‹ Les cent et uneChapitre 5 sur 9 · XX · texte numérisé non relu

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Monsieur rAdministrateur général,

(( Tuez toujours! criait-ou h la Saint ^Bapthélemy, JéausK Christ reconnaîtra les siens. » Vous pouvez aussi vo^s écrier; «Coupez, effacez, recouvrez Festampille des livres errants de I$i Bibliothèque Nationale! faites disparaître la lettre de série et le numéro d'ordre 1 défigurez mdme la reliure, en attaquant les armes du roi à l'emporle-pièce l rien q' j fera \ l'œil du maître reconnaîtra toujours et partout le volume appartenant à la Bibliothèque, » Est-ce vousy Monsieur, qui V0U9 engageriez à reconnaître les vôtres? En voici uq qui vous revient, comme un soldat estropié après la bataille, sann tiiubre (il est coupé), sans lettre etscms qum^U (il^soqt ^aoés).

Èphémérides poliliques, littéraires et peltgteuses, par le eitoyen Noël, inspecteur général de rinitruction publique, et le oU. PUnobe, insUtOf teiir. Seconde édition, revue, corr. et augro. [Mai et juin.) Paris, U^or* mantf 180^, 2 part, en 1 vol. in-S», relié en yeau marbré, fil.

Que vous en semble, Monsieur TAdministrateur généra? Auriez- vous reconnu votre bien dans ce volume ainai déna^^ turé et métamorphosé ? Répondez à la questiOUf avec la fin et la çomcimoe dont votre Lettre à M. Lihri nous 9 donné un ^lalant témoignage : ce volume est-il de cewx qu'on ne jurait acquérir ni posséder légitimement? Vous l'avez dé-r cl^ré dans la Aeeti/icaiim d'un pas$ag^ i^ la Le(tr$ à 4f * Ufcri, les pré^df4$ pos»0s$eurs de b(mm foi ont ordinairement une bonne foi, qui^ dans l'hypQthêi$ la plus favorabht va bienjtÂsqû'à ne pas voler soi-^me e^ à payer h prix 4e$ Hvr^ qu'on achéle, mais qui ne va pas jusqu'à s'enqitérir d» l^ fitO' venance d'un livre fuspect^ marqué d'un signe de suspicion,

La propesition est formelle : on ne doit jamais acheter un livre suspect, sans s'être enquis de sa provenance, en remontant, s'il le faut, jusqu'à la dixième génération de ses possesseurs. Selon vous, un livre suspect est celui qui porte en-

core le^ traçeçi d'un timbre, soit coupé, soit ^ff«cé, «oit reeou* vert* Yoâà votre loi et vos prophètes. £b l Monsieur TAdmi-^ qj^trAleurt voq^ êtes peut-être, sans doute, trës-versé dans 1^ théorie et la pratique de votre Bibliothèque du %oi, mais vous n'entendez p^s le premier mot aux choses de^ bibliothèques pubiiq^es et partiquUères* Avez-vous acheté quelquefois des livres pour votre compte ? £n avez^vous acheté par commission, non^seulement h l'étranger, mais encore en France ? Avez*vous eu quelque belle occasion d'appliquer votre prodigieux système en matière d'achat de livres? Avez^ vous niême défini ou établi les caractères du livre suspect ?

Quoi ! vous ignorez (et je m'étonne qu'un savant tel que vous aille de la sorte afficher son ignorance), vous ignorez que la plupart des livres anciens, qui tombent et retombent sans cesse dans le commerce et la circulation, offreqt ce co* r€Uiiêre ék êuspiohn que vous dénoncez aux scrupules des amateurs et des possesseurs : ces livres proviennent des grandes Bibliothèques qui depui;; quatre siècles se sont suc^ eesaivement formées et détruites» oes livres ont eu des e»« tampilles ou des cachets ; souvent, ils les conservent encore i ces livres ont également des lettres, des numéros, des signes, indiquant la place qu'ils occupaient dans un catalogue ou dans une ar^ioire. £t ce sont là les livres suspects dont il faut reobercher la provenance ! Je vous mets à l'œuvre, vous, Monsieur l'Administrateur général s comment voua y prenez<i voua pour rechercher et découvrir celte provenance? Vous examipez avee soin, a la loupe, s'il le faut, les vestiges de reslampiUe enlevée ou grattée ; vous interrogez Taspect du numérotage \ vous vous rendez compte de tous les indices ea^t^iels qui peuvent vous renseigner sur ce que je nommerai l'état civil du volume. C'est bien, et je vous loue d^ètre un bibliophile si fin , si délicat, si consommé ; je vous vois d'ici enriijrassant Thistoirô des Bibliothèques du monde en« tier, leur formation, leur dispersion, leur organisation i tout est pour le mieux \ vous n'avez qu'à toucher un volume pour BOUS dire tpua las maîtres qu'il a eus depuis son origine ; il ne

TOUS bat qu'une note, un chiffre, une lettre, une croix, pour constater que Baluze, LaMonnoye,Sepher,Goujet, Secousse, Falconnet, Barbier, ont possédé ce volume qui garde encore Tempreinte de cette honorable possession ; vous êtes enfin devenu tout à coup un bibliographe ou, du moins, un bibliothécaire. J'en félicite la Bibliothèque Nationale.

