LES CABINETS ET LES AMMEES DES COALISÉS JUSQU'A L'ENTRÉE EN CAMPAGNE
Derniers actes des conférences de Vienne. — Constilution f;ermanique. — La Suisse. — Traité entre la Saxe et la Prusse. — Actes contre la jiersonne de Napoléon Bonaparte. — Lieu fixé pour sou exil. — Titre que désormais on lui donnera. — Notes allemandes et belges contre le traité de Paris. — Vaste plan de campagne — Les cinq armées.— Ordre des souverains pour hâter le mouvement, — Terme fixé pour le commencement des hostilités. — Plan de campagne arrêté à Vienne. — Opinion du duc de Wellinglon. — L'aile droite de la coalition. — l" Armée anglo-beige. — 2" Armée prussienne. — Centre.— Armées russe et allemande. — Aile gauche. — Armée autrichienne par Bàle. — Auslro Piémontais par le midi defltalie. — Espagnols aux Pyrénées. — Forces immenses. — Noies sur les premières opérations de Bonaparte. — Les villes belges. — Les armées du duc de Wellington et du prince Bliicher.
l"^' au 14 Juin 1813.
Le sort en était jeté, et Napoléon se montrait une fois encore inopinément sur les frontières du Nord, avec la pensée de surprendre les alliés dans un état de dispersion et de désordre qui ne permettrait pas le déploiement de leurs forces innnenses. A la tète de son armée pleine d'énergie , l'Empereur paraîtrait comme la foudre , réa-
140 Li:s <:i;.M' joius.
lisant ainsi reflet de la tête de Méduse, nu milieu des cantonnements prussiens et anj^lais. S il avait été bien informé de ce qui se passait à Vienne, à Bruxelles , aux Pays-Bas, en Allemagne, et des précautions prises, il aurait peut être agi avec moins de précipitation et surtout moins d'imprudence; car enfin, TEurojie entière s'était donnée rendez-vous sur le Rhin , aux Pyrénées et aux Alpes pour le l*^"" juillet ; en prenant linitiative, c'était s'exposer à être écrasé sous des masses innombrables. '
Au congrès de Vienne, loin que le débarquement de Bonaparte eut été un dissolvant pour les puissances qui discutaient le partage, cet événement subit avait produit au contraire un rapprochement plus actif, plus prompt, qu'on ne devait l'espérer. Les diilicultésqui en des temps ordinaires se seraient prolongées, et qui peut-être auraient produit des divisions et la guerre, s'étaient subitement apaisées; on avait vu des puissances abandonner leurs prétentions sur des territoires, pour se réunir à la cause commune. C'est ce qui arrive toujours lorsqu'un intérêt grave et un principe puissant dominent toutes les autres transactions; alors les rivalités particulières cessent, les intérêts isolés disparaissent devant l'action vivace du principe dont on redoute la force. Napoléon
1 II se publiait alors d'étranges choses en crime est comblée. Le jour de son juge- Allemagne sur Napoléon : ment approche. Babylone tombera, et elle Aux habiianis du paijs ilc Uerg. écrasera sous ses débris fumeux l'éternel
« Bonaparte est revenu. lîabylone, qu'on ennemi de l'Iuimanité .'
avait eu la grandeur d'âme d'épargner, l'a « Levez-vous, habitants du pays de Cerg.'
reçu dans l'ivresse d'une joie criminelle, c'est le combat du bien contre le mal. L'hu-
Les cris honteux d'allégresse qui parlent de manité vous appelle. Le drapeau sacré
ses murs, séjour de la trahison, retentissent flotte, la sainte croix est levée,
jusqu'au trône du juge des mondes. « Dusseldorf, le jour de la mortdeKolre
« Hésitez-vous? vous laissez-vous abat- Seigneur et Sauveur, 1815. »
tre?— Non, croyez! ayez confiance! Le gouverneur général.
K Le mal doit terminer son cours. Telle Signd, Justus Gruner. est la volonté de l'Eternel. La mesure du
RlisOLUTIONS DU CONGRES DE VIE.NiNr. (maI-JUIN ^815). ^M
lut, par le fait, le ^rand conciliateur à Vienne; il croyait par sa présence briser les conlérences, armer TAutriclie contre la Russie, la Prusse contre la Saxe ; eh bien ! le contraire arriva; on se ligua plus étroitement contre lui, et il devint comme le bouc émissaire destiné à tout ex piin*. Les questions les plus délicates, les plus difficiles, se l'ésolurent comme par enchantement. Ainsi l'acte final de la Confédération germanique, si grave à discuter, fut enlevé dans les dernières conférences du mois de mai ; le comité germanique, un moment suspendu, avait repris ses séances avec une grande activité; Tacte fédéra tif, T objet de tant de notes , de questions incidentes, fut définitivement adopté par le congrès. La Suisse reçut son organisation intérieure, ses rapports territoriaux furent fixés avec TAutricheet la Sardaigne ; on marqua ses limites du côté de la Valteline; le roi de Sardaigne céda quelques cantons à Genève, en échange de quelques autres villages de la vallée ; tout fut fixé pour le nneux des intérêts de la Confédération helvétique, et le résultat le plus important pour les cabinets, ce fut l'adhésion de la Suisse au mouvement militaire de la coalition ; la Confédération se dépouilla momentanément de sa neutralité, pour entrer en ligne avec Falliance européenne.
