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A DIFFÉBBNTES ÉPOQUES, DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE

La suite à l*ordinaire prochain.

POSTULES.

Notre appel aux bibliophiles et aux libraires a été entendu : chacun s*est cru intéressé à protester contre la jurisprudence de M. l'Administrateur général, qui soutient Timprescriptibilité du droit de la Bibliothèque Nationale ; chacun s'est empressé de nous fournir des armes pour continuer notre polémique, en nous envoyant des livres à estampilles qui ont appartenu à la Bibliothèque et qui en sont sortis par difTérenles portes. Outre ces livres, que nous ferons parvenir en temps et lieu à M. l'Admis ntitrateur général, nous avons reçu la lettre suivante, que nous nous sommes hâté de lui transmettre, après en avoir gardé eopie.

A M. PAUL LACROIX

le 12 octobre 1849.

Monsieur,

Au moment où il n^est question dans le public que des pertes énormes, des spoliations inconcevables, éprouvées par le département des livres imprimés, comme par celui des manuscrits, à la Bibliothèque Nationale, permettez-moi d'avoir recours à vos lumières et à votre obligeance pour vous prier de vouloir bien prendre un renseignement dont j'ai besoin.

Dans une Lettre adressée à M. Libri et publiée récemment, M. Naudet, Administrateur général de cette Bibliothèque , après avoir blâmé la facilité avec laquelle, à son avis, certains amateurs achètent des livres ou d'autres objets provenant de la Bibliothèque Nationale, s'exprime ainsi (p. 30- 31) :

« Mais des échanges et môme des ventes ont aliéné des « livres du domaine public.

« Ecoutez M. P. Lacroix qui vous apprend que ces livres u étaient marqués, d'une seconde estampille portant le mot dou- « BLE. De plus, les catalogues, les registres de ces ventes « anciennes subsistent ; les actes d'échange subsistent. " Qu'on veuille bien prendre chez nous des informations « avant d'acheter : la prétention à la bonne foi vaut la peine « qu'on s'en informe. »

Ces quelques mots de M. Naudet semblent destinés à imposer aux bibliophiles de nouvelles obligations.

J'ai le goût dés livres et j'en achète assez fréquemment. Il m'est arrivé plusieurs fois, comme il est arrivé à tous les amateurs, de voir mettre en vente des volumes portant l'estampille de la Bibliothèque Royale ou Nationale. Jusqu'à présent, je n'avais pas fait grande attention à cette circonstance; mais aujourd'hui, me trouvant dans un cas semblable, je crois devoir m'efforcer de donner satisfaction à M. l'Administrateur général, ne fût-ce qu'à titre d'essai. Cependant comme M. Naudet n'épargne pas trop les amateurs dans sa brochure, et, comme il a prouvé , à propos de la fameuse signature de Molière, qu'il ne reculait pas devant l'idée de faire rentrer, dans la Bibliothèque Nationale, des objets que cette Bibliothèque avait publiquement vendus, il trouvera tout simple, j'espère, qu'en le consultant, un amateurprenne ses précautions. — Voici le fait :

On m'offre dans ce moment-ci un magnifique exemplaire d'une édition gothique, en trois volumes in-folio, du Lancelot du Lac. Cet exemplaire est d'ancienne reliure aux armes, et avait fait partie d'une célèbre collection, avant d'entrer à l'ancienne Bibliothèque Royale dont il porte l'estampille. Je voudrais savoir si ce rare et bel ouvrage esl sorti légitimement de la Bibliothèque Nationale. Le livre est imprimé à Paris; permettez cependant que, par précauf ton, je ne vous dise pas, aujourd'hui, la date de l'édition qui bst décrite dans le Manuel du libraire. Comme il n'y a qu'un très - petit nombre d'éditions gothiques du Lancelot^ et qu'il n'est aucunement probable qu'on ait aliéné, à l'ancienne Bibliothèque Royale, plusieurs de ces éditions portant toutes la môme reliure, aux mêmes armes, et provenantde la môme collection, il doit être très-aisé à M. le Directeur général de nous dire quelle est l'édition gothique du Lancelot du Lac, qui, après avoir appartenu à une collection célèbre, a pu être régulièrement vendue par la Bibliothèque Nationale. Si M. Naudet, à l'aide des registres qu'il possède, découvre que l'édition qu'on m'offre en vente, et que je lui laisse le soin de deviner, est sortie irrégulièrement de la Bibliothèque, je m'engage à acheter cet ouvrage, et à en faire présent, par votre entremise, à la Bibliothèque Nationale. Si, d'autre part, M. Naudet peut prouver que ce livre a été vendu ou échangé régulièrement, je vous engage, monsieur, à faire savoir au

