CAMPAGNE DE 1816. BATAILLE DE WATERLOO
Question politique. — Comment une bataille perdue a-t-elle pu renverser l'œuvre de Napoléon? — Esprit de Tarmée. — Crainte et hésitation des chefs. — M. de Bourmont et |)li]sieurs officiers passent sur le territoire belge. — Cet accident ch;inge-l-il le plan de Na[)oléon?
— La sciatique du maréchal INIortier.— L'armée débouche. — Premier combat. — Acharnement des deux camps. — Point de quartier. — Mouvement sur les Prussiens. — Avis réciproque du duc de Wellington et du prince Blùcher. — Position prise par les Prussiens. — Disposition de la bataille. — Question historique. — Le maréchal Ney a-t-il pu, a-t-il dû s'emparer de la position des Quatre-Bas? — Échec. — Contenance des Anglais. — Bataille de Ligny. — Fausse idée que les Prussiens sont détruits. — Retraite du duc de Wellington pour se mettre en communication avecBliicher. — Position prise au Mont-Saint-Jean. — Situation des armées. — La nuit du 17 au 18 juin. — Première période de la bataille du >[onl-Sainl-Jean. — Arrivée de Bulow. — Caractère de la dernière période de la bataille de Waterloo. — Défaut d'organisation. — Le maréch.il Grouchy a-t-il contribué à la perte de la bataille de Waterloo? — Désordre du soir.
— A quoi l'attribuer? — Conduite de Napoléon à la fin de la journée.
— Vérités et légendes sur Waterloo.
12 ;iu 19 Juiu.
L'histoire ne présente pas de phénomène niiHtaire aussi triste, aussi étonnant que cette cliute rapide, profonde, d'un grand œuvre politique à la suite d unecam-
parrne de six jours et d'une seule bataille. Dans la longue série de guerres, il y a eu des catastrophes aussi épouvantables que la bataille de Waterloo, des ruines aussi complètes, mais rien peut-être de comparable à Fanéantissement de tout cet Empire par suite d'une défaite. Six jours ont sulG pour le bouleverser ; ce qui était né si vite est mort plus vite encore; est-ce la condition de Texistence ? Quand le chêne a de vieilles racines, l'ouragan a besoin de souffler longtemps dans ses branches épaisses pour le renverser sur le sol ; lorsqu'à peine l'arbre tient au rocher desséché, la première bouffée remporte, il meurt, et il ne reste plus de traces que le bruit confus de sa chute. Ainsi fut évidemment Napoléon à Waterloo ; les Cent Jours étaient sans racines dans l'opinion , la France en avait assez de Bonaparte et de ses guerres; surprise, éblouie, trompée un moment, elle n'avait que faiblement secondé la révolution du 20 mars; Napoléon n'avait plus son prestige, il était éteint; la force n'était plus en lui; et voilà pourquoi une bataille suffit pour le faire crouler.
En histoire, on attribue souvent à une trahison ce qui est la suite d'une fatalité irrésistible. Les empires et les monarchies tombent par des causes inflexibles, invariables; la trahison, c'est le verre d'eau dans l'Océan des âges, c'est l'individualisme imperceptible dansles grandes causes qui amènent la chute des empires, c'est l'insecte qui ronge le vieil arbre. Nul ne peut nier la vigoureuse et maie contenance des troupes qui, sous les aigles, partirent pour Waterloo ; elles étaient fières de marcher encore une fois sous IVapoléon , leur chef de guerre , celui qui de la pointe de son épée avait tant de fois indiqué la victoire. Le soldat était plein d'ardeur, orgueilleux de son courage; mais un caractère particu-
M. DE BOURMONT QUITTE l' ARMÉE {^ 4 JUIi> ^815). ^ 07
lier se faisait remarquer dans cette armée : elle n'avait plus la confiance des jours de j>loire. Le souvenir des malheurs du passé jette dans les hommes une indicible amertume, une misanthropie découragée ; on pouvait remarquer cet esprit dans les rangs de l'armée qui partait pour Waterloo : on ne parlait que de trahison, on avait peur de son voisin ; il n'était pas un officier qui n'eût fait l'holocauste de sa vie, le sacrifice de ses jours; le passage d'un gouvernement à un autre était si rapide, les serments si fatalement violés, qu'on avait quelque raison de n'avoir plus de confiance, même en soi. On signalait du doigt les officiers soupçonnés de royalisme, les généraux républicains suspects ; le mot trahison était murmuré, et quand ce mot fatal traverse les rangs, il n'est pas loin de cet autre si fatal, sauve qui peut, qui retentit môme parmi les plus braves.