Il en fut de même de T Italie, où les intérêts furent réglés avec une certaine mesure; après la reconstruction de la monarchie autrichienne sur les larges proportions du royaume Lombardo-Vénitien' , on fixait leslimites du Pié-
1 La pragmatique ou l'organisation du « En conséquence des Irallés conclus
royaume Lombardo-Vénilien e-l du 7 avril avec les puissances alliées et des conven-
I8i5. lions ultérieures ei amicales laites avec
«Nous, François !"■, par la grdcc de elles, les provinces lombjrdes et véuiticiuies
Dieu, empereur d'Autriche, roi de Hongrie, dans toute leur étendue jusqu'au lac Ma-
de Bohême, de Lombardie, de Venise, etc., jeur , aux fleuves du 'lésin et du Pô,
archiduc d'Autriche, etc., etc. comme aussi celte partie du lerriloire Man-
mont, qu'on agrandissait de toute la république de Gènes, la Toscane revoyait ses anciens grands-ducs, ces princes si protecteurs; Modène saluait les descendants de la maison d'Esté. La puissance de Murât était tombée dans la poussière, Tactivité habile du commandeur llulfo et du duc de Serra-Capriola pressa la conclusion d'un arrangement favorable à leur maitre ; Ferdinand reprenant la couronne de Naples, offrait les forces de son royaume à la coalition. Pie Vil réclamait les anciennes possessions de la papauté, avec cette j)ersévérance résignée qui distingue la cour de Rome. L'acte final du congrès lut signé le 9 juin, un pou avant l'ouverture de la campagne ; il devait prendre ])lace dans le Livre d'or de la diplomatie ; complément indispensable du traité de Paris, il en expliquait et en étendait les dispositions. La tentative de Bonaparte avait mis une fois encore la France en péril, et l'Europe en harmonie; et ce besoin d'union, de concorde, de coalition se faisait sentir à tel point, que la Saxe et la Prusse réglèrent immédiatement leurs intérêts si divisés, par un traité spécial qui marquait désormais leurs frontières ; Dresde et Leipsick tant convoitées par la Prusse, restèrent comme grandes capitales au roi de Saxe, privé de plus d'un tiers de ses possessions. Il était ainsi puni de son noble attachement à l'empereur des Franç^ais en \ 815. A côté de ces conférences presque publiques, les pléni-
touan qui est située sur la rive droite de ce ainsi cousolider de plus en plus les lieus
dernier, et pareillemeni la province de la qui les unissent a notre empire , nous
Valieline el les comtés de Chiavenne et de avuns jugé convenable d ériger en royaume
liormlo, demeurent à perpétuité incorpo- ces provinces el ces districts sous le litre
rées, comme partie intégrante, à l'empire de royaume de Lombardie et de Venise
d'Autriche. (Lombardo-Veneto).
« Animé du vif désir de donner aux i>ro- (Suivent qu.nze articles qui règlent
vinces ci-dessus dénommées une preuve l'administration intérieure du nouveau
éclatante de notre affection, el du prix que royaume ) Rous attachons à cette réunion, voulant
LE CONGRÈS CONTRE NAPOLÉON (mAI-JUIN >I8^5). >I 45
potentiaires eurent à discuter certains points particuliers qui tenaient à la situation dans laquelle la tentative de Napoléon venait de placer les rapports de FEurope. 11 paraissait constant pour tous les diplomates, que Bonaparte serait incapable de résistera la coalition immense, tant les forces et Tunion étaient puissantes parmi les cabinets. La déclaration du ^5 mars avait résolu un point diplomatique de la plus haute {gravité ; Bonaparte était proscrit; en le mettant au bandes nations, l'Europe avait déclaré qu'il n'avait plus désormais le titre d'Empereur ; le traité de Fontainebleau était rompu ^ : « ce n'étaient pas les cabinets, disait le congrès, qui avaient manqué à la foi jurée ; Napoléon violant les clauses de ce traité s'était placé en dehors des garanties. » Dès lors, il fut résolu qu'on ne donnerait plus à celui qui avait porté si glorieusement la couronne d Empereur, à celui qui s'était assis au banquet des rois, que le titre de général Bonaparte j on le dépouillait du caractère que le traité de Fontainebleau lui avait reconnu.
Avec cette première résolution irrévocable, deux autres furent prises ; on ne devait traiter avec le gouvernement français que lorsque Bonaparte, livré par lui, serait conlié à la garde des puissances signataires du congrès de Vienne 2; cet esprit aventureux avait tant de fois
' « Les puissances, informées du débar- ° « La volonté du peuple français ne sufquemenlde Bonaparte en France, n'ont pu fit pas pour rétalilir, dans le sens légal , un voir en lui qu'un homme qui, en se por- gouvernement proscrit par des engagelani sur le territoire français à main armée menls solennels, que ce même peuple avait et avec le projet avoué de renverser le pris avec toutes les puissances de l'Europe, gouvernement établi, en excitant le peuple et qu'on ne saurait, sous aucun prétexte, et l'armée à la révolte contre le souverain faire valoir contre ces puissances le droit légiiime, et en usurpant le titre d'Enipe- de rappeler au trône celui dont l'exclusion reur des Français, avait encouiu les peines avait été la condition préalable de tout arque toutes les législations prononcent con- rangement pacifique avec la France. » tre pareil attentat >■ [Déclaration du il mai,)
{bêclaralion ducongrésdu i2mcî J8t5.)
troublé la paix des nations, qu'on se voyait forcé de prendre avec lui ces précautions de police européenne. Res lait enfin pour les conférences à fixer le lieu de sa captivité; car il ne serait plus désormais que prisonnier d'État, et Tile Saint-Hélène depuis lon^)temps indiquée, fut désignée définitivement dans les conférences du mois de mai. (^eci est un point à noter, ce ne fut pas la résolution inopinée et personnelle de r Angleterre, qui donna pour exil au général Bonaparte Tile Saint-Hélène ; cette résolution fut prise et formulée par un acte secret du congrès au mois de mai; si Bonaparte ne mourait pas sur le champ de bataille, on devait préserver l'Europe des écarts de son héroïsme, en lui appliquant le système des prisons d État que lui-même avait organisé par son décret de 1810.
Celle résolution, triste sans doute, importait moins à la France, que les fatales réclamations qu'élevaient déjà les Belges, unis à plusieurs cabinets de rAllemagne età la Sardaigne, contre les frontières domiées à la monarchie de Louis XVIII par le traité de Paris. Bonaparte pouvait disparaître de la scène du monde en laissant des regrels persoimels, une triste admiration, mais la France était toujours la France ; une nation ne meurt pas parce qu'elle perd un homme de génie; la plus cruelle menace que cette nation allait subir, c'était donc les réclamations vives, bruyantes, que les Allemands, les Belges et la maison de Savoie, élevaient à la suite du mouvement militaire de l'Europe. On a déjà dit que les Allemands se croyaient fortement blessés par le premier traité de Paris, qui assurait l'Alsace et la Lorraine à la France; des réclamations s'étaient élevées vives, pressantes; et le traité de Paris les avait fait taire ; à Vienne, la France s'était relevée comme puissance de premier ordre. Mais dans cette nouvelle circonstance où tant de sacriiices
RECLAMATION DES ALLIÉS CONTRE LA FRANCE (lUlN ^8^5). ^ ^5
(l'hoinmcs et d'argent étaient demandés à l'AlIenuipne : « pourquoi, disait-on, ne eherclierait-elle pas des indemnités territoriales? Ce n'était pas la Germanie qui commençait la guerre; on l'avait voulue, eli bien ! on en subirait les conséquences. Si donc la France ne pouvait se délivrer de Bonaparte toute seule, si la coalition était forcée de passer le Rhin ', l'Allemagne devait reprendre TAlsace et la Lorraine, ses anciennes possessions, les avulsa Imperii usurpés par Louis XIV et Louis X\ . » Les notes du baron de (lagern, rédigées en style pressant, déclamatoire, insistaient sur ce point^; ministre du Hanovre, iM. de Gagern s'appuyait sur l'Angleterre; la Prusse à son tour poussait la Confédération germanique à ces réclamations contre la France; car, si TAlsace et la Lorraine étaient reprises, on pouvait créer une souveraineté au roi de Saxe sur le Rhin, et la Prusse obtiendrait les villes de FEIbe. 11 existe un curieux projet d'un écrivain allemand, qui veut reconstituer au prolil du roi de Saxe un royaume d'Austrasie , formé de toutes les terres situées sur le Rhin et la Moselle; l'Alsace et la Lorraine, arrachées à la France, auraient été la base de cette royauté; les Vosges seraient désormais les limites de la monarchie française.
