A M. P. LACROIX
le 16 octobre 1849.
■ Monsieur,
Je reçois la r^inmse de M. Bouvier, secrétaire de l'Administration de la Bibliothèque Nationale, à la note que vous lai avez transmise de ma part. Cette réponse ne répond absolument à rien, comme il est facile de s'en convaincre.
Vousavez demandé, de ma part, à M. Naudet, de vous dire quelle était l'édUiony exécutée à Paris^ et gothique^du Laneelot duLaCy qui aurait pu sortir régulièrement de la Bibliothèque Royale, prenant l'engagement iérieux (vous l'avez pris pour moi) d'acheter et de restituer gratuitement à cette Bi^ bliotbèque l'exemplaire dont on m'a proposé l'acquisition, pourvu qu'en disant quelle ou quelles éditions auraient pu quitter régulièrement la Bibliothèque Royale, M. Naudet prouvât que l'exemplaire en question était sorti déloyalement de cet établissement.
Que répond-on à cela ?
Que les conservateurs ont constaté qu'un exemplaire du Laneelot du LaCj appartenant alors à la Bibliothèque Natio* nale, avait été r objet d'un échange en 1815 !
On demande à M. Naudet de dire quelle édition de Lance-^ lot du Lac est sortie, d'après les registres, de la Bibliothèque Nationale, et il répond qu'un exemplaire du Laneelot du Lae (comme s'il n'y avait qu'une seule édition de ce livre célè* bre) a été V objet d'un échange en 1815.
Je dois penser que si M. Naudet n'a pas fait une réponse plus satisfaisante, c'est qu'il ne le pouvait pas, et que les fameuxregistres ne donnent pas, sur les éditionsdeslivres échan-
géê, to0 renseignmieiils néoessaîres pour étabHr Tidentilé des volume». Quoi qu'il eu soit, yoîei la description du livre dont OQ m'a proposé de faire Taequisition :
L'édition du Lancelot du Lac, dont il s'agit, est celle de Paris, 1533; troisvolumesia-rolio gothique, à deux colonnes. 6e superbe exemplaire est aux armes de M*»'' de Pompadour,
C'est un de ces exemplaires signalés par M. Brunet, avec son exactitude habituelle {Manuel du libraircj t. III, p. 36), et qui portent, à la fin du troisième volume, le nom de Philippe le Noir.
Sur le titre du premier volume se trouve l'estampille si connue Biblioêhecœ Regiœ en rouge, accompagnée d'une autre estampille également en rouge, mais qui parait plus moderne, et portant ces mots double vendu^ avec des fleure de Uh ce qui annonce que probablement ce cachet n'a pas dû ^(re apposé pendant les Ceni--jour$. Gomme, dans sa lettre, S|« Bouvier ne dit pas à quelle époque de Tannée Véekange dont îl parie a en lieu, on ne peut tirer aucune induction de ta réponse de M. FAdministrateur général. ~ Continuons la dêseription^
Les deux antres volumes (te second et le troisième) ne portent ni le cachet de la Bibliothèque Royrie^^ni aucun au^ tm cachet annonçant une vente ou un échange. Gomment expliquer Vabsenœ de ces cachets indispensables ? Gomment un Uvre de. cette importance neportait-tt que sur le premier volume l'estampitle de la Bibliothèque royale? Commeftti si IfQxemplaire a été vendu, n'a-t-on pas frappé, sur te titre de chaque volume, ce cachet, double vendu^ qui se voit sor le titre du premier volume! Si cet ouvrage est sorti réguliërementdela Bibliothèque Royale, il peut donc se trouver, honnéteimnt^ dans le commerce, des volumes dépourvus de toute estampille, et qui pourtant proviendraient de cette BibUotbàque. Comment alors en reconnaître l'origine?
Mais void bien une autre chose.. Il existe, dans le eom* meree, des livres provenant de la Bibliothèque Royale, et qui, outre l'estampille de cette Bibliothèque, portent, les uns, un cachet, avec cette légende, double é échanger j les HUtres, dmble vend». Or, d'après la lettre officielle de M. Bouvim*, Yexemplaire du Lancelot du LaCy qui apparte* QOit à la Bibliothèque Royale, a été l'objet d'nn échemgûy et
Piôxemplaîre .provenant da cabinet de M»* de Pompadoar porte double vendu. Fendre et échanger sont deux choses très-différentes> et M. Naudet a bien soin de le faire remarquer dans âa Lettre à M. Lihri (pag. 25) ; car il admet Yéchange fait avec M. de Monmerqué, et il repousse avec indignation la veMe certiGée par AT. Fossé d'Arcosse. S'il y a identité entre les deux exemplaires vendu et échangé^ que penser d'une administration qui, après avoir vendu , auraiJC^ wir ses registres, échanfféy afln de pouvoir, en temps el Ueu^, dédarer» par l'organe de M. Naudet (comme il Ta fait dans tefiuœux procès felatiràlas^fiatiiire deAfolièreK qu'eHe nefuMpM et qu'elle est en droit de réclamer tout go qtt*on aurait e» kr boniionrie d'acheter d'elle î S^l n'y a pas cTi-^ deotlté, conAment se tronve-t-il, dans le commerce, de» livres estampillés doxtbte rendu, que la Bibliothèque Nationde act^ rait ou vendus, ou échangés ?
Dans toute cette affaire, on ne voit que confusion, irrégularité et inexactitude. Une chose qu'il faudrait pourtant vérifier,, c'est si la Bibliothèque Royale, qui vendait ou ^c&on^ Çjeaity en 1815, un magnifique exemplaire (aux armes de M"'' de Pompadour) du Lanceloi du Lae^ a eu soin de garder mkdoMet, et si, mâme dras oe cas» elle n'a pas vendu oa éohaagé le plus beau des deux exemplaires: qu'ell» pw-. •édait!
M. Naudet n'ayant nullement fépendu aux questions que vous avez bien voulu lui adresser de ma part, monsieur, je ne m'occuperai plus de ce livre, que je me garderai bien d'aller présenter à la Bibfiothèque Nationale, où il est trèsprobable que M. r Administrateur général voudrait le retenir, grâce à Vinibroglîo que je viens de signaler. Je le laisse donc entre les mains de son possesseur actuel. M. Naudet regrettera probablement de n'avoir pas pu répondre à mes 4|iie8tiQn3, lorsqu'il saura qu'on a demandé ôQO fr^ de ce livre, tenaqui'il lui était si facile dd te foire rentrer dane la BiUio^ thèque sans bourse délier, il aurait eu alors le plaisir de con« nattre une personne dont la proposition, couverte par votre l)om,ne se présentait nullement sous le voile de Tanonyme.
Agréez, Monsieur» Tassurance de mes sentiments les plîis distingués. XXX.
Sans entrer dans toutes les qaesUons qoe soulève celle lettre, au point de ?ae administratif et bibliotechnique, j'ai voulu voir par mes yeux Texemplaire du Lancelot du Lac que la Bibliothèque Nationale a conservé, de préférence à Texemplaire de M"* de Pompadour, échangé on vendu comme double en 1815.
Le savant M. Magnin, qui fait si volontiers, avec tant de bonne grâce et avec tant de savoir bibliographique, les honneurs de la Réserve, confiée spécialement à sa garde, H. Magnin m'a appris que Texemplaire, échangé en 1815, était aux armes de Coudé, selon une note originale de Van Praet. On ne supposera pas que Van Praet ait pu se méprendre sur la généalogie d'un livre ni sur les armoiries de sa reliure : les armes de M»* de Pompadour sont trop connues des bibliophiles, pour qu^on les confonde jamais avec celles de la maison de Gondé. Je pense donc que Texem* plaire échangé en 1815 était, en elfot, celui qui se trouvait dans la bibliothèque de Gonti, réunie en 1792 à la Bibliothèque Nationale. Il serait possible alors que Texemplalre de M"« de Pompadour ait été vendu, et non échangé, à une autre époque.
Quoiqu'il en soit, nous regretterons son ancienne reliure en maroquin rouge ; car la BibiiothèqueNationalea gardé deux exemplairesde la même édition, tous deux avec le nom de Jehan Petit au lieu du nom de Philippe le Noir, tous deux Ir^s-beaux et très-purs, mais revétusde cette afflreuse reliure de Bozérian, en faux maroquin rouge à large dente lie, que les amateurs du Directoire avaient le mauvais goût d'estimer cent fois plus que les chefsd'œuvre de Deseuil, de Derome et de Padeloup. Ges deux exemplaires ne sont donc pas identiques à celui de M»* de Pompadour, puisque le nom de PhiUppe le Noir ne se trouve pas, comme dans ce dernier, à la fin dH troisième volume, avant la marque du véritable éditeur Jehan Petit, qui avait cédé sans doute une partie de l'édition à son confrère. Cette par ticalarité delà souscription du troisième volume existe seulement dans un exem^ plaire, fort délabré et même incomplet, qui porte le numéro 114, Yt, du Catalogue imprimé, et qui n'est pas conforme à la description de ce Catalogue. Jugez-en : « Lancelot dw Lac, Paris, Ph. le Noir, lett, goth., in-fol., trois tomes en un vol. » Il me semble que le rédacteur a voulu désigner ainsi l'édition sans date, qui a précédé celle de 1533, et que M. Brunet a décrite si scrupuleusement dans son admirable Manuel du libraire. Au reste, la présence de deux noms d'éditeur sur un exemplaire d'une édition unique a souvent induit en erreur les bibliographes* elle libraire, chargé de la vente des livres de M>*« de Pompadour, n'a cité que le nom de Jehan Petit dans son catalogue, en annonçant l'exemplaire qui fut vendu 50 francs alors, et qui vaut maintenant dix fois davantoge.
Je crois pouvoir constater ici ce que M. Magnin a bien voulu constater loi-^même : c'est que les deux superbes exemplaires du Lancelot du Lac, qu'il a tirés de la Réserve pour me les montrer, ne portent aucune espèce
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d'esUmpille, de lettre et de Duméro* Ce fait proaYe sofBiimitieiit noi assertions an sujet de tant de livres sortis nagaére de la Bibliothèque, sans «iTOir été estampillés ni numérotés. Qu'il soit bien établi» une fols pour toutes, qu'en 1815 cette formalité conservatrice n'avait pas encore été appliquée au tiers des volumes accumulés dans cet immense dépôt.
. Je dois aussi ajouter, pour rendre hommage à la vérité, que le système déplorable des ventes de doubles et des échanges a été presque aban* donné en principe par le Conservatoire actuel. Ce qui était laissé entiè* remeni à la disposition arbitraire du conservateur, serait aujourd'hui l'objet d*one sorte de négociation ministérielle. M. l'Administrateur général a eu tort de déclarer hautement que la Bibliothèque Nationale n'avait Jamais vendu ni échangé des livres, manuscrits et autographes précieux; il devait se contenter de dire qu'elle n^en vendrait ni n'en échangerait plus à l'avenir. Je né renouvellerai pas le débat relatif aux auto« graphes que l'on vendait de la main i la main, au nom de la Bibliothèque du Roi, lors du dépouillement des parchemins de l'ancienne Chambre des comptes ; mais Je me souviens avoir été témoin de ces ventes amiables, faites sous les yeux des conservateurs, par les employés. H. Naudet ne s'en souvient pas, par la raison tonte simple qu'il n'était point encore à la Bibliothèque. Et voilà pourtant comme on intente et comme on gagne un procès en autographe de Molière !