pubis qa'eki eelte fattit^ da moias» les regiaCres 4e1i WHIH6' ibèqoe Nationale sofit ieaus régaliéremeat. Vous poavea praîdire pour moi l'engagement formd de cette reslittitioii éYlentueUe. Seulement, ycos ne trouvères pas maavaia, f es* père, qoe, pour le momeat, du moins, je ne livre pas moq nom à M» Naadet. Je veux bi» &ire un essat; je yeoic même offrir une sorte de prime d'encouragement à l'exaeti*^ tilde de rAdminiaiîration de la Bibliothèque Natioiiite $ mail je ne veux pas m'expoaer à des tracasseries» et, au beaoito, à des poursuites judiciaires. Si M. Naudet reoouvre, par le moyen que je viens d'indiquer, ce Lancelotj qui est un livre d'oa tri^^grand prix, je puis lui amoncer que d'aufares li* Très, non moins importants, seront probablement réintégmés de la même manière, à la Bibliothèque Nationale; il y a là, ce me semble, de quoi stimuler son zèle d'Administrateur.

Tous savez, monsieur, qu'à moins de vouloir interdire ab-* solument le commmerce des vieux livres, on ne saurait laisser longtemps en suspens des propositions de ce genre. Pour les beaux livres, surtout, il faut se décider à l'instant, sous peine de se les voir enlever par d'autres bibliophiles. M. Naudet sait cela tout aussi bien que personne. Evidemment, il se trouve en mesure de répondre, sans retard^ aux questions des libraires et des amateurs qu'il invile péremptoirement à aller prendre des informations à la Bibliothèque, avant d^ acheter. C'est avec beaucoup de peine que j^ai obtenu ni sursi*, de la personne qui m'H proposé de me vendre ce Laneelùi. En donnant à M. Naudet trois jours eiOiers pour Bépondire à la qoestttm que je vous prie de luiadresaer de ma part, je meits à une tite^graode épreuve la patîenqe du ven'* deur. Je pense que vous pourras avoir la befité de trans-^ Illettré, demaioi 13 octota^, Bdadeoiandeà M» Naudet. S'il b'« ipsifi r^)Ofidu le 16 octobre, à midi, à la question que je vous prie de lui adresser pour mot, je me oroiraî autorisée penser que, malgré la déclaration de M. Naudet, on oe sait pas, à la Bibliothèque Nationale, ce qui est sorti réguUère* ment de cet établissement.

Si, comme il l'annonce, M. Naudet a réellement Tinten* tion d'établir à la Bibliothèque Nationale un bureau consultatif de ce genre, il fera bien de tenir ses registres en ordre, car non-seulement les libraires et les amateurs, qui pren-

draient sa pnqpontioo au sérieux, ne lai acoord^nâenl pas trois joars comme je le fais, mais le |das souvent ils ne loi accorderaient pas môme trois quarts d'heure pour répondre. La besogne de ce bureau pourrait devenir fort rude, si les possesseurs actuels s'avisaient tout à coup de vouloir prendre des renseignements sur ces vingt miUe tfolumeêj qui, d'après Tassertion motivée d'un savant conservateur de la Bibliothèque Nationale (M. Paulin Paris), ont été volée depmi un iiickj à cette Bibliothèque, et qui se trouvent répandus dans la circulation commerciale ou dans les cabinets des amateurs.

- Agréez, monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

La réponse à cette lettre ne s'est pas fait attendre : on aurait pu prendre le temps de la faire plos explicite. La ?oici :

BIBLIOTHÈQUE NATIONALB.

Paris, le 15 octobre 1849.

Le Secrétaire de V Administration à M. Paul Lacroix.

Monsieur,

Je suis chargé par M. r Administrateur général de vous faire savoir que votre lettre datée du 13, et qui n'a été dé^ posée chez le concierge que le dimanche 14, avec la note anonyme qui y était jointe, a été remise à MM. les conservateurs du département des imprimés.

. Ils ont constaté qu'uii exemplaire du Lanceloi du Lae^ appartenant alors à la Bibliothèque Nationale, a été l'objet d'un^échange en Tan 1815.

Si Votre anonyme veut s'assurer de l'identité de son exemïrtaire, il n'a qu'à le présenter à MM. les conservateurs, qui sont prêts à lui donner tous les renseignements qu'il pourra désirer.

J'ai, Monsieur, Thonneur de vous saluer.

am. bouvier.

Cette lettre, signée Am. Bouvier» nous a appris que l'administration ou plutôt M. l'Administrateur général avait un secrétaire. G*est sans doute pour répondre à nos Cent et une Lettres.

Nous avons donc remis la lettre de ce secrétaire à notre anonyme, qui ne pouvait la laisser sans réplique. Voici celle qu'il nous a prié de publier, pour obliger M. rAdminislrateur^ général à la lire et peut-être à y répondre.

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