CV V 'W
' Ch
tf . ^
eleves
^A<?{Wi r J) Ia,caiàcd.
, -**'i; le iVolesseuv, voila îmui système d'eclupaljoji mener les éludés /l 'toi’.cement pour qu elles aillent longtemps, îlot mer des vacances recevoir ( p - 7 f 'les uutleaiix a tous It-s anniversaires possibles el quant ,m\ prix, èlrechine\ <nnpa- lialile parfaite — C est juste mai donner qu'au* meil leurs
- * icHlrc. pas sibele! Mécontenter les paT.enlslnon pas, non pas. donner des prix a loui |? monde chacun le sien!
iX» ->Qx3. -jl4==4
lmp cl'Aubevl & CJe
Cliet. Aubert •*! Verc
de suite la même chose... Le dimanche, ils auront un plat extraordinaire composé à la fois de haricots blancs et de haricots rouges... ; ce sera un plat panaché.
— Pardon, monsieur Macaire..., je me permettrai une petite observation... Je crains que ce légume... sec... ne satisfasse pas entièrement le palais de nos jeunes gens. . .
Monsieur le professeur, si vous aviez lu Hippocrate et Démocrate ,
deux célèbres chirurgiens des temps anciens, vous sauriez que, après le chien et le lézard , il n’existe rien au monde qui soit plus ami de l’homme que le haricot.
— Cela suffit, monsieur Macaire ; je ne veux nullement contrarier votre système d’éducation, pris au point de vue des haricots.
— Mais en voilà suffisamment sur ce sujet.... Je vous recommande de pousser vigoureusement les études de mes élèves, surtout du côté du grec et du cornet à pistons. . . Dans leurs moments perdus, vous leur apprendrez le français et un peu d’orthographe.... En cela, j’aime assez à me rapprocher du système des collèges royaux. L’orthographe étant une chose totalement de convention, je ne vois pas pourquoi on empêcherait de jeunes élèves remplis d’intelligence d’innover aussi dans la langue française... Je ne vois pas pourquoi on laisserait uniquement cette permission aux cuisinières et à M. Marie!... Quant au grec, je n’ai pas besoin de vous faire remarquer combien cela peut être utile par la suite à nos jeunes élèves quand ils voudront apprendre le syriaque : car vous m avouerez qu un homme qui sait le syriaque est posé fort avantageusement dans la société... Cela peut le mener à tout..., même à être professeur au collège de France...; professeur de chinois, bien entendu.
— Les arts d’agrément seront-ils payés à part ?
— Parbleu!... toutes les leçons données aux élèves seront payées à part!... Je demande douze cents francs aux parents, uniquement pour la nourriture et la chandelle... Quant au blanchissage , au chauffage, etc., vous aurez soin de les ajouter à la note générale.
— Tiens , tiens , tiens !
Ayez soin aussi , quand on cassera un carreau , de le faire payer à
tous les élèves.
— Ah! oui, je comprends..., il faudra faire une répartition.
— Non pas! non pas!... Chaque élève paiera son carreau!... c est ainsi que cela se pratique dans les établissements bien tenus... ; et, sous ce rapport, je veux que le pensionnat Robert-Macaire soit le mieux tenu de toute la France !
Paris, chez Aubfrt, galerie Véro-Dodal.
Typographie Lacrampr cl Comp., rue Damiellf, 2.
ÏSobert-Jitaiaire proprietaire.
Propriétaire!.. .. voilà un titre qui sonne agréablement à l’oreille! Pro-pri-é-tai-re ! ce mot a dix-sept syllabes quand il est prononcé par le bourgeois qui , pour la première fois de sa vie, vient d'acheter une maison. Notre gaillard se gonfle d’importance en regardant sa nouvelle acquisition, et il est plus fier d’être Français en contemplant sa maison, qu’en contemplant la colonne Vendôme.
Allons, portier, décoré du sobriquet de concierge, ouvrez la porte cochère pour que votre nouveau seigneur et maître fasse son entrée, ainsi qu’Alexandre-le-Grand à Babylone ! et vous, manants de locataires, saluez l’autocrate qui a le droit de diminuer, et surtout d’augmenter votre terme ! Le propriétaire parisien a toute l’importance, tout l’orgueil d’un
commissaire-priseur; le gaillard se redresse de toute la hauteur de sa maison; il n’a plus cinq pieds deux ou trois pouces, il a une taille de cinq étages au-dessus de l’entresol.