Mais nous demanderez-vous à nous, pauvres apprentis bibliophiles, la même science universelle, et cela, dans l'unie que but de nous enquérir de la provenance des livres que nous achetons en aveugles, à votre avis ? De grâce, apprenez -nous à reconnaître un livre suspect entre mille. Je vous Vois venir : l'achat d'un ancien livre est une affaire grave et sérieuse; elle peut avoir les plus terribles conséquences, témoin le procès criminel (pardonnez-leur, mon Dieu, ils ne savent pas ce qu'ils font !) intenté à M. Libri ; acheter un lièvre, c'est engager sa responsabilité dans le présent et dans l'avenir. Conclusion : vous n'avez jamais acheté de livres, vous n'en achèteriez pas pour un empire, voire pour un manteau de pair de France; et cependant, Monsieur, vous n'aviez pas l'honneur de connaître les deux experts (Minos et Rhadamante) qui vous ont averti que deux lettres autographes, dérobées à la Bibliothèque Nationale, allaient être vendues aux enchères ! Imprudent M. Libri, qui a osé acquérir tant de livres à l'étranger, sans les voir, sans les pas* ser à votre alambic, sans les soumettre à votre pierre de touche! Malheureux et coupable M. Libri, qui s'est permis d'acheter, un jour, chez un libraire honorable, bien patenté et bien connu, quatre mille volumes à la fois, en bloc, sans enquête préalable, sans examen postérieur!

Certes, Monsieur TAdministrateur général, ce n'est pas vous qui auriez fait une pareille folie. Acheter des livres! fi donc ! s'exposer à faire entrer chez soi des livres volés, avec ou sans estampille! Quelque sot!... comme dit Figaro, qui n'était pas de votre famille. Brisons-là, Monsieur l'Administrateur général, et jurez- nous, sans figure de rhétorique, que vous n'avez jamais eu , que vous n'avez pas à cette

heare un seul livre ayant un earaeiêre de mspieion^ sinon une provenance suspecte ?

Agréez, etc.

Paul LACROIX

(BIBUOPHILB JACOB).

4 octobre 1849.

XXÎ.

Monsieur l'Administrateur général,

Voici un volume, frère aîné du volume que je vous adressais hier : comme lui, privé de son estampille qui a été coupée, mais non dépossédé, comme lui, de sa lettre de série et de son numéro d'ordre, qu*on n'a pas jugé nécessaire d'effacer, pour se tranquilliser sur une possession valant titre.

Èphémérides politiques , lîUéraires et religieuses, par le citoyen Noël, inipectear générol de Vinstruclion publique, el le cit. Planche, instituteur. Seconde édit., revue, corr. et aagm. (Mars et avril.) Paris ^ Lenor-^ moud, 1803, 2 part, en l vol. in-8«, relié en veau marbré, fil.; macnlature rouge du timbre de la Bibliothèque Impériale, G. 1479.

Selon votre opinion , tout livre , dont l'estampille a été coupée, ressemble fort à un livre suspect, et tout livre suspect est bien près de ressembler à un livre volé. Tel est inévitablement le système que vous devez soutenir pour proclamer l'imprescriptibilité du droit de la Bibliothèque Nationale, cet hippogriffe que vous avez enfourché si bravement, à propos de l'autographe de Molière, et qui vous conduira tout droit dans la lune où TArioste a mis en bouteille, non les autographes, mais la raison des grands hommes. Je reviendrai un jour ou l'autre sur l'autographe de Molière, que vous avez repris en vertu d'un arrêt autocratique de la Cour royale. Nous appelons de cet arrêt à la Cour... d'appel.

Je vous demandais donc si vous n'avez pas (cherchez bien ?) dans votre petite bibliothèque d'académicien quelque vo*

lliine méftiHé i'uH earâniîêfè d» tMspi^m (fiôuâ Wftyiià ce t)D^ vous entendez par là). Je vous suppo*ô trèâ'-inquiél , très*confus, Irès-perplexe , en cas que vous ayez trottvé cô Volume. Ce n*est p&s rtiOi qui Ty ai mis. Monsieur TAdministrateur géttéràl ; maié, je consens volontiers à vous rassurer là-dessus, en vous rappelant, comme je vous l'écrivais hier, que la plupart des anciens livres ont été ou sont encore estampillés, timbrés, marqués, lettrés, numérotés. Avant votre Lettre à M, Libri, avant la jurisprudence draconienne que vous prétendez établir en matière de possession de meubles, ces innocentes marques ou estampilles étaient généralement respectées; on n'y prenait pas garde; on laitisâit passer la justice des bibliophiles. Mais aujourd'hui, diipuis que voué aves décrété la terreur dans la vieille librairie, et promu^fud votre loi des suspects, c'est un empressement général à ef« facer, à couper, à couvrir, à laver, à détruire wifin toute estampille, toute marque caractéristique qui pourrait autoriser votre suspicion. Yous-^môme, Monsieur^ vous deves être impatient.de faire disparatti*e, s'il y a lieu^ des livres du Wlfe bibliothèque partitutière, imt caractère de duspiftiotl et tout prétexte de revendication ou de controverse : dîtes, ne pensez-vous pas avoir le droit de supprimer une estampille dabs un livre que vous auri^E acquis de bonne foi? £t si cette estampille avait été déjà supprimée» d'avvnture^ «u moment où le livre est entré en votre poésession^ doaierie»» vous de la légitimité de cette possession» et aceepieriez-^vou^ pour votre propre compte les reprociies et ka soupçons que vous adressez un peu bien légèremenià ceux que f otts nom* mez de préimdus possesseurs de bonne foi?

