les abécédaires promettaient de verser des torrents de lumière sur la France entière. — Afin de propager plus activement
ce commerce éminemment philanthropique, Robert-Macaire voulut établir des dépôts de ses publications non-seulement chez tous les libraires connus et inconnus, mais encore chez tous les boulangers, pharmaciens, confiseurs et herboristes de Paris et de la province. — Les épiciers seuls étaient exclus, attendu que les livres finissent toujours, tôt ou tard , par venir demander un asile dans ces boutiques, catacombes inévitables du poète, du journaliste et du romancier.
Seulement, comme Robert-Macaire connaissait parfaitement le cœur humain, il résolut de ne confier ses ballots de livres, qui valaient bien trente-trois francs, qu’aux personnes qui versaient entre ses mains un petit cautionnement de deux ou trois mille francs ! — Du reste , on ne devait pas avoir la moindre inquiétude sur ce dépôt, puisqu’on avait un reçu signé Robert-Macaire.
Les calculs par lesquels notre libraire annonçait que l'on pouvait gagner jusqu’à douze mille francs par an, en vendant ses abécédaires, étaient parfaitement exacts. — En effet, la vente d'un seul abécédaire procurant deux sous de bénéfice, il était évident que la vente de cent abécédaires donnait un bénéfice de dix francs; donc, pour gagner douze mille francs dans son année, il ne s'agissait que de vendre cent vingt mille exemplaires de l’ouvrage. — C’était tout clair.
Si le dépositaire 11e vendait pas cent vingt mille abécédaires par an, il ne devait s’en prendre qu'à sa négligence, son incurie, ou son incapacité; car enfin il y a dans chaque période de douze mois plus de cent vingt mille jeunes français qui achètent des abécédaires; il ne s’agissait donc que de leur proposer les abécédaires édités par la Société Robert- Macaire , pour les vendre instantanément.
Ainsi, non-seulement en plaçant des Abécédaires- Robert-Macaire on faisait une délicieuse opération de librairie, mais encore on rendait un véritable service à la France , à notre belle patrie, ainsi que le disait toujours le prospectus macairien. — En effet, grâce à l'abécédaire en question , désormais il n’était plus un seul moutard qui se permît de ne pas apprendre à lire, à écrire, et à jouer de l’accordéon. — La civilisation aurait fait des progrès énormes, et tout cela grâce aux Abécédaires- Macaire !
Quant au cautionnement de mille écus exigé pour garantir le dépôt du ballot de livres valant trente-trois francs, ceci, comme dit Bilboquet, était de la haute comédie!
Le cautionnement a toujours eu des charmes tout particuliers pour les personnes qui connaissent la manière de s'en servir, et, pour ce jeu de société, comme l’annonçait Robert-Macaire lui-même, les plus groscaulion-
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nements sont les meilleurs. — Lorsqu’un homme qui entend la triture des affaires possède dans son coffre-fort une collection de cautionnements dont l’addition générale forme un total de trois ou quatre cent mille francs , il lui est bien difficile de résister au désir d’aller visiter tous les monuments excessivement curieux que possède la ville de Bruxelles; — et lorsqu’on voyage ainsi dans l’intérêt de l’art, il serait de la dernière imprudence de laisser à Paris un coffre-fort bourré de sacs de mille francs; il y a tant de fripons à Paris ! — Les personnes qui désiraient retirer leur cautionnement étaient donc priées d'écrire à Bruxelles, et franco. — Robert- Macaire répondait immédiatement, courrier par courrier, à l’honorée lettre du correspondant, et lui remboursait intégralement le cautionnement en un effet payable à vingt-sept ans de date ! — Il faut bien de l’ordre dans les affaires, car sans cela on ne parviendrait jamais à s’y reconnaître !
Seulement , dans le tableau exécuté par Daumier, pour conserver à la postérité la plus reculée l’épisode de Bobert-Macaire vendant ses abécédaires, nous remarquons avec peine une chose d’une immoralité révoltante. — Bertrand, qui joue dans cette parade, ou plutôt dans celte haute comédie , le rôle de l’homme-affiche , se permet de chiper le mouchoir de Robert-Macaire lui-même , pendant que ce libraire est en train d’expliquer à la foule tous les bénéfices que promet sa spéculation. — Ah ! Bertrand , Bertrand ! vous êtes bien immoral! et il faut que le commerce de la librairie vous ait bien corrompu tout à coup, pour que vous ayez l’audace de vous livrer à une opération aussi déplacée ! — A moins que dans ce tableau vous ne soyez un mythe, une allégorie, un symbole chargé d’offrir à nos yeux le personnage de la Belgique dévalisant, par la contrefaçon, toute la librairie parisienne, même lorsque c’est Robert-Macaire en personne qui se livre à une publication plus ou moins littéraire !
Car sans cela, Robert-Macaire volé serait une de ces monstruosités auxquelles l’imagination refuse de croire. — Autant vaudrait nous montrer le lièvre courant après le chasseur, le public remplissant la salle de la Porte-Saint-Martin, ou des gardes municipaux empoignés au collet par des grisettes de la Chaumière, et menés au violon comme atteints et convaincus de s’être livrés h une danse saini-simonienne !
Paris, chez AUBERT, galerie Véro-Doriat.
Typographie LAcnAMrE et Uomp., rue Damiette, 2.
ftobert-Jïlacaire banquier et juré.
La banque est une fort belle chose , quand le banquier ne prête pas à la petite semaine ; il est vrai qu il ne vaut guère mieux prêter à la grande semaine; on a vu des exemples mémorables du peu de bénéfice qu’on trouve à ce genre de commerce.
La profession de banquier est d amant plus agréable, que, pour l’exercer, il faut primitivement posséder une belle fortune 5 c’est ce qui est cause que le nombre des banquiers ne s’augmente pas d une manière prodigieuse. — La concurrence s’établit d’une manière effrayante parmi les bonnetiers, les épiciers, les charcutiers et les chemisiers ; — mais nullement parmi les banquiers. lout le monde n’a pas les outils nécessaires pour exercer cette profession. On trouve plus facilement à crédit trois
douzaines de jambons ou une vingtaine d’aunes de toile de Hollande, façon calicot d'Alsace, que six à sept cent mille francs en bons billets de
banque.
Il paraît cependant que la haute confiance dont Robert-Macaire jouissait dans la société lui permit de trouver des capitaux suffisants pour créer la maison Macaire et Comp., car voici que nous le trouvons banquier, — et quel banquier encore ! — habitant un brillant hôtel de la Chaussee-d Aniin, possédant équipage et chevaux gris-pommelé , et ayant à ses gages un nègre très-noir et une danseuse très-blanche. Quand on a une pareille position sociale, quand on est électeur , éligible et juré, ou jury , puisque l’on en fait partie, comme dit M. Prudhomme, et surtout quand on est de l’école de M. de Robert-Macaire, on est au-dessus d’une foule de petits préjugés qui arrêtent souvent les petites gens, et 1 on arrive d autant plus rapidement à une magnifique fortune, que 1 on ne s arrête jamais en chemin, et que l’on vole toujours.