M. de Robert-Macaire, devenu propriétaire, ne sut pas se garantir de ce petit amour-propre, qui est l’apanage de tous les possesseurs d’immeubles, et à ce léger défaut, qui, après tout , n’est même qu’un ridicule, il joignit un défaut beaucoup plus grand, ce fut d’être impitoyable pour les pauvres diables de locataires qui étaient arriérés dans le paiement de leur loyer. Oubliant qu’il avait été longtemps dans la gêne, disons mieux, dans la débine, M. de Robert-Macaire faisait saisir impitoyablement les meubles des retardataires, et il ne se faisait aucun scrupule de mettre sur la paille toute une famille au milieu de l’hiver le plus rigoureux.
Rien ne pouvait émouvoir ce propriétaire-modèle, qui ne connaissait qu’une chose au monde, l’argent! M. de Robert-Macaire avait dans son cabinet un calendrier national sur lequel il avait fait quelques petites variantes: il avait supprimé les quatre grandes fêtes du Concordat, et les avait remplacées par le 1 5 janvier, le 1 5 avril, le 1 5 juillet et le 1 5 octobre. Les quatre termes étaient, à l’avis de M. de Macaire, les quatre seules fêtes vraiment nationales dignes d'être célébrées par tous les propriétaires français. Il regrettait seulement que l’usage ne fût pas encore venu de faire payer aux locataires un trimestre à la fin de chaque mois.
Quand le locataire ne payait pas son terme le 15 à l’heure où retentit le canon du Palais-Royal, Robert-Macaire envoyait chercher son huissier à midi et quart, et, à midi ving-cinq minutes, le retardataire recevait une sommation sur papier timbré, contrôlé et bénit parle gouvernement.
La femme du pauvre diable dont on menaçait de saisir les meubles venait en vain supplier l’inflexible propriétaire; notre homme avait un cœur en fer galvanisé.
— Oh! monsieur de Macaire, pour un misérable terme, vous ne nous mettrez pas dans la rue?... disait la pauvre femme toute en pleurs...
— Et où diable voulez- vous que je vous mette! disait le bourgeois, enfoncé dans son vaste fauteuil à la Voltaire.
— Mais nous avons dépensé trente mille francs dans votre boutique !...
— Raison de plus, ça me reviendra.
— J'ai quatre pauvres petits enfants!...
— Ce n’est parbleu pas moi qui vous ai dit de les faire.
— Mon mari est malade depuis trois mois !
— Je ne suis pas médecin , cela ne me regarde pas.
j i ' II41' . (
7ida'°kr“0m,'"r ® MaCaiS^' ' *«**"** p»
/ -Ma'3 ’TS avon-' deP««é 30,000 V7’a7^kjm!!à'l,eJ'Vl”'SrU"
terr a 1 vir pr ’ - ce^tr
./ VVyV~>, ^ ^ vous ai ai<- ae Ie5 faire 1
— Ah ! monsieur de Macaire, je ne m'attendais guère h vous trouver aussi impitoyable... Vous me fendez le cœur!
— Comment donc, ma chère dame, c’est moi qui pourrais me plaindre de ce que vous venez me faire une scène fort désagréable... Et vous choisissez tout justement 1 instant ou je sors de table ^ cela n est pas
bien Les émotions, dans cette circonstance, peuvent faire le plus
arand mal!... Je me plais à croire que vous n’y avez mis aucune espèce de mauvaise intention.
— Qu’est-ce que va dire mon pauvre mari quand je vais lui apprendre que nous sommes entièrement ruinés... et qu’il lui faudra peut-être aller mourir à l’hôpital !
— Ah, Madame! je vous en prie, ne m’entretenez plus d’un sujet aussi horrible..., vous me faites mal aux nerfs..., je sens que je vais être obligé de prendre plusieurs verres d’eau sucrée , avec beaucoup de fleur d’orange.
— Monsieur de Macaire, par pitié ! donnez-nous un peu de répit pour payer le terme qui est arriéré , vous nous sauverez de la misère, et vous ne perdrez pas un sou !...
Tenez, ma chère petite dame, vous m’attendrissez, ma parole
d’honneur!... Je vais vous prouver que les propriétaires français ne sont pas des Bédouins.... Je consens à vous donner du temps pour me payer les six cents francs que vous me devez...