Chaque jour d'ailleurs il y avait des désertions sur la frontière belge ; on passait dans le camp royaliste à Alost ou à Gand ; de l'antre côté des frontières, se trouvaient les maréchaux Victor et Marmont , un gouvernenement établi sous Louis XVIIl ; bien dos hommes sans espérance pour la cause de Napoléon allaient joindre le drapeau Wanc , par conviction ou par des sentiments moins honorables. Or l'abandon du drapeau qui frapj)a le plus vivement l'armée impériale, ce fut le départ subit, inattendu, du général comte de Bourmont, des colonels Clouet, Villontrey, et de quelques autres officiers, chefs de bataillon, qui passèrent la frontière pour aller offrir leur épée au roi de France à Gand. Il est à remarquer que sur cette frontière de la Belgique , les proclamations de Louis XVIII et du général Glarke étaient répandues à profusion sous la tente ; un promettait 1 Oubli du passé, récompense même à tous
168 l.KS Ct.NT JOLKS,
ceux des officiers ou soldats qui vieiidraicnl joindre le drapeau blanc, soit à Alost, où était le duc de Berry, soit à Gand, qui était le siège même du gouvernement du roi ' . Le but et, je dirai, Tillusion des royalistes étaitqu'ils pourraient ainsi former une armée et démoraliser par ce moyen les troupes de l'Empereur ; ils espéraient même que Louis XVIII pourrait être proclamé sous la tente impériale, alin d'éviter une invasion de territoire par Tétranger. En vain les ordres les plus sévères étaient transmis pour éviter ces communications entre les royalistes et les divisions de T armée ; elles continuaient d'exister, et le général Clarke, ministre de la guerre , se faisait fort d'enlrainer la défection d'un bon nond)re d'officiers, soit royalistes, soit républicains. Les rapports de l'armée constataient que chaque jour des olliciers quittaient leurs rangs pour passer sur le territoire belge et allaient retrouver le drapeau blanc au-delà des frontières : l'Empereur en parle dans un de ses ordres du jour secrets. Toutes les fois que les opinions politiques divisent un pays^, ces fatalités ari'ivenl, et les jjénéraux Lafayette et Dumouriez avaient donné un malheureux exemple dès l'origine delà Révolution française. Je ne justilie rien, j'explique les faits en dehors de l'esprit des partis. Le général comte de Bourmont sortait des rangs de ces Bretons armés sous le Consulat, énergiques défenseurs des privilèges provinciaux et de la cause royaliste. La police pouvait bien dénoncer comme des brigands les lîls de la Vendée et de la Bretagne , mais l'esprit supérieur de Napoléon ne se laissait point aller à ces folles irritations; il voyait là de l'énergie et de la
1 Une proclamalion de Louis XVlIl fut ' Des officiers de cavalerie surtout pnsinséréeàceleffet dans leil/oni/e«i'rfeCaiid; saienl sur la rronlièrc beige, le Moniicur elle est du mois de mai. même en cite plusieurs
M. DE BOLUMONT (jlIN 4 8^5), 469
force ; il avait tenté de fjagner à lui Georges Cadoiidal, il lut plus heureux avec M. de Bourmont; le chef d'une division royaliste devint un des officiers supérieurs de TEmpire ; il se distingua par son activité et son intelligence ; à la campagne de 1814, il était général de division; les hulletins le citent pour sa belle conduite à Nangis ' , où il soutint les efforts de la grande année coalisée.
