T. M. XI
4G2 LES CEi>iT JOURS.
croire, connue Tout écrit les bulletins français, que les armées anglaise et prussienne aient été suprises par l'irruption subite de Bonaparte. Le duc de Wellington et Bliiclier suivaient avec attention les mouvements des troupes françaises sur la frontière; Napoléon n'avait point encore quitté Paris que déjà, par Tinstinct militaire et les renseignements positifs, les alliés étaient prévenus que des mouvements de troupes avaient lieu sur les frontières. D'après des notes arrivées au quartier-général, le duc de Wellington savait ([ue le général Gérard, parti de Metz le G juin, avait passé la Meuse et était arrivé le 14 à Philippeville ; en vain le général Belliard avait cherché à masquer le mouvement vers Sarrelouis, les Anglais et les Prussiens étaient prévenus de cette marche. On apprenait aussi que la garde impériale s'était portée sur Avesnes , que de Valenciennes et de Lille s'élançaient de nombreux corps qui tous avaient les yeux fixés sur la Belgique; l'armée française manœuvrait de manière à faire croire qu'elle se porterait sur la gauche ; mais Bliicher avait deviné la concentration sur la Sambre, et par conséquent la marche en avant sur lui ; il ne fut point surpris, il attendit fermement la bataille dans une belle position.
Le plan de toutes les opérations militaires des alliés sur la Meuse et sur les frontières belges avait été concerté d avance par le duc de Wellington, Blùcher, le prince d'Orange , lord Hill , le duc de Brunswick , les généraux Zieten et Bulow. La stratégie de l'Empereur commençait à être parfaitement comprise, et les généraux ennemis l'avaient profondément étudiée ; Napoléon se précipitait habituellement entre deux armées pour les séparer et les battre isolément; à cette méthode, qui a\ait si bien réussi dans les premières campagnes de
LES ALLIÉS EiN CAMPAGiNE (jLIN 4845). 465
TEmpereur, les alliés, depuis 4845, en opposaient une autre : quand Bonaparte opérait sa manœuvre d'attaque sur un corps d'année isolé, ce corps se retirait après une belle résistance, et tandis que Napoléon le poursuivait, une autre armée, par une marche de flanc, se présentait à son côté et le prenait ainsi entre deux feux, jetant la contusion et le désordre dans les rangs; à l'éventail que déployait l'Empereur, ils opposaient une grande tenaille qui l'écrasait et le broyait. Les Russes avaient suivi ce plan dans la campagne de 4 84 2; labatailledeLeipsick en 4 845 n'avait été au lond que le résultat de cette stratégie. En partant de ces données, positivement appuyées sur lexpérience, le duc de Wellington et Bliicher convinrent que le premier qui serait attaqué livrerait bataille; si le succès ne couronnait pas ses elïorts, il se retirerait en bon ordre, tandis que 1 autre armée, restée intacte, apparaîtrait aussitôt sur le flanc des Français, et donnerait le tem[)s au corps poursuivi de reprendre l'ollènsive , et de mettre PSapoleon entre deux leux. Ainsi cette stratégie peut ainsi parlailement se résumer : si l'armée française, manœuvrant sur la Meuse, attaquait d'abord Bliicher , il y aurait une première bataille acharnée, caries troupes étaient également animées d'un sombre enthousiasme; Bliicher battu se retirait, et immédiatement le duc de Wellington entrait en ligne sur les flancs de Napoléon. Si, au contraire, Napoléon marchant sur Bruxelles attaquait les Anglais du duc de Wellington, celui-ci livrerait bataille à son tour, également acharnée , et alors Bliicher et les Prussiens revenaient sur leurs pas et attaquaient avec des avantages incontestables les Français épuisés de fatigue. Cette ar rivée de Bliicher au Mont-St-Jeau qu'on a crue un effet du husardj une heureuse aventure pour le duc de Wellington,
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lïil arrêtée à Bruxelles quinze jours au moins avant le commencement de la campagne; seulementelle (levait être réciproque, et si Bliicher s'était trouvé dans la même position que le duc de Wellington à Waterloo, Tarmée anglaise serait venue au secours des Prussiens, comme les Prussiens vinrent au secours des Anglais. Tout avait été fixé avec une grande rectitude : le temps, les lieux, les ordres, et jusqu'aux heures mêmes calculées d'avance. Le général comte Pozzo di Borgo fut chargé de transmettre les moindres nouvelles au camp prussien ; il était comme l'intermédiaire entre les deux commandants en chef. Ces faits étaient bien nécessaires à expliquer, afin de comprendre les événements ultérieurs de la campagne qui va s'ouvrir par un coup d'éclat, et qui finit par un coup de tonnerre.
riviirAHATiFs de la campagne (jlin 1815). ^63