Consultez sur ce point les deux experts (Minos et Rhaida^ mantei) que vous itvez à présent Thonneur de eonuattjpe ^ qui sont gens exercés en ces sortes d'affaires t iaf(Mrmez*voU0 auprès d'eux de rinslBuation, de l'induction, de la condo* sion qu'ils pourraient tirer de la découverte d'un volumo ou de plusieurs volumes suspects dans votre biUiotlièque particulière. La guerre qu'ils ont faite à M. Libri me

Ibrt troublé i Ibrl indécis, à votre [endroit. Imaginez-vous que Ces experts de nouvelle roche ont choisi, saisi et incriminé, parmi les 40,000 volumes composant les collections de M. Librt, deul ou trois cents volumes, au moins, martjiiéÊ d*tm ca^ttclêrt de iu^pittôh i Estampilles coupées, estampilles efl^cées, estampilles lavées, estampilles masquées, estampilles des Bibliothèques de Saînt-Viclor, de Saint-Germain-des-* Prés, du Tribunal, de la Sorbonne, du collège Louis^-le-- GWind,etc. Vous frémissez, Monsieur (figure de rhétorique), vous frémissez dMndignatîon ! mais, Dieu merci ! nous avons des experts à Paris, comme il y avait des juges à Berlin.

Vous frémirez encore davantage, en apprenant que lesdits experts ont appréhendé au corps, comme suspect, dans le domicile de M. Libri, un ouvrage en 37 volumes in-folîo. Quos ego! allez- vous vous exclamer, en supposant que tes 37 in-folios, reliés en maroquin rouge, aux armes, ne peuvent appartenir qu'à la Bibliothèque du Roi. Je ne dis pas non ; cela s'est vu ; mais ce magnifique exemplaire de la co!'* lection des Conciles a été vendu à M. Libri, par le libraire Techener, qui l'avait acheté d*un libraire de Malines, qui l'avait acheté dans le département du Nord.

L'excellente occasion de faire admettre par les experts votre opinion sur la provenance des livres et sur leurs diflërents caractères de suspicion! N'imitez pas, cependant, le Comité de Salut public qui avait renvoyé la définition du mot suspect aux arrêts du tribunal révolutionnaire.

J'en reviens, s'il vous plaît, aux livres à estampilles, infelios ou in-16) que vous pourriez avoir^ par mégarde^ le plus innocemment du monde, dans votre modeste bibliothèque^ Que si les estampilles avaient été coupées, je vous servirai volontiers de caution pour établir qu'avant votre jurisprudence en matière de bibliothèques publiques, on avait com-^ mencé à effacer ou à couper les estampilles des livres, quand ces estampilles pouvaient à tort ou à raison discréditer ceux qui les portaient. Ainsi, les doubles de la Bibliothèque du Roi, vendusfou échangés au dix-huitième siècle, avaient une dou-

ble estampille qu'on n'a guère laissée subsister ; les timbres des livres de la première Bibliothèque Mazarine, vendus par arrêt du Parlement ; ceux des doubles de TArsenal, cédés régulièrement au libraire Merlin ; ceux des livres de la Bibliothèque de Saint-Yictor et de la Bibliothèque de Saint- Germain-des-Prés, ont été généralement coupés ou effacés, pour obvier à des doutes, à des défiances, à des contestations. On a également fait disparaître par le grattage ou le lavage les grossières et sales estampilles des livres de la Bibliothèque du Tribunat, de la Bibliotheca Heberiana , de la Bibliothèque de Simon de Troyes, et de la plupart des Bibliothèques italiennes, où le tîinbre, prodigué sur les volumes, équivalait à une large tache insupportable aux yeux d'un bibliophile.

Après ces renseignements, que j'abrège et que je livre aux commentaires de vos deux experts (Minos et Rhadamante), vous n'avez qu'a dormir tranquille sur vos in-folios à estampilles coupées, effacées, lavées ou grattées. Je vous délivre un certificat de possesseur de bonne foi.^

Agréez, etc.

5 octobre 1849.

Paul LACROIX

(bibliophile JACOB).

Monsieur l'Administrateur général ,

Voici venir le premier volume d'un ouvrage qui n'en a que deux, par bonheur, et dont le second avait déjà été remis en place, par mes soins.

Histoire des douze Césars, traduite du laUn de Snétone, par Maurice Levesque, tome premier. PariSy Arthus Bertrand^ i%OS, in-S», relié en veau racine, à l'N couronnée, aux armes impériales; timbre de la Bibliothèque Impériale. (Le numéro d'ordre est eCTacé , mais on dislingue encore la lettre de série J.)

Cette réintégration est d'autant plus importante, que la Ira-

duction deSoétone,par Leyesque,de même qiie votre traduclion de Plaute, n'ayant pas été réimprimée, la Bibliothèque Nationale n'avait plijs un seul exemplaire de ce livre à mettre à côté des traductions précédentes de Baudouin, Laharpe, Delisle de Sales, etc. Vous ne pouvez trop tenir à voir au grand complet l'innombrable série de vos traductions d'auteurs latins, traductions si utiles pour les jeunes citoyens du collège Bourbon ou Bonaparte, qui fréquentent assidûment la Salle de lecture de la Bibliothèque Nationale, comme les élèves du collège Charlemagne profitent du voisinage de la Bibliothèque de l'Arsenal, comme les externes des collèges Henri IV et Saint-Louis se sont emparés de la Bibliothèque de Sainte- Geneviève. A propos de traductions, celle des Commentaires de César, par Varney, vous a fait défaut , et je me flatte de la reconquérir, quelque jour, à votre intention.

