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LES CABINETS A VIENNE (AVRIL

réponses, de simples accusés de réception, avaient attesté que Ton refusait toute espèce d'arrangement. Les cabinets prenaient un ton solennel et décidé qui n'annonçait que trop Tinilexibilité de leur résolution; les choses en étaient à ce point, que les membres du corps diplomatique français, même de Técole impériale, depuis M. de Talleyrand jusqu'à M. de Rayneval, simple secrétaire d'ambassade, avaient refusé unanimement de se mettre en rapport avec M. de Caidaincourt; tous s'étaient posés à Vienne, à Saint-Pétersbourg , à Berlin, à Londres, comme les représentants de S. M. T. C. Louis XVIII sans reconnaître la supériorité du ministre des relations extérieures de l'Emperenr dans l'ordre de la hiérarchie V Le corps diplomatique français voyait de trop près les résolutions des cabinets, si fermes, bi unanimes, pour croire que Bonap;M-te put résister à un mouvement général de 1 Europe; le génie et le courage ne peuvent dominer la force des clioses.

Dans les conférences de Vienne, il n'y avait point à douter, pour tout spectateur sérieux, que la guerre n'éclatât inflexible. Le czar Alexandre, d'abord si favorable à la cause de l'Empereur ou de la régence, se prononçait violemment contre « l'écliappé de lile d'Elbe, le perturbateur du repos européen » (c'est ainsi qu'il appelait Bonaparte). Alexandre se croyait responsable des événements qui grondaient autour de lui; il s'en était exprimé à M. de Metternich et même auprès de M. de

1 Réponse de M. k comte de TaUryand du 30 mars. Toute raa vie je suis reslé fl-

envoyé de S. M. le roi de France en dèie à mes serments et à mes devoirs.

&ukse, à la circulaire de M. de Caulain- s. M. le roi Louis XVIU m'a accrédité prés

court. (Il ne faut pas le coufoodi v avec la Confédération helvétique ; il n'y a que lu»

le prince de Talleyrand.; qui puisse me rappeler. « Monsieur, je m'empresse de répondre « Je suis, etc. »

à la lettre que vous m'avez écrite, en date

LES CKiNT JOURS.

Talleyrand, dont le rôle devenait bien difficile à Vienne' . La marche si rapide de Bonaparte avait déconcerté toutes les prophéties de la légation française : MM. de Dalberj] , de La Tour-du-Pin et de iXoailles avaient besoin d'agir de toutes leurs forces pour relever les espérances très amorties de la maison de Bourbon; 1 Europe était un peu dégoûtée de Louis XVlll, elle n'avait plus foi en cette dynastie qui s était laissé briser en dix mois. Le Czar néanmoins repoussait toutes les ouvertures qu'on lui adressait au nom de Napoléon ; la duchesse de Saint-Leu lui avait écrit, e( lui si galant, si poli, n'avait point répondu à une fennne qu'il avait admirablement traitée à Paris. Un agent secret vint lui parler au nom de la duchesse, le Czar répondit avec une mauvaise humeur marquée : « Je vous le répète, point de paix avec cet hommelà ; c'est entre nous un duel à mort; il a manqué à sa foi, je suis dégagé de mes promesses ; l'Europe a besoin d'un exemple. »

M. de Metternich manifestait des sentiments plus modérés ; mais non moins ferme dans ses résolutions, peut-être un peu craintif sur les premiers résultats d'une guerre (car il savait et appréciait la vaste capacilé de Napoléon), il n'en croyait pas moins à la victoire définitive de l'Europe , et surtout à la nécessité d'une coalition vigoureuse : quand il avait décidé qu'aucune paix ne serait faite avec Bonaparte, c'est qu'il ne croyait

1 Ccpcndnnt on était très prononcé con- breuse escorte, et on ne les laissait passer tre tous les Bonaparte ; on prenait des me- la nuit que dans les lieux où il y avait une sures de rigueur; on écrivait de vienne •• forte garnison. Le marquis do Lucchesini « Dans lu nuit du 3 au 4 avril, la princesse père est du nombre des personnes qui Borghèsc a passé par Nestadl avec sa mère, composent leur suite. On transporte égaet M. et madame Bacciocchi , se rendant à lement en Hongrie le maire de Portola forleresse de niontgatz, sur la frontière lerrajo, le grand-chambellan Lappi,el les de la Hongrie. Il y avait huit voitures à leur autres individus attachés à Bonaparte que suite i ils étaient accompagnés d'une nom- l'on a trouvés à l'Ile d'Elbe. »