Les Belges, ou pour parlei- plus exactement le royaume hoUando-belge, élevait des réclamations presque identiques; peuples et gouvernements se plaignaient de ce que l'esprit turbulent de la France prenait toujours pour champ de bataille la Belgique : il n'y aurait
1 « Ce n'en plus Napoléon qu'il s'agil de nilés pour les princes qui ne peuvent en
renverser, c'est la France qu'il faut dé- trouver sulfisainment en Allemagne. »
membrer entièrement. Celte nation est trop [Mercurt du /!/»«..
industrieuse et trop remuante. La Lorraine ~ Voyez ces notes dan? mon lli^toitc de
et l'Alsace conviendraient parfaitement aux ta lienluiiraiivu. puissances, et seraient d'excellentes indem-
T. II. IQ
446 LES CEiNT JOURS.
pas de sécurité et de repos tant qu'une formidable ligne de forteresses ne s'étendrait pas depuis le Rhin jusqu'à la Meuse, et de la Meuse à la mer. D'après les diplomates hollando-belgcs : « la France, depuis deux siècles, avait considérablement usurpé sur ses voisins; pourquoi ces triples lignes de forteresses dans la Flandre, tandis que la Belgique était sans défense? On pouvait en rogner une ligne sans compromettre la sécurité de la France, en constituant une bonne frontière pour la Ijt'igique; la ligne d'Arras, de Mézières, de Rethel, pouvait parfaitement convenir à la France, car elle se liait à Metz, à Nancy, à Épinal, à Vesoul et à Besançon. La Belgique serait ainsi rassurée par un système de forlitications. » Ce plan trouvait appui dans l'assentiment de r Angleterre, une des puissances les plus vivement intéressée à l'abaissement de la France et qui aurait vu peutêtre avec satisfaction Dunkerque et Calais dans la ligne des frontières belges.
Cet esprit de réaction contre les conquêtes de la Révolution et de l'Empire se propageait du nord au midi. A peine la maison de Carignan était-elle établie sur le trône quelle exposa ses plaintes sur la fraction détachée de la Savoie dans le traité de ^1814, pour être réunie à la France : « Chambéry, disait la cour de Turin, était un ancien patrimoine de sa maison ' ; les Français n'avaient aucun droit à le posséder ; la frontière naturelle de la France était les Alpes et Grenoble ; au-delà, l'Italie commençait, et la Savoie était un des fiefs de la monarchie piémontaise; il fallait préserver le Midi connue le Nord des turbulences révolutionnaires. » Cette réclamation était appuyée par l'Autriche, qui,
1 Chambéry Tormait eocore, en 18 M, un chef-lieu d'arrondissement.
PLAN DE COALITIOM (jUIN ^845). A 47
en donnant la Savoie au Piémont, aspirait à grandir aussi ses frontières jusqu'à Alexandrie.
La Suisse se plaignait elle-nicnie du voisinage français ; il lui paraissait insupportable : « que Baie fût sous le canon dlïuningue, et que la capitale de toute la banque de la Suisse dépendît des caprices d'un général français, n Donc si Dieu protégeait les armes de la coalition, il s'ensuivrait une espèce de démembrement des frontières de la France; l'œuvre de Richelieu et de Louis XIV était attaquée dans ses fondements ; et qu'on le remarque bien, les grandes puissances, n'intervenant pas ici par elles-mêmes, se montraient désintéressées dans la question territoriale; elles ne paraissaient que connue protectrices des petits états qui entouraient la France, par suite de la nouvelle circonscription de l'Euiope : ainsi , au iNord, c'était les Belges qui demandaient, mais les Belges appuyés par l'Angleterre; au centre c était la Confédération germanique qui réclamait, mais la Confédération appuyée par la Prusse; dans le Midi, c elait ie Piémont, mais derrière le Piemonl était le cabinet de Vienne qui se posait aussi en protecteur de la Suisse. Voilà donc ce qu'avait de formidable la coalition, et le mal qu'avait fait la tentative fatale de iNapoléon Bonaparte.
Pour arriver à ce résultat d'un déchirement de la France , il fallait des forces immenses et un plan de campagne fortement conçu sur une telle masse de moyens qu'aucune résistance elhcace ne pourrait être opposée. On se concerta donc à Vienne pour les mesures à prendre; car toujours à coté d'un projet diplomatique se trouvait un plan militaire, méthode suivie en ^1815 (et on s'en était parfaitement trouvé) jusqu'à la capitulation de Paris en 4814. Les armées de la coalition
étaient composées de manière à ce que toutes les nations y fussent représentées; la plus intime union devait être maintenue; partout il y avait des commissaires des cin([ puissances qui suivaient les opérations jour par jour ; rintérèt étant commun, on devait marcher simultanément V Le plan militaire dos alliés différa peu de celui qui avait été adopté par les deux dernières campao^nes; leur but fut d écraser Bonaparte sous des masses tellement compactes, tellement resserrées, qu'il ne pourrait nulle part se faire jour. On ijjnorait encore sur quel point de la frontière il se porterait; quelques-uns penchaient pour TAIsace ; d'autres croyaient que, comme dans ses campagnes ordinaires, il prendrait le centre de rAllemagne pour se porter sur ses champs de bataille favoris au-delà du Rhin. Nul ne pouvait croire qu'il se jetterait en forces sur la Belgique , car c'était là où les alliés étaient les plus prêts, sous des généraux de premier ordre, le duc de Wellington et le prince Bliicher.
Il existe encore en original le Mémoire que le duc de Wellington adressa aux cabinets sur le plan de campagne
1 Le général prussien de Knesebeck , un ton doit prendre posilion entre En^hien ,
des théoriciens de l'école de Frédéric, pré- Italie et Jtmimapes, tenant des postes d'ob-
senla un plan d'opérations sur les bases sui- servation à Charleroi, et sur sa droite jus-
vantes : qu'à Ostende.