Ma recherche du Lancdot du Lac a été pour moi l'occasion d'apprendre une bonne nouvelle : la Bibliothèque Nationale a retrouvé, dans sa Réserve, ses Ordonnances généraies d'amour envoyées au seigneur baron de MyrUU" gueSf et avec elles, Mitistoire baragouine de Franfréluche et Gaudichon^ ainsi que la Navigation du Compagnon à la bouteiUe. J'ai vu avec joie. J'ai touché avec respect le préciosissime volume que j'avais tant de fois appelé en vain, et que je tremblais d'avoir reconnu dans les ventes à l'encan, métamorphosé en trois bijoux de bibliothèque : il n'en est rien ; ce volume, modeste dépositaire d'une trinité facétieuse bien digne de former un tout indivisible, est encore couvert de son vélin primitif, tel qu'il était dans la collection célèbre d'Imbert de Cangé, achetée par le roi en 1734. Les rois avaient cela de bon, qu'ils achetaient des livres et qu'ils se vantaient de left aimer. J'ai revu, en même temps, la seconde et non la première édition du Cymbalum mundi^ avec la supplique autographe du libraire au chancelier. Charles Nodier se rappelait avoir vu aussi ce volume inestimable, niais il voulait que ce fût la première et non seconde édition : de plus, il reprochait à la Bibliothèque de l'avoir égaré. La Bibliothèque a répondu conmie elle devrait toujours répondre, en retrouvant le volume. C'est là une véritable découverte, dont elle est rede^ vable à un de ses conservateurs, M. Charles Lenormand.
Enfin, en nous empressant de publier à son de trompe le triomphe
4e H. TAénitfitlr^tefMriéDéMl wr U U\i 4e» Or^ofUMUicef diMêralu d'a^ wmr d'£liefiiie Peiquier (noes elliens dire M. le iMMroB Panioier)^ oouf ne pouveM novs «mj^êelier de sJgMier un aouveev oh «ncîeii ftlDUire 4mis le eiftssedes Facéties de ta filUieihëQwe d« Bel s le première édition da otntiiiéme likun de PatUagntd, pertaiU ladete de i&64, a dicpera! Pleure^ Jérusalem, pleure, cité perfide! Cette première édition in-16, qui renfermatt peut-être le texte authentique de maître François, ceite pren»lère édition qui pouvait servira de ai curieux travaux d'éditeur, hélas! elle a fut comme une ombre. Elle était pourtant reliée avec on autre exemplaire de la Navigation du Compagrum à la houteiUe^ sous le n^ 9^0, ï«. £h bien J la Navigation est encore li, avec son n» 820, Ytt maU le ciÊègmème Uvre et dernier Uvre des faicts et dicts hércm^iues du bon Paniagrud, n'y est plus. Il y a de la magie, et l'en peut s'écrier k la Bibliothèque Nationale : «Toujours de plus fort en plus fort, comme chez Nicolet.» Obi qui me rendra la première édition du cmquième livre du Pantagruel, fallût-^il nommer dix experle taxés à 10 Cr. par Jour et envoyer sur les |M)ntotts tout le public de la Bibliothèque, tous les conservateurs, M. l'Administrateur général en personne, et moi-même avec lui !
Monteur rAdministrateur général,
Voici un de ces livres qui servent à former Tesprit et le cceur de vos chers habitués de la Salle de lecture : il revient fort à propos pour satisfaire à Tempressement du public que j'attaqiie et que vous défendez pro arts et focii.
Les Crimes des Reines de France, depuis le commeneemenl de la i narcbîe Jusqu'à Marie-Antoinelte, publiés par L. Prudhomme (et rédigit parH*^ de Kerallo). Paris, au bureau des Révolutions de Paris, 1791 , in-8, tg., relié en basane marbrée; timbre de la Bibliolhèque Nationale, doablo de h. 1900.
C'est là un volume essentiellement révolutionnaire : texte, impression, gravures, reliure, tout sent son 91, et Ton comprend que les êtres qui écrivaient, fabriquaient, achetaient ou lisaient de pareils ouvrages ne furent ni surpris, ni indignés, quand on osa proposer en pleine Ck>nvention de décréter l'enlèvement de tous les insignes royaux, extérieurs et intérieurs, qui compromettaient les livres de la Bibliothèque Nationale. Savez-vous, Monsieur, que cette incroyable mesure eût été votée sans résistance, sans examen, et aussitôt exécutée, sans plus de façon que la violation des sépultures royales à Saint-Denis, si trois bibliophiles n'eussent seuls protesté contre cet acte de barbarie stupide? Avouez pour^ tant qu'il y a du bon chez les bibliophiles? A. A. Renouard, Chardin et A. Cbarlemagne, deux libraires et un poète, signèrent la protestation qui sauva tant de beaux livres aux armes du roi, que vous avez ThonneUr d'avoir aujourd'hui sous votre sainte et digne garde.
Eh bien ! Monsieur l'Administrateur général, il faut être généreux à votre tour ^ il ne faut pas traiter comme ils le mérilent les écrits de Prudhomme et de ses scribes sans-culottes, entre lesquels j*ai le regret de comprendre M"* Kéralio, de de l'Académie d'Arras, avant 89, et liquoriste à Bruxelles,
depuis 1815. Ne condamnez fas au Teu ces exécrables pamphlets, généralisés sous le fiotn de Crimes^ mais assimilez-les aux romans qu'on ne prête pas dans votre Salle de lecture : ils sont plus dangereux que les plus mauvais romans du monde, ils sont aussi plus faux et plus méprisables. J'ai, de plus, Thonnéte espoir qu'ils deviendront rares un jour^ à force d'être méprisés et oubliés; car, il faut bien l'avouer, un livre n'est rare qu'après une longue période d'abandon et de dédain. Voyez les romans de chevalerie , voyez les inyMèn^s : m §eii:ième siècle, ils étaient dans toutes tes mains; le dit-septiéme siècle les avait mis au rebut, et c'est i peine si le dix-huitième siècle a pu en sauver qualques*iiD8 du naufrage.
Je suis persuadé que les écrits révolutionnaires, déjà peu i^pflMnuné aujourd'hui pour atoii" été négligés pefnÂint ifVlirante ans^ ne tarderont, pas h être tout à fait nres. Je voua invite donc à faire classer et cataloguer le plus tdt posiyiUe tout ce que vous avez de joumiiul, de livres M d^opuseulea aur la révolution de 89 , prodigieux chaos sur lequel votre bon collègue M» Ravenei a promis de dire son fiût tux. I) esjt temps ou Jamais de comptéler cette série historique, tandis que vous le pouvez encore à peu de frais , en ramassant If^s miettes 4|ni tombant de l'admirable collection du comte 4^ Ji|diédoYère« Il est temps surtout de faire relier des recurib dont les léuîlles volantes ont été emportées plus loin que les oni^ de la sibyite* Vous possédez , mVt-on dit , un Pife JDpisAaffM avec toutes ses crmof de Malihe et tous ses four^ maum$ vous possédez un Apri du Peuple^ non rogné, et tout Marat mûompiii enfiUii ; vous possédez niême le BMHin du TrUmoA révoluiiùnnairê ^ même le Jmmal de là MÊMtûgne, même le Journal des Jacobine / mais, je vous le répète à voix busse, avant de donner à relier) faites eoltationnef ceci et Citei pour être sûr que rien n'y manque^ . Au reste, iontea les lacunes qui se fôiit femarquer k la B^bUotM^ue, parmi les livrée pnUiés entre 17S» et 1809, wdoiv«t pas être imputées à des tKMMrectiMs ou à des
dmné pMditif |MuiHédM fliltiéëi $ Mft lifrê» fl'uyafit fit69 M< soin de privilège, on ne remettait plus cinq eMthpÛrit^ de chacun , 6â¥oir i dey< dans la Bibliothèque du Roi, un dans celle du LOtlVrê , tifl dans celle du chancelier , et un dans celle du garde des sceaux : la Bibliothèque n'avait pas même un pauvre exemplaire A réclamer pour continuer la tradition. Quand la Convention eut rétabli un nouveau dépôt légal, afin de protéger les auteuri^ 0t les îibraires contre la contrefaçon , ceux-ci ne se conformèrent pas souvent aux prescriptions conservatHces de la loi, dii moins jusqu'en 1805. On peut d9ncy Monsieur TAdministrateui* générali estimer à 10 ou lîfOOO les volumes ou les brochures qui n'ont pas été dé* posés, ou qui ont été mal déposés, à la Bibliothèque, pendant, cet intervalle de seize ans. Votre collection révolutionnaire n'est pas le produit du dépôt légal qui n'existait pas ou qui ne fonctionnait plus ; ce sont des confiscations; ee sont dea legs, ce sont des hasards, en un mot, auxquels vous devez cette collection que je voudrais voir rangée et cataloguée, pô\ït apprécier ce qu*elle vaut. Ah ! Monsieur, vous aviez pourtant naguère quelque idée de la bibliographie de notre Hévolution française^ puisque vous ne pensiez pas qu'un eonservateur spécial (M. Havcnel) fût de trop pour s*en occuper exclusivement? Cela est bel et bofi, sans doute, mais un catalogue serait meilleur. Demandez plutôt à Lazarille.
BepCëftc^ tOUjOtjrâ vo^J Crimes de$ Reines de t*rance, et tetfèsî^yotié pouf a^Jiufé que te n'est fras le seul exemplaire dècetHâlftHvrequla franchi le seuil de la Bibliothèque. Quaiit aux Cflmës des ffois dt Ftaneé^ no\xi sommes bien heureux s*ll vous en reste Fombre ou plutôt le cadavre d'urt exempiairei Que *i l'oti vous demande les Crimes des Papes, ou les Crimêi déi Emperetifê d'Allemagne^ ou les Crimes dès Purtemenis, ou itiAmê \^é Critnes des Empereurs turcs, répoii'» de2 aoi emprunteurs que la Bibliothèque Nationale n^est point le eablnet de lecture du eîtoyeti latlcomterie ou du mrttlfePitidhoilMAej6tg«fde2^V(Hi« de MmfMdré m àtr^
nfer avec le fiimein nwttre d'éeritDre, élère'de Bratd et SaiRt-'Oiner, expert aseenneoté près les Cours et tribanam* Agréez jetc;^
Paul LACROIX
(lOLIOrBIUI JAGOB)h
!•' novembre 1849.
Monsieur TAdministrateur général.
En vérité, si le pauvre M. de Soleinne était encore là pour diriger et compléter son admirable bibliothèque dramatique, aujourd'hui dispersée et anéantie, je ne résisterais pas au plaisir de lui donner, malgré Timprescriptibilité du droit de la Bibliothèque Nationale, le joli volume que je vous offre, en gémissant sur rinstabilité des choses humaines, et surtout des bibliothèques.
Dictionnaire portatif des Théâtres, contenant Torigine des différents théâtres de Paris, le nom de toutes les pièces qui y ont été représentées depuis leur établissement, le nom et les parUcularlkés intéressantes de la vie des auteurs . musiciens et acteurs (par Leris). Paris^ C^A. Jùmbêri, 1754, in-8, relié en maroquin rouge, aux LL couronnées et iux armes de roi ; Umbre de la Bibliothèque Royale, Y. 5496.
Vous pourriez répondre certainement que ce volume ne vous manque pas, parce qu'il a été remplacé, et qu'il existait en triple ou quadruple exemplaire à la Bibliothèque du Roi. Vous pourriez ajouter que cette première édition est moins complète et plus fautive que la seconde, publiée avec le nom de Tauteur en 1763, et dont vous avez évidemment plus d'un exemplaire ; car il s'en est trouvé, et de fort beaux, parmi les livres de la reine, de M"'*' Elisabeth, du comte de Provence, etc. La cour de Louis XYI aimait le tliéfttre, comme vous savez, et chacun se piquait d'avoir une coUec*» tion dramatique plus ou moins étendue. Yayez la comtesse
dft MoDlesâra, «lielMtlabiblioUièqiiede POntnie-Vesierdeft denîen da dac d'Oriéans? Mais, en 1847, il n'y avait plus ni dac d'Orléans, ni comtesse deMontesson, et la bibliolbôque defont-de-YesIe, que j'avais eu la bonne pensée de conti>* nuer jusqu'à nos jours, et que j'espérais voir adoptée par le Diéfttre^Français, a disparu dans la tourmente d'un encan. Ab ! Monsieur l'Administrateur général, tous qui avez si bien traduit les comédies de Plante , faites-vous maintenant fi du théâtre?