Robert-Macaire se garda bien d’établir sa maison de banque en province; le banquier départemental, a moins de faire un puff, que le Code qualifie impoliment de banqueroute frauduleuse , n’a pas du tout les moyens de faire de petites affaires un peu grandioses dans le genre macairien. — Le banquier départemental , à moins d être tout-à-lait fripon , doit être entièrement honnête homme. — A Paris, c est bien différent; et la Bourse, ce magnifique local, situé sur la place du même nom, n’a nullement été inventée pour servir d’asile aux chiens errants, et pour donnei de l’ombre aux cochers de la station des fiacres et cabriolets.
La Bourse , avec la manière de s’en servir, est la poule aux œufs d’or du banquier tripoteur de coupons , du personnage baptise du surnom de loup-cervier , bien qu’il ne soit anthropophage que relativement aux sacs d'écus. — Ah ! par exemple, quant aux écus, il en avale avec plus de prestesse, et surtout en plus grand nombre, que la femme sauvage des Champs- Elysées n’avale de petits cailloux.
Les nouvelles arrivées par courrier extraordinaire jouent surtout un grand rôle dans le tripotage des affaires de Bourse. — Ce jeu de société est d’autant plus agréable que l'on est plus certain de jouer à coup sûr.— Tout le monde se plaît à reconnaître qu’il n’existe à la Bourse que deux classes d’individus , les enfonceurs et les enfoncés ; aussi je vous laisse à penser si Robert-Macaire se trouvait là dans son élément habituel ! — Il était, ou, pour parler plus correctement, il est encore à la Bourse comme le poisson dans l'eau, comme la danseuse de l’Opéra au milieu d une boutique de bijoutier, avec la permission de choisir des parures à discrétion , c/est-à-dire avec indiscrétion.
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Ce qui, dans la rue Yivienne, serait qualifié d'escroquerie, est tout simplement qualifié d’habileté dans le palais de la place de la Bourse. — On dit vulgairement qu’il n’est pas honnête de parier à coup sûr, et les loups-cerviers, dans leurs tripotages journaliers, ne visent qu’.à une seule chose : c’est de pouvoir constamment parier à coup sûr. — Du même coup de filet, on ruine vingt pauvres diables ; tant pis pour eux ! ce sont les enfoncés, et l’on se fait hautement gloire d’être l’enfonceur.
Nous disions tout à l’heure que le courrier, que le porteur de dépêches extraordinaires, jouaient un grand rôle dans les floueries commerciales ; aussi Robert-Macaire ne pouvait -il mieux choisir, pour remplir cet emploi de confiance, que son fidèle et maigre ami Bertrand. Grâce au régime peu nourrissant des prisons dont il fut longtemps pensionnaire, Bertrand possédait une maigreur qui aurait fait envie aux jockeys du Champ-de-Mars, et la maigreur même de Bertrand pesait dans la balance en faveur de Robert-Macaire, et contribuait h lui donner de l’avantage sur tous ses honorables confrères, messieurs les loups-cerviers. — L’honorable maison Robert-Macaire était toujours la mieux renseignée de toute la place de Paris, et semblait avoir à ses ordres le télégraphe gouvernemental.
Du reste, Robert-Macaire se montrait d’une probité rigide pour tout ce qui avait l’air du vol proprement dit. — Il ne trouvait pas sous sa langue d’épithète assez énergique pour témoigner tout son mépris pour les gens qui se livraient à l’effraction, h l’escalade, et autres circonstances non atténuantes.— Aussi, les jours où l’honorable banquier était jury, puisqu’il en faisait partie, les pauvres diables qui venaient sur le banc de la cour d’assises sous la prévention d’une de ces étourderies de jeunesse qui ne sont pas du ressort de la police correctionnelle , l’honorableyi/ry, M. Macaire, était vétilleux en diable , et même se montrait souvent plus féroce que M. le procureur du roi.
On ne se serait jamais douté que, le matin même, ce féroce juré avait fait venir dans son cabinet son courrier extraordinaire, Bertrand , pour le charger d’une mission , ou , si vous aimez mieux , d’une commission avantageuse, mais fort maeairienne. — Tiens, Bertrand, lui avait-il dit, la nouvelle ne peut pas être connue à Bordeaux; prends la poste, crève dix chevaux, arrive le premier, joue ferme h la hausse , et nous réalisons encore un million à coup sûr... Moi, je vais au palais ; nous condamnons, ce matin, un drôle qui a volé dix francs !... Yolerdix francs !... Un pppppolisson ! »
Effectivement, le polisson ne manquait pas d’empocher... cinq ans de galères, tandis que M. de Macaire continuait à empocher des millions!
Cari? , chez AUBKRT, galerie Véro-Dodai.
Typographie L*champiî et Comp., rue Camiclle, 2.
îSobcrt-fHacaire boursier.
Pour un architecte, la Bourse est un vaste monument dans le style grec, et dont la corniche est supportée par soixante-quatre colonnes d'ordre corinthien. — Pour le voyageur, la Bourse est un édifice public, orné de colonnes, de tuyaux de poêle, d’une horloge, d’une grille en fer, d’un tourlourou et d’une station d’omnibus. — Pour le commerçant , la Bourse est le sanctuaire redouté d’où le tribunal consulaire lance ses arrêts, ses prises de corps et ses gardes du commerce. — Pour l’agent de change, la Bourse est tout simplement un petit cabinet de travail. — Pour le moraliste, la Bourse est une caverne de voleurs.
On voit que le même amas de pierres de taille peut recevoir bien des dénominations différentes, et cependant toutes les définitions sont parfai-
tement justes , tout dépend du point de vue sous lequel on considère ce monument national.
Vous savez à quel point la fureur de l’agiotage s’était emparée de toutes les classes de la société, surtout à l’époque où le bitume, l’asphalte et les chemins de fer firent leur apparition. — Le beau temps de la rue Quinquampoix était revenu, le système de Law florissait comme par le passé ; seulement, au lieu de spéculer sur les actions du Mississipi, fleuve fort lointain, couvert des brouillards de la Garonne, on spéculait sur des torrents d’alphalte, et la noire fumée de ce liquide pestilentiel finit par former le plus clair bénéfice des actionnaires et des agioteurs.
Aujourd'hui, la fièvre, commerciale, qui s’était emparée de tout le corps social, s’est un peu calmée ; une diète sévère de bénéfices a contribué beaucoup à cette amélioration; mais si le palais de la Bourse est privé de la visite de cet amas de tripoteurs et d’agioteurs industriels , il lui reste toujours le boursier pur sang, qui trouve encore moyen de vivre fort honnêtement, à l’aide des opérations sur les fonds publics. — Honnêtement n’est pas le mot propre, et doit être pris dans le sens de largement , grassement ; car, à vrai dire, il n’y a rien de moins honnête, au fond, que les flibusleries boursicolières.
Robert-Macaire avait toujours eu un faible très-fort pour les opérations financières du palais de la Bourse, et il s’était bien promis de ne pas mourir sans aller faire un petit tour dans cette société, où l’on se vole avec le meilleur ton et le meilleur genre qu’il soit possible d’imaginer.