« Diriger les mouvements des armées al- « Cette armée doit regarder Anvers
liées de manière à ce que jamais une d'elles comme le point duquel ses opérations doi-
ne puisse être accablée séparément. Mais au vent partir, et où elle doit s'être réservé et
contraire, que plusieurs doivent toutefois préparé un asile au cas d'une stricte dé-
Sl- trouver ensemble , el, s'il est possible, lense; enfin, Anvers doit être en Hollande,
reunirs au jour de bataille ;:énérale ; voilà pour l'armée anglaise, ce qu'était Lisbonne
li; moyen d'aiiemdrc le but. Il résulte de eu Portugal. Dans le cas ou elle se verrait
cette considération que si, pour renverser attaquée par des forces supérieures, elle se
Bonaparte, Paris doit être de rechef l'objet retirerait sur celte direction et y prendrait
que les armées alliées se proposent, elles possession jusqu'à ce que les opérations
doivent se trouver sur la même hauteur des autres armées vinssent la dégager,
avant de commencer un mouvement com- >' L'armée de Bliicher prendra posilion
biné contre cette capitale. sur la rive droite de la .Meuse, entre Aumur,
« Il semble donc que l'année deWelling- Huy et l'Aste.
MK.MOilU: DL DUC DIC WELLINGTO.N (IL IN 1815). \ '(i)
(le la coalition. Le (général en chef des armées alliées en lîelpjique, celui qui prépare la funeste bataille de A\aterloo, médite de longue main son pian de campagne ; il a compris (ju'il fallait agir avec circonspection et prendre Paris pour but des opérations simultanées : : « D'après les Mémoires successifs que le soussigné a eu l'honneur de soumettre aux yeux des illustres souverains, il lui reste encore à présenter un aperçu des manoeuvres qu'il faudra iaire quand le moment sera venu de marcher vers Paris. La situation de la France présente deux opérations pour atteindre ce but : l'une, celle que les alliés ont suivie dans la dernière campagne, en s'avançant avec leurs j)lus grandes forces par les routes de Langres et de Dijon; Tautre peut se faire par la droite, en portant les plus grandes forces entre la Marne et TOise. Considérant que les armées du général Blùcher et la mienne partant de Mons et Namur n'auront que la moitié du chemin que celles du Rhin auront à parcourir, il parait qu'il faudra donner la préférence à la seconde opération. Si Ton devait s'y résoudre, voici, à ce qu'il paraît, quelles doivent être
« Un croit cependant devoir les préve- « Mais, pour le moment, les opérations nir que , jusqu'au commencement du mois des deux armées doivent se borner à une de juin, l'armée du Haul-Kliin ne pourra simple défensive, et à se soutenir récipropas élre rassemblée ni passer cette rivière quement jusqu'à ce que l'armée du Hauten force. Le fardeau de la guerre pèsera Rhin puisse lier ses opérations aux leurs, donc jusque-là sur les forces réunies sur la «Quand les forces de l'ennemi tombe- Meuse, et le soutien de l'armée du Haut- raient sur l'une de ces armées, sans que r.hin devra se borner à des diversions ou vers l'autre soit pressée, celle-ci manœuvrerait le .Midi de la France, ou vers la Lorraine, en attendant sur le flanc de l'ennemi. Par
«Des raisons majeures, comme parexem- exemple, quand l'armée de Wellington se-
ple la vraisemblance d'une contre-révolu- rail conlraiiiie de s^ retirer sur Anvers, ei
lion à Paris, ou la certitude que l'ennemi, que l'armée de Cliicher ne serait pas pres-
ayant été dans la nécessité de faire de forts sée en même temps, celle-ci s'avancerait
détachements pour le Midi, ne se trouve- fur le flanc de l'ennemi pour dégager l'ar-
rait pas en force du côté des Pays-Bas, mée de Wellington, avec réserve de ne pas
peuvent donner la possibilité de battre un trop s'éloigner de la Meuse, et des points
corps d'armée ennemi, ou de surprendre de Naraur à Liège. De même, si l'armée de
une des places fortes. Blûcher venait à être menacée, l'armée de
les dispositions : les corps de Wrède et du prince royal de Wurtemberg doivent marcher sur la Sarre; Tarmée russe s'y portera de même aussitôt que possible; Tarmée autrichienne restera sur le Haut-Rhin; le quartier des souverains sera prisa Fribourg; on tâchera de répandre de toutes parts le bruit que Ton se dispose à tenir à peu près le même plan de campagne que l'année passée; que la grande armée s'avancera de rechel sur la route de Baie à Langres; qu'elle sera secourue par Tarmée d'Italie et les Suisses; que les Anglais ont insisté pour faire le siège de Dunkerque; ce qui contraindra Bliicher de rester sur la défensive, et de faire une guerre méthodique; qu'il en est furieux; s'il est possible, il faut livrer de telles nouvelles et de tels plans à un des émissaires de Bonaparte, et en général ne rien négliger pour attirer celui-ci vers les frontières de la Suisse ou de TItalie. »
C'est par cette première ruse de guerre que les alliés veulent attirer Bonaparte sur le Rhin; ils craignent de le voir paraître inopinément en Belgique, et les Anglais redoutent le premier élan des troupes françaises. Puis
Wellington passerait la Meuse pour soûle- rivière, d'après les circonslanres, soil â
nir Ulûcher. Si l'ennemi se portail ave^ Bûle, soil enire Uuningue et Brissach.
toutes ses forces du côté de la Moselle, les « Le point d'appui de l'armée du Haul-
dcux armées marcheraient à la {gauche sur Khin doit rester derechef sur la Suisse, sans
Luxembourg, et lâcheraient de lui couper pourtant y passer qu'avec con«eniemeul
ses ressources. du gouvernement suisse. Mais comme il
"Dans celle position , les deux armées est indispensable pour l'armée autrichienne
resteront jusqu'à ce que l'armée du Haut- d'avoir une communication directe par la
Rhin passe le Rhin. Quand le moment du Suisse avec l'ilalip, ainsi qu'il est de la plus
passage sera venu, les armées de Blûcher hauie conséquence, et pour les opérations
et de Wellington tâ:;heronl de le faciliter militaires en général, et pour la sûreté de
de leur côté par un mouvement offiusif. la Suisse elle-même, d'avoir un libre pas-
« L'armée du Haul-Rhin continuera, en sage par Bâie et Genève, on entamera une
attendant, de se rassembler sur les lieux négociation avec le gouvernemrnl suisse
indiqués. Le moment de son passage étant pour obtenir une route militaire entre la
venu, elle se rassemblera promplement sur Souabe et l'Iialie.