Si le service de la Salle de lecture, ainsi que celui du prêt au dehors, étaient mieux entendus et mieux ordonnés, vous sauriez toujours, à point nommé, par quelles mains de lecteurs ou d'emprunteurs, ont passé les livres qui manquent sur vos rayons ; vous sauriez que, tel jour, tel ouvrage a été confié à telle personne ; vous sauriez que cet ouvrage a été lu ou prêté deux fois, dix fois, cent fois, dans le coufs de Tannée, dans l'intervalle d'un lustre ou d'un demisiècle. Ainsi, au moment où je vous restitue V Histoire des douze Césars, que le hasard m'a fait rencontrer dans la défroque d'un vieux bouquiniste , vous devriez pouvoir nous rendre compte de la sortie de ce livre qui, peut-être depuis quinze ans, vagabonde hors de la Bibliothèque -, vous devriez pouvoir nous dire, avec certitude, s'il a été volé dans votre Salle de lecture et par qui il a été volé ; ou bien s'il s'en est allé courir leç champs, par la fausse route du prêt ; et si l'emprunteur a été infidèle par négligence, par déloyauté, ou par force majeure. J'en demande, répondrez-vous , plus qu'un bibliothécaire n'en doit et n'en peut faire ? Je demande. Monsieur l'Administrateur général, ce que vous obtiendrez sur-le-champ de M. Panizzi, conservateur de la bi-

— J# — ^^ jgy^jpp M. Puiini ▼ous dira, par . "•^^^•^^ "^ rmwupe, combieo de lecteurs

. v.^- ^.c^-s.^ ^^;^:^ue5avolreCon;iirû/ioa d'Etienne ^..•. .t:m..:> j».xT^ nrrMUon de féTrier I84S.

H> X i^ ja» >B2» rasons que je vous invitais à faire un v^^^<$rî ji Uiai:«- ^ ""^ ^*^*^ ^" IJnliià Muséum ; car, x^wu^ ^ j«j»^ il W- t*n ne le prouve que Irop, vous ne aoup- Oi«tfnfc |utt 4i>e^ est Forgaaisation de cette Bibliothèque- ^BAdiMir^ «t WMK ne crojei pas que la Bibliothèque Nationale j»ù â J^ «fivîer quoi que ce soit, fût-ce son directeur, aussi Iwtt Kc^ic^Tiphe que bibliothécaire éprouvé. Vous ne cornfcyoei piÉsque, dans cet établissemeot qui renferme 431,539 Yvi^aiesi le récolement général ait pu être exécuté en moins «k truts semaines par trois employés ? Tous voyez dans Fém>noé de ce fiiit une figure de rhétorique (vous en voyez ptftoul) qui a nom eatackrése ; mais, encore une fois, allez voir cette Bibliothèque admirablement organisée, dirigée et surveillée par M. Panizzi et ses coUaboraiewrt ; vous comprendrez alors que ce récolement général, qui vous semble un eonU de Iribliothêcaire^ s'est fait aussi facilement et aussi promptement que vous Ta dit M. Libri. Ce n'est pas la machine à vapeur appliquée au récolement des hvres d'une biblioUièque , c'est un système simple et ingénieux à la fois, qui fonctionne tous les jours, et qui, au jour dit, donne la preuve mathématique de sa justesse et de son excellence. Souvenez-vous de l'œuf de Christophe Colomb et tâchez de découvrir une Amérique en fait d'administration de la Bibliothèque Nationale ; découvrez du moins autre chose que les bas-fonds, les écuells et les abîmes, au milieu desquels vous conduisez votre barque d'Administrateur général de cette déplorable Bibliothèque.

Celle du British Muséum vous offre son exemple à suivre les yeux fermés : 1° Supprimez le prêt de livres au dehors i 2" exigez des lecteurs le dépôt et l'enregistrement d'un certificat de notoriété ; 3"* dressez inventaire exact de tout ce que renferme la Bibliothèque ; 4<> reconnaissez-vous res-

poDsable de tous les livres et autres objets invenloriési après un récolemeut général; ô» mettez à jour vos catalogues et publiez-les d'une manière convenable , avec l'aide, s'il le faut, des bibliographes-, &" réclamez l'inamovibilité des bibliothécaires; ?• contentez- vous d'administrer administratif vmenty sans descendre dans les détails de service qui appartiennent aux conservateurs spéciaux ; 8® écartez de la Bibliothèque les lecteurs oisifs, au profit des lettrés et des érudils; 9° employez votre autorité et votre crédit à faire commencer les travaux définitifsd'agrandissement et d'appropriation dans les bâtiments de la rue Richelieu ; 10° abandonnez une juris- • prudence inique et ridicule, qui consiste à faire admettre l'iny^rescriptibilité du droit de la Bibliothèque ; 1 1*" ayez Tamour-propre d'un bibliothécaire et non pas seulement celui d'un comptable ; songez que la Bibliothèque qui vous est confiée est la plus belle du monde, et qu'elle mérite d'être administrée comme^une bibliothèque et non comme un dépôt de mendicité.

Un mot encore sur votre jurisprudence : Si quelque libraire honnête et consciencieux vous rapporte un livre, un manuscrit important, qu'il aurait acquis de bonne foi, gardez-vous bien de lui dénier l'indemnité à laquelle il a droit ; et si vous daignez lui accorder cette indemnité qui encouragera des restitutions du même genre, tâchez au moins qu'elle ne soit pas dérisoire. Je me souviens qu'un de nos jeunes libraires les plus distingués, M. Guillemot, trouva chez un épicier, dépeceur de livres, un volume manuscrit, relié en maroquin rouge, que le fatal couteau allait anéantir : c'était le premier tome d'un recueil sur les pairs de France (cela vous regardai^) :1e timbre, le numéro, les armoiries témoignaient de l'originede ce manuscrit. M. Guillemot le porta religieusement àla Bibliothèque, où Ton constata que le précieux volume était absent depuis plus de quarante ans. Après bien des démarches et des pourparlers qui durèrent plusieurs mois, on remboursa, sans intérêts, les douze francs que M. Guillemot avait payés, pour racheter et sauver le bien de l'Etat mis en

péril par Pignorance d'un épicier ! Le véritable épicier était certainement à la Bibliothèque du Roi ; je crains qu'il n'y soit encore.