PROJETS l)i: LA Dll'LOMATIE EUROrÉt;.\.>E (amUL 1815). 5

pas un traité possible avec Timpulsion belliqueuse et révolutionnaire que les Cent Jours avaient imprimée à la France. Promoteur du principe de la coalition ou du concert européen, M. de Metternicli était persuadé, comme le czar Alexandre , « qu'il fallait pousser la (luerre avec vigueur, et obtenir des avantages militaires dès le début de la campagne. » La sagacité de son esprit lui avait fait entrevoir qu'il y aurait de sérieux résultats à obtenir si Ton pouvait séparer la nation de son Empereur et renouveler, pour ainsi dire, la déclaration de Francfort, en ^8i5, qui avait été si fatale à Napoléon. Aussi toutes les publications de V Observateur autrichien ' , tous les écrits émanés de la chancellerie de Vienne eurent-ils pour objet exclusif de constater la volonté formelle de maintenir les traités de \ 81 4 et les limites qu'ils avaient données à la Franco si elle se séparait de Napoléon : « la guerre qu'on allait entreprendre n'était point contre la France, on la respecterait comme nation ; le seul but de la ligue européenne était de frapper Bonaparte, considéré comme le perturbateur du repos public et l'infracteur des traités. » Par ce moyen , M. de Met-

1 Extrait d'un article officiel. sait qu'il est trop éclairé sur ses vérilabies

Vienne, le 26 avril. intérêts, assez jiénétré des principes de

« L'Europe a déclaré la guerre à Bona- l'honncurpour le croire asservi à la volonté

parte. La France peut et doit prouver à d'un individu dont la puissance se com-

l'Europe qu'elle sent assez sa dignité pour pose des éléments qui amènent la chute des

ne pas vouloir de la souveraineté de cet États.

homme. La nation française esi puissante et « On le répèle encore une fois, la France libre. Sa liberté et sa grandeur reposent en n'a qu'à se délivrer de son oppresseur, n'a elle-même, et sont nécessaires à l'équilibre qu'à revenir aux principes sur lesquels reeuropéen. La paix de Paris et le congrès pose l'ordre social, pour être en paix avec de Vienne l'ont prouvé. l'Europe. »

« C'est dans cette intention et dans cet Extrait d'une lettre authentique de

espoir que la déclaration du I3 mars a eu Vienne, en date du H avril.

lieu. Si cet acte se fonde sur une supposi- « Bonaparte n'a rien négligé pour faire

lion, c'est uniquement sur celle qui dérive croire qu'il était en rapports quelconques

de l'estime qup l'Europe accorde à juste avec la cour de Vienne. Après cinq ou six

litre au peuple français. Elle l'a jugé, die annonces répétées dans ses journaux sur

teriiioh se réservait des intimitiés politiques avec les partis en France ; les coalisés divisaient ainsi les opinions en déclarant « qu'ils ne faisaient ;)as la guerre au pays, mais à un seul homme, dont la présence portait le trouble en Europe. »

Lord Castlereagh , on quittant Vienne pour assister à Touverture du Parlement, avait laissé lord Clancarly auprès d'Alexandre et de M. deMetternich, aiîn dérégler les conditions des subsides; c'était son image, sapersonfication. La pensée de lord Castlereagh était connue de tout le corps diplomatique européen -. la guerre contre Napoléon était inile\U)lement décidée ; il avait répondu directement à M. deCaulainc(>urtpar un accusé de réception froid, laconique. Très prononcé contre la personne de Bonaj)arte, lord Castlereagh adoptait cependant les idées de l'école anglaise de ^088, qui se résument à ne jamais forcer un peuple à choisir tel gouvernement plutôt que tel autre. Il y avait quelque chose du principe de la souveraineté du peuple dans les parlementaires de la Grande-Bretagne depuis la chute des Stuarts ; seulement ils entendaient cette souveraineté dans un sens d'aristocratie.

r;irrivée de l'archiduchesse (qu'il avait « Le sieur de Monleron a eu ordre de remême d'aboril audacieusemenl fixée au partir sur-le-champ. 4 avril), il a expédié icile sieur de Moiiteron, «Un autre émissaire avait été expédié qui n'apportait ni dépêche', ni lettres; aussi de Paris, peu a^>rés le sieur de Monmais il était chargé de parler aux ministres teron, également dirigé sur Vienne : c'est le d'Autriche, de France et de Ilussie ; île sa- fieur de Flahaul; mais celui-ci a encore élé voir quelles étaient les dispositions défini- moins heureux que le sieur de Monleron. Le tives de l'Autriche, de commenter la lettre roi de Wurtemberg l'a fait arrêtera Stutlde Bonaparte aux souverains et celle de gard et recor.duire à la frontière. Caulaincourt aux ministres, enfin de voir «On assure que Donaparte l'avait chargé si quelque intrigue pouvait se lier. de lettres (sans doute la lettre autographe « Ces ministres ont répondu tous eiisem- aux souverains) pour l'empereur de Russie, au comte de Monleron, en lui montrant la pour le roi de Prusse, pour le roi de .saxe, déclaration du 13, le traité du 25 et l'état pour l'archiduchesse Marie-Louise, pour les oITiciel des troupes que chique puissance ministres de France (on croit que cesderdc l'Europe met en mouvement. nières étaient des lettres de rappel). »