— O ciel ! . . . . que de bontés ! . . . . que de remerciements !... Ah ! monsieur de Macaire, vous etes le meilleur des hommes !
Je vais écrire à mon huissier que je vous accorde du répit jusqu’à
demain h midi
Voilà comme M. de Macaire recevait les locataires qui venaient faire vibrer la corde sensible de son cœur. Quant aux personnes qui venaient se plaindre des incommodités de leur logement , et qui venaient demander au propriétaire de faire quelques-unes des réparations d’usage, M. de Macaire répondait que son usage constant était de ne faire jamais aucune réparation. Du reste, il faut avouer qu’en cela M. de Macaire suivait la tradition de tous les propriétaires de Paris. Règle générale, si vous avez une cheminée qui fume, gardez-vous bien d’aller le dire à votre propriétaire , car il trouvera bien certainement dans ce fait le prétexte d’augmenter votre loyer de cent francs par an.
Pnris, chez AURERT, galerie Yéro-Dodat.
Typographie Lacuvmpf. et Comp., rue Damiette, 2.
Bobert-Jttacaire exploitant l’amitié.
Il y a quelque chose de plus fâcheux pour un homme que de n'avoir pas un seul ami : c’est d’avoir une foule d’amis.
Si l’on doit plaindre le pauvre diable qui , veuf du moindre sou de Monaco , ne trouve pas à l’heure du dîner un seul ami qui lui offre généreusement de partager son repas, fût- ce même un dîner à trente-deux sous, qui d’ordinaire ne se partage pas , on doit plaindre bien davantage encore l’infortuné jeune homme qui possède cinquante mille livres de rentes et cinquante amis intimes, ce qui fait juste un ami par billet de mille francs; du moins c'est ainsi que l’on compte dans la bonne, dans la meilleure société.
L’homme assez riche pour avoir cinquante amis n’a pas à sa libre
disposition un seul instant de sa journée, ni même un seul des écus de sa bourse. Bien entendu, nous supposons que notre jeune homme est ce qu’on nomme vulgairement un bon enfant, ayant le cœur et la bourse sur la main; car, après tout, il est bon nombre de richards qui n’ont pas d’autre ami que leur coffre-fort.
Dans la société en général , et dans la société parisienne en particulier, le jeune homme riche se trouve avoir une foule d’amis, et même une foule d’amis intimes, dont il a fait connaissance à un hal masqué ou à une promenade au bois de Boulogne. Il arrive très-souvent qu’on ne connaît cet ami intime que sous son nom de baptême de Jules ou d’Alfred; quelquefois même on le nomme mon cher ami tout court , attendu que depuis trois mois qu’on le connaît on n’a pas encore pensé h lui demander son nom. Nous ne parlons même pas des camarades de collège que l’on retrouve après dix-sept ans d’absence, et qui vous abordent un beau matin dans la rue, en vous tutoyant des pieds à la tête. Le fameux dialogue : — Eh! bonjour , mon cher ami; comment vas-tu? — Pas mal , mon cher ami; comment t’appelles-tu? se renouvelle cent fois par an dans le passage des Panoramas ou dans la grande galerie du Palais-Royal , ce lieu de rendez-vous de tous les amis de passage.
Quelquefois même le camarade de collège pousse plus loin la familiarité, et, sous le prétexte qu’il vous a rossé quand vous étiez ensemble en septième , il se croit le droit de venir vous trouver dix-sept ans après pour vous emprunter un billet de mille francs. Il est vrai que vous avez le droit de le lui refuser.
Il n’y a donc rien d étonnant que Roberl-Macaire ail fait un jour connaissance d’un jeune homme charmant possédant le prénom d’Alphonse, ce qui est déjà bien agréable, et possédant trente mille francs de rente, ce qui est encore plus agréable !
Grâce à la maxime aussi vieille que consolante, qui nous dit que l’on a le droit de puiser constamment dans la bourse d’un ami, Robert-Macaire puisait sans se gêner dans la bourse de son cher Alphonse, en lui disant toujours que c’était à charge de revanche. Puis, grâce encore à la seconde maxime non moins vieille et non moins consolante qui nous apprend depuis des siècles que les amis de nos amis sont nos amis , Robert- Macaire amenait toutes ses connaissances chez son cher Alphonse ; et Dieu seul et M. le commissaire de police savaient ce qu’étaient les connaissances de Robert-Macaire ! C’était de Toulon que datait leur premier attachement !