un point, jettera des ponts, passera celte « La ligne d'opérations de cette armée
l'LAN DE CAMl-AGNE DES ALLIÉS (juIlN 1845). 151
le (lue de Wellington continue : « Si Ton réussit par ces stratagèmes à détourner de Paris les forces militaires de Bonaparte et à les attirer sur le Haut-Rhin, alors il faut vite réunir Tarmée du Haut-Rhin avec celle de la Russie, et marcher à lui pour livrer bataille, ou Toccuper et le forcer de rester sur le Haut-Rhin pendant que nous nous porterons brusquement sur Paris. » Le duc de Wellington énumère ensuite sans exagération les forces dont les alliés pourront immédiatement disposer ; il les porte à 556,000 : « Si Ton déduit de ces 550,000 hommes 50,000 pour observer les forteresses, il en restera toujours 500,000 pour marcher sur Bonaparte et lui livrer bataille; moi et Blùcher nous exécuterons nos manœuvres sur Paris avec ^ 20,000 hommes. Si Ton ne devait pas réussir à attirer la plus grande masse des forces de Bonaparte vers la Suisse, ritalieetle Haut- Rhin, Talternative se présente : ou Bonaparte, se vovant menacé par les généraux Blûcher et Wellington, marchera contre eux avec des forces supérieures, ou il allendra dans un cercle resserré autour de Paris (à peu près à la hauteur de Péronne, Laon, Rheims, Chàlons, Troyes)
sera Bâle, Belforl, Langres, Mulhauseii , la protection de ses forteresses e( du l;hin,
Ëpiiial. du côté de Strasbourg, pendant qu'il pourra
« D'après celte esquisse , on verra que tomber avec prépondérance sur l'armée de
les armées alliées ne formeront, jusqu'à la Meuse et, s'il devait réussir à la bailro,
l'arrivée de l'armée russe, que deux grandes de l'achever entièrement avant qu'elle puisse
masses, l'une groupée sur la Meuse, l'autre être soutenue.
du côté de la Suisse. La marche des événe- « Si l'ennemi voulait profiter de la lacune
menls a amené cette position ;et sans vou- qui, jusqu'à l'arrivée des Fiusses, se trouve
loir exposer l'armée de Wellington A un entre l'armée du Ilaut-Uihn el celle de la
échec, il ne faudra rien y changer. Aussi se Meuse, et se jeter dans cet intervalle, il me
pourra-t-il que l'ennemi par-là se voie semble qu'il faut être bien d'accord de se
forcé de former de son côté deux armées ; porter sur ses communications de toutes
mais s'il ne le fait pas, la trop grande dis- parts.
tance entre la Meuse et le Rhin lui donnf «Tîn attendant, on aura soin de préparer
l'avantage de manœuvrer longtemps sous à toutes les armées un train d'artillerie dr
l'j- l.KS CEiM JOIUS.
les manœuvres dos alliés. Dans le jîremier cas, le duc de ^^olli^tyl()^ et le fjénéral Bliicher doivent avoir la liberté de disposer des corps de \\ rède et du prince royal de \A iirteniberg, soit pour les attirer directement à eux, soit pour les faire marcher sur les ilancs de rennemi. Dans le second cas, où Bonaparte viendrait à rester dans le cercle indiqué jusqu'à ce que les manœuvres des alliés soient entièrement développées, voici ce qu'il faudrait laire. Les corps de Wrède et du prince royal de Wurteml)er[j,entoutliO,0001iomme&,doiventseconcentrersurla Sarre du côté des Deiix-Ponts. L'armée russe, de 1 20,000 liommes, passera le Rhin à Oppenheim , se diri{{eant derrière Tarmée bavaroise, par Kreutznach, lîirkenfeld, Ti'èves et Luxembourg; puis se portera à marche forcée sur Slenay. L'armée autrichienne, de 125,000 hommes, passera le Rhin entre Strasbourg et lîfde, chaque armée destinant un corps de vingt à (rente mille hommes, ((ui reste en arrière d'elle, pour contenir le ])ays, observer les forteresses, et soigner les ap[)rovisionnements. Que tout ce qu'il y a de landwher disponible se joigne à eux ' . Cette disposition faite, les opérations doivent commencer. » On remarquera que la stratégie du duc de ANelling-
siége, d'acci^lérer les marches des troupes si forts, que l'ennemi ne peut pas nous
en arriére, de les former en corps avant faire beaucoup de mal. Je suis aux avant-
qu'elles ne passent le nhin, et de bien pré- postes, lapins grande partie de l'armée
parer les' moyens pour rester pendant la ennemie est en face de ma division; et si
guerre au grand complet. L'armée d'Italie je suis tranquille, moi, les autres peuvent
ne peut entrer, pour le moment, dans le l'être aussi.
calcul (les opérations, et doit a^ir séparé- « r.elalivemeni aux opérations offensimcnt, jusqu'à ce que, peut-être à l'avenir, ves, mon opinion est que, malgré la suelle puisse lier directement ses opérations périorilé de nos forces sur celles de l'enà celles des autres armées. » nemi, nous ne devons pas nous étendre Signe, Knesebeck. plus qu'il n'est nécessaire afin de faciliter ^ youvelle note du duc de Wellington. la subsistance de nos troupes. Je n'sp- « Je ne dis rien de nos opérations dé- prouve pas qu'on étende notre ligne de fensives, parce que je suis porté à croire la mer jusqu'aux Alpes, car je suis conque Bliicher et moi nous sommes si unis et vaincu que dans ce cas les troupes placées
PLAN DE CAMl'AGM^ DES ALLIES (jL'liN ^845). 155
ton est jiis(jirioi toute eoiiibiiiéee en tenant compte des forces russes, 1 opinion fjénéralc des alliés est que rien d'important et de décisif ne peut être tenté avant Tarrivée des Russes sur le Mein. Aussi les calculs militaires du duc de \\ ellington deviennent-ils plus certains à mesure qu'il suppose 1 arrivée de ces forts auxiliaires. « L'idée générale est : -lo qu'on se présente à l'ennemi eu trois masses à peu près égales, dont le centre sera destiné à se porter, d'après les circonstances, ou sur la droite ou sur la gauche, et à renforcer de cette manière, par un mouvement rapide, une des ailes, pour lui donner une telle prépondérance de forces qu'il puisse livrer bataille avec l'espoir de la victoire. Si donc le mouvement doit avoir lieu sur la droite, les armées russe, prussienne, anglaise et bavaroise doivent tficlier de se réunir sur la Meuse aussi vite que possible. Alors, elles cliercbcront l'ennemi pour lui livrer bataille, ou marcheront brusquement sur Paris, tachant de le battre s'il s'y oppose, ou
à gauche de la ligne générale se trouve- être délivrés par des mouvements qui se
raient entièrement hors de la ligue des leraient à travers le Luxembourg. Selon
opérations. mon opinion, les opérations des alliés doi-
« Nous sommes maintenant, ou nous le vent commencer par la gauche, et le meil-
serons bientôt, échelonnés sur les fron- leur parti serait alors de passer le P.hin
liéres de France. La droite, stationnée ici, entre Bâle et Strasbourg. Le centre réuni
forme l'échelon le plus avancé, et la gau- sur la Sarre passerait le fleuve le jour où
che, placée sur le Haut-Rliin, forme le l'on supposerait que la gauche serait à
plus leculé. Langres.