Seulement, comme on ne pouvait pas se présenter dans cette bonne société avec un habit vert un peu fané, et avec un pantalon garance légèrement rafistolé avec des ficelles, Robert-Macaire attendit le moment propice où des capitaux abondants lui permirent de faire emplette d’une redingote à la mode et d’un pantalon d’une entière noirceur. — Une fois revêtu de ce costume plus que décent, et après avoir eu soin d’affubler Bertrand d’un habit bleu à boutons d’or, Robert-Macaire se lança dans les affaires, et fit des spéculations d’autant plus brillantes qu’elles n’étaient nullement hasardées.
A la Bourse comme à l'écarté , Robert-Macaire avait pour principe de ne jamais parier qu’à coup sûr, et après avoir vu le dessous des cartes.
Voici comment agit le Robert-Macaire boursier ; la recette est toujours la même, et réussit depuis un temps immémorial, attendu que les jobards ont toujours été, et seront toujours jobards.
Après avoir déjeuné au Café Anglais ou au Café de Paris , Robert-Macaire arrive à la Bourse, vers deux heures, dans un brillant tilbury, et fait son apparition au milieu des groupes avec l'air affairé d’un homme qui
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vient d’apprendre d’importantes nouvelles. — Or, voici ces nouvelles, que, «à la Bourse, on qualifie d’importantes.
— Oui, Messieurs, dit Robert-Macaire, j’apprends par courrier extraordinaire que la reine d’Angleterre a la coqueluche!... Une conspiration vient d’éclater à Pezenas; un caporal a proclamé la république et a entraîné toute son escouade!... Enfin, le choléra est à Paris!... Je l’ai vu , comme je vous vois; la police est sur ses traces ! !
La rente baisse aussitôt, Bertrand achète, et alors Robert change de langage :
— Tout ce que je viens de vous dire est faux !... Je reçois, par courrier
ordinaire, la nouvelle que la reine d’Angleterre va bien Le caporal de
Pezenas chantait la Mère Godichon, et son escouade faisait chorus; mon correspondant s’est trompé... Quant au choléra, il est mort!... son médecin Ta tué!...
L’effet de la contre -nouvel le se fait immédiatement sentir; la rente hausse; Bertrand revient avec bénéfice, et Robert dit, en s’en allant dîner au llocher de Cancale :
— Enfoncés les bêtas!
N’est-ce pas, que le gouvernement a eu parfaitement raison de dépenser une quinzaine de millions pour construire un temple grec, destiné à servir d'asile à des spéculateurs aussi éminemment dignes de tous les égards et de tous les respects du peuple français ?
Il aurait été vraiment indécent que Robert-Macaire fût allé compromettre son habit tout neuf dans l’obscur passage réservé jadis aux agioteurs, qui, en temps de pluie, étaient obligés de porter des socques articulés pour barboter dans la boue qui couvrait les dalles de leur rendez-vous. — Aujourd’hui, du moins, les boursiers ont les pieds aussi secs que le cœur, et la France n’a plus le désagrément de voir tousser et éternuer des citoyens qui contribuent si puissamment à la gloire et à la prospérité de leur belle patrie.
Car le boursier est éminemment Frrrrançais, ce qui ne l’empêche pas d’aller très-souvent s’installer h Bruxelles. Mais, que voulez- vous? quand on éprouve des malheurs, il faut bien voyager pour se distraire; et on a soin d’emporter, pour fiches de consolation, deux ou trois cent mille francs. — C’est bien peu; mais cela peut suffire, quand on a des goûts simples, modestes et vertueux; puis, après quelques années d'exil, on rentre dans sa belle patrie, on achète une magnifique campagne, et, comme un homme parfaitement vertueux, on peut se procurer la satisfaction d’aller voir chaque matin le lever de l’aurore !
Paris, chez AUBERT, galerie Véro-Dod.it.
Typographie de Lacrampk et Cornp., rue Damiette , 2.
Uobert-JîTacairt renaît îic ses tenbres.
De nos jours, un bon bourgeois de Paris peut dormir bien tranquillement sur toutes les oreilles que lui a départies la nature, pour peu qu'il ait eu soin de payer une prime à toutes les compagnies qui s’empressent de l’assurer contre toutes les chances du sort. — Dès qu’un enfant vient de naître, vingt-cinq représentants de vingt-cinq compagnies différentes accourent auprès du berceau du moutard , et proposent aux père et mère d’assurer leur rejeton contre la coqueluche, — contre la conscription, — contre l’incendie, — contre la grêle, — contre la foudre, — contre les indigestions , etc. , etc. Enfin , il n’est pas une catastrophe , pas une infirmité, pas un petit malheur, qui ne puissent aussitôt être réparés par
l’applicaiion du baume souverain, du baume de fier à bras, nomme contrat d’assurance.
La société d’assurance devient pour vous un paratonnerre, un paragrêle, une paraconscriplion, un parachute, un paralout. — \ous vous trouvez dans la rue, un cabriolet arrive sur vous avec une vitesse surnaturelle; ne vous dérangez pas, si vous êtes souscripteur de la Compagnie des Bras cassés. — Le cabriolet vous culbute, — bien! — la roue vous casse une jambe, très-bien! — vous êtes étendu au milieu du ruisseau, c’est h ravir ! — Maintenant, c'est à la société d’assurance h vous ramasser, à vous rafistoler, ou à vous enterrer ; — vous n’avez h vous mêler absolument de rien, — à moins, cependant, que vous n’ayez à soutenir un petit procès avec la société , attendu qu’après tous les sinistres arrive presque toujours un léger procès entre l’assuré et l’assureur. — 11 ne serait pas impossible que la Compagnie des Bras cassés ne voulût nullement supporter votre sinistre, attendu qu’elle n’entend pas répondre des jambes cassées , — ce qui fait que vous perdez votre procès , à moins que vous n’ayez eu soin de vous faire assurer par la Thémis, qui vous garantit contre la perle des procès. — Peut-être même trouverez- vous encore une autre compagnie spéciale qui se chargera de vous assurer contre tous les risques imprévus que vous pourriez courir avec la Thémis. — Delà sorte, vous pourrez arriver à lin nombre d’assurances vraiment infini ; car il n'y a pas de raison pour que cela s’arrête.
La mode des assurances est portée si loin, que nous avons même vu afficher sur toutes les murailles de Paris un prospectus d’une nouvelle compagnie, intitulée le Minotaure. — L’élévation de l’affiche ne nous a point permis de vér ifier si le Minotaure s’adressait positivement à la classe que son titre semblait désigner au premier abord. — En tout cas, s’il en est ainsi, ce doit être fort désagréable pour un mari, que de faire régler un sinistre; et, jusqu’à présent, les Anglais seuls avaient eu la philosophie de ne regarder la criminal conversation que comme un genre de désagrément d’un rapport très-productif. — Il est tel mari de Londres qui ne troquerait pas sa femme contre la plus belle ferme du Devonshire , attendu les nombreux dommages et intérêts que lui rapporie la volage et causeuse milady.
Nous faisions tout à l’heure un reproche aux compagnies d’assurances d’affectionner beaucoup les procès; mais il faut cependant rendre à messieurs les directeurs celle justice, qu'ils s’empressent de régler les sinistres avec la plus grande promptitude, toutes les fois que ces sinistres sont de fort médiocre valeur. — De pompeuses annonces et réclames faites dans tous les journaux apprennent à l'Europe entière la bonne foi et l’empres-
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sement de cette société philanthropique. — La publicité double toujours le prix dun bienfait , comme dit la Sagesse des nations, avec une légère variante à la Basile.