Agréez, etc. Paul LACROIX

(BDLIOraiU JACOB).

6 octobre 1849.

Monsieur l'Administrateur général,

Voici encore un volume de la charmante Bibliothèque de Choisy-le-Roi, que la révolution de 92 avait réunie à la Bibliothèque Nationale.

IRecaeil des Oraisons funèbres prononcées par niessire Esprit Fléchter; oouv. édit. PariSj Jean Desaint, 1740, in-12, relié en maroquin rouge, tranche dorée, aux deux L couronnées et aux armes du roi ; timbre de la Bibliothèque Nationale, X. 3810.

Cet ouvrage et cette môme édition étant décrits, sous le même numéro, dans le Catalogue imprimé des Belles-Lettres, publié en 1750, il est certain que notre exemplaire avait, de^ puis 1792, remplacé un absent, par les soins attentifs de Yan Praet qui fut toujours possédé du désir de cacher les pertes de sa chère Bibliothèque. Il pouvait ainsi se faire illusion.

Ledit exemplaire, que j'ai l'honneur de vous renvoyer en assez bon état, après vingt-deux ans d'absence, vous prouvera que la Bibliothèque du Roi ne prêtait pas ses livres les plus rares ; et que le prêt à domicile semblait inventé pour encourager les lectures édifiantes. Ainsi, je parierais volontiers que votre Conjuration d'Etienne Marcel était rarement en place, sous la Restauration. Qtie les temps sont changés ! s'écrie Abner, qui fut peut-être, comme vous, administrateur général de la bibliothèque de l'implacable Athalie.

Quant à la Bibliothèque du château de Choisy-le-Roi, elle a fourni quantité de jolis exemplaires à celle de la Nation, dans laquelle on l'avait incorporée avec plusieurs autres provenant des châteaux royaux. Mais je ne sais comment il

s'est fait que beaucoup de ces exemplaires se soient mis en campagne ; j'en ai rencontré souvent^ Paris et à Londres, qui ne se pressaient guère de vous revenir. Je regrette moins, je Tavoue» les livres de piété, que les romans qui ont décampé de la sorte. Ces bibliothèques de résidences royales contenaient quelques ouvrages assez libres, qui eussent pu arriver, dans votre Enfer, tout naturellement. Je doute pourtant que Ton y ait trouvé Thérèse phitosophcy le Portier des Chartreux , les 'poèmes de Dulaurens et les ordures du poète Robbé. C'est dans la bibliothèque particulière de M""'' Dubarry, à Lucierines, que s'étaient donné rendez- vous ces ohsccmaj reliés très-galamment aux armes de la comtesse.

Vous aviez pourtant, au fin fond de votre Enfer, bon nombre d'éditions de la Pucelle de Voltaire avec des gravures qui en faisaient le piquant; et ces exemplaires illustrés avaient une origine plus ou moins royale. Certes, ce ne sont pas les rois de France qui ont repris leurs livres partout où ils les retrouvaient. Qu'avez-vous fait, qu'a-t-on fait de toutes ces Pucetles? Ont-elles passé, [de votre Enfer, en s?

(bibliophile iacob).

Agréez, etc.

7 octobre 1849.

Monsieur l'Administrateur, général.

C'est une belle et utile institution que la Bibliothèque Nationale, qui prête de tels livres à ses emprunteurs ordinaires :

Abrégé de la vie des Saints pour tous les jours de Tannée, par M. J*** {Jauffrel7). Tome second. Raueny Mégard, 1812, in-12, relié en veau racine, aux armes du roi ; timbre de la Bibliothèque Royale, H. 3320.

Que VOUS semble-t-il des avantages du prêt, au point de

vue d'un pareil livre? Vous en serez étonné vous-même, vous qui ne vous étonnez de rien, fût-ce la décadence et la ruine dô la Bibliothèque. Si fractus illahatur orbiê. De l'homme d'Horace à l'homme de Plante, il n'y a qu'une traduction.

Je me permettrai de vous répéter ce qu'on raconte de la sortie de ce volume hors de la Bibliothèque du Roi. Un de vos prédécesseurs, non moins académicien, maisj)lus biblio-thécaire, avait le privilège d'être admis, le soir, dans la loge d'une des plus charmantes actrices de Paris, qui réunissait lautour d'elle une cour de beaux-esprits. N'avez-vous pas fait figure aussi dans cette cour-là (et je ne dis pas figure de rhétorique), Monsieur l'Administrateur général, vous qui, taillé sur le patron des amoureux de théâtre, étiez plus remarquable et plus remarqué qu'EUeviou dans son meilleur temps? Votre humble prédécesseur n'avait pas ces avantages ; il savait causer assez peu pédantesquement, et, de plus, il savait admirer en silence la divinité du lieu» Quand cette belle et gracieuse personne était en scène, ses amis tenaient cercle dans sa loge, et notre bibliothécaire, qui s'y était quelquefois trouvé seul, avait l'habitude de se pourvoir d'cin livre, d'un livre de la Bibliothèque du Roi, d'un livre d'érudition ou de littérature. Je vous laisse à penser s'il était exact à le rapporter avec lui. Mais un jour il se trompa de volume, et prit distraitement celui que je vous renvoie aujourd'hui, au lieu d'un tome de Nicéron. 11 arriva de bonne heure dans la loge de la princesse. Ah ! Monsieur, j'aurais donné une bonne pinte de mon sang pour être à la place de l'académicien ou plutôt de son volume ; car, en l'ouvrant, il s'aperçut de son erreur-, il voulut faire bon cœur contre fortune, et tâler de celte lecture édifiante : le sommeil s'empara de lui, et si fortement, que, ce livre tombé de ses mains, il n'ouvrit pas même les yeux, pendant que l'adorable Elmire s'habillait en riant devant lui ; il ne s'éveilla qu'au dernier acte du Tartufe, et vous comprenez qu'il oublia le trop soporifique volume sur la toilette qui l'avait recueilli, entre un pot de rouge et