•> Paris est notre but, et les plus grandes « Si ces mouvements ne délivraient pas forces ainsi que les plus grandes difricul- la droite, on les continuerait, c'est-à-dire la lés militaires sont opposées au mouvement gauche poursuivrait sa marche sur les deux de la droite, qui est la partie la plus avan- rives de la Marne, pendant que le centre cée d" noire ligne générale. Nous avons traverserait l'Aisne, de manière que la mémo à combattre de telles forces et de dislance entre les deux corps, et entre telles difficultés, qu'il me semble impossi- chacun d'eux et Paris, diminuât de jour en ble pour Blùcber et moi d'avancer avant jour. Mais cette dernière hypothèse n'est que 1rs mouvements des autres corps alliés pas probable : l'ennemi ferait certainement ne nous délivrent d'une partie des forces un mouvement rétrograde à la première ennemies qui nous sont opposées. M faut, nouvelle de la marche de l'armée du Hauten outre, observer que nous ne pouvons P.hin.
de tourner sur leur gauche si l'ennemi cherche à les prendre en flanc sur rihûion, ou en longeant la Meuse; manœuvre à laquelle il faudra s'attendre si Bonaparte est resté concentré dans le cercle de Troyes, Chfdons et Uheims; que le prince royal de Wurtemberg entretienne les communications entre ces armées et rarméeautrichienne, et que celle-ci manœuvre dans le llano de Tennemi, cherchant à Tallirer de son côté et à le tourner du coté de Paris, ou à le suivre s'il se tourne vers les armées de Blûcher et de Wellington. Pour cet effet, Tarmée autrichienne s'avancera sur Langres, le maréchal de Wrède sur Verdun; le prince royal de Wurtemberg, sur Nancy, Toul et Commercy ; Tarmée russe, en tournant Sarrelouis, Thionville, Longwy, sur Stenay ; Tannée de lîliicher, sur Mézières; \A ellington, sur Chimay. Chaque armée adoptera en principe de surprendre, s'il est possible, sur son chemin, quelques places fortes, et de ne pas s'engager contre des forces supérieures. Si l'ennemi tAche de |)ercer au centre, le prince royal de W urlemberg se repliera, et trouvera, dans les cas les plus malheureux toutefois, des asiles sûrs à Mayence ou à Luxembourg, pendant que les autres armées se porteront sur le liane
« Le résultul le plus |)rubable de ces ner sa gauche ; ou bien encore loule l'iir-
premiers mouvempnis serait lu couoen- mée se réunirait pour faire une alUique
iration des forces de l'ennemi sur l'Aisne ; générale sur les positions de l'ennemi, aussi entendons-nous parler de la foriifi- .• Je vais mainlenant examiner quelles
caiion de Soissons et de l.aon, et d'un forces seraient néccs.oires pour eïéniler
camp retranché à r.eauvai'', eic, etc. Dans ces opérations Celles de l'ennemi sont
ce cas, nous devons, après la première toul au plus de '^00,000 hommes effectifs,
o(iération, jeter toutes les forces qui nous non compris les t;ardes nationales qui for-
lesteront de l'autre côté de la Marne, et ment les garnisons; on peut donc présu-
nous fortifier, s'il le fallait, par les détache- mer avec assez de certitude qu'il n'en
menls du centre et de li s«""''"? Nous pourra porter guère plus de i50,ooo sur
marcherons alors sur Tans entre la Seine un point détermine. Basons donc notre
et la Jlarne, tandis que la droite et le centre marche sur ces données ; ayons 150,000
attaqueraient les positions de l'ennemi sur hommes à droite, 1 50,000 à gauche, et toul
c« dernier Meuve, ou tûclieraicnt de tour- le reste au centre. Ou bien, formons un
PLAN DES ALLIÉS (jUL\ ^8^5). ^55
(le rennemi pour le battre où le prévenir à Paris. » Ces mémoires, ces plans si multipliés des {{énéraux ennemis constatent un fait historique remarquable : c'est rinquiétude, ou même la terreur qu'inspirait le nom de Bonaparte : voilà des armées quatre lois plus nombreuses que les nobles phalanges que conduit Napoléon, et les alliés hésitent, calculent l'attaque, et donnent tout à la prudence et rien au hasard. Enfin le plan d'invasion définitif, arrêté dans les conférences de Vienne, le 9 mai, reposait sur une vaste échelle. Au Nord, une puissante armée se formait sous les ordres du duc de Wellington, plaçant son quartier-général à Bruxelles ; elle se composait d' Anglo-Belges, des Hollandais sous le prince d'Orange, et de toutes les légions allemandes, hanovriennes, que la Grande-Bretagne avait à sa solde. Le duc de Wellington se porterait par Namur sur Nivelles et Mézières ; là, il ferait la jonction avec Bliicher et les Prussiens qui déboucheraient par Dusseldorf, Maëstricht et Liège ; on marcherait avec précaution pour attendre la grande armée bavaroise, russe et alle-
cenlre surPisant en réserve pour la droite, de forls délachemenls. Le centre assiégcla gauche ou le centre, selon que l'on rail Sedan (qui n est ni fort ni défendu jugera le plus convenable pour la marche par une nombreuse garnison ), et obseret la subsistance des troupes , et dès lors verait Longwy, Ttiionville et Metz, la je répondrai du résultat, attendu que cette gauche aurait à ob^e^vcr de son côté Huréserve pourra être portée partout ou ningue et les forteresses de l'Alsace, be-oin sera Commençons dès que nous " Si l'on employait les troupes du l'iéaurons 450,000 hommes, et avant que les mont, leurs opéralinns devraient être sé- Auirichiens de la gauche soient à Langres, parées de la grande confédération, car en les Russes auront passé le P.hin, et toute combinant ces opérations, on romprait les l'armée prussienne se trouva en ligne. communications entre les troupes que j'ai " Telles sont mes idées générales ; je regardées jusqu'ici comme formant l'aile ne crois pas qu'elles diffèrent beaucoup gauche et le reste de la grande ligne. Cède celles du général Kne?ebeck. En pendant oti pourrait employer les forces parlant des sièges de (iivet et de Mau- du Piémont à protéger les mouvements de beuge, je ne prétends pas qu'il faille les la gauche, surtout en les dirigeant sur entreprendre avec la totalité des deux Chambéry , nu en leur faisant tenir ce armées de la droite, mais seulement avec poste en échec. Mais leur base est diffé-
-156 LES (;i:.NT joins.
mande, qui de Francfort s'avancernil par Mayence, afin de déborder simultanément dans les plaines de la Champafine.