Avec les Bourbons, M. de Bourmont iVeut aucune faveur, on lui savait mauvais gré d'avoir quitté les rangs royalistes pour servir l'Empire : il resta lieutenant-général. Quand Napoléon débarqua, M. de Bourmont dut commander une des divisions de l'armée du maréchal Ney, destinée à une résistance contre Napoléon. Ici viennent des témoignages contradictoires : si l'on en croit le récit de M. de Bourmont, il fut très opposé à la défection du maréchal Ney; au contraire, selon le témoignage du maréchal , M. de Bourmont l'encouragea fortement à déserter la cause des Bourbons *, il connut la triste proclamation et 1 approuva ; mais lorsque le maréchal Ney porta ce témoignage, il était à la face de la mort et voulait se justifier. Tant il y a que M. de Bourmont resta sous le drapeau, et ce fut un tort; pourquoi ne donna-t-il pas sa démission le !5 mars, comme tant d'autres officiers ? Qu^ avait-il besoin de garder le commandement de ses troupes ? Lorsque l'Acte additionnel parut , comme cet Acte proscrivait les Bourbons, le général Bourmont vota ouvertement contre; mais pourquoi encore garda-t-il un commandement ? sa démission pouvait être tardive, il devait la donner encore ; car ce n'était pas une nécessité pour
1 Au mois de février 18I4, Voyez mon - Voyez le procès du maréchal Ney, dans travail sur l'Empire. mon Utaicire de la Resiuiiraiion.
lui de rester dans les rangs de Tarmée. La chronique militaire veut que l'Empereur ait montré quelque répugnance à confier une division de Tarmée de Belgique à M. de Bourmont; le général Gérard cautionna sa loyauté, et il se rendit à son poste. Il paraît constant, toutefois, que le général do Bourmont envoya le ^" juin sa démission au comte Gérard ' ; il espérait, il attendait son remplacement; là, sur la frontière, fut-il en communication avec le général Clarke et la petite armée royaliste sous le drapeau blanc? M. de Bourmont a dit que s'il avait attendu d'arriver à la frontière pour se démettre du commandement, c'est qu'il craignait d'être arrêté à l'intérieur ; c'était là une bien faible excuse pour un acte de cette importance, qui pèse sur toute une vie. TanI il y a que cette démission fut donnée trop tôt ou trop tard, mot qu'on attribue à M. le duc de Berry. On ne quitte pas le drapeau la veille d'une bataille.
Le départ du général Bourmont et de quelques officiers se fit de nuil, et produisit un triste effet moral sur Tarmée; mais c'est une erreur de dire qu'il changea le plan de campagne de iXapoléon : le général, a-t-on dit, donna des renseignements au duc de Wellington sur les projets de l'Empereur. M. de Bourmont ne vit pas le duc de Wellington; il alla directement à Alost et à Gand, pour rejoindre le général Clarke et les maréchaux Victor et Marmont ; il dut commander une division royaliste; là, il était à sa place. Quant au plan de Napoléon, nul ne le savait; son génie les improvisait sur le champ de bataille; conçus aux premiers rayons du soleil, souvent ils étaient accomplis avant que les feux du soir ne se perdis-
1 M. le maréchal Gérard n'a jamais démenli ce fait, cité par MM, de Bourmont nis dans la noble dcfiuse de leur père.
LES MARÉCHAUX MORTIER, MACDOISALD, OLDIKOT (^8^5). ^ 74
sent sur Thorizon. Qui pouvait so flatter de connaître les pensées de TEnipereur? Qui pouvait deviner ces improvisations de la victoire? Avec lui nul ne pouvait prévoir ses marches , ses combinaisons militaires. ' Napoléon avait quelque chose du {>énie italien: il était comme un grand improvisateur de stratégie, une sorte de poëte armé.
L'esprit de découragement gagnait les âmes les plus mâles. Le maréchal Mortier, à qui Napoléon avait confié un commandement, celui de la garde, je crois, s'excusa en se mettant au lit, atteint subitement d'une sciatiqueà Reaumont; on crut dans l'armée que c'était un jeu : on prétendit depuis que le maréchal Mortier avait été attiré à une autre cause plus nationale par M. de Valence, qui exerçait sur lui une vieille et absolue autorité '. Une sciatique vous prendre si rapidement , la veille dune bataille! c'est chose venue à temps! à Wagram , le maréchal Masséna, brisé de blessures, n'en parcourait pas moins le champ de bataille en calèche. Une sciatique ne pouvait empêcher un général de servir son Empereur ; cela n'eût pas été aux jours heureux d' Austcrlitz etdléna, le front en eût rougi. C'est qu'alors les refus arrivaient de partout à Napoléon; Macdonald, Oudinot, s'abstinrent de prendre les armes dans la campagne. Il se fit deux classes parmi les maréchaux et les généraux : A° ceux qui suivirent Louis XVIII à Gand, conmie les maréchaux Victor etMarmont, le général Clarke ; ou bien
1 Le général Jomini m'a dit qu'une des » Le marquis de Valence était lié avec la
choses qui avsienl le plus vivement attiré maison d'Orléans ; il avait distingué et
l'alteniioD de l'Empereur sur sa personne, avancé Mortier dans la campagne de 1792.