Sans doute la Bibliothèque Nationale est fwt riche en my$^ iéres (sans parler de ceux que vous connaissez seul), surtout depuis vos acquisitions à la vente de la collection unique, fermée par. M. de Soleinne, qui voulait vous la léguer tout entière; ce qu'il n'a pas fiiit, en voyant comment on conser^ vait Itô livres, et surtout comment on les prêtait chez vous. Enfin i la Bibliothèque , grâce aux sympathies du savant M. Magnin pour l'histoire du théâtre, possède presque tous les mivrages précieux de littérature théâtrale, depuis son orifpad jusqu'à la fin du smzième siède. Mais, à partir de cette q)oque, la collection inrésente tant de lacunes dans le classement des pièces par ordre alphabétique, que, pour sauver ce qui vous reste , vous en viendrez bientôt a foire relier le tout, soit dironologiquement, soit par genre, soit par série d'auteurs, soit par groupe de répertoire. Vous aurez bien dé la peine àfonner un ensemble qui vaille celui que le marquis de Paolmy et le duc de La Yallière ont laissé a la Bibliothèque de l'Arsenal, magnifique pandémonium de Fart dra- ^ matique , interrompu malheureusement par. la Révolution de 89. Je vous entends d'ici répéter, dans vos préoccupations classiques et hypercritiques : « Qu'importe le théâtre français, quand nous avons le théâtre latin ? » Certes, je ne dédaigne pas le théâtre latin , qui vous a fait ce que vous êtes, académicien , commandeur de la Légion-d'Honneur, directeur de la Bibliothèque , etc. Mais, tout en appréciant à leur juste valeur le Miles fflorioim, le Psewlolusy le Truculenêm et d'autres peiapimages que vous savez mieux q.ae
d^yrtez aiinar aufsi» ne fftlroe qo'è eauio des onippaote qa^tt « fMU è Plmito pendrat tool le eoundu dixfsaptîèoie ^èete. Sh bien I Mansiaur TAdmiBifibrAteor gtinével, paor l'tinow A» Plpmte, flooffiroi que j» ?qua embamiaie 1
han de lu VMte de la eottofitien dipamitique da M. de 801- Mimei vous wes fint eMbérir des pièees rariasimei» quo la lUbliQtbèqw do Roi n'emt jamais possédées « ou dont «os quasi - catalogues ne vous certifiaient pas Texistenee. Il y av«ît alors (en Ui3> à la Bibliothèque da Roi, tMMMù vohinas oatalogttéa» et eaviron 300,000 qui ne l*étâieiit pas» ces devoien eompoaaot rioiinense fonds tuni porW i^e voiieiyw dassea* et distribuer dans les série» par ordre de ipatières. M, Magnin » qui dirigeait les aequisitions de la Bibliothèque à la vente Soleione» fut assea beureux pour obtenir à bas prix une foule de Uvres que Ai. à& Soleinne s*était prpoiués au poid9 de l'ofi après vingt ou trente ans de pidiMle» re^ cherohes. C'est ainsi que la Bibliolbéque a pu faipe evira» dane ses armoires la Tragidie d§ Ptyem» par ki »eqf de Bei% tbrand d'Orléans i r^fAiopifue 1 tragi<*eomàdi0 d'CNitave Cm* sar Genetay ; Xydfîa, foble ebaitipeatredu aieur Ou Maa ; VE* phériennef tragi-comédie» traduite de Buehanao » par Pi^n^e de Brinon; to HochMoke^ tragédie de Pierre Mattiieu ; et tant de pièoea singulières qui, jo Tavoue» ne fileraient pas dus votre Gatalqgue imprimé des BdltttLettres. Nais^ on m^me tança» M. Magnin profita de roecasion de ccaasbler quA* ' qaee vides qui s'étaient foita d^pnis l'impresaion de ce Clatah» jogne en 1750 : il actieta la ^odomonlada et la Jifirl ds ilofwr^ tfagédies de Charles Bauteri dit Mdîglosse, et, deux mois après, j'eus le plaisir de vous restituer un exemptaiiie de ee recueil, au timbre de hr B3iiiothèq«e Royale, qoe )'avaie d6« réouvert entre les livres de f honotaUe Ms de Soletane^ M4 Magnin acheta aussi la tragi • comédie de Tyr al ^idsii, par le sieur de Sdielandre , volume fort rnre que la JÊHbH^ tbèque dn Roi av«t possédé sûds le n^ 6703, ¥ 9 )'igno» si qoelqiie belle ftaso vous • 1
de n'%9^ psft tout ; M. Nagoin av«ii A cttur dtampléter vo^édlUens originales des eoBiédias dé^Mdliére; naisH è'oMi pas, de peur des doubles emplois, se rendre adjudicataire dâi noueil entier 4e eea éditions, qai ont paaié, moyannakit 500 tt.j daoa TexceUante Mblioibèqiioda rillgitra M.I^Miaiiii m. Magni^ rasrattara tongtMBpa catte eaaaaiitt unique al âNr r^rabla. Voua n'ignorez pas, Moqaiaiir i'Adnii^ifltnitaw aillera) «qn^ la BibUotbèqna du Boi a eu (bian ayant iMt» admim^aikm I jeTavoua) qn examplaira aompi^t daa éiW tiopa originalea da Moliàra* Yoiai la n^ qu'AoloHMkFraA«* goia Joly a pubHâa dans son éditîoa 4a 1790» t< I« p< 7 4a rAv«rtiaaa«ent i « L'iklitenr, pour aa justifiostfon sur iadîC» Carence qu'on pourra trouyer, tant dans laa vers qna daw ta prose de Mollira, antre aetta édition at «eHaa qui ïmà px^ eédée, a reoûa à la KbiiPtbAqiia da Itoi «ipl aoluaHi in*l9ti contenant lea 92 cornédiea qui ont été tmprifliéaa du vin YMt de l'auteur, j» Ne v<Hlà-t-il pas un dép6( bien gardé?
Ce n'est pas tout encore s M. Magiiin se iNropoaait paitétre d'acheter un bel exemplaire des Œuvres satirique» de P. Gomettie Blaaseboia, pour remplacer celui que la Bibliothèque du Roi avait acheté à la vente des livres du duc de La Yallière, en 1783, et qu'un bon apôtre était allé, dans Tintérét du ciel, happer au fin fpnd de votre Enfer. Par malheur, les héritiers de M. de Soleinne, émus d'un scrupule de conscience fort respectable, OMia pea bibliophib», avaient fait brûler impitoyablement tous les erotiques qui s'étaient donné rendez-vous chez M. de Soleinne. P. Corneille BIe$sebois a été mis en cendres, ni plus ni moins que la Pucelle d'Orléans. C'est pourtant un recueil des plus curieux, dea plus rares et des plus malhonnêtes; on ne l'en estime que davantage sur le terrain des bibliomane^. L'exemplaire, qu0 Yan Praêt avait payé 38 fr. (n^ 4221 du Catalogue des livres dtt ducde La VaUtère), vaudrait à présent 4 à doo franas. #e vous apprendrai, une antre fois, ce que renfermait cet exeinplaire. Quanta P. Corneille Blessebois, auteur 4ç Filon rjdui( à meUre dnq anUre un^ gardez-vous 4e le confondre avec
^ so —
Pierre Corneille, Fauteordu Cid et d'ihrace, commo on Fa fait dans certains catalogues imprimés : ce n'est pas votre fait.
£nUn , à propos de tliéàtre , je regrette que M. Magnin n*aît pas acheté le plus rare de tous les volumes du catalogue Soleinne , volume dont M. le baron Taylor a fait emplette pour 1) francs, et qui assurément ne se trouve pas à la Bibliothèque Nationale : le Tableau tragique au le funeite amour ieFlarvoale et JFOrcade, pastorale, par le sieur de Joyel (Paris^ /aoM Petiiy 1633, 9 part, en 1 vol in-8^). Cet auteur ne figure dans aucune bibliographie ni dans aucun catalogue, excepté dans celui de Favart, .qui possédait son TMdlre, imprimé en 1638. Vous l'avez sans doute aussi ; mais, pour vous en assurer, il faut d'abord que les 300,000 volumes du fameux «ion porté soient inscrits au catalogue. Rappelez-vous le sieur Joyel, de Douai, et donnez-nous de ses nouvelles dans quarante ou cinquante ans. Que Dieu vous les accorde! jémen.
Agréez, etc.
(wmuônmM #aoob}.
2 novembre 1849.
Monsieur l'Administrateur général.
Le volume que j'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui a été extrait, comme tant d'autres, du dépôt central des livres provenant des couvents supprimés et châteaux confisqués; comme tant d'autres, il fut choisi, par M. Yan Praêt, pour occuper un poste vacant dans la collection du roi, devenue nationale. Fœ victis lihris!
Abrégé dei Grands Fiefs de la couronne de France, avec la Chronologie dei princes et seigneurs qui les ont possédés (par Brunet). Paris^ Desaint et Sautant 9 17&9, in-8, relié en veau marbré, fit. ; timbre de la Bibliofbèqoe Impériale, L. 1264.
ae.f.
Je ne joreniîs pourtant pas que Texeniplaire en maroquin rouge 9 aux armes du roi , ne se trouvftt plus en place ; il y en avait d'autres, d'ailleurs, dans les collections de livres saisis aux Tuileries, après le 10 août 1792. Le roi, la reine, les princes ne devaient-ils point avoir sous la main l'histoire des grands fiefs de la couronne P La Bibliothèque Nationale a donc possédé un jour cinq ou six beaux exemplaires de cet ouvrage, convenez-^»; c'est une excellente raison pour qu'elle n'en possède plus un seul aujourd'hui. Sic transie ghria mundi. Les livres de la Bibliothèque s'en sont allés avec les grands fiefs de la couronne ! Paix aux morts dans le ciel, sur la terre, et a la Bibliothèque !