Cihàlons était le premier rendez-vous; là les Anjilo- Belges, les Prussiens, les Russes, devaient se donner la main dans une immense réunion de plus de oO(),()00 hommes. En n)ème temps, T armée autrichienne, débouchant par Bàle, devait tourner Besançon, s'avancer par Vesoul, Chaumont, et prêter sa droite par Troyes à la jjrande armée, qui opérerait dans les plaines de la ("-hampagne. Le second rendez-vous était la ligne de la Seine. Les Piémontais, les Sardes et les Autrichiens, débouchant sur Lyon par Màcon et Dijon, devaient se lier à une fraction de Tarmée autrichienne sur Troyes. Enfin , une autre armée piémontaise, sarde, angla se, devait se porter sur le Midi, où l'insurrection royaliste n'attendait que le sional. Les Espagnols soulèveraient le Languedoc ; les Anglais et les Sardes, la Provence ; la Vendée serait en armes, et dans ce mouvement général les alliés espéraient étouffer Napoléon après le court espace de quelques semaines. Jamais l'histoire moderne n'avait présenté une réunion de forces aussi formidable. Les alliés éclairés par rexpérience savaient que, pour en linir avec une nation grande et forte comme la France, ce n'est pas trop de l'Europe entière; ils ne voulaient plus venir niaisement se faire battre en détail, se disputer ou
rente de celle du reste de l'armée, et ne s'ébranleront avant que toute l'armée aussi
peut être changée sans inconvénient. Dieu soit disposée en réserve ; mais je suis con-
sait si les alliés permettront que leurs vaincu que le plan d'opérations que je
forces soient divisées comme je le pro- viens de présenter est d'une utilité si évi-
pose, et si les Prussiens voudront agir en dente, qu'on n'y fera que très peu de
corps séparés, l'un sousBlùcherici.etl'au- changements. » tre avec le centre ; ou si les troupes alliées
LE DUC DE WELLINGTON EN BELGIQUE (JUIN ^S^Tj). ^57
se trahir, comme pendant les guerres de la République cl de l'Empire.
Depuis deux mois F armée anglo-belge se réunissait avec activité sur le territoire qui s'étend de Gand jusqu'à Groningue; dans cette monarchie à peine construite, dans ce royaume hollando-belge à peine formé, se manifestait un grand mouvement militaire qui avait pour mobile les Anglais; TAngleterre mettait un grand prix à dominer toutes les opérations de la Belgique ; ce pays devait désormais servir de centre à toutes ses transactions commerciales, comme un passage et transit naturel de ses marchandises pour rAllemagne. Depuis un mois le duc de Wellington s'était rendu de Vienne à Bruxelles ; il avait visité toutes les frontières, parcouru le territoire depuis Bruges jusqu'à Luxembourg; Louis XVIll luimême avait plusieurs fois accueilli le lord commandant supérieur des forces britanniques.
A Gand, le duc de Vellington avait cherché à se renseigner sur l'armée de Bonaparte; il s'en exprime dans une de ses dépêches à lord Castlereagh ; les notes ne lui ont pas manqué : « J'ai vu Clarke hier, et il m'a dit qu'un membre du ministère de la guerre en qui il pouvait avoir confiance lui avait appris que le 50 avril l'armée régulière de rennemi se montait à ^59,000 hommes, et la garde à 25,000, et que la gendarmerie et les gardes nationales pourraient porter ce nombre à 280,000 tout au plus. Beurnonville, qui doit le savoir, m'a dit aujourd'hui que l'ennemi aurait une force effective de 200,000 hommes ; il dit que le roi en avait 'l 55,000 lorsqu'il quitta Paris, et qu'il avait donné plus de cent mille congés qu'on avait rappelés, mais qu'il ne fallait pas compter que la moitié obéiraient à l'appel. .J'appris également qu'il y avait au moins
100,000 déserteurs disséminés par toute la France. Quant à ces différents rapports , il faut obsener que Clarke parie d'après des renseignements positifs, Beurnonville d'après des conjectures. Clarke ditqueTarméene s'est augmentée que de 30,000 hommes depuis quinze jours. Mais il faut remarquer que la garde a obtenu un renfort de ^ 9,000 hommes, puisqu'elle n'avait alors que 6,000 hommes , et qu'aujourd'hui elle en compte 25,000. ).
Au commencement de juin, 1 armée anglo-belge se composait de vingt-quatre brigades, dont neuf anglaises, dix allemandes, cinq hollandaises et belges j onze divisions de cavalerie, composées de seize régiments anglais, neuf allemands et six hollandais. C'était un assemblage curieux avoir que cette armée de plusieurs nations; les uniformes étaient variés, on parlait des langues diverses sous les lentes. Parmi les régiments britanniques, se distinguaient douze mille Ecossais en costume national , troupes solides au feu, avec leurs vieux airs nationaux et le pibroc des montagnes ; quelques - uns de ces régiments venaient d'accomplir une campagne dans le Canada ; sans toucher à l'Angleterre, ils durent débarquer immédiatement pour Ostende. Singulière fortune que la guerre destine aux troupes anglaises : elles combattent tantôt dans l'Inde, tantôt en Amérique, sur un point du globe ou sur un autre, en Egypte, à iMalte, en Espagne; dispersées dans le monde, elles n'ontd'autre patrie, d autre ralliement que le drapeau. L'appel du II juin dans les cadres de l'armée anglaise offrit les résultats suivants : 22,000 hommes d infanterie, 10,500 hommes de cavalerie, 5,000 artilleurs, purs Anglais, d'origine nationale. Irlandais ou Ecossais; à côté de ces troupes, le duc de Wellington avait groupé 42,000 Allemands à la solde de
l'armée anglaise en BELGIQUE (jlIN ^8^5). 'I oO
TAngleterre ; ^6,000 Hanovriens, grenadiers à la haute stature, soldats d'énergie et de force, dont la renommée était retentissante depuis la bataille de Fontenoy ; une légion germanique de 6,000 hommes, 4,000 soldats de Nassau, et 6,000 fantassins de Brunswick. La cavalerie allemande se composait de 2,000 Hanovriens , de 5,000 cuirassiers ou dragons, et puis \ ,500 de ces hussards de Brunswick, aux panaches noirs et flottants, célèbres déjà dans la campagne de ^8^5, le duc de Brunwicks-OEIs qui les conduisait était cette âme ardente, ce fils implacable qui avait voulu venger la mort de son père contre Bonaparte, qu'il disait son meurtrier. Le duc de Brunswick conduisait ces hussards de la Mort, qui devaient presque tous périr avec leur chef à Taltaque des Quatre- Bras. LesHollando-Belges, les auxiliaires des Anglais',
• S)tuation officielle des armées alliées en Belgique au 14 juin 1815.