Alphonse était bien tranquillement étendu dans son fauteuil à la Voltaire, et gravement occupé à fumer dans une longue tchibouque du tabac
C «V plcTt I4X l
k’IL 1
HUxiit
y^x le^îr'faA’î goûte"" Chi^p^n'r ^ =1^ , (v
- f f»^f-LamMr jJZSiï ^SSSSTLr ■
Ak ^P^mondjerAlphon.e.mon d,erL\xc*nl ,avcJ?vai }/
(/ x jCrn^va - .y
- ei'.Atert t* (». ^ ^ ^ O?'!' 50 Xcf< ''
plus ou moins oriental , lorsque Macaire entrait sans se gêner et sans se faire annoncer, en amenant avec lui une douzaine de ses amis intimes, jeunes sens que vous connaissez.
— Mon cher Alphonse, disait Macaire , j’ai invité ces Messieurs, des amis à déjeuner chez toi; je veux leur faire goûter notre champagne; nous’rirons... Tiens, une idée!... si nous allions au bois ?.... Nous prendrions ta calèche, et lu nous prêterais quelques habits, car nous sommes venus en voisins... En attendant, fais-nous donner des cartes et quelques napoléons pour tuer le temps, mon bon Alphonse, mon cher ann ; excellent oarçon va! Et le bon Alphonse, totalement bon enfant , et même
tant soit peu jobard , sans faire trop d’attention à la mise négligée de ses nouvelles connaissances, faisait donner des cartes, des napoléons, des bouteilles de champagne, et, flatté de passer pour un homme riche et généreux, se laissait gruger de la meilleure grâce du monde. -Creme des amis! fleur des jobards!
Ordinairement , dans ce qu'on est convenu d appeler la bonne société , parce que les jeunes gens portent des gants jaunes et fument énormément de cigares, les choses ne se passent pas tout à fait comme nous venons de le raconter : les amis qui viennent vous demander a emprunter pas mal de louis, et qui, h défaut, se contentent de napoléons, ou même de louis-philippes, ne sont jamais costumés comme les amis de
Robert-Macaire.
Rède Générale et sans exception, l’homme qui vous emprunte est toujours au moins aussi bien, si ce r/est même beaucoup mieux mis que vous, et vînt-il vous emprunter seulement dix francs, il aurait la précaution de prendre un cabriolet de remise. On peut refuser quelque chose au pauvre diable qui vient à pied ou en omnibus; mais il iaut lorcément ouvrir sa bourse à l’ami qui descend de cabriolet. On lui prête donc les derniers vingt francs que l’on avait enfouis au fond du secrétaire, et 1 on dîne
comme l’on peut !
Heureux encore quand votre ami intime se contente de vous empi un ei vos livres, votre argent, votre loge à l’Opéra, vos chevaux et votre voiture ! Si vous êtes marié, votre ami intime ne se tait aucun scrupule de vous emprunter même votre femme ! 11 est vrai que cette lois il n a pas même la politesse de vous en demander la permission.
Li. il •
Typographie Lacrampe et Cornp.,rue Damiette, 2.
Paris, chez Aubert, galerie Véro-Dodat.
ftobert-iîlacaire plaidant.
Nous avons déjà eu occasion de faire connaissance avec la physionomie de Macaire costumé de la robe noire de l’avocat. Dans un des premiers chapitres de cette véridique histoire nous avons trouvé notre héros s’introduisant dans la prison où se trouvait son ami Bertrand , et venant lui offrir de le défendre devant la cour d’assises. Vous savez que l’avocat Macaire était accommodant pour le paiement de ses honoraires, car il offrait de plaider les circonstances atténuantes moyennant l’abandon de la paire de bottes qui chaussait les pieds de l’accusé Bertrand; et vous savez ce que c’était que les bottes de Bertrand!
Cette fois nous retrouvons encore Macaire sous le costume peu séduisant de l’avocat; mais notre Démosthènes en rabat blanc a quitté le
code pénal pour se jeter dans le code civil : il ne cherche pins à attendrir de candides jurés à redingotes noisette et à lunettes vertes, il s'efforce d’enfoncer de vieux juges qui sont infiniment plus blasés sur l’éloquence du barreau, et qui s’endorment tranquillement au bruit du tic-tac du moulin à paroles nommé avocat.