Hélas ! Monsieur l'Administrateur général, je ne vous fais pas responsable de l'histoire de la Bibliothèque ; je n'accuse pas même vos devanciers ; mais j'accuse le déplorable systèmedela lecture publique sans garantie, etdu prêt à domicile sans caution ; j'accuse l'esprit de désordre et d'insouciance, qui a si longtemps plané sur les Bibliothèques de Paris et des départements ; j'accuse les idées fausses, l'ignorance, la barbarie de tant de bibliothécaires , que vous vous garderez bien d'imiter. On n'aime guère les livres en France ; on n'aime pas surtout à les acheter. Le gouvernement est, à cet égard, aussi peu prodigue que les professeurs de rhétorique \ il n'aurait pas l'ombre d'une bibliothèque, s'il avait dû former à ses frais celles que la Révolution lui a données toutes faites et qu'il a laissées dépérir entre ses mains. Ne vous étonnea& donc pas si ces livres, qui ne coûtaient pas même un grand merci à l'Etat, se sont envolés et dispersés à tous les vents révolutionnaires ? Il yen avait tant alors, par le seul fait de la confiscation des couvents et des cbftteaux, que les bibliothécaires eux-mêmes n'étaient pas fâchés de voir s'éclairdr les rayons encombrés de leurs bibliothèques. On allégeait ainsi la tâche du catalogue à faire; car la République ( 1'* édition ) avait décrété que toute Biblioth^ue publique aurait son catalogue dans le plus bref délai. yoy.VImiructi^n sur la mmiéte â^immiorier et de eofaervery dans Umie Péiendue de te
«ctencM e$ à renuignemmif proposée par la Comwia^ioa teiQr» poraire des aria (président, Thomas Liodet)} de rimprinieria Natiooate, an second de la République, in*49. Les vaptes dépâtSy dan^ lesquels on avait entassé des inontagnes de voiimw^ qui s'élevaient ju9qu'4 Is voâte, semblaient plus diiBcilasà ^ derque les étables d'Augias. Oeu^ ou trois églises, i Paris» étaient littéralement pleines de livres, que Ton pouvait M>r qnérir à vil pris, au poids du papier, fussent-ils les plus pr^ cieux et les plus beauj^ du monde ; entrait 14 qui vouWt, et rien n'était trop lourd à emporter ; on ne se soudait pa^ des estampilles, en ce bon temps ; on ne daignait pas m^e les faire disparaître, car on savait bien que tous ces livies provenaient des bibliothèques siq^friméesy et que la nation n'avait pas fait Templelte d'un seul. C'est à cette époque^ Monsieur, que Aléon , uo de vos devanciers les plus biûi^* phiies, composa très-économiquement, pour non propre compte, une admirable bibliothèque, qui vaudrait mainten«n( plusde300,000francs;e'està celte époque» Monsieiir» que Yan Praët, voire plus glorieui: prédéceaseuv» Ot entrer pïus de 300,000 volumes choisis è la Bibliothèqu# Nation^, comme s'il eût prévu que vous viendries après lui tout ex^ près pour les claseer et pour les cataloguer. Que la fopds «eii forfé vous soit léger, Monsieur rAdministrataur général \
Eh bien! Van Praët, ce docte bibliographe, ce bibliotbéeaire passionné (et je n'ai pas ici Tintention de lui fiiire un crime d'avoir eu des négligences que vous ne vous p^rdonr» nerira pas), Yan Praët, lui-même, était si dédaigneux de oea livres communs qu'il remuait à la pelle et qui lui semblaient fondre sur la Bibliothèque comme les sauterelles d'Egypte; Yan Praët attachai t si peu de prix à ces fatras de papierimprimé et relié, qu'il n'eOt pas étendu la main pour repnandc« les volumes qu'il avait prêtés, quelquefois sans les inscrire) sou*!vent sans les faire timbrer et numéroter, mais plus habitudle^ flsent eii les notant à sa manière sttrlegirand4ivredeB twptWi' fasMs. ûsgnmdiUvre, Monaiettf yAdoiiiiistolttMirfanérrirWiia
— ss —
l'ifw Mcoi^flow ¥00 yeui, «t vous, qui avez tnKkitt et eom^ ni0Oté la tmMe^ acèoe ctribaginoiie do PmunUm de Plaute, vous aarîas fort ompftcliéi j'imagine, d'iaterpréter les abréviat tiopa, le» ratures, la^biéroglypbes el les pAtés d'encre d'nn paraît grimoire, y^rilable registre oiortuaire de 15 ou 90,QOO y^Uims» Quand on disait i Yaq Piaët, en forme d'excuse i « 4 propos, j'ai das livrai» de la Bibliotbàque, depuis deux ou trois sua? » Il r^poQdait distraitement» en faisant elaquer ses lèvres, à Te^ord^ et à la péroraison de son discours : <« C'est bon, c'est boPi des bonquins, des bouquins! nous n'en manquiwa pas ! >» Car lui, qui était de si bcMine composition à régar4 deaIXHiquins, il n'entendait pas raillerie sur les livres rares i il eût donné ion sang pour défendre la Réserve, créée, gardée» et quotidiennement accrue par lui seul ; H devenait terribla et indoinptable, dés qu'on mettait sur |e tapis un de ses livres rares, an Antoine Yerard, un Colard Mansion, un Mathieu Hnsz^ ata» ; il ne communiquait les éditions gothiques fran* çaises qu'à un petit nombre de fidèles, et encore il les suivait des yeux, il les entourait de sa vigilance et de sa sollicitude , comme une lionne qui regarde jouer ses petits , ou plutôt comme une poule qui a couvé des œufs de canard, et qui voit les petites canes .barboter dans une mare. Il ne confiait & personne les clefs de sa Réserve, et l'on n'avait qu'à lui en demander un volume, pour lui faire oublier aussitôt tOQsles livres prdmairss qu'il prétait machinalement au premier venu, qu'il n'inaerivait paa, et qu'il laissait partir pouy tûojDurs avec une profonde indiCTérenoe...
Ce sont sans doute quelques-uns de ces livrea^là que je vous prie de faire réintégrer à leur ancienne place. Combien d'autres manqueront éternellement à l'appel! Lorsqu'on )839 on fit rentrer, de gré on de force, à la Bibliothèque du Roi, tous les vokmies prêtés, Van Praët avait eu sa révolution de juillet : son autocratie venait de faire place à une sorte d'oligarchie républicaine, où il ne conservait plus que son titre daaiBnaarvataiir et les oieb de sa Réserve (on ne les lui eût amahéaa q«*«f ee la vie)« Ce Ait alors, Mansiavr rAdramis*
trateur général , qu'on essaya de reeontrer les volumes qui étaient dehors depuis trente ans ; ce fut alors qu'on éta«- Mit mathématiquement le chiffre des absents: 11,580 vo^ lûmes qui iaissaientincomplets 4,248 ouvrages, devant former 23,316 tomes. Ces ll,ô80 volumes appartenaient tous aci portée c'est-à-dire aux 280,000 volumes catalogués de la Bibliothèque; mais ce qui manquait dans le non portéy c^est* à-dire dans le chaos de plus de 300,000 volumes non catalogués, nul ne l'a su, nul n'a pu le savoir, nul ne le saura jamais. Jugez-en, si vous voulez, par un fait analogue qui n'a pas été contredit : « La Bibliothèque de Rouen possédait, en 93, deux cent cinquante mille volumes; elle n'en avait plus que vingt-six mille en 1826. » Je vous entends d'ici vous écrier, de l'air d'un Titan révolté : « Me prend-on pour un Administrateur général de la Bibliothèque de Rouen! » Agréez, etc.,
Paul LACROIX
(BIBUOPBILB JàGOB).
3 novembre 1849.
Monsieur TAdministrateur général,
A bon entendeur salut. Voici un volume qu'on ne vous demande pas sans doute tous les jours, puisque les sourdsmuets ne font pas encore la majorité des Français» ni celle des lecteurs de la Bibliothèque.
Cours d'instruction d*un Sourd-muet de naissance, pour servir à Téducatfon des sourds-muets, et qui peut être utile à ceux qui entendent et qui parlent, par Roch-Ambroise Sicard. Paris, Ledère, an VIII, in-8, fig. et tabl., relié en veau racine, fil.; timbre de la BU»iiotlièque NatiO" nale,X.l6.
Ge.
Vous serez étonné, comme moi, de voir reparaître, après vîngt^^inq ms d'absence, ce volume intact avee toutes ses
ptaneliefi. Vom sm^z mieax que personne ipeUe guerre implacable on a fiute et l'on fait tous les jours aux gravures des livres de la Bit>liothèque ? Vous avez remarqué, sans doute, que toutes les planches du volume de YHisUHre tmi- MUtfUadM Théâir^ê^ que je vous ai remis, avaient été soipewement enlevées? Vous remarquerez donc que celles de rouvinge, que je vous remets ai^ourd'hui, ont été respectées ou du moins oubliées.
Quand on a relevé le compte des volumes absents et des livres inconq>lets, en 1833 , après avoir fait réintégrer tous ceux dont on n'avait pas perdu la trace, on n'a pas pensé à dresser l'inventaire des livres mutilés et privés de leurs cartes ou de leurs planches. Le travail a paru peut-être trop long et trop minutieux, pour qu'on ait osé l'entreprendre. Dieu sait, en effet, ce qui manque de pages et de figures dans les livres de la Bibliothèque ! Passe encore, quand les pieoreun de Vmdrmt se sont contentés d'arracher les feuillets de garde^ sur lesquels Passerat, Pilhou, Huet, Sorbière, d'Hozier, Sepher, Lamonnoye, Jamet, Fevret de Fonletle, Beaucousin, Mercier de Saint-Léger, et tant d'autres savants ont déposé leurs observations critiques, littéraires et bibliographiques. Vous n'ignorez pas, sans doute, que la Bibliothèque Nationale possède dix ou douze mille volumes annotés, provenant de ces savants illustres^ et renfermant des notes, des feuillets entiers autographes. M'est-ce pas là une mine toujours verte pour qui la ccmoatt et veut y mettre la main ? Ne sont* ee pas là les vols les plus ordinaires, les plus faciles et les plus inévitables? Combien d'exemplaires de don ou de dédicace, auxquels étaient annexées des lettres d'envoi, écrites et signées par l'auteur, par son éditeur ou par ses amis ? Combien de livres, dans lesquels ont été laissés par mégarde ou par un motif quelconque certaines lettres, certains feuillets manuscrits, qui peuvent tenter les petits voleurs d'autographes? J'ai vu, pour ma part, plus d'un volume où se trouvait, ea guisede signet, ici une lettredu généalogiste d'Hozier, là une lettre de l'historien Guicbenon , ailleurs une page entière de
ta mttn M HHimit ete. ; i« m Jormte fit qM Mut erfi <Y trouve enoorei Groyas^-moi) Monsieur rAdtntaiMntaiir gé« Aérai, en oe qui conoerne votre BiMiothè^ue, il ne fcot jufer de rieni
Mais ce «ont loê livres à .figures, qui ont ftmmi tfMtitre à de déplorables mutilations -5 H y « des gens qui étaient lee im^éê^ et qui ne se font pas serupule de les arraidier déne un volume; il y en a d'autres qui dérobent les titfes gravée des livras 9 les portraits, les cartes géographiques, iee gravures de toute espèce^ pour en fbritier des ectteetlons spé^ oiales $ il y en a d'autres enfiii qui, pour eosfipléter un Uvre incomplet qu^lls possèdent, ont bientôt décompiété Tesem^ plaire de la Bibliothèque. Je vous rappellerai que les vieuM maîtres en bois des quinzième et seizième Siècles, et loi gr»i veurs en taille-douce du dix-^septième siècle, ont éparpillé leurs couvres dans une foule de volumes de différente genres^ Eb bien I certains iconophiies < assez péU délieati, se Sdtii mis en quête de ces volumes et les ont Indignement dépouillés de leurs estampes. Voyez s'il vous resté dans le» livres beaucoup de pièces de Pierre Woëriot, d'Btienne de TAulne, de Thomas de I^u, etc. Cette guerre perfldei faite souS le manteau à tous les livres A Ogures, a existé de tout temps^ et la librairie voit circuler quantités de ces livres mutités d'ancienne date par les collectionheurs d'estampes et pr)n^ cipalement de portraits. La Bibliothèque Nationale n'a pas été plus épargnée que celles des partieuliers. Aiosi^ n'aide pss rencontré deux exemplaires du DêiBeinê dé profe$Hom noblei et publiquéi^ par Antoine de Laval (Paris, l'Angelier, 1606^ in«4<>), dans lesquels on ait laissé subsister le joli pdr<trait d'Henri IV, qui fait le principal mérite do ce recueil } je n'ai jamais vu qu'un seul exemplaire du Th$airutn f>iMrum eruiUione elarwum de Paul Freher^ aveo les IdOO por traite qui valent mieux que le texte. Un toleur d'esuimpea ne sait pas toujours lire« « A qUoi bon i * nous demandera*<t-iL
Vous me ferez peuMtre observer qu'on s*est déaidé à marquer d'un timbre particulier lai flgttrésdei litres de ta
mBôtMqm KÉtiotiàle; ttiatsje Youft répondrai que oétté âàge et prévoyante tnemife n'a pa encore être appliquée qu'à nti pcdit nombre de volumes. Quant aut feuillets de garde manu Bcrits et aui autographes, existant dans les livres, fls n^ont jamaisété estatnpillés d*un signe quelconque ; aussi, m'inscrirai^je en faux contre ce feuillet, couvert de récriture dePithou, et portant le timbre de la Bibliothèque Royale , lequel feuillet aurait été, dit^on , découvert dans les papiers de Mf^ Libri. Jamais, }e le répète, on n'a cru devoir protéger par une estampille la garde manuscrite d'un volume. La Blbliottièque peut vous offrir plusieurs milliers de gardes de livres analogues, mais aucune de ces gardes, f en suis sûr, ne présentera d'estampille, à moins que l'on ne l'y mette. Or, Vous conviendrez que, pour mettre une estampille (experte créée Aoèêffo), il n'est besoin que d'un sceau, entre vous et moi. Ce n'est pas le tout d'estampiller les figures et les planches des livres ; il est urgent d'estampiller, en outre , les noteâ, feuillets et fragments manuscrits, qui se trouvent dans les livres. Mieux vaut tard que jamais, même dans la question des bibliothèques publiques. La vôtre a fait bien des pertes en tous genres^ mais elle peut en faire encore de plus graves. Puisque vous persister, avec cette obstination qui fait votre administration, à tenir la;Bibliothëque ouverte à tout venant, livrée à tons les tours de passe-passe, et mise en coupe réglée par les grands et petits abatteurs de bois, je vous adjure de nous dire ou du moins de constater exactement tout ce qui a été pris ou saccagé dans l'intérieur des volumes. Tous avouereiS sans effort, â l'appui de mon argument, que votre exemplaire de V Encyclopédie méthodique présente d'innombrables lacunes dans les volumes de texte et dans les atlas, ail faut bien que tout le monde s'instruise ! » disait un partisan de la liberté illimitée des coureurs de bibliothèque. L'Hiatraction est le pain de l'esprit » c'est la manne céleste qui tombe sur la terre ; la cherche et la ramasse qui veut dans vos grandes solitudes de livres imprimés ; mais le pain du corps, celui que pétrit le boulanger, et qu'il publie en
qoélqae aorte tous les joan, on ne le diitribiie fm giita auxindigents, et le Goaveroementn'a pas exigéle d^iôtd'oiie brioche sur chaque fournée. La Bibliothèque n'a-i'-elle pas honte de nous dépouiller ainsi, sous prétexte de dépôt l^al, de la première gerbe de notre moisson, du premier exeo»plaire de notre livre ! C'est là un vol manifeste au point de vue du droit commun, et la Bibliothèque devient com|riice du recel. Que diriez-vous d'un larron philanthrope, qui vous ôterait votre manteau pour le donner aux pauvres? Yotie jurisprudence se tait encore sur ce chapitre. Ah ! do moins que la Bibliothèque garde mieux ce qu'elle nous prend dans rintérét soi-disant de la postérité.