Armée anglo-néerlandaise du duc de Wellington.
Force. Emplacement.
/' i Eiighien,
2 div angl., les gardes et Alten. lO.goO'J Surbise et
environs. 1" corps. / f brig. ind., div. Stedman. \ ( d'Oudenardo
Prince d'Orange. \ Armée belge-holl.{^,..,^„^ ,.„.„. ,.,,.ca }2',300{ , j^..^^„^
Braine-Ie-
/ A 1, 1 u 1. (brig. ind., div. Stedman. \ d'Où
d'Orange. \ Armée belge-holl..; ,. "^^ , , .,., , >2i,300< , ..
^ \ 1 div. Perponchelet Chasse, j j àN
Cavalerie du général Coliaert. •fj'iOO"!
Comte.
Î Renais, Ou- Leuze, Bruxelles.
Cavalerie de lord Uxbridge. 9, ,
" \ Mons.
„ (de Gand à
,8!iO.{
(;orps de Brunswick : Infanterie et cavalerie.
Bruxelles , Matines.
[ Genappe.
Artillerie. 6,ooo | Répartie.
Total, 123 bataillons, J14 escadrons, 240 canons. 99,900 combatfanls-
Bruxelles Contingent de Nassau. 3,''"" ' '
avaiont fourni 25,000 honiincs; rinfanterie iVélait point d'ôlile, on ne pouvait la compter qu'en seconde lijjne ; mais il y avait 5,000 cavaliers parfaitement montés et une artillerie admirablement servie.
Tous ces corps étaient dispersés dans les villes belges; il fallait trois ou quatre jours pour se réunir, et on ne ci'oyait pas être aussi vivement attaqué. Le duc de Welliujïton, pour ne point tant fatiguer les habitants, avaitbeaucoup étendu sa ligne de bataille ; les armées anglaises ont besoin de larges subsistances dans les pays où elles entrent en ligne; si on resserre trop leurs masses, les vivres manquent, et le duc de Wellington mettait beaucoup de soin à cantonner ses soldats dans les meilleures provinces de la Belgique. Lui , avait fixé son quartier-général à Bruxelles; généreux, magnifique comme T aristocratie anglaise, il donnait des bals aux dames belges, multij)liait les concerts, et on ne parlait que du duc de Wellington à Bruxelles; Tor et l'argent circulaient partout; point de réquisitions, tout était payé comptant par les commissaires britannicjues.
En étendant leur lij>ne vers la gauche , les Anglais
" corps, /ielen.
Prmsicn^ sons !c maréchal liWrher.
!, j. „ , . il Sur la Sambre,
\ div. d infanterie. („„„„)
^ , . . . „ > 32,800 < entre
Cavalerie de r.oder. 3,900 1 l.-. ■ .. ■
) f ThuinetAuveloy.
2' corps, j 4 div. d'infanterie. 1 1 o ( Environs de
Pircli. 1 Cavalerie de Jurgas. 4,ooo j ' | Namiir.
se corps. 1 4 div. dWanterie. ( I ^^nvirons de
Thielinann. ) Cavalerie de Ilobe. 2,500 r*'"^"! ^^'°^^
( ) ( et l):nanl.
4<' corps j 4 div. d'inranlcrie. Isosoo/ '^"^irons de
Uulow. *[cav. du prince Guillaume de rrusse. 3,000]"' [ I.icHo.
l.e total des deux armées, non compris quelques garnisons et le corps prussien de
Kleist (5«), qui comptait environ 30,000 hommes, était de 2 18,800 combattants et 5G0
canons.
l'armée PRUSSin.NNR (jUIN 4 815). ^Q\
avaient pour but de se mcltie en communication avec Bliicliei-, qui devait opérer simultanément. Le duc de Welling^ton avait partagé son armée en deux grands corps : l'un sous le commandement du prince d'Orange, dont le qunrtier-général était à Braiue-le-Comte; le second avait pour chef lord Hill, son quartier-général était à Bruxelles ; lord Uxbrigde commandait la cavalerie , son point de ralliement élait Grammont. Cest à la ferme des Quatre-Bras que F armée anglaise devait entrer en communication avec les Prussiens de Blïicher, qui s'avançaient par Dusseldorf.
Cette armée prussienne, qui devait jouer un rôle si actif dans les événements de la campagne, s'était réunie avec la promptitude que Bliicher savait mettre à toutes ses opérations militaires ; composée de corps prussiens et saxons, elle comptait85,000 hommes d'infanterie, 20, 000 de cavalerie et deux cent quatre-vingt-huit bouches à feu, servies par 15,000 artilleurs. Ces troupes n'étaient pas généralement bonnes et parfaitement identiques d'opinions ; on y voyait de vieux régiments qui servaient depuis dix années, et ceux-là étaient solides; mais avec ces régiments on devait compter une foule de levées en masse, dejeunesétudiantset ialandwerh à peine équipée. L'ardeur remplaçait la discipline; le désir d'en venir aux mains suppléait au défautd'habitude.Bliicher le patriote, la tète des universités, général en chef de cette armée, avait sous lui des officiers du premier mérite, et particulièrement les généraux Ziéthen , Bulow, et Mufling surtout ; on demandait partout la bataille , mais on ne l'attendait pas si prompte V Cependant, il ne faut point
* D'après les documents inédits qu'a la garde impériale, qui donna le premier
bien voulu me communiquer le général éveil aux rru^sien? sur la présence de
Jomini, ce fut un tambour, déserteur do l'Empereur.