un flacon de blanc de perle. « Depuis quand êtes-vous iei ?,lui demanda malignement l'actrice. — Hélas! madame, rèfprit-il en soupirant, une autre fois, je ferai semblant de dormir. » Quant au volume, tombé du ciel chez Elmire, il y resta sans être ouvert, et depuis il passa successivement dans la loge de Marton, puis dam celle de Lisette, puis dans celle d'Araminte ^ mais il n'eut pas l'avantage d'être lu par personne, ni de faire la moindre conversion. C'est pourquoi vous le revoyez, après trente ans d'absence, aussi neuf, aussi vierge, que s'il eût été conservé dans la botte aux agnus de ces dames.

Mais, dira«-t-on, la Bibliothèque Nationale a bienasaezde Vies des saints pour se passer de celle-là. Je ne pense pas ainsi : la Bibliothèque étant centrale et générale, tous les livres, toutes les éditions y ont une importance relative à peu près égale, et cette Bibliothèque» qui reçoit le dépôt gratuit de tout ce qui se publie en France, ne saurait souffrir la moindre lacune dans ce dépôt. Voilà pourquoi je réclame, avec tant d'énergie, et l'abolition du prêt et la suppression du puMic inconnu. La Bibliothèque Nationale ne peut être un cabinet de lecture. Entre tous les inconvénients du prêt au dehors Je vous signalerai celui qui résulte de la non-identité de l'emprunteur. Rappelez-vous ce nommé Vateb..., qui vous emprunta, sous le nom de mon illustre ami Alexandre Dumas, une centaine de volumes, qu'il vendit sans vous en demander la permission? Si l'on vous faisait jamais, sous mon nom, un emprunt du même genre, j'en serais fort bonleax, et j'attaquerais le voleur en diffamation.

Ne serait-ce pas ce Vateb... qui vous aurait emprunié presque tous vos livres basques ? Vous en trouverez les Deiideraia dans la nouvelle édition des Proverhei basquêi de Oiiienart, publiée par mes amis Gustave Brunet et Francisque Michel. Je ne soupçonnais pas qu'on fît tant de cas du basque, dans notre Babel parisienne.

Agréez, etc. PAUt LACROIX

(BnUOPDn*B JACOB).

8 octobre 1849.

Monsieur l'Administrateur général^

Je suis confus de vous renvoyer un livre aussi gras, aussi usé, aussi déshonoré ; on dirait un bréviaire de vieux cha« Doine, ou plutôt un des livres les plus maniés de votre Salle de lecture actuelle. Il y a pourtant vingt années au moins, qu'il en est hors.

Précis historique de la Révolution française, par J.-P. Rabaut. Quatrième édit. Paris, Treuttel et Wurtz, 1807, in-18, Gg., rel.en veau jaspé, aux armes de TËmpereur; timbre de la Bibliothèque Nationale, L. 1899.

Si ce volume était précieux ou rare le moins du monde, e vous conseillerais de le mettre entre les mains des habiles restaurateurs de livres, qui se sont formés et perfectionnés à Paris, grâce aux encouragements des grands amateurs, tels que MM. Llbri, Armand Bertin, Jérôme Pichon, Motteley, Cicongne,etc. La6t6/taWgMc(rimprimeur,j'en demande pardon au savant M. de Boissonnade, créateur de ce mot, m'a fait dire hiblialatrique, dans mes Lettres à M. Hatton, que je vous conseille de lire pour vous instruire sur le compte des experts que vous n'aviez pas Thonneur de connaître), la bibliatrique, médecine ou restauration des livres, est à la fois une science et un art , que la Bibliothèque Nationale a trop négligés, si non dédaignés. Donner des soins aux beaux livres, c'est prouver qu'on les aime; voilà comment la Bibliatrique est fille de la Bibliolàtrie.

Dans le cas où vous auriez un meilleur exemplaire du Précis de Rabaut Saint-Etienne, un exemplaire relié en maroquin rouge, fût-il aux armes du roi, je vous invite à y joindre quelques autographes. C'est ainsi que Châteaugiron, Pixérécourt et M. Fossé d'Arcosse illustraient les beaux exemplaires de leurs bibliothèques ; c'est ainsi qu'ils comprenaient la collection d'autographes,.. Mais j'oubliais que vous

avez une horreur invincible contre les autographes et les autographophiles!

Cette horreur-là est, à coup sûr, de date récente, et vous n'eussiez point, j'imagine, avant février 1848, reproché à M. Libri de montrer trop de sympathie et de complàisance pour les autographophiles, lorsque vous étiez si curieux d'obtenir de lui le don d'un autographe de Napoléon. M. Libri avait eu le bonheur de découvrir un trésor, un carton tout rempli de correspondances et d'ouvrages écrits par Bonaparte, officier d'artillerie; mais une lettre autographe du grand homme n'en était pas moins un objet de haute valeur. M, Libri, avec sa générosité ordinaire, vous en fît don, et, à voir votre joie en recevant ce présent impérial, il ne pouvait guère penser que vous renonceriez si fièrement au démon des autographes, à ses pompes et à ses œuvres. Il y a des conversions de toute sorte. Or donc, puisque vous diriez volontiers, en parodiant le mot célèbre de Valentine de Milan : Fi des autographes ! quon ne m'en parle plus! je vous propose de transmettre au département des manuscrits le don que vous a fait M. Libri, et sous cette réserve que l'autographe de Bonaparte (valant 200 à 300 francs) sera dûment enregistré, numéroté et estampillé, pour qu'il n'ait jamais le sort de l'autographe de Molière. Avant d'en finir avec cet autographe, j'arrêterai un moment votre sagesse sur les procédés et les suites de votre jurisprudence en matière d'imprescriptibilité du droit de la Bibliothèque.