Si les assureurs s’amusent, de temps en temps, à chercher chicane aux assurés, il faut avouer aussi, les assurés se permettent quelquefois de fort mauvaises plaisanteries vis-h-vis des assureurs. Si la loi ne se montrait pas aussi sévère, l’incendie jouerait surtout un grand rôle dans ces plaisanteries. Rien n'est plus commode, pour faire une bonne opération de commerce, qu’un bon petit incendie, lorsqu on a eu laprécaution de faire assurer sa maison pour le double ou le triple de sa valeur.
Robert-Macaire, en faisant emplette d'une plaque de tôle vernissée, devait connaître bien vite la manière de s en servir ; aussi, le lendemain même du jour où il avait fait assurer ses propriétés, venait-il avec assurance trouver le directeur de la compagnie, pour 1 informer du sinistre qui avait réduit en cendres toutes les propriétés formant, de père en fils, l’héritage des Robert-Macaire. — Voici en quels termes l’incendié aborde l’infortuné directeur :
—Par ma foi ! la compagnie joue de malheur!... Hier, je fais assurer ma fabrique de colles fortes , et mon usine de pierres à fusil ; h peine suis-je en règle avec vous, que le feu se déclare sur quatre points!... Tout est brûlé, fondu, fricassé ; je n’ai pu sauver que la plaque et mon contrat d’assurance... Je perds cent mille trois cents francs cinquante-un centimes, que vous allez me rembourser... Quel effroyable malheur !
Le directeur, abasourdi par cette terrible nouvelle, pousse un profond soupir, et tire de la caisse de la compagnie cent mille trois cents francs cinquante-un centimes, qui dédommagent amplement Robert-Macaire de la perte de bâtiments qui valaient tout au plus vingt mille francs.
Vous voyez que le feu liquide parfaitement une fortune.
Après cela, vous me direz que les procureurs du roi et les cours d assises peuvent aussi jouer un rôle dans toute celte affaire ; — vous avez parfaitement raison: mais le juré est essentiellement bon homme; il se laisse fal cilement attendrir par les discours d’un avocat et par les larmes de Robert- Macaire; aussi, la plupart du temps, ne voit-il que du feu dans les procès d’incendie. L’accusé est immédiatement rendu h une société dont il ne fait pas le plus bel ornement, et il a la douleur d’aller toucher ses cent mille trois cents francs cinquante-un centimes d’indemnités, — ce qui lui permet aussi, par la suite, d’être électeur, éligible et juré. — Il n’y a pas que le Phénix qui puisse renaître de ses cendres.
Paris, clif-z AUUEKT, galerie Véro-Doilat.
Typograptiie Lacraihpe ci Coinp. , rue L'amielle, 2.
Kobtrt-illacairc père be famille.
Depuis longtemps déjà les oncles d’Amérique avaient été placés dans la catégorie des chimères, absolument comme l’or de M. Scribe. — Aulrefois, la Guadeloupe, ce pays natal de la canne à sucre, des moustiques et desmaringouins, produisait aussi une foule de planteurs excessivement riches, qui avaient tous des coquins de neveux en Europe, et qui ne manquaient jamais d’arriver, avec un tas de millions, dans un petit portefeuille vert, pour sauver ledit coquin de neveu, au moment où il était entraîné à Sainte-Pélagie par d’impitoyables créanciers, qui avaient eu la barbarie de nourrir, d’habiller, de chausser, de coiffer et de ganler le jeune homme pendant dix années consécutives, sans avoir touché un sou. — L'oncle jaune se précipitait dans les bras du neveu qui tout à l’heure n’était pas blanc, el l'homme aux cannes à sucre octroyait au
jeune mauvais sujet un nègre magnifique, trois millions en piastres d’Espagne , un collier de corail rouge, et de plus, sa bénédiction.
Voilà comment, avant la restauration , se conduisaient tous les oncles d’Amérique, lisez plutôt tous les vaudevilles de l’époque.... ; et on sait que le théâtre est le miroir fidèle de la société.
Hélas ! tout a été bien changé depuis la révolution de juillet. — De nos jours, l’oncle d’Amérique qui vient à débarquer au Havre, rapporte, pour tout galion, un vieux porte-manteau, qui n’est rempli que par des pétitions signées en faveur de la canne à sucre. — La betterave a tué du même coup les sucreries et les oncles d’Amérique. — L’infortuné planleur prend l’impériale de la diligence pour se rendre à Paris , et la première chose qu’il fait en arrivant, c’est d'aller demander à déjeuner à son neveu. — Ayez donc un oncle, et un oncle d’Amérique surtout, pour lui prodiguer des consolations et des biftecks aux pommes de terre!
— Heureux encore si l’oncle dégommé n’emprunte pas à son neveu son unique paletot! et bien plus heureux encore, si ce cher oncle n’oublie pas de restituer ce paletot à son possesseur légitime!
Le déplorable exemple donné par l’oncle d’Amérique a déjà porté ses fruits, et, un beau malin, Robert-Macaire, se souvenant qu’il avait de par le monde un enfant qui devait être pétri de toutes les qualités morales et physiques, résolut d’aller lui rendre une petite visite , afin de connaître l’état de sa santé et l’état de sa bourse.
Après avoir cherché dans le Dictionnaire des Cinquante mille Adresses, Robert-Macaire finit par découvrir son domicile: — car il y avait quelque temps que ce père n’avait vu son enfant; il y avait dix-neuf ans environ, et le jeune homme était âgé de trois mois lors de leur dernière entrevue.
— Robert-Macaire, qui idolâtrait son enfant, avait résolu de lui donner une éducation réellement nationale, et c’est pourquoi il l’avait placé dans cet immense collège que le gouvernement a établi au haut de la rue Saint-Jacques , et où l'on reçoit gratis des élèves , dès le jour de leur naissance.
La reconnaissance ne fut pas très-complète ni surtout très-prompte entre le père et l’enfant. — Dix-neuf ans changent un peu les traits du visage. — Mais, cependant, à force de recueillir ses souvenirs, le jeune Macaire finit par se rappeler qu’il devait avoir un père , et il crut devoir offrir une chaise à la personne qui s'intitulait de ce nom.
La conversation qui s’engagea entre ces deux personnes, qui n’étaient pas visiblement émues, fut excessivement louchante. — Robert-Macaire s’enquil avec une sollicitude toute paternelle de la manière dont le gouvernement s'était acquitté du mandat de confiance qu’il lui avait donné.
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~ Ah ' m0V! flls 'ne Pcrclez jamais Ja pieli.e filiale souvenez (. W toujours qu'au père esl le représentant de la divinité ;) Dis donc ' tu n as pas quelques sous a me donner, je meurs de soif elje manque de tabac
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— Car, enfin, s’écria ce père sensible, ce n’est pas au premier venu que j’aurais confié mon enfant, mon fils , mon sang. — A propos, comment l’appelles-lu ?