LORD GASTLEREAGH AL PARLEMEMT (mAI ^ 84 5). 7

Ainsi, s'il existait en Europe un concert unanime pour détruire Fœuvre conçue par Napoléon , il y avait des nuances dans la manière d'exécuter les actes du congrès. Lord Castlereagh présenta immédiatement au Parlement le bill de subsides ' ; il le fit avec sa lucidité habituelle , « annonçant que lord Clancarty avait conclu à Vienne, au nom de son gouvernement, une convention ' par laquelle TAngleterre, d'après les bases des traités existants, s'engageait à fournir des subsides fixés sur le pied des arrangements de Chaumont, à savoir : 30,000 liv. sterl. par 1,000 hommes; et comme l'objet commun était ici du plus haut intérêt, lord Castlereagh déclara au Parlement que les puissances ne se borneraient pas seulement à mettre sur pied les troupes stipulées par le traité de Chaumont; 250,000 Russes devaient être à Nuremberg à la fin de juillet; la Prusse aurait 200,000 hommes sous les armes, l'Autriche 500,000, et les subsides ne seraient pas donnés en rapport de ces masses d'hommes, mais dans les proportions limitées par les traités antérieurs, à raison de 450,000 hommes par puissance , le reste resterait à la charge de chacun des gouvernements engagés. »

1 Le comte de i iverpool dans la Chambre gûreté de l'Europe. Son Altesse Royale a or-

des pairs, et lord Castlereagh dans celle donné que des copies des traités conclus

des communes . présentèrent le message avec les alliés fussent mises sous les yeux

suivant : (Je jg chambre pour son instruction, et elle

«S. A. n. le prince-régent, agissant .lu compte fermement que ses fidè! s Com-

nom et de la part du roi. juge à propos munes lui prêteront leur appui et la

d'informer ses fidèles Communes qu'en mettront en état d'en remplir les sti-

conséqurnce d'événements qui ont eu lieu pulalions , et de prendre, conjointement

récemment en France, en contravention avec ses alliés, des mesures qui seront in-

aiix traités conclus à Paris dans le cours de dispensables dans cette importante af-

l'année dernière, Son Altesse Royale a jugé faire. »

nécessaire, de concert avec les alliés de ^Convenliou additionnelle au irnifé du

Sa Majesté, de former des engagements i^mars<m,condueàViennele%(iavrU

contre l'ennemi commun, pour prévenir la suivant.

retour d'un système dont l'expérience a « S. M. Britannique s'engage à fournir un

prouvé l'incompatibilité avec la paix ei la subside de 5 millions sterling pour le ser-

8 LES CENT JOIUS.

L'opposition delà Chambre des lords, par Torgane de lordGrey, demanda quel était le but de la nuerre, et si un seul homme devait nécessiter de si grands armements? «Quel droit avait-on de se mêler du gouvernement de la France?» Et il ajouta avec un ton railleur que « s'il prenait fantaisie à cette nation d'élire Barrère, Fouché, Caulaincourt ou Carnot pour empereur, TAngleterre n'avait rien à y voir, puisque la France offrait de maintenir le traité de Paris. » Lord Liverpool répondit: « que les événements récemment arrivés en France avaient paru à toute l'Europe en opposition directe avec les stipulations signées à Paris au mois de mai -1 8^ 4, et que l'Angleterre, de concert avec ses alliés, avait cru indispensable de prendre des mesures contre l'ennemi commun. »

Aux Communes , lord Castlereagh emporta le vole à une majorité de deux cent cinquante-huit voix contre trente-neuf. Toutefois , lorsque les subsides eurent été votés avec une grande largesse, et qu'il s'agit de ralilier les conventions signées à Vienne, lord Castlereagh, pour se conformer à l'esprit de la Constitution anglaise de 4C88, fit suivre l'actederatificationdu traité de subsides d'un mémorandum très significatif qui exprimait le sens

vice de l'année finissant au i«r avril 1816, entre les puissances alliées et la France

pour être divisés en égales portions entre avant l'expiration de la susdite année, le

les trois puissances, savoir : entre S. M. le subside, calculé sur l'échelle de 5 millions

roi de Prusse, S. M. l'empereur d'Autriche, sterling', sera payé à la fin du mois dans

roi de Bohême et de Hongrie, et S. l'empe- lequel le traité définilif aura été signé, et

reur de toutes les Uussies. S. M. Britannique promet de plus de payer

« Le subsidestipuléci-dessus de 5 millions à la Russie quatre mois, et à l'Autriche

sterling sera payé' à Londres, par appoints, ainsi qu'à la Prusse deux mois en sus du

parmois, cl en égale portion, aux ministres subside stipulé, pour couvrir les frais

des puissances respectives , dûment auto- du retour de leurs troupes dans leurs

risés à recevoir lesdites sommes. Le pre- propres frontières.

mier paiement sera dû à dater du l'i- mai « La présente convention additionnelle

prochain, et il devra avoir lieu immédiate- aura la même force et le même effet que si

ment après l'échange des ratifications delà elle était insérée mot pour mot dans la

présente convention additionnelle. Dans le traité du 25 mars.

cas oii la paix aurait lieu, et serait signée « En foi de quoi, etc. »

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