c'est que dans la campagne de ['russe, lui, Tous deux s'étaient fait inscrire comme
le général Jomini, avait deviné où serait simples grenadiers dans la garde nationale
dans deux ou trois jours le quartier-gé- de Paris,, neral.
qui vinrent le joindre, coninicJMM. de Beurnonville et Bourmonl ; 2° ceux qui, sans quitter la pairie, rciusèrent de prendre du service sous Bonaparte, tels que les maréchaux Macdonald , Oudinot et peut-être Mortier, les généraux Desselles et Gouvion-Saint-Cyr. L'armée n'était donc plus à Taise ; elle ne savait plus sur qui compter; les maréeliaux môme qui avaient accepté des commandements, tels que Ney et Groucliy, paraissaient sombres , inquiets, indécis ; et cette situation des chefs de r armée ne dut pas échapper à T instinct si avisé du soldat français * .
Pour se faire une idée exacte de la campagne qui va commencer, il faut constater un premier fait : c'était l'importance de la position des Quaire-Bras. La pensée de l'Empereur était de couper les communications entre les deux armées anglaise et prussienne, qui se joignaient
1 De même que les fils du maréchal ment après que j'aurai pris mon parli,
bourmont ont cherché à défendre la mé- vous soyez prêt à marcher sur Bruxelles,
moire de leur père, de môme les honora- je vous appuierai avec la garde qui sera à
blés enfants du maréchal Ney ont voulu Fleurus ou à Sombref et je désirerais arri-
remplir le pieux devoir de rétablir les lails ver à Bruxelles demain malin. Vous vous
historiques à l'égard de l'intrépide mare- meliriez en marche ce soir même si je
chai. L'un d'eux m'a fait l'honneur de prends mon parli d'assez bonne heure
m'envoyer la défense de son père, et j'en pour que vous puissiez en êlre informé de
publie les pièces les plus importâmes jour et faire ce soir trois ou quatre lieues,
iSaf)otcon au warcchal Keij. et être demain à sept heures du malin à
« Mon cousin, je vous envoie mon aide- Bruxelles. Vous pouvez donc disposer vos de-camp, le général Flahaul, qui vous porte troupes de la manière suivante. Première la présente lettre. Le major-général a dû division à deux lieues en avant des Quatrevous donner des ordres ; mais vous rece- Chemins, s'il n'y a pas d'inconvénient. Les vrez les miens plus loi parce que c'est de la divisions d'infanterie autour des CJuatre- ()lus haute importance. Je porte le mare- Chemins et une division à Marbais, afin que chai Grouchy avec les troisième et qua- je puisse l'allirer à moi à Sombref, si j'en irième corps d'infanterie sur Sombref. Je avais besoin. Elle ne retarderait d'ailleurs porte ma garde à Fleurus et j'y serai en pas votre marche. Le corps du comle de personne avant midi. J'y attaquerai l'en- Valmy , qui a 3,ooo cuirassiers d'élilc, à ncmi si je le rencontre, et j'éclairerai la l'interception du chemin des Romains ri de route jusqu'à Gembloux. Là, d'après ce qui celui de Bruxelles, afin que je puisse l'attise passera, je prendrai mon parti, peut-être rer à mol, si j'en avais besoin; aussitôt à trois heures après midi, peut-être ce que mou parti sera pris, vous lui enverrez soir. Mon intention est que, immédiate- l'ordre de venir vous rejoindre. Je désire-
LE MARÉCHAL NEY ET NAPOLEON (jl'LN 18^5). 475
par cette grande cliaussée, et c^est dans cette haute vue de stratégie qu'en se portant, lui, sur les Prussiens du côté de Ligny, il avait destiné à Ney, si brillant et si brave, la direction d'un mouvement parallèle, qui se résumait en ceci : « Pousser vigoureusement les Anglais, de manière qu'on put s'emparer des Qualre-Bras avant que le (hic de Wellington ne se mit à cheval sur cette chaussée. » Les Quatre-Bras étaient donc la clef de toute la campagne. Ney dut partir, se précipiter, aux ordres de l'Empereur.