— Oscar, mon père
— Oh î mon Oscar, viens dans mes bras!... Ta vue fait battre mon cœur; tu me rappelles ta mère chérie , mon adorable Joséphine.
— Pardon, mon père... qu’est devenue ma mère?
— Ta mère , Oscar, cette bonne Caroline?... Ah! mon fils!... elle est morte,... oui, elle doit être morte... Ah ! quel dommage que tu n’aies pas connu cette excellente Augustine ! A propos , te nourrissait-on convenablement dans ta pension ?
— Dans quelle pension ?
— Dans la pension nationale où j’obtins pour toi une bourse.
— Ah! rue Saint-Jacques !... On nous donnait beaucoup de haricots rouges....
— Les polissons !... Jamais je ne leur confierai désormais de mes enfants;... j’aimerais mieux les élever moi-même, à l’aide du biberon Darbo,... avec du racahout des Arabes et de la graine de moutarde blanche. — Des haricots rouges à mon enfant!... Ah ! ta mère, notre excellente Pauline, n’aurait jamais pu digérer cela.
— Pardon, mon père , je croyais que ma mère s’appelait Augustine?
— Oh ! mon Dieu ! le nom ne fait rien à la chose ; elle aurait pu s’appeler Augustine, je ne l’aurais pas moins aimée pour cela.... Et vous, mon fils, vénérez sa mémoire.
— Oui, sans doute, mais....
— Ah ! mon fils, ne me manquez pas de respect ; vénérez mes cheveux qui pourraient être blancs — Souvenez-vous toujours qu’un père est le représentant de la divinité.... A propos , lu n’as pas quelques sous à me donner ; je meurs de soif et je manque de tabac.
L’infortuné Oscar Macaire tira du fond de sa bourse quelques pièces de cinq francs , fruit de ses petites épargnes, afin d’obéir aux lois de la nature, qui ordonnent à un fils de donner du tabac à son père, et Macaire se retira en versant sa bénédiction sur la tête d’Oscar, et en disant :
— Adieu , Oscar, adieu, mon fils bien-aimé !... Je ne regrette pas les soins que je t'ai prodigués pendant ton enfance , — car c’est moi qui t’ai fait vacciner. — Je suis heureux de t’avoir retrouvé dans Y Almanach des Cinquante mille Adresses; — aussi je le promets de monter chez loi toutes les fois que je passerai dans ton quartier, — et je passerai dans ton quartier tous les jours.
Paris, chez AL'BKRT, galerie Véro-Ooriat.
Typographie Lacrampe et Comp., rue Damiette, 2.
- sa. —
Hobert-Jttacaire srtjismatiqut.
« Des goûts , des couleurs et des religions, on ne peut pas disputer. » — C'est ainsi que s’exprime un des articles de la Charte, ou à peu près, du moins. — D’après cet article souverain , nous nous étonnons toujours d’une chose, c’est que, depuis le temps que la Charte a été promulguée, il ne se soit créé en France qu’une douzaine de religions nouvelles.
Dans l’état militaire, on ne peut pas s’improviser général; dans l’ordre judiciaire, on ne peut guère s’intituler d’emblée président de cour royale, et on ne peut s’improviser préfet de police qu’en temps d'émeute, tandis que tout Français, pourvu qu’il soit âgé de plus de sept ans, et qu’il ait un certificat de vaccine, a parfaitement le droit de s’intituler évêque, archevêque, et même pape, si tel est son bon plaisir. — On n’exige même pas que ces archevêques de fabrique nationale prennent des numéros ou des
plaques, comme des marchands d’habits ou des cochers de cabriolet. — Cependant, si le nombre de ces prélats in partibus devenait trop considérable, il est probable que la préfecture de police serait bien obligée de les faire numéroter, afin que le public pût un peu s’y reconnaître.
Pour se sacrer évêque de Nanterre ou archevêque des Gaules, il n’est même pas besoin d’inventer une religion nouvelle. — La moindre modification apportée au culte catholique suffit parfaitement aux schismatiques modernes. — Luther et Calvin créaient du nouveau quand ils voulaient battre en brèche l’Église de Rome ; mais les Luther de Pontoise et les Calvin de Clichy-les-Lapins ne se donnent pas la migraine pour inventer de l’inédit en fait de liturgie et de cérémonies religieuses. — Demandez plutôt à l’abbé Chatel, qui, pour avoir le droit de se donner le sobriquet d’ évêque primatial des Gaules , n’a eu qu’à traduire en mauvais français le Domine salvum fac regem , et à faire teindre en violet sa soutane noire ! — Quand on veut se donner un air évêque gaulois , on se laisse encore pousser d’énormes favoris (rien n’est gaulois comme d’énormes favoris) ; puis, après cela, en avant la grosse caisse ! — Non, je me trompe; je voulais dire en avant le serpent de la paroisse !
En Amérique, la liberté du eu lte a produit bien autrement de religions qu’en France , et il y a vingt- trois sectes qui sont totalement schismatiques, parce qu’elles comprennent chacune le baptême d’une manière différente. — L’un de ces évêques baptise avec de l’eau froide : l’autre avec de l’eau tiède ; l’autre avec de l’eau chaude ; un quatrième avec de l’eau parfumée avec quelques gouttes de citron, etc., etc. — Il va sans dire que ces vingt-trois églises se délestent cordialement entre elles, attendu que le premier précepte de l’Évangile ordonne à tous les hommes d’être frères. — Par exemple, un de ces Luther des bords de l’Ohio a vu ses efforts couronnés de fort peu de succès, car, jusqu’à présent, il n’a pu encore convertir que son portier, et lorsqu’il prêche, ce qui lui arrive tous les dimanches, il est toujours obligé de dire mon frère, au lieu de mes trèschers frères, attendu que les fidèles sont toujours au nombre de un. — Plusieurs des schismatiques des bords de la Seine n’ont pas même eu l’agrément d’employer la formule de mon très-cher frère , car leur secte se composait uniquement de l’évêque. — L’infortuné n’avait même pas pu parvenir à recruter un seul sacristain , bedeau , ou enfant de chœur ! — Toutes les fois que l’évêque voulait se donner la satisfaction d'officier en grand costume, il était obligé de louer à la journée deux des commissionnaires du coin pour jouer un rôle dans sa parade , et il transformait en enfant de chœur un jeune Savoyard de la plus belle espérance, mais qui, pour le présent, était fort peu mouché et pas du tout lavé.
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Du reste , le temple sacré était situé dans un logement de garçon de la rue des Trois-Canettes. — Les fidèles de la paroisse étaient convoqués, tous les dimanches, à dix heures précises du matin. — A défaut de cloches, l’évêque employait une annonce dans les Petites- Affiches. — Quand, par hasard , un curieux se risquait à venir visiter l’église de la rue des Trois-Canettes , le portier lui disait de monter au cinlième , la porte à gauche , au fond du collidor. Une fois arrivé au terme de son pèlerinage, le voyageur lisait l’affiche suivante, placardée à la porte du temple sacré :
— Essuyez vos pieds au paillasson du voisin. — O religion schismatique , que tu es belle dans ta simplicité !