Défiez-vous donc, Monsieur l'Administrateur généra], des gens qui empruntent des livres à gravures. Combien de ces livres dont le texte vous est resté, mais dont les figures, en partie et même en totalité, se sont éparpillées dans les portefeuilles des artistes! Je n'ai point affaire de les aller dépister une à une, et je leur permets de crier vengeance contre la Bibliothèque Nationale, contre ses lecteurs despotes, et contre ses pirates familiers. Faut-il vous citer un livre qui soit sorti, appauvri et déshonoré, des mains du prêt? Il y avait naguère un exemplaire des ifotiumento de la Monarchie française^ de Monlfaucon, exemplaire privé de la moitié de ses planches, et même d'un de ses volumes. Yan Praët, en inventant la Réserve, n'a-t*il pas prouvé que rien n'était en sûreté à la Bibliothèque du Roi, du moins de son temps?
Agréez, etc.
Paul LACROIX
(BJBLIOPHILB JACOB).
4 novembre 1849.
P.- S, On ne peut guère attribuer qu*à de petits voleurs besoigneas, à de pauvres faiseurs de collections spéciales et de recueils factices, à des copistes paresseux et malfaisants, é des maniaques stupides et féroces, renlèvementdes notes manuscrites, des fenillcts isolés, des cahiers entiers, des titres et des estampes, qui disparaissent tons les Jours dans la Salle de lecture de la Bibliothèque Nationale. Une soustraction récente de ceUe espèce vous donnera un curieux spécimen de la plupart de celles que Je
M f tw . «lie éH-ulm 4^ biffterto. Vefi 1m MplorM atml» llooiltiir, ei Mr ee poioMi, du moini • iioat jonnne» sftn île noai entendre. I 11 y a deux ans, un de vos savants collègues, M. Paulin Paris, qui mel avec tant d*obligeaace Ion érudition ei ses découvertes historiqnês an service de ses amis, communiqua au spirituel auteur de VHitiak'ê de imài XiUf eouvonnée par rAeadémie francaiae« une pièce de vert, inconnue à ions les biographes de Moilève, dais iaquoUo il est qneatlon éo ses premiers débnt&au tbéAtre en qualité de comédien. Cette pièce de von se trouve imprimée dans le RecuêU de divereee p<Mes ^ publié à Paria , chez Toussaint de Bray, en 164G. La Bibliothèque Nationale ne possède pas té volumOi et bien des curieux allèrent l'y chercher en vain. Mats, il y a, cinq umMs A peine, le vénérable secrétaire perpétuel de rAeadémte des Inscriptions et Belles-Lettres nous fit connaître, dans les notes da tome IV de ses charmants Mémoiree tauchœ/U la vie et Ut écrits de JlfB* de Sévigné, que la pièce de vers relative à Molière comédien était aussi dans une réimpression du Recueil de diverses poésies, qui forme la aeconde partie de VMsUie des bons vers choisis dam Us ouvrages des pèas eofceUeiUs^ poètes de ce tmnps^ publié en 1663, chez Cardin Besongne. M. Walckenaér, avec son exactitude ordinaire. Indiqua même la page IS comme oArant ces vers, que M. Bazin avait cités dans son Ingénieuse notice sur les Commencements de Uk vie de MoUére, On m'assure, i linsiani, que la page 16 a été enlevée dans votre exemplaire de VSsUU des bons vers choisis, Vons verrez qne cette page 1& se découvrira peut-être parmi 1^ papiers et collections de M. LIbri, absent depuis dix-neuf mois. Il est certain qu^on tropvera dans ces collections-lé tout ce qu*on y aura mis. Je V0U9 vends mon corUUon. Qu'y met-on f Répondez pour mol| Monsieur, et si, par Impossible, on vous représentait quelques livres, quelques manuscrits, quelques feuillets de manuscrits ou de livrM suspects, saisis an domietlé de votre honorable collègue M. Ubrl, rappotex-vous la coupe du Benjamin S C'est Jacob qui vous le dit.
Monsieur rAdministrateur général,
11 n'y a pas de quoi vous déranger : c'est encore un volume d'Anquetil qui revient prendre place au milieu de ses frères dépareillés. Ne vous ai-je pas déjà renvoyé le deuxième volume du même ouvrage et du même exemplaire? Nous n'avons plus que le premier tome à retrouver.: en le cherchant, nous découvrirons peut-être quelques
Httim vôtottK's érrântâ deè œuvfes dé Miftéâf. JÊtmet-wus
J'Anquetil? on eti à mh partout.
ï L*C<prll ai H lAf^nt , ou Histoira politique det Tvonbkt de 1» Fraitee pendant tei td« el t7* ftièclos (pvr Ancfusltl), tome tFOittème* Péirig^ /.-m. -lAriMune, I76r, 1n-f 9, relM en miroqulft rouge, tut LL eewonnéei et aUx ^«rmei dvfoh timbire de la MUiothèiiiie nofaiv» U lita» 99M. « f.a.
* Ce volume-Ià ne s'est pas évadé d'hier, et je jurerais qu'il
ft vu bien du pays depuis trente ans que la Bibliothèque I^i
a domié la elef des champs. Il 7 « trente ans, Monsieur^ on
'Jîsaît Anquetîl aussi généralement que Paul-Louis Courier.
Je ne crois pas cependant que vos prédécesseurs aient
;écbangé dos Anquetil comme ils échangeaient des Lan/aikA
en Lao. St pourtant vous en aviez à revendre, des Anquelili
Mais les amateurs ne donnaient pas dans ce goât du public,
é tje puis cerlifier que jamais !a Bibliothèque n^a été solM-
citecs fût-pe en 1815, de meltre un Anquetîl dans la balance
•de réchange, balance dont les plateaux étaient rarem^
itoiHnis à un intelligent et juste équilibre. Il y «vait deux
■poids et deux mesures. Nous direz-vous, par exemple, ce
que la Bibliollièque a reçu en compensation du Lancetot du
.^ac, édition de 1533, exemplaire de M°'^de Pompadour?
i Ainsi, MQBsieur TAdminislrateur général» il est bien avéré,
%ieii reconnu que la Bibliothèque du Roi a fait des échanges.
Vous l'avouez vous-même; nous le savions de reste ; mab
ce que vous ne dites pas, c'est la manière dont se faisaient
ces échanges. « Je n'y étais pas ! »» répondrez-vous à des
questions trop indiscrètes. Le droit d'échange (qui l'ignore,
excepté les experts?) a été, jusqu'en 1830, un dea privilèges
les plus sacro-saints du bibliothécaire; et depuis 1830, jus-
Içiii'en 1840 et au delà, ce privilège, abandonné ou aboli dans
ïoules les Bibliothèques de Paris, s*est perpétué dans celles
des départements. Eh ! mon Dieu , je ne défendrai pas ce
"droîl-là ; je me borne à constater son existence qui n'avait
presque jamais soulevé de réclamations. Il avait pu être h
^cause de quelques abus, mais le scandale ne s'en était pas
loèti-meo»». Ce ftU letcandite qui it novrir les ymx à Tikutorilé^ lorsque eertnios libraires et cartimis «maleurs eureot, seui prétexte d'échange, dépouillé les Bibliothèques dépsr* tçBKDtales de leurs livres Ie3 plus rares et de leurs plus bealiK maattscrits. Ainsi, on s'étoana, on s'affligea, oo sSndigiia qu'ua lezicognsphe distingué (Roquefdrt)» passant dms une Yilledu Midi, eût obtenu d'un bibliothécaire igno« raiit réebanga d'un magnifique manuscrit de roman de che- Tsierie, contre un exemplaire des œuvres de Voltaire. L'af* fsro s'ébruita s il y eut des plaintes et des réclamations aa« \*és du ministre, mais le manuscrit était déjà en Angleterro* Qoant au Vdtaire, il est toujours dans la BtbKotbèquSf où ï hit toujours les délices des habttués. Vous allez parter avec moi que cet exraiplaire, si chteement acquis* n'est plus com* piet. et que la Pueellé y manque, ainsi que dans la plupart des exemplaires qui sont à la BiUiotbèque Nationale ?