Tout est triste et fatal dans cette campagne! quand une catastrophe arrive on s'en prend à tous. La conduite du maréchal Ney fut -elle militairement irréprochable? N'y eut-il pas des lenteurs, des tâtonnements de sa part? Deux systèmes se présentent ; les défenseurs du maréchal prétendent qu'arrivé fort tard au quartier-général, ne recevant que des avis incertains de l'Empereur, il ne put agir qu'après le moment décisif; les ordres écrits
rais avoir avec moi la division de la garde doit pas être loia de 45 à 50,000 hommes, que commande le général Lefebvre-Des- « Le maréchal Grouchy aura à peu prés nouettes, et je vous envoie les deux divi- la même force, et commandera l'aile sions du comte de Valmy de manière à le droite. La garde formera la réserve, et je rappeler si j'en avais besoin, et ne point me porterai sur l'une ou sur l'autre aile, faire faire de fausses marches au général selon les circonstances. Le major-général Lefebvre-Desnouettes, puisqu'il est proba- donnera les ordres les plus précis pour ble que je me déciderai ce soir à marcher qu'il n'y ait aucune difficulté sur l'obéissur Bruxelles avec la garde. Cependant, sancc à vos ordres lorsque vous serez découvrez la division Lefebvre par les deux taché ; les commandants de corps devront divisions de cavalerie d'Erloii et de P.eille, prendre mes ordres directement quand je afin de ménager la garde; s'il y avait me trouve présent. Selon les circonstances, quelque échauffourée avec les Anglais, il j 'affaiblirai l'une ou l'autre aile en augesl préférable que ce soit sur la ligne que mentant ma réserve. Vous sentez assez sur la garde. J'ai adopté comme principe l'importance attachée à la prise de Bruxelgénéral, pendant celte campagne, de divi- les Cela pourra d'ailleurs donner lieu à ser mon armée en deux ailes et une ré- des accidents, car un mouvement aussi serve. Votre aile sera composée des qua- prompt et aussi brusque isolera Tartre divisions du premier corps, des quatre mée anglaise de Mons, Osiende,etc. Je divisions du deuxième corps, de deux di- désire que vos dispositions soient bien visions de cavalerie légère , et de deux faites pour qu'au premier ordre vos divisions du corps de Valmy. Cela ne huit divisions puisïcnt marcher rapide-
de TEmpereur ne lui arrivèrent que très tardivennent ; il ne pouvait exécuter ce qui ne lui avait pas été ordonné. « Le V\ juin, disent-ils, à onze heures du soir, Ney reçut à r Elysée Tordre de rejoindre T armée ; le 1 2 il monte en voiture, il était à Laon à 40 heures du soir; le 45, à Avesnes en conférence avec TEnipereur; le 4 4 et le 45, il le suit pénihlement faute de chevaux; le 45, à 7 heures du soir il rejoint TEmpereur au-delà de Gharleroi, à renihranchement des roules de Bruxelles et deFleurus : « Bonjour, \ey, lui dit Napoléon; je suis aise de vous voir. Vous allez prendre le commandement des 4^"" et 2" corps d'infanterie ; le général Ileille marche avec trois di\isions sur Gosselies; Drouel doit coucher ce soir à Marchiennes-au-Pont ; vous aurez avec vous la division de cavalerie légère de Pire ; je vous donne aussi les deux régiments de chasseurs et de lanciers de ma garde, mais ne vous en servez pas. Demain vous serez rejoint par les réserves de grosse cavalerie aux ordres de kellermann.
menl el sans obstacles ?iir Bruxelles. ■> dispositions el de ce qui se passe sur vo-
Ciiarleroi, le itijuin i8i5. Ire front. »
Signe, Napoléon. Le maréchal d'Empire, major-géuéral.
A il. le m'iré< liai j rince de la Moikowa. Duc de Ualmaiie.
En avant Je Kleurus, le 16 juin, a A M. le maréchal prince i/e la iloàkuwa.
deux heures, Charleroi, le 16 juin iai5.
« Monsieur le maréchal, l'Empereur me « Monsieur le maréchal, l'Lrapereur orcharge de vous préveuir que l'ennemi a donne que vous mettiez en uiarclie les réuni un corps de troupes entre Sonibref deuxième et premier corps d'armée, ainsi et Bry, el qu'à deux heures el demie, M. que le iroisièine