Qu'adviendrait-il, si l'on découvrait, dans quelque note d'un ouvrage imprimé en 1847, le renseignement suivant: « L'original de cette lettre autographe de Napoléon Bonaparte se trouve chez M. Naudet, directeur de la Bibliothèque du Roi. » On pourrait, avec un peu de bonne volonté, vous refaire votre procès de l'autographe de Molière, et vous poursuivre, à propos de lettre, avec la lettre de l'ancien règlement de la Bibliothèque, lequel défend aux conservateurs de posséder des collections de même nature que celles qu'ils conservent. Mionqet, en (Jevepant premier employé

du Cubinet dei Antiques, se défit de toutes les médaffles qu'il uvnit rocueillies pOur son usage ; mais, en revanche, répondr(»7vVoii8, (iossellin garda son médaillier, et l'augmenta même corisidcirablomenl, à l'ombre du Cabinet des Antiques, qu'il n'en conservait pas moins bien. Je sais que, pour vous défendre d'une possession illégitime, vous invoqueriez le nom du précédent possesseur, M. Libri; néanmoins, vous seriez dans une extrême perplexité, en apprenant que la Bibliothèque a fait acquisition, en 1845 et 184 S de deux amas de papiers historiques, relatifs à l'Empire et i l'Empereur. Eh bien ! Monsieur, voici de la pâture toute faite pour des experts qui voudraient vous chercher noise et vous inQiger la peine du talion?

N'en est-ce point assez pour vous faire prendre en aversion les autographes, et surtout les autographophiles ? Si M. Libri ne vous avait pas donné une belle lettre de Napoléon Bonaparte, vous n'auriez pas aujourd'hui la crainte d'6tre convaincu de posséder ou d'avoir possédé cette lettre ; ce sera d'un bon esprit, môme en gardant la lettre, de garder rancune h M. Libri et à sa dangereuse générosité. Vous verrez, Monsieur, que, dans la prévision de ce qui s'est passé, il songeait peut-être à vous séduire. Singulier homme I vraiment que ce M. Libri, qui donne en pur don des autogra-

t phes, valant dix ou quinze louis la pièce, et qui arrache de

l sa propre main (au dire des experts et compagnie), dans les

' manuscrits de la Bibliothèque du Roi, des feuillets valant à

peine cinq sous chacun !

I Agréez, etc. Paul LACROIX

((bxbuophiui jacqb).

9 octobre 1849. ^^^^ ^^

Monsieur l'Administrateur général , Je me proposais de vous envoyer aujourd'hui les deux volumes de lat Minéralogie de Brongniart^ édition de 1807, aux annes de l'Emp reur et au tipbre de la Bibliothèque Impé-

riale : on les avait découverts, à mon intention, parmi les lièvres d'un honnôte et actif libraire, M. Asselin, quai des Augustins ; mais M. Asselin a préféré vous les rendre lui-même, ce qu'il doit avoir fait à Theure où je vous écris. Vous ne manquerez pas sans doute de lui tenir compte de ses déboursés, si vous ne lui allouez pas d'honoraires ; autrement, ce serait décourager pour toujours les libraires qui auraient envie d'imiter la conduite de M. Asselm. Nous verrons jusqu'où fléchira votre jurisprudence et votre front d'airain. En attendant, voici, pour ne pas en perdre l'habitude, un volume à réintégrer à la place qu'il a quittée depuis vingt i vingt--cinq ans.

État militaire de la France poar Tannée 1789, 3f« édIUon; par M. de Boassel. Paris, Onfroy, 1789, petit in-12, relié en maroquin rouge, tranche dorée; timbré delà Bibliothèque Impériale, L. 2006.

Ce n'est qu'un almanach, Monsieur, mais vous savez mon fliible pour les aimanachs où l'on trouve tant de perles his* toriques , biographiques , archéologiques , perdues dans le ftimier des noms propres et des questions de personne. Il en est des aimanachs, comme des vins, qui gagnent à vieillir. Jugez, par exemple , de Timportance qu'acquerra l'^/manaeh Royal de 1816 ou V Almanach National de 1848, dans trois ou quatre siècles ; l'historien y puisera de précieux renseignements ; ayez donc soin que la collection de cet Almanach des favoris de la fortune soit toujours complète dans les archives de la Bibliothèque; un jobr, ce bienheureux Almanach dira ce que vous avez été, ce que vous êtes, ce que vous serez.

Ne concentrez pas toutefois votre sollicitude sur VAlma^ nach royal ou national ; Tintéressante famille des Aimanachs appelle aussi vos sympathies et vos soins. Celle famille, hélas! est un peu décimée à la Bibliothèque. Il y a des vides déplorables dans les meilleurs endroits, et l'on peut assurer qu'ils ne seront jamais comblés, à l'exception de quelques rares retours au logis. Rien ne passe plus vite que les hom-

mes et les almanachs. Yillon demandait : où sont les neiges d'antan?3e vous demanderai avec plus d'à-propos : où sont les almanachs de Tannée dernière? Mon Dieu! ne soyez pas si dédaigneux à l'égard de mes chers almanachs, et ne me renvoyez pas avec eux aux calendes grecques.