L'échange des livres et des manuscrits dans les Btbliothè-* qnes est pourtant chose utile et proQtable, mais il a besoin d'être régularisé, surveillé et approuvé. Estrce que, par Qxemple, la Bibliothèque de Carpentras n'a pas fait un roardiéd*or, tfès^régulier et très-bonorabb d'ailleurs, en livrant son Théooriiê non koqnb (édition aldine de 1495} à M. Libri, contre un ex^nplaire rogné de la même édition et une va* kmr de 4 à dOO fifancs en livres usuels? Que vous en semble» Afonsieur l'Administrateur général? Croyez* vous que l'échange du Lmneelot du Lac en 18 1 6 ait été aussi avantageux à la Bibliothèque du Roi, que cet échange du Thiocrite non ROGNÉ le fut i la Bibliothèque de Carpentras ? On ne sait pss eeiiue la Bibliothèque du Roi a obtenu en échange de son lonceiot du £a0,de ce superbe exemplaireaoxarmesdeM"*de Pompadour, que vous ferez bien d'inscrire dans la liste de vos éniûrûia, sinon de vos amusa. Peut-être a**t-on reçu, au lieu et place de ce précieux ouvrage, un exemplaire imprimé sut VÉLIN (c'était la marotte de Van Praët s eh! qui n'a pas la siemM?) de quelqu'un de ces livres ouq[iuscnles monar^ ehiqqeaquii^imprimaieift chex A. Bgitn, en 1815 et 1S16?
A Gorpéntras, au éontrmre, un exêinpiâte non rognb, mérite fort insignifiant et môme aasez gdnant pour les lecteurs de readroit, l'exemplaire d'un poète grec, qu'un bw bliophiie seul pouyait apprécier, a été remplacé sur les rayons, non-seulement par un exemplaire plus convenable à une bibliothèque publkiue quLn'a pas de raretés ni de curiosités en fait de livres, mais encore par une centaine de bons vdtiaiea relatifs à l'histoire, aux mathématiques, à la physique, à la chimie, à l'agriculture. Yoilà le prototype de l'échange b(m« néte et généreux. M. Libri, qui s'était passé cette coûteuse fantaisie, a donné dix fois plus qu'il n'a regu, et le Théocriit NON ROGNÉ ne valait pas, je vous jure, votre Lancelot du Lae. Mais j'y songe : ce Laneeloi n'a-t-il pas été échangé, après les Cent* Jours, pendant l'occupaUon des armées étrangères? Ce serait la un fait curieux à éclairdr. Il y avait des amateurs, sinon des libraires, parmi les MiiSj Russes, Anglais, Prussiens, Autrichiens, etc. L'échange, que la Bibliothèque du Roi a fait en 1815, ne peut-il pas ôlre considéré comme un cas de force majeure? Cette année 1815 est une des plus désas^ treuses qui aient pesé sur la Bibliothèque. Vous n'étiez pas encore Administrateur général, Monsieur? Alors, ce fut le quart d'heure de Rabelais de la conquête : l'Europe rede« manda et reprit la plupart des livres et d^ manuscrits que lui avait enlevés la fortune des armes. Pendant que l'on dépouillait le Musée de ses statues et de ses tableaux, conquis dans les guerres de la République et de l'JSm'pire, on faisait aussi rendre gorge à nos Bibliothèques, et la Bibliothèque du Roi perdit les plus beaux fleurons de sa cou^ ronne bibliographique. Yan Praêt faillit en mourir de chagrin ; il aurait recommencé la guerre générale, pour saqvet les éditions sur vélin, les manuscrits, les papyrus, les papiers d'archives, que l'Europe entière venait réclamer à Paris. Il es^ saya d'en soustraire plusieurs à l'enquête des commissaires de la restitution; il parvint à en cacher un petit nombre, qui sont maintenant encore sous la sauvegaide de votre admi*. nrstration. Je vou^ recomttiande seulement une vingtaine
de splendides manuscrits de poètes et de prosateurs italiens, exécutés pour Léon X, avec des peintures et des arabesques qin ne seraient pas indignes de Raphaël et de Jules Romain. Gardez-les bien sous cent clefs, et lors même que nous reverrions rinvasion de 1815 et les publications royalistes de l'imprimeur A. Egron, ne cédez pas même aux exigences d'un échange par ordrcy et ne rendez pas à César ce qui est à César: je vous conseille, à tout hasard, d'effacer sur ces manuscrits, conservés par Van Praët en dépit des traités de paix, l'estampille compromettante du Vatican. Agréez, etc*
Paul LACROIX
(bibuophilb jàgob).
6 novembre 1849.
Monsieur TAdminislrateur général,
Ce n'est rien que de vous avoir déjà envoyé un volume des Essais historiques de Saint-Foix : comme il y a bien dix éditions de cet ouvrage, il y a sans doute plus de dix volumes qui se promènent hors de la Bibliothèque. En voici toujours un, pour attendre les autres.
Essafs hUtoriques de Monsieur de Sainl^Fois, IroUiéme partie. Londres et PariSj Duchesne^ 1757, in-12, relié en maroquin rouge, aux armes da roi; timbre de la Bibliothèque Royale, L. 2048.
Ce volume appartient à une édition difTérente de celle qui avait perdu au moins un de ses volumes que j'ai retrouvé. Ce ne sera pas le dernier que je découvrirai sans doute dans les catacombes des ouvrages incomplets , mortels asiles ouverts aux livres orphelins, veufs, malades ou invalides. Ah ! Monsieur l'Administrateur général, si vous saviez combien de volumes égarés de la Bibliothèque du Roi sont venus depuis un siècle tomber et disparaître dans cet hospice qui
devient pour eux tôt ou tard une caverne d'équarrisMge et un sépulcre muet! Il est certain, par exemple, que vingt oa trente volumes, empruntés à vos nombreux exemplaires àeê Essais historiques sur Parisj ont été successivement engloutis dans cette espèce de gouffre sans Tond et sans écho, où rou»^ lent sans cesse les débris errants et les ombres plaintives des Bibliothèques. Trente volumes des Essais de Saint-Foix ! allez-vous, sans doute, vous écrier.— Oui, Monsieur PAdmi-* nistrateur général, trente au moins, dont la reliure a fourni des empeignes à vos souliers, et le papier imprimé, de la pâte à faire les cartes de votre grand jeu du catalogue de la Bibliothèque. El encore, dans ces trente volumes, je ne compte pas ceux des Nouveatuc essais historiques sur Paris f qui font suite au recueil de Salnt-Foix, et qui ont pour père anonyme un autre chevalier, Alexis-Jacques Ducoudray, ancien mousquetaire gris, gouverneur du pays des Andelys, auteur d'une foule de compilations et de productions en tous genres, et pourtant (les biographies ne le disent pas, pour l'honneur des lettres) mort à THÔtel-Dieu de Paris, le samedi 7 février 1789, et enterré le lendemain à la paroisse de Saint-Pierreaux-Bœufs. Il en est des livres comme de leurs auteurs : aucuns meurent à THÔtel-Dieu et sont inhumés dans la fosse commune. Pauvres auteurs ! Pauvres livres !
Pourquoi vous cacher le déplorable sort de la plupart des volumes dépareillés qui vous manquent? Ils sont di^veiius ce quelque chose sans nom que fkit la destruction des livres. Deprofundis ad te clamavi^ Domine. Eh ! que voulez-vous que devienne un volume isolé, véritable caput mortuumy que le hasard aveugle et sourd jette , au sortir d'un obscur encan, soit dans le sac d'un marchand de ferrailles, soit dans une botte de bouquiniste, soit au milieu du vieux papier à vendre à la livre ? N'avez-vous pas rencontré quelqu'un de vos plus brillants camarades de collège, déclassé, dépaysé, dégradé par les événements ou par sa propre faute, couvert de haillons, végétant dans Tindigence et ne pouvant plus s*élever au-dessus de la sphère du cabaret? Telle a été, telle est
h âMtMe de bien itû llfores qui oDtbriyA luitrefoiâ A la Bi^ Miotbèqve du AOi, et qui, après avoir ouUié kttr ancien oelat dans la poussière, la crasse ei rhumidité, périssent mn iérablement sous Iq oeoteau de réquarrissettr, comme les vieux chevaux à rabailorr de Monlbocon. Il y a dans Paria oertaines officines où l'on ne fait nuit et Jour qu'abattre dea livrée; on opère d'abord le triage, on met à part cenx qun leur bonne mine recommande le plus ; on esaaye encore d» revendre les meilleurs aux bouquinistes, aux librail^Sy aux amateurs, qui vont ohereher fortune dans cette espèce da regratterie bHalique, C'est là qu'on thmve de qqoi compléter les ouvrages et réparer les livres : le volume dépareillé ren prend valeur en se rénniasant a un corps d'ouvrage qe'il (empiète ) le volume tacbé, déchiré, âreinté,.seit du moina k la restauration d'un volume analogue, qui, mieuk ^t»M*véi> est plus tmparfiiit -, ici, c^est un ti^re (lu'on remplace} làt une page, un cahier qu'on ajoute; quelquefois j une earUr,.URe: figure, un portrait. Vous ne sauriez croire 00 que les cpUeo^. tiens de portraits ont pris dans les livres depuis trois sièeles^ et natureUement dans ceux do la Bibliolbèque du Roi ? Et les titros dé livres, Monsieur, c'est une malédiction i Tant^ de causes diverses ont dépouillé de leurs titres une multi* bsde de bons livres, qui n'ont pas d'autre împ^feetion quecdle^là, asses indifférente au point de vue de Tuspge du vo^. lame, et {pourtant si grave, si peu tolérable aux yeux du. bi^^ bliopbile. Vous comprendrez donc qu'on entasse des lilre« délivres, comme une maretmqdise et même conwia une. curiosité. liCS savants Debure frères {j^reada amha)f aneie»!! libraires de la Bibliothèque du Roi, n'avaient^iia pas rusem^. blé âO à 6û,û00 titres de livres^ la plupart avec vigdett^s ou ornements gravés en bois ou en cuivre? Votre honoraUe. coBègue d'JnsUtut , M. Libri, n'a jamak pensé è Caire ueai» collection de œtte eppèce, et cependant on aurait découvert, du^ luiy dit<>on (ce n'est pas vouy qui ledileÉ) fUn cftiton. rempU de ces titres de livres^ tout chargés d'estampiUss sus^ . pectes, lavées, grattées, effacées ou encore intactes. Coetiliea 3
de livros, à ce qu'il paraitt s^eiivolent de Je ne sais quel antre iîbyUin, et s'introduiaent partout, i travers les serrures ^et les scellés. Fermons bien nos Tenélres et nos portes, Monsieur, et prions Dieu que le diable ne vienne pas chez nous faire des siennes sous la forme d'un titre de livre au timbre de ta Bibliothèque de Lyon ou de celle de Montpellier. Un pareil titre de livre, c'est un corps de délit, c'est la tache de sang, c'est le cadavre de ta victime. On n'aurait qu'à glisser ce titre-li dans nos poches : nous serions 8ur*le-champ accusés et convaincus d'avoir volé vingt ou trente in-*folios dans une Bibliothèque fvMq\kel Horresco referens, Monsieur le professeur.
J'en reviens à l'histoire aventureuse et tragique de vos livres dépareillés: quand ils n'ont pas été sauvés par la pitié du biUiopolê ou du bibliognosie (langue de l'abbé Rive, àmpurpurade mémoire); quand un mois d'étalage ne les a point liBiit rentrer dans le monde de ta librairie, ils sont définitivement condamnés : le bourreau, l'épicier (ce n'est pas vous qui auriez cet affreux courage), saisit d'une main le volume béant, et de l'autre il s'arme de son coutelas; ilatta** que les fils de la reliure, détache délicatement l'endossage, éeorche le maroquin, le veau ou ta basane, qui recouvrent le carton, puis il divise en trois tas les produits de son opération féroce : la peau, le carton et le papier. Tout ceta se vend et se transforme sous les mains de l'industrie, tout cela profite à quelque chose et à quelqu'un. Mais vos livres, ainsi décarcassés et dibM$^ ne sont plus bons qu'à faire des carton-* iwges, des cornets de bonbons ou des boites de pilules. Je voudrais pouvoir vous dorer celle-là. A propos de dorure, la tranche de vos livres en vieux maroquin rouge étant souvent dorée, on la brûle pour en extraire l'or qui, sous le dernier règne, brodait les habits des pairs de France. Voilà, Mcmsieur l'Administrateur général, ce qu'on a fait de quelques milliers de volumes qui manqueront à la Bibliothèque Nationale jusqu'au jugement dernier de vos regrettés prédé* oesseurs.