Robert-Macaire fit, un beau matin, toutes les réflexions philosophiques dont nous venons de nous entretenir plus haut , et il acheta , pour trois francs quinze sous, la défroque de l’évêque gaulois, qui n avait pas pu payer le loyer de son église de la rue des Trois-Canettes ; il convoqua son fidèle, son très-fidèle frère Bertrand , et il lui tint ce langage , avec une voix en faux-bourdon, mais sans accompagnement de serpent :
— En vérité, en vérité, je te le dis, Bertrand , le temps de la commandite va passer, mais les badauds ne passeront pas. Occupons-nous de ce qui est éternel... Si nous faisions une religion? hein?
— Diable! une religion, cela n’est pas facile à faire, dit Bertrand.
— Tes toujours bête, Bertrand ; on se fait pape, on loue une boutique, on emprunte des chaises , et l’on fait des sermons sur la mort de Napoléon, sur la découverte de l’Amérique, sur la mort de Molière, sur n’importe quoi, enfin, et v’ià une religion! — Ce n’est pas plus difficile que ça.
Effectivement, l’Église nouvelle fut fondée suivant le programme ordinaire. — Macaire se sacra pape, et une fois pape, il sacra Bertrand bedeau.
— Il y eut sermon tous les dimanches, et, les jours de grandes fêtes, le pape Macaire donnait deux représentations, à 1 instar du théâtre des Éunambules. — Il va sans dire que, lors de ces fêtes solennelles, le prix des chaises était doublé. — Pour que rien ne manquât à la solennité de ce culte, Bertrand, le bedeau à robe rouge, se transformait aussi en organiste, et accompagnait le plain-chant du pape Macaire, sur un instrument religieux, qui, d’ordinaire, se nomme orgue de Barbarie.
Du reste, le pape Macaire avait aussi créé du nouveau dans son église, et avait fondé sa religion nouvelle sur ce principe bien évident, que les Français éprouvaient depuis longtemps le besoin de chanter le Domine salvum, non en latin, non en français, mais en bas-breton, et voilà ce qui l’avait déterminé à se mettre en révolte ouverte avec 1 Église de Rome et avec le pape français de Clichy-les-Lapins.
Paris, chez ALUlUtT, galerie Véro-Dodat.
'i ‘''•ogrsySle Licram»*k et Conip., rue Damiens, 2.
ïtobert-itlacaive notaire.
Eh bien! Bertrand, que dis-tu de l’instabilité, de la fragilité, de l'incompréhensibilité des choses humaines? M’est-ce pas à s’asphyxier avec de la houille Cléeman , à s’étrangler avec une cordelière de chartreux , à se laisser mourir d’inanition, et à se condamner h ne plus rien prendre?
— Ce serait extra-passer les bornes du possible.
— Je renonce à la société des hommes... d aflaires... Moi-même, ieui idole, leur veau d’or, dont ils auraient volontiers dévoré la tête ou les pieds, ils me lancent le rire au visage! à peine s’ils ôtent, à mon approche, leur feutre hydrofuge !
Moi, qui ai eu douze maîtres-clercs mis hors de service par le coup de feu des actes de société !
Moi, qui ai consommé vingt-cinq milliers de charbon de terre pour alimenter ma presse à vapeur, qui timbrait les coupons industriels !
Moi, qui mettais même la main à la pale, et qui avais la bêtise de contrôler les versements des actionnaires, pour voir s’il ne se glissait pas dans les dividendes quelques sous de Monaco !
Moi, qui faisais prendre hypothèque sur des forêts vierges qui n'étaient pas encore plantées, en Amérique !
Moi, qui tapissais les murs de mon étude de plans de châteaux que l’acquéreur ne trouvait pas sur pied, quand il allait prendre possession de son domaine !
Moi , qui avais fait la dépense de la réimpression d’un Code-Napoléon , de ma façon , à l’ombre duquel les opérateurs pouvaient travailler sans crainte et sans remords !
Tout ce passé-là a fui en une seconde; il n’y a pas plus de reconnaissance dans ces cœurs d’homme que dans le monolylhe de la place dite de la Concorde.
Pas un ne se rappellera bientôt que j’ai constitué plus de dix mille sociétés anonymes, synonymes et pseudonymes !
Que douze cents feuilletons ont vécu de nos découvertes jetées à Tannonce, et que, sous quelques jours, j’allais livrer à l’association les chemins en fer-blanc, les cigares en feuilles de choux, les tuyaux de poêles en poil de lièvre, les mines de charbon tricolore î
De l’industrie, je me lançais dans le domaine des intérêts coloniaux et non coloniaux; je réalisais le grand rêve de la réconciliation du blanc et du noir, et je faisais embrasser la canne à sucre et la cassonnade de betterave ; puis, je descendais aux sphères des besoins moraux. J’allais instituer un lycée orthopédique où les aveugles auraient appris à lire, les muets à parler. La gymnastique intellectuelle était à la veille d’éclore ; les enfants au-dessous de sept ans auraient fait, dès le sevrage, des tours de force d’érudition; ils auraient récité les Méditations de M. de Lamartine... à rebours.
C’est prodigieux ce que peut l’influence directe et indirecte du notarial. J’étais à la veille de perfectionner le système d'épargne, sans avoir recours à la futilité de ces livrets sur lesquels les caisses vulgaires transcrivent l’apport des capitaux placés. Je réformais aussi ces courses hebdomadaires que l’ouvrier ou le bourgeois économe est obligé de faire pour placer ses économies.
Je prenais l’argent de tout le monde, et je ne donnais de reçu à personne; de plus, j’allais moi-même chercher l’argent à domicile, ou je le faisais prendre par mes commissionnaires, à mes frais.
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0 sublime Macaire loi , Notaire de- toute la banque, deAnquisles,,-—^ \ "> deui des bénéfices chvppes, des frimes de toute couleur el de ( 'V'Xi ^ j toute orandeur . lu jss calomnié, lu passes pour un paltoquet! .
Inôratitude delà Société. . . . en commandite'
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Moyennant vingt francs par mois, payés exactement à mon étude, je promettais à chaque placeur une propriété rurale avec dépendances, lorsqu’il aurait atteint l’âge de soixante ans révolus.
A quatre-vingt-dix ans, on obtenait le droit de chasse dans dix départements, au choix.
Les demoiselles s’assuraient, pour dix francs par mois, une dot, qu’elles avaient le droit de réclamer à leur soixante-treizième année.
Je ne me serais pas arrêté en si beau chemin ! j'étais au moment de résoudre pratiquement le grand système de la mobilisation du sol et l’idéeinère de l’échange...
Je disais au propriétaire rural : Tu as un champ qui vaut cent louis; donne-le-moi, je te donnerai beaucoup de petits coupons de papier qui ne vaudront pas cinq sous; tu les mettras en circulation, ils seront les signes représentatifs de la valeur territoriale : c’est une manière ingénieuse de faire circuler, comme monnaie, le tronc d'arbre et la motte de terre.
Quand tu n’auras plus qu'un seul coupon dans ton portefeuille, garde-le bien précieusement; car ce seul coupon empêchera tous les porteurs des coupons de devenir maîtres de ton champ... Vous serez deux ou trois mille propriétaires de la propriété, et vous lâcherez de vous entendre en bons voisins...