Robert-Macaire plaidant en cour royale était véritablement le défenseur de la veuve et de l’orphelin, à moins pourtant qu’il n’eût été payé pour porter la parole contre la veuve et l’orphelin. Notre avocat n’était pas très-fort sur le code civil, il avait toujours assez négligé dans ses études la question du mur mitoyen , ou la question de Y usufruit; mais du moins on doit rendre celte justice à Robert-Macaire, c’est que s’il ne plaidait pas très-bien, il plaidait du moins très-longtemps. La quantité remplaçait la qualité.
Par exemple, Macaire avait contracté une déplorable habitude, à l’instar de pas mal de grands avocats : c’était de laisser arriver le jour et l’heure de l'audience, sans avoir songé à lire les pièces qui composaient le dossier de l’affaire qu’il devait plaider. Macaire était occupé à déjeuner bien tranquillement au café du Palais-de- Justice, lorsque le clerc de l’avoué venait le chercher en toute hâte pour lui annoncer que l’audience allait commencer. Alors Me Macaire achevait de manger sa dix-septième flûte au beurre, puis se mettait à jouer son déjeuner au noble jeu de dominos avec son ami Rertrand. A peine les joueurs avaient-ils fait deux ou trois parties en cent cinquante points, que le même petit clerc réaccourait avec un air encore plus effaré, pour annoncer à Me Macaire que l’audience était commencée depuis une demi-heure, et qu’on allait rendre l’arrêt par défaut si l'avocat ne se présentait pas. Me Robert se levait alors, ne payait pas son déjeuner, attendu qu’il n'en avait pas le temps, et se rendait chez le costumier Martin pour endosser son grand uniforme de bataille. Une fois revêtu de sa robe noire, Macaire songeait enfin à l’affaire qu’il allait plaider, et, tout en traversant la galerie des Merciers, jetait un coup d’œil excessivement rapide sur les paperasses du dossier.
Comme notre défenseur de la veuve et de l’orphelin avait gravi les escaliers très-rapidement, il arrivait dans la salle d’audience tout essoufflé, et cette entrée n’était pas maladroite. Le public se disait: — Voilà un avocat bien occupé; il vient de plaider à une autre chambre, et c'est à peine s’il a eu le temps d’arriver encore à celte deuxième affaire. C’est décidément un des bons avocats du barreau.
Me Macaire s’installait à sa place en s’essuyant le front, et déroulait toutes ses paperasses en attendant le moment où il devait prendre la pa-
rôle. Quant à Bertrand , il avait suivi son fidèle ami , et comme il était un des habitués du Palais, les huissiers le laissaient s’asseoir derrière l’avocat Macaire. Bertrand , le menton appuyé sur sa canne, prêtait une oreille, et même deux oreilles attentives aux paroles de son éloquent ami. S'il n’applaudissait pas à la fin du plaidoyer, c’était par respect pour la sainteté du sanctuaire de la justice, puis aussi parce que les huissiers l'auraient immédiatement mis à la porte ; mais, en revanche, il se permettait de temps en temps le frémissement d’ admiration.
A peine Me Macaire a-t-il la parole, qu’il s'élance comme un coursier du Champ-de-Mars. Il procède par un exorde ex abrupto , à la manière de Cicéron s’adressant à Catilina; et une fois lancé, notre gaillard ne s’arrête plus.
— - Messieurs ! beugle l'avocat Macaire , Messieurs ! l’acte dont on parle est évidemment nul , entaché de fraude et sans caractère de légalité, sans le moindre caractère de légalité !
Le président , qui depuis un quart d’heure écoute Macaire sans rien comprendre à sa tirade, l’interrompt en lui disant :
— Mais vous vous trompez, Me Macaire, vous plaidez contre votre propre partie !
Robert-Macaire, voyant l'énorme boulette qu’il était en train de commettre, ne se laisse pourtant pas démoraliser pour si peu de chose , et , se contentant de dire à part et à voix basse : — Diable, diable ! c’est vrai ; je m'enfonce! il reprend bien vite le fil de son discours, et s’écrie avec plus de chaleur et de conviction que jamais :
— Cet acte est faux, nul , radicalement nul! voilà, Messieurs, ce qu'on
va sans doute vous dire.... ; mais à ces misérables chicanes de notre adversaire , nous répondrons, nous, franchement , et la main sur la conscience : cet acte est bien certainement loyal , légal , et parfaitement valable Oui, Messieurs, je ne crains pas de l’affirmer, jamais acte ne
fut, à mes yeux du moins, plus loyal, plus valable, et plus légal!.... Si cet acte n’était pas considéré comme loyal, légal et valable , véritablement on ne pourrait plus considérer un seul acte comme valable , loyal et légal, etc., etc., etc.