]>esoeDdez dans les profondeurs des rues Saint-Jacques et de la Harpe, pour pénétrer le mystère de la boucherie des livres; hasardez- vous dans la pénombre éternelle de la rue Serpente, et, comme Jérémie, pleurant sur la ruine prochaine de Solyme, répandez toutes vos fleurs de rhétorique (manihus date Klia plenis) sur ces infortunés volumes qui vous demandent grftce. Mais puisque vous êtes dans le voisinage de la rue Percée, souvenez- vous de vos4,'248 ouvrages incomplets (en 1834), et de leurs 1 1 ,530 volumes manquant ; visitez le magasin de Lecureux, qui s'est fait, pour ainsi dire, le rehottietir de la librairie, et qui ne vend guère que des livres dépareillés; demandez-lui de se consacrer à une œuvre pie, que j'aimerais à voir imprimée dans vos œuvres complètes : il s'agit de compléter ces 4,248 ouvrages incomplets ; il s'agit de remettre en bon état ces dix ou quinze mille volumes imparfaits qui déshonorent la Bibliothèque Nationale. Que si vous prenez sous votre bonnet de docteur cette sage mesure d'administration, ne négligez pas de la rendre efficace pour l'avenir, en la corroborant d'une autre mesure non moins urgente et dès lors indispensable : supprimez le prêt des livres au dehors, exigez de votre public certaines garanties de notoriété civile, sinon scientifique et littéraire. Quant au Catalogue des imprimésde la Bibliothèque Nationale, quant à ce glorieux monument de bibliographie universelle, qui n'attend plus qu'un architecte (peut-être votre humble serviteur), je vous répéterai, en dépit des perfides conseils du trahit sua quemque voluptas : a Faites des traductions de Plaute, faites des éditions de Tacite et de Catulle, faites des ConjuraHofiê d'Etienne Marcel. » Maître André, qui a mis en tragédie le Tremblement de terre de Lisbonne^ aurait dû s'en tenir à ses perruques.
Agréez, etc.
PaulLACROIX
(BIBUOraiLB JACOB).
6 novembre 1849.
Monsieur TAdministratear général ,
Dites, avec l'Evangile: k Paix aux bibliophiles de bonne volonté! «• Cette bonne volonté, qui est grande chez moi oommo cbez vous, ne dispose que de petits moyens pécuniaires : îm* possible de racheter in panibus %nfid$Uum ces beaux volu* mes en maroquin rouge, aux armes du roi, que je vous sotthaitel Mais rien n'est h négligei* dans Veiisemble d'une bibliothèque générale, et le plus modeste in«8t relié en basane, peut occuper une place importante au point de vue de la bibliographie. Acceptez donc mon humble offrande, que les picormrs de C endroit ne se bâteront pas de s'approprier, car elle ne me coûte pas plus de deux francs, et elle ne vous coûtera qu'un grand merci.
Histoire da Parlement de Paris, par M. l'abbé Big... (Vollaire). Àmêiêf*. d0m, 1769, 1 tom* en | vol. in^S, rel, en bassne marbra; tiaibré 40 la Bibliotbèqae Impériale, L, double de 2002,
Gène sont pas de ces doubles ^)à que 1a Biblioth^ue cht Roi échangeait ou vendait naguère, quand elle avait besoin d'argent pour ses reliures, ou plulOt quand quelque puîs** santé partie intéressée avait besoin d'une édition rare ou d'un volume précieux que la librairie n'aurait pu lui fouriiir« Youa n'avez touché ni à ces ventes ni à ces éeiiangea da doubles; ne vous en lavez pas le» mains* Il est utile et^. mslruclif pourtant de nous apprendre, d'après les archives, des anciens gardes et de l'ancien conservatoire de ta Bibliothèque,pQurquQi et comment se faisaient autrefhis et naguère lesdites ventes et lesdits échanges. Ënoore une foiSi Afon-r sieur, vous n'y étiez pas, et je vous en félicite j majs enfin, puisque vous vous êtes porté fort de tout expliquer, de tout justifier, de tout édalrelr, dans ce passé qui vous a légué ses pièces justificatives, sinon sa responsabilité ; dItes*nous un peu quels services les ventes et tes échanges ont rendus à la
Bibliothèque on quels torts its lut ont causés? Quant à moii je ne connais de document ofliciel, qu'un catalogue de dou« tries imprimé pour une vente qui eu t lieu en 1 735, au moment où le Catalogue général de la Bibliothèque était à peu près ré«* digé et classé pour l'impression. Mais ce qu'il nous importe de connaître, ce ne sont pas seulement les titres des ouvra* ges vendus ou échangés, ce sont encore les précautionaprl^ ses par Fadministralion pour que ces ouvrages fussent rért^ lement des doubles, pour que .ces doubles reçussent exacte<p ment la seconde estampille constatant leur sortie régulière^ pour que la vente ou réchange fût entouré de toutes garan« ties réciproques dans l'intérêt de l'ancien et du nouveaa possesseur. Il ne suffit pas de déclarer, comme voua l'avex fait, dans votre LêUre à M. LiM, que la Bibliothèque n'o* change pas et ne vend pas; la réponse si péremptoire et ai judicieuse de M. Cretaine nous a donné la valeur de ces déclarations : Tanto... promiêsùr hiatu^ a dit Horace, que VOUS avez traduit aussi bien que Plaute.
Combien de livres, sortis de la Bibliothèque par vole de vente ou d'échange, que les libraires ou les amateurs possèdent très-légitimement et que vous ne craindriez pour«tant pas de revendiquer à la façon de l'autographe de Mor lière ! Ici, le double timbre a été oublié ; là, on n'a pas biffé rancien timbre ; ailleurs, tous les volumes d'un même ou^ vrage ne portent pas les mêmes caractères de cession autorisée et approuvée par qui de droit. Périssent les colonies plutôt qu'un principe. Votre principe a vous, c'est que la Bi- Uiothèqne n'est jamais passible des fautes de ses chefs, et qu'elle reprend son bien partout où elle le trouve. Votre jurisprtidence semble une réminiscence de Molière, qui a'cx*casait ainsi d'être le plagiaire de Cyrano de Bergerac. Per*^ mettez-moi, à ce propos, une digression historique, pour vous faire mieux comprendre la portée du mot de Molière. Le jeune Jean Pocquelin avait eu Cyrano p<jur condisciple et pour ami de collège : ils étudièrentensemble la philosophie sousGassendi. Dès cette époque, Tauteur de VEiourU oom<-
posait quelques essais dramatiques.- Ce fut un de ces essais» le Maître d'école (le manuscrit de cette farce était encore en 1760 dans la collection dramatique de M. de Bombarde l) que Cyrano s'appropria pour le développer en grande comédie, sous le titre du Pédant joué. Molière ne se fit donc aucun scrupule plus tard d'utiliser ses propres canevas et de mettre en œuvre des idées comiques qui lui apparte- BaienK De là^ le mot célèbre que les commentateurs ont regardé comme une boutade de génie un peu hasardée au point de vue moral. Ce n'était que renonciation d'un fait véritable que l'histoire littéraire n'a pas encore enregistré. L'es faits les plus simples deviennent complexes, les plus clairs obscurs, quand on les voit à travers les préjugés et la mauvaise foi des hommes. Ainsi en est-il du mot de Molière; ainsi de son autographe.
Mais il ne s'agi t point d'au tographe, il s'agit de livres : eh bien I Monsieur l'Administrateur général, quelles inductions monstrueuses et stupides tirerait-on de la saisie régulière de vingt, de (rente, de cinquante volumes à l'estampille de la Bibliothèque Nationale, chez un libraire ou chez un particulier ! Les bibliothécaires, j'entends ceux dignes de ce nom, hausseraient les épaules et s'écrieraient, avec d'Alerabert, qui ne fut pas aussi savant mathématicien que M. Libri : « Des livres à estampille? qu'est-ce que cela prouve? » Si j'étais mort, en effet, avant la publication des Lettres que j'ai le bonheur de vous adresser et qui pourront bien s'élever au chiffre des Mille et une Nuits, on eût trouvé en ma possession les livres à estampille que je vous ai déjà envoyés et une partie de ceux que je vous enverrai successivement, selon notre bon plaisir; imaginez maintenant des ennemis acharnés, des envieux, des sots et des méchants (c'est tout un), réunis en conspiration contre ma mémoire de bibliophile. Yoilà un bon procès à entamer contre voire humble serviteur qui vous a pardonné m extremis . Il y a corps de délit, il y a des livres à estampille de la Bibliothèque, et si les experts s'en mêlent, on embrouille tant et si bien les choses, que la justice,, qui est déjà
qoelqiie {Mu àveagle, n'j voit {rfus goutte. Ahl Monsieur, que J'ai prademment fait de ne pas mourir, lorsqu'il y avait de si terribles charges contre moi ! Miterere nobis. Domine. Cinquante mille volumes ont disparu, à différentes époques» . de la Bibliothèque Nationale ; d'accord, et vous n'y pouvez mais. Or, quiconque sera trouvé nanti dequelques-unsde ces vcriumes passera pour les avoir dérobés, ou du moins sera-t-il accusé d'en être le receleur. On n'osera plus avoir chez soi un seul volume, de peur de rencontrer, au premier jour, un accusateur impitoyable dans la peau de ce volume, de ce. traître, relié en veau ou en maroquin, qui prend des airs d'honnête bouquin pour nous mieux abuser. C'est à faire trembler un saint ou un stoïque. Désormais, on arrêtera, on emprisonnera, on jugera tout citoyen accusé d'avoir acquis ou recelé un livre suspect d'estampille. Prenez garde a eus» Monsieur l'Administrateur, si vous avez eu l'imprévt^ance d'acheter cent bouquins, dans tout le cours de votre vie d'académicien ? Mieux vaudrait ne savoir pas lire.
Ce serait pis encore, si, parmi les livres à estampille saisis dans les mains de quelque innocent receleur, chez vous ou chez moi, on en reconnaissait un que vous ou moi eussions emprunté ou lu à la Bibliothèque Nationale, quatre ou cinq^ années auparavant ; il n'y aurait plus à se défendre ; il faudrait s'incliner sous le poids fatal de l'apparence. £t néanmoins, je vous le demande. Monsieur l'Administrateur général, vous souvient-il de tous les livres que vous avez eus sous les yeux? Les reconnatlriez-vous à leurs titres et qualités ? Pauvre mémoire que la nôtre ! Comment voulez-vous que je recon-^ naisse un in-folio ou un in-douze, moi qui ne vous recon^* naîtrais pas vous-même au milieu de trois experts ? Enfin) que ce volume, qui se retrouve si malheureusement parmi nos livres, ait perdu quelques-uns de ses feuillets ou de ses figures (non de rhétorique), nous voilà, l'un ou l'autre, atteints et convaincus d'avoir mutilé et spolié le bien de l'Etat : « c'est très-grave ! » diront les experts, et cette vilaine Renommée, quePalissot nous a montrée embouchant si malbonnê-,
tentent M trompette, répétera: «C'est tfès^grave! • OPiUiioti
Remercions le ()iel, Monsieur rAdministrateur général, de
n*avoir jamtis collectionné, l'un et l'autre^ soit des livres,
soit des estampes, soit des autographes; car il est à peu près
impossible do rassembler quelques milliers de yoiumes ou
de gravures, ou de feuillets manuscrits, sans que la Bibiio<-
thèque Nationale, ou quelque autre dépôt public, ait droit,
ou raison, ou prétexte de réclamer la part du lion. Je noua
vois d'ici bien embarrassés d'une semblable affaire. Tout le
monde crierait haro sur le baudet.