Je ne vous parlerai pas de certains almanachs que la Bi* bliothèque a possédés et qui n'existent plus môme dans le témoignage de nos contemporains : tels étaient ces deux Almanachs pour les années 1533 et 1535, almanachs calculés sur la noble cité de Lyon, par maître François Rabelais. N'allez pas croire cependant que je les aie vus, vos Almanachs rabelésiens, circulant chez quelque libraire ou quelque amateur? je confesserai môme que je ne connais leur existence, que par une note de Huet et par deux citations consignées dans les Rabelœsiana elogia, d'Antoine Le Roy, dont le manuscrit original et inédit se conserve à la Bibliothèque dans l'ancien fonds du roi. Mais, sachez-le bien, le célèbre Gabriel Naudé, dont vous n'êtes pas le descendant, avait eu en mains ces précieux almanachs, que j'irais chercher à Romes'ils y étaient allés. J'espère encore que vous les retrouverez en continuant l'œuvre de votre Catalogue, fût-ce en 1880. Vous ne soupçonnez pas qu'une portion des livres et des manuscrits de la bibliothèque particulière de Rabelais sont entrés, je ne sais comment, nia quelle époque, dans la collection du roi? M. Richard, qui a rendu d'incontestables services à la Bibliothèque en dirigeant l'immense classement du non porté, a découvert deux vofcmes avec Vex-libris autographe du curé de Meudon ; le savant helléniste, M. Miller, a découvert deux manuscrits grecs offrant aussi la signature de l'immortel curé de Meudon. Ces découvertes-là sont de bon augure pour celle de mes deux almanachs que je vous redemanderai sans cesse, comme Auguste criant : «Yarus, rends** moi mes légions !»

Mais vous avez bien d'autres almanachs à retrouver, sans vous arrêter à VAlmanach des honnêtes gens, ni à YMmanach des honnêtes femmes^ qui devaient se perdre nécessairement

aa temps où nous vivons. Je vous recommande surtout les divers almanachs des marchands, notamment YMmanach des corps de marchands, qui commença en 1753, et qu'on attribue à La Chesnaye des Bois : ce dernier almanach contient, pour l'année 1768, une dissertation que j'aurais été bien heureux de lire, avant de publier mon Histoire des corporations ouvrières ; mais la Bibliothèque, cette fois comme en mille, a trahi mes espérances. Au reste, il n'est pas étonnant que les almanachs d'adresses aient disparu, dans le dernier siècle aussi bien que de nos jours, à la Bibliothèque. C'est peut-être vous, Monsieur l'Administrateur, qui avez pris la sage mesure d'en refuser la communication au bon public de votre Salle de lecture ; car, lorsqu'on prêtait encore de ces sortes délivres vers l'année 1833, il fallait racheter tous les ans trois ou quatre exemplaires de V Almanach du Commerce et de V Almanach royal. Singulier vol que celui-là, et plus difficile qu'aucun autre, vu la grosseur du volume !

L'immense bibliographie des almanachs est encore à faire ; car l'utile travail de M. Quérard, dans la troisième livraison de son remarquable Dictionnaire des ouvrages anonymes et polyonymes ne sert qu'à mieux faire comprendre l'importance de cette catégorie bibliographique. Vous aurez égard à nos regrets, en préparant votre Catalogue dont les almanachs occuperont bien un volume {Dis ignotis). On assure que cette prodigieuse multiplication de l'espèce-almanachs avait fait craindre que la Bibliothèque du Roi ne fût plus assez vaste pour les contenir tons ; de là, ces mille et un projets de reconstruction, de transporlation et de déménagement de ladite Bibliothèque. Aujourd'hui, enfin. Dieu soit loué, après tant de doutes, de luttes et d'intrigues, il est décidé que la Bibliothèque restera où elle est, et recevra sur son terrain tous les développements qu*elle attend et qu'elle peut comporter. Grâces en soient rendues à la raison, à l'intelligence, à la droiture et à l'éloquence de l'honorable M.Vitet! c'est lui qui a obtenu de la Chambre des représentants cette grande et solennelle sanction de l'établissement définitif delà Bibliothè-

que Nationale! Vous, qoi n'êtes pas architecte et qui n'aspirez pas à devenir entrepreneur, vous auriez laissé, sans mot dire, abattre les bâtiments de la Bibliothèque, et transporter ses trésors ailleurs, super flumina Babylonis^ à Taide des paniers de l'invention de feu M. Letronne! Peu vous importait, en effet^ pourvu que vous fussiez toujours et partout Administrateur général. Aussi, êtes-vous demeuré neutre dans le débat qui est clos désormais et qui ne se rouvrira pas, j'espère. Ouf! la Bibliothèque Ta échappé belle. Montez au Capitole, Monsieur l'Administrateur général, et dans les travaux qui vont avoir lieu pour augmenter le logement des livres, faites réserver une salle spéciale pour les almanachs; en récompense, je vous dédierai bientôt T^^manac/t de la Bibliothèque Nationale^ avec des prédictions plus sûres que celles de Mathieu Laensberg.

Agréez, etc.

(BIBLIOPBILB JACOB).

12 octobre 1849.

P. S. Je vois avec peine que Tadmlnistraiion de la Bibliothèque Nationale, qui veut bien m*adresser des renseignements, en m'accusant réception des livres que je lui envoie pour être réintégrés, ne 86 pique pas de reconnaissance à mon égard ; Je ne lui ai demandé pourtant qu'au seul eiemplaire du premier volume inachevé et inédit du Catalogue de votre Jurisprudence? Ce volume ne m'a pas été accordé, en vertu d'une délibération solennelle du Conservatoire. Je n'en continuerai pas moins à vous offrir, avec le plus pur désintéressement; une longue et brillante théorie de livres à estampilles : il y eu aurait un chaque jour à votre porte, si je n'avais pas autre chose à faire que de m'eiercer dans le genre épistoiaire et de prouver, à mes frais, que 50,000 volumes okt dispabu,

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