En ce qui regarde le grand problème de l'échange Omnibus, j’avais trouvé le moyen de faire disparaître l’argent monnayé de nos usages. Chacun donnait ce qu’il avaii, contre ce qu’il n’avait pas... On pouvait changer son cheval borgne contre un aveugle. Quand on n’avait rien , la question devenait d’une application plus difficile...; je m’en occupais.
Tous mes actes étaient dressés; j'avais déjà écrit la formule : Par-devant maître Robert-Macaire et son collègue , notaires à Paris, ont comparu... Il ne restait plus à mettre que le nom de mes actionnaires, quand, je ne sais par quelle lubie surhumaine, par quel bouleversement d’idées sociales, mon élude se trouve déserte comme un divan en faillite, comme un foyer de théâtre !
Bertrand, où trouveront -ils une manière d’opérer plus large que la mienne? où découvrira-t-on une conscience plus en caoutchouc que celle de ton ami ?... J’étais peu rançonneur... J’ai souvent pris de la monnaie pour honoraires ; mais je défie qui que ce soit de m’avoir vu prendre une seule action... Quelle école!... Bertrand...
— O sublime Macaire ! toi notaire de toute la banque des banquistes, créateur des bénéfices chippés, des frimes de toute couleur et de toute grandeur, tu es calomnié, tu passes pour un paltoquet!... Ingratitude de la société... en commandite! M. À.
l'aris, chez Auuiciit, galerie VCro-Doilat.
Typographie Lacrajumr cl Comp., rue Damiette, 2.
ïlobcrt-Jtlacairc membre îfutt Comité be bienfaisance.
L’homme qui devient riche oublie les amis qu’il a connus dans le temps de sa pauvreté. Hélas ! voilà une maxime qui n’est ni neuve ni consolante! Robert Macaire devait prouver, pour la cent millième fois, toute la vérité de ce proverbe, qui restera éternellement vrai, du moins tant qu’une révolution céleste ne viendra pas apporter de grandes modifications dans le système de notre planète et dans le caractère de ses habitants.
Robert-Macaire , à la suite d’une spéculation hasardeuse qui lui procura d’assez agréables bénéfices, éprouva, un beau malin, le désir de vivre pendant quelque temps de la vie simple et rangée d’un bon bourgeois et d’un excellent garde-national. Grâce à la manière exemplaire dont il monta sa garde et dont il paya ses contributions directes et indirectes ,
noire gaillard ne tarda pas à jouir de la meilleure réputation auprès des contemporains de son quartier.
Robert-Macaire eut soin surtout de se faufiler dans les salons des autorités constituées, telles que M. le maire et ses adjoints; et là, grâce à sa merveilleuse faconde (c’est un mot qui s’emploie dans la bonne société pour ne pas dire blague) , grâce à sa merveilleuse faconde, disons-nous, l'honnête M. Macaire prenait toujours la parole pour traiter les hautes questions de philanthropie, de religion, de charité, d’amour du prochain, etc., etc. L’orateur traitait surtout, ex professo, la question des prisons et des réformes pénitentiaires; on voyait que le personnage avait longuement approfondi ce sujet intéressant. Enfin, qui le croirait? à force de parler de vertu , de charité , de bouillon à domicile, de philanthropie et de dames patronesses , notre gaillard parvint à se faire mettre à la tête d’un bureau de charité.
On a bien raison de dire que le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. Et ce qu’il y a de plus joli dans l’affaire, c’est que cette place , qui s’exerce gratuitement, lui permit cependant de s’adjuger d’assez agréables bénéfices. Les pauvres de Paris ne sont pas si pauvres qu’ils en ont l’air, car ils ont une foule de revenus , de fermes, de forêts , de donations , et ils perçoivent même un droit énorme sur les maigres recettes que font les pauvres diables de directeurs de spectacles.
Du reste , il faut rendre cette justice aux administrateurs des hospices, qui ruinent les directeurs des théâtres par la perception de l’impôt du dixième des recettes, c’est que le jour où ces infortunés directeurs sont totalement ruinés, on leur accorde volontiers un lit à l’hospice, où on leur prodigue toutes sortes de soins et de bouillons économiques : ils ont assez payé pour cela, les malheureux!
Robert-Macaire, devenu intendant des pauvres, se mit à traiter les pauvres en grands seigneurs; c’est-à-dire qu’il se permit de s'adjuger une foule de petits revenants-bons, à l’instar des cuisinières qui font sauter l’anse du panier.
Mais ce qu'il y eut de plus indélicat dans la conduite du peu charitable Macaire, ce fut la manière peu affable dont il reçut la visite de son exassocié Bertrand, de ce pauvre Bertrand, auquel il avait été lié pendant cinq ans, à Toulon, par la chaîne de l’amitié. Ce fut mal , très-mal , de la part de Macaire; car jamais on n’avait vu Castor refuser de rendre un service à Pollux ; Oreste avait toujours mis sa bourse au service de Pylade; et jamais, au grand jamais, saint Roch ne s’était permis d’appliquer un coup de pied à son fidèle caniche.
Voici comment la chose arriva : Bertrand avait acheté, un beau matin,
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un morceau de fromage de Gruyère , qu il destinait a son dîner 5 ce morceau peu délicat était environné d’un fragment de vieux journal , suivant l’usage invariable de tous les morceaux de fromage de Gruyère , et Bertrand, s’étant amusé à lire ce fragment de papier public , y trouva tout justement la nomination de son ami Macaire à la fonction honorable de membre d’un bureau de charité.
Bertrand , prenant à peine le temps d’achever son repas , se mit à courir au bureau de bienfaisance , tout en bénissant la Providence et le fromage de Gruyère, qui venaient de lui apprendre une aussi heureuse nouvelle. Hélas! Bertrand ne s’attendait guère à trouver son ami si changé! Il s’imaginait que sa redingote, tant soit peu fripée, allait lui donner une foule de droits sur la caisse de Macaire; erreur, grave erreur ! ainsi que le lui prouva le caissier des pauvres. Voici la conversation qui s’engagea entre les deux personnages :
— Que diable, Macaire, le voilà à la tête d’un bureau de charité! est-ce que tu vas tout garder pour toi ? Ne donneras- tu rien à ton pauvre Bertrand ?
— Pauvre ! dis-tu? répondit le charitable Macaire ; pauvre ! toi qui vis avec rien, toi qui n’as pas d’habitudes de dépenses! Que suis-je donc, moi , qui ne peux me passer de valets, de chevaux, de maîtresses, de
luxe, enfin? Va! je suis le pauvre de mon arrondissement; l’argent
des aumônes me revient de droit !
Ce raisonnement subtil confondit totalement le pauvre diable de Bertrand , qui ne savait quelles raisons opposer à des arguments aussi logiques, aussi péremptoires. L’infortuné resta immobile et la bouche ouverte , dans la position d’un homme qui vient de recevoir sur la tête une tuile fort inattendue.
Cependant, après quelques minutes de réflexion, Bertrand parvint à reprendre le fil de ses idées , et chercha de nouveau à toucher le cœur de son ami , en lui déclarant qu’il se contenterait de quelques tasses de bouillon hollandais par semaine.
— Mon bon ami , repartit Macaire, adresse-toi au petit Manteau bleu , le bouillon est sa partie ; moi, je n’en tiens pas.