Me Macaire plaide ainsi pendant cinq heures, sans cracher, et perd son procès.
Chez AUBERT, galerie Véro-Dodat.
Typographie Lacrampe et Comp., rue Damiette, 2.
fiertianïi codjet
— Eli mais, je ne me trompe pas, cocher mon ami, vous êtes mon ami Bertrand ! Je te redemandais à tous les échos d’alentour.
— D'alentour ! il était bien plus simple d’aller tout bonnement demander mon numéro à la Préfecture de police, ou mon domicile à la Fourrière de la rue Guénégaud.
— Gomment te fourres-tu là-dedans? Ça te fatiguait d’aller à pied , je vois cela, paresseux, et tu as pris équipage. Es-tu content? ton chapeau ne révèle pas un bien-être trop insolent.
— J’ai eu un chapeau de paille ; mais un jour, mon cheval était à jeun à la queue des Français , je l'ai régalé de ma coiffure , et j’ai repris avec sérénité le feutre que lu m’as connu et qui est contemporain du tien; il
peut se vanter d'avoir été trempé par les giboulées de la vie ; je ne sais pas où me mettre à l’abri de cette giboulée-là, elle me transperce même sous la capote de cuir de taureau de mon cabriolet.
— Ça ne va donc pas, mon pauvre Bertrand ? Comment ! tu n'as pas l’esprit d’accrocher
— C’est pas ça qui manque , j’accroche souvent.
— Je ne te parle pas d'accrocher les voilures : ce sont des pratiques , de bonnes pratiques qu’il faut accrocher. Le cahot du cabriolet endurci i certaines parties du corps , mais il amollit les mœurs. Il y a des pairs de France et des auteurs d’opéras comiques qui causent familièrement avec leur cocher ; il y a des grandes dames qui ne dédaignent pas de dire au conducteur : Cocher, n’allez pas trop vite; cocher, prenez garde d’écraser des piétons , parce que ça revient à soixante ou quatre-vingts francs. Un cocher adroit part de là pour dévider le peloton de la conversation. Tu as sous les yeux un exemple frappant , le fameux Bergami.
— Ah ! celui qui avait des cheveux comme un cheval tout crin !
— Eh bien ! le fameux Bergami , c’était une espèce de cocher de Fiacre de London. Il y avait une fois....
— Un roi et une reine.
— Non , ce n’est pas ça. Cette fois-là il n’y avait qu’une reine , elle se
nommait Charlotte ; elle prit un fiacre pour aller faire une course à l’heure. Le coup de fouet de Bergami lui donna dansl’œil; Charlotte donna la pomme au cocher Bergami, et deux mois après, le cocher de fiacre Bergami avait des chevaux anglais à lui , il avait des grooms
— Des gro hom
— Et le roi d’Angleterre regardait comme des traîtres et de mauvais plaisants tous ceux qui avaient des cheveux à la façon de Bergami , qui n’était pas son ami.
— Eh ben ! moi , je n’ai pas cette chance-là : la plus grande dame que j’aie conduite, c’était la géante du boulevart du Temple, elle pesait cinq cents...; comme c’est flatteur pour des ressorts de cabriolet! Elle m’a donné, pour boire, un billet de son spectacle pour le soir; il y avait relâche. Vois- tu , Macaire , il y a des gens à qui rien ne réussit. Une fois je croyais m’être fait un ami d’un général anglais qui montait toute la journée dans
mon cabriolet avec son costume rouge brodé en or Il ne changeait
jamais, sous prétexte de ne pas aimer la monnaie. Voilà qu’un jour je ne le vois pas d’un mois; je vais chez lui, je dis en bas : — Je monte chez le général; on ne me répond pas parce qu’il n’y avait pas de portier.... J’escalade six étages, et un des pressentiments qui ne trompent jamais m'avenit que c’était encore deux étages plus haut. Une porte était enlr’ou-