Agréez, etc.)
Paul LACROIX
(BIBLIOPHILE JACOB)
T novembre 1640.
P, S. Il est minait : ]e suii tellement em^âyé é^avolr eaeore oIms ■loi un volume à l'eitampllle de votre Bibliothèque Ni UoBtle« qœjc me lève de mon lit, pour placer sous votre couvert ce volume menaçant:
Essais liistoriquci sur Paris, et auires œuvres de M. de Sainl-Foii sur les mœurs de cette capilale. Tome sixième. Paris, F« Duchesne, 1771, !n-i2, rtflié en maroquin rettge, aux LL couronnées et aux armas dn Roi) itmbro la DibliotbèqtteRojale, II. soie.
Encore du Saint- Foixl toujours du Saint- Foix! vos lecteurs ordiaaircs ne s*cn plaindront point. £t vous aussi, Monsieur l'Administraleur général, lisez les Lgttres turgveSf qae renferme ce volume, pour vous dietraire du sérieux de mes Ultrei. En remarquant que ce volume contieni les dissertations sur le prUonnier masqué, n*aliez pas supposer que je voua Paie emprunté pour écrire mon Histoire de l'Homme au masque de fer. Quel rapprochement redoutable et mystérieux 1 c*esl comme si vous aviez le courage de réintégrer à la Bibliothèque quelque traduction de Plaute portant Testampilie et reliée aux armes du roi. Qn*en dirait-on P Hélas I \% moitié des choses de la ue et des bibliothèques est subordonnée à ce terrible arrêt t Qu'en dirait-on?
Monsieur rAdministrateur général •
Je vous ai déjà envoyé une grammaire latine, comme pour Sonnerie pas au latin sur les autres langoes qui sottl ses RtkB
plosou taH^ns légiltmes. le vend adresse ânJcurdliiH utie gMnniiiàife espagnole » en attendant que Je paisse forcer ainsi -toutes les langues européennes A venir vous rendre hommage par ia voix de leorâ grammaires ramenées en triomphe à la BiMfottièqae Nationale. N^avez-vous pas traduit le carthaginois du Pmnuhis de Plaute ? Mais il ne s'agit pas de la lan^ fue ni de la foi puniques.
Le Matire d'espagnolt ou Éléments de It langue espagnole é Tosage des Français, par J.-L.rBarthélenii Cormon. Lyon, B, Cormon et Blanc, 1804, in-8, relié en vean racine, filets; timbre de ta Bibliothèque Impériale, X. U49.
N'est-il pas touchant de voir les services que la Bibliothèque Nationale ne cesse de rendre aux jeunes citoyens qui veulent apprendre les langues étrangères? Vous n'avez pas *de grammaire, encore moins de dictionnaire, mais la Bibliothèque en a pour vous. La Bibliothèque n'est-elle pas instituée ou plutôt réglée et dirigée pour cela? Voilà le'panem et drcenses de ses commensaux ordinaires. Ils viennent s'asseoir à cette table, ouverte éternellement à tous les appétits du besoin de savoir, et là, sous vos yeux de professeur de rhétorique et d'ancien inattre d'étude, ils déjeunent et dtnent de langues, si bien qu'ils emportent quelquefois les plats et les couverts. Oh ! que c'est bien comprendre l'usage i3e cette admirable Bibliothèque, qui, comme celle d'Alexandrie, fait Tenvie et l'ornement du monde lettré! Est-il bor spin d'un catalogue classé, raisonné et imprimé pour distri<buer des grammaires aux pauvres de langues, comme le Petit 'Manteau bleu distribue des soupes aux indigents?
Certes, vous devez être fier de ces magnifiques résultats, que peut revendiquer votre gracieuse administration. Il est si doux d'étudier les langues, surtout quand il n'en coûte rien l Comment ne pas bénir les bienfaits de la Bibliothèque Nationale ? Dans les premiers temps de l'imprimerie , le 'Facet, le Théoioret et les autres grammaires latines, en uçage dans les universités, se vendaient aux écoliers moyennant
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quelques testons » et Ton en achetait alors- autant que àt^ bibles; mais aujourd'hui, on trouve toutes les grammaireâ du moude, saos bpurse délier» a la Bibliothèque. Je dis qu'on les trouve» par figure de rhétorique» c'est-à-dire qu'on devrait les y trouver. En tous cas, quand elles sooi en j)lace» rien n'est plus facile que de mettre la main dessus, catalogue à part. Mais, aussi, faut-il avouer qu'elles ne sont pas toujours où elles devraient être, témoin ce AiaUre d'espagnol. c( Carajo ! s'écriera un bibliothécaire de votre trempe. Qui ose prétendre que la Bibliothèque Nationale n'a pas de MaUre d'espagnol? En voulez-vous deux ? en voulez-vous trois? en voulez-vous cinq ? Les voici, les voilà. Puer, abige muscas. — Dieu fasse, Monsieur le bibliothécaire, qu'on ne vous charge pas de trier les doubles de la Bibliothèque et de les réformer comme des invalides ! Vous entendez par double de biblio* thèque, ce me semble, le même livre; moi, j'entends la môme édition et l'exemplaire conforme. Ainsi, le MaUre d! espagnol dont je vous représente la première édition, dédiée à l'Aca^ démiq royale espagnole, a été réimprimé dix ou douze fois^ in-8 et in-l2; ce sont autant d'exemplaires que la Bibliothèque possède ou a possédés parle droit monstrueux du dépôt légal. Combien vous en reste- t-il? Répondez, si vous ne jetez pas votre langue aux chiens. Je formulerai ainsi ma proposition: La Bibliothèque Nationale, que vous gouvernez en cabinet de lecture, est destinée, comme centrale et générale, à réunir et à conserver toutes les éditions d'un même livre. Telle est sa véritable utilité. Mais vous mêlez l'utile à l'agréable. De là, le prêt des livres au dehors et l'invasion du public nuisible au dedans. Quousque tandem abiUere^Catilinaf patienlia nostra!
Je ne vous ai point encore parlé des lacunes que présente la série des grammairiens à la Bibliothèque Nationale. Ces lacunes sont assez nombreuses, sinon difficiles à combler^ Il y a cependant dos grammaires et des dictionnaires aussi rares et aussi précieux que les romans de chevalerie, voire celui de Lancelot du Lac. A propos, n'aurait-on pas»
en 1815, échangé le Laneeloi du Lae^ exemplaire de M"* de Pompadour, contre une grammaire cosaque ou contre un diclionDaire sibérien? Quel qu*aitétécet échange, toujours est-il que vos grammairiens et vos lexicographes patois ont décampé depuis longtemps, aussi bien que vos vocabulaires d'argot, qui se promènent sans doute dans les bibliotiièques particulières des plus honnêtes gens. Allez donc courir q)rès ces facétieux enfants de Pierre Faifeu, de François Villon, de Jean Millet et de Pierre Goudouli !
Mais parlons des langues honnêtes, de celles qui se parient en pays d'académie; ne nous occupons pas ici du caraïbe, de Talgonquin, ni du topinambous : la Bibliothèque Natiolude ne ressenible déjà que trop à la tour de Babel. Qu'aveacvous fait, qu'a-t-on fait de tant de livres de grammaire et de linguistique, qui pourraient s'élever jusqu'au ciel sans amener la confusion des langues? Les plus mauvais ont suivi les meilleurs, les plus communs n'ont pas été moins épargnés que les plus rares. En fait de langue, tout est bon à lire^ si tout n'est pas bon à dire : le latin et le grec, l'italien et respagn<4, l'allemand et l'anglais ont pris des ailes pour s'en* voler hors de la Bibliothèque, ainsi que la colombe de l'ar* che, et ils n'y reviendront pas en vous rapportant la bralkcbe d'olivier. Tous plalt-il d'en connaître quelques*uns qui n'attendent peut-être qu'un coup de vent pour rentrer daùs votre volière, plus ou moins éclopés ? C'est l'étemelle feUe des Deux Pigeom.
Encore un peu d'espagnol, cette Gère langue qui vousa en« fiinté le matamore : Foeaholario italiano e ipagnohj de Lo^ renzo Franciosini(X. 1171); un peu d'italien : Nuavo Dizzio* nario italiano franceuefranee$e Ualiano, édition de 1676 (X* 1168); un peu d'allemand : Nouvelle Grammaire aUemande^
de J* Meidinger(X, 1490); un peu d'anglais : le MaUreak^
T. « Stoif, ou Grammaire raisonnéej de Poppleton (X. 1547), eto.
Vous riez d'un air de triomphe, et vous ni'allez .convaincre
ffferfêûfifilftfD^b ettii lâlordù] m VoOâleâ «Ve« ëûèoi^i ëélivfêâ, voùgléâ comptez pât* trpiâ et quâtre éietflpl&if^i fclôA plus, dé f ôppiêton, cinq éditions difféfëHteâ; deMei^ dldg^f, dil ôU vingt éditions. Mâiâ l'ô^emplâifê êtt nlàrô- ^uln fougé, aux àtïïïêê du roi, r^iéftiptftifô en veau râdûé, àui âfmeâ dé Vetùpètewt, ont-Us suivi, Tufl, NttpDléoti à Saitité-Hélène, TâUtré, Louis XYltt à Cobléutî m à Gâ&d? h VôUs fou^nisivoiotitièrs les âttmérdS des livres; foarnissêtnous les livres dès numéros.
' Puisquftlà Bibliothèque Nfttfotialô offiré mille msoorcês à qttleotiquê veut étudier les langues étrangèreSt M §oy0i pas surpris que certains grecs se soient souvent introduits à 1* Bibliothèque x Votre Salle de lecture est pour euï le cheVal é» Troie. Ici, le lecteur a mis le livre sous le manteau ; li) Ispfét à domicile a bit un vide énorme. Que de pertes iiré^ fiârables et iunombrables depuis cinquante ans! lUen n'a lemblé trop lourd, ni trop chaud à emportera /am pro(ti» àrdtBi tJûalegon. •
Agréée) etc.
PAUL LACROIX
(itiUOMtLB ÏAâ^i)»
i BOTembra IS49,
Monsieur l'Administrateur général»
-. Si j'étais plui riehe, si j'étais feomme Chapelain ou comme ^US) k fkimm rente ife toH$ ié$ beûux eiprtli, si j'étais soute*flitot Un bibliophile appointé, |)en8ionné, et académiquement éOuehésur la feuille des bénéfices du budget» je ne marr ébanderâiapasavec le plaisir de faire rentrer des livres rares i Ja BibUdfhè^ue Nationale ; mais ce plaisir^là coûte chir, et j« suis forcé de le prendre d'une manière économique. JeremiSlaee aujourd'hui la qualité par la quantité. Voici trois vo^ lûmes qui vous reviennent à la fois : Numéro Deus impure gaUdeif
; dlIliMiuM 4m OHgtotii (MC *p«4wt «MtaHaiMi iUlUt iMflé^ çQHTerlei imporlaiiteB elde l'élabliiseiiient dei |»tuplgs, des roll§ioiii», des sectes, des bérésies« des lois, des coutumes, des mode^ , des dignité, jéff fnOafiôlei, ete. (par Jêâd-Baptisté-AbrahàinDorigfiy). A-I. J^aH^,
i^'ft, Bàètàm, irrt, Il Vol. tiK§, tcHé en vêaii mâfbré, traiiehe roliet ÉnfMjâiii biMioiiiAqM IfspdHâitf f . ilo.