— Au moins , fais-moi adresser quelques cotrets pendant l’hiver !
— Ah! Bertrand, vous êtes insupportable et insatiable. ( Sonnant un domestique.) Saint- Jean, mettez cet individu à la porte; on ne vient pas ainsi mendiera domicile. Allez, mon brave homme, on ne peut rien vous faire ; nous avons nos pauvres ; que diable , nous avons nos pauvres !
Paris , chez AL'liERT, galerie Véro-Dodat.
Typographie L\CRami»e et fcotnp.. rue Damiette, 2.
Robcct-ittarairc rebartcur politique.
Le théâtre représente le cabinet du rédacteur d’un journal politique. — Ce local, peu décoré, mais en revanche fort malpropre, est meublé d’une table couverte d’un lapis vert (ledit tapis vert est émaillé d’une douzaine de journaux de différentes couleurs, et d’une centaine de taches d’encre d’une couleur identique) ; de six chaises en fer-creux-Gandillot, achetées au prix d’une réclame , et d’un cartonnier bourré d’une foule d’articles sur la question d’Orient, la question des sucres, la question des morues, la question des harengs-saurs. — Le rédacteur ayant un air fort important et un toupet analogue à son air, est gravement occupé à remplir ses fonctions de rédacteur en chef; c’est-à-dire qu’il mâchonne un cure-dent et qu’il se rogne les ongles avec un canif, en attendant que les autres rédacteurs apportent de la copie.
Robert-Macaire, coiffé d’un chapeau comme on n'en voit pas, la taille serrée dans une polonaise comme on n’en voit guère, et tenant à la main une canne comme on n’en voit pas, fait son entrée dans le bureau du journal avec tout l’aplomb littéraire que ne donne pas le véritable talent. — Robert présente un article au rédacteur en chef en lui disant :
— Tenez, mon cher monsieur de Blaguenville, je vous apporte un article sur la loi nouvelle; je vous l’éreinte drôlement, vous verrez!
— Mais à quoi pensez-vous ? dit Blaguenville, dont le toupet s’horripile sur la tête en songeant à la subvention récemment accordée, qui pourrait se trouver compromise par une seule imprudence ; mais y pensez-vous, monsieur Macaire? Ce n’est pas à nous qu’il convient d’attaquer cette loi là ; nous devons la défendre.
— Ah! bien, bien, je vais aller retoucher cela, et je vous en fais un article mousseux en faveur de la susdite. — Cependant il me semble que la semaine dernière nous faisions de l’opposition.
— La semaine dernière c’était bien différent, les besoins du pays commandaient ce langage... ; mais le pays a été satisfait.
— Je saisis l’amphibologie.,. : les jours et les numéros se suivent, mais
ne se ressemblent pas! Part à nous deux sur les fonds discrets!
J’espère que vous allez me porter mes articles au prix de soixante-douze francs : c’est ce qu'on me les payait aux journaux de toutes les nuances auxquels j’ai travaillé jusqu’à présent.
— Monsieur Macaire, je vous prie de croire que nous ne sommes nullement subventionnés par le ministère...; nous recevons quelques encouragements, et voilà tout.
— En ce cas, je désire être encouragé... ; car sans cela, je recommence
à me jeter à plume perdue dans l’opposition! A propos, faites donc
passer le feuilleton que je vous ai remis hier J’y écliigne drôlement la
débutante, la petite danseuse de l’Opéra!
— Vous avez eu tort!... nous avons au ministère le même protecteur que cette jeune danseuse, qui est destinée au plus grand avenir diplomatique.
— Ah! très-bien!... Alors, en corrigeant les épreuves de mon article ,
vous n’aurez qu'à remplacer sifflets par applaudissements Ajoutez
même qu’ après la chute du rideau elle a été redemandée par la salle entière.... Au fait, elle aurait pu être redemandée par la salle entière ; ainsi , je ne vois pas pourquoi je me priverais de le dire dans mon feuilleton.
— J’arrangerai tout cela pour le mieux.... On sera très-content de nous aujourd’hui au ministère, pour la manière dont nous nous exprimons relativement à la question d'Orient, et relativement à la question de 1 Opéra.
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Je vous apporta un article sur la loi nouvelle , jel ereuite drôlement vous venez .
Mats a quoi pensez- vous. Monsieur Macaire , ce u est pas a nous qu'il convient {Ap i d'attaquer celle Loi là, nous devons la défendre. __ Air1 bien.1 bien -v / /J - ^ s \ Je vais retoucher ca , et je vous en fais nu 1 ' ' % ^ '
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— A propos..., quel est donc le rédacteur qui rend compte des vaudevilles, et qui signe ses feuilletons de ces initiales O. Z?
— Ah ! c’est le petit Jules Lamerluche !... un jeune homme plein d’avenir...; il trouve toutes les pièces détestables!... 11 a un vaudeville reçu au théâtre du Panthéon ...
— En ce cas, dites donc à Jules Lamerluche de ne pas dire du mal des pièces de Derval..., j’ai dîné avec lui hier...; ni des pièces de Derville — , je dîne avec lui aujourd’hui.... ; ni des pièces de Dervoir..., je dîne avec lui demain.... Du reste, je lui permets d ’échigner Scribe, Mélesville et
Varin : ils ne m’invitent jamais à dîner; c’est de la petite littérature
Nous avons Oscar Girofleau et Arthur Falempin qui iront beaucoup plus loin.
— J’ensuis convaincu; mais, en attendant, allez refaire la physionomie
de votre article; nos compositeurs attendent à l’imprimerie
— J’y vais à l’instant...; mais, auparavant, il faut que je vous laisse quelques petites réclames à faire passer dans le numéro de demain. — A oie i un fait-Paris dans lequel j’annonce qu’un homme qui avait eu la jambe cassée par un cabriolet, rue de Richelieu, a été immédiatement secouru par le célèbre docteur Brindavoine, demeurant rue de Richelieu, n° 25. — Brindavoine est mon ami, et il aurait pu parfaitement secourir un homme qui aurait eu la jambe cassée rue de Richelieu. — 11 n’est pas encore un célèbre docteur, mais il le deviendra bien vite, grâce h mes petites réclames; ainsi l'article est parfaitement véridique.
Voici un autre fait-Paris, pour annoncer que le coiffeur Jasminou a été dévoré par l’ours qu’il avait fait venir vivant des glaciers de la Suisse pour en extraire de la pommade de chameau.
— Demain nous rectifierons le fait, et nous annoncerons que l’ours avait seulement dévoré le fer à papillotles de Jasminou, et de la sorte, mon coiffeur aura deux annonces pour une.... Quand vous aurez besoin de lui, allez le trouver, il vous frisera le toupet gratis.
— J’en userai Mais, pour Dieu! allez donc rectifier votre tartine, et
surtout ne pensez pas que pour avoir un peu modifié, depuis quelques jours, mon opinion politique, je sois un saltimbanque.
— Parbleu ! à qui le dites-vous? tous les jours on modifie son opinion
politique, et on ne s’en trouve pas plus mal Un saltimbanque!
allons donc ! non, non! Ceci est tout simplement de la haute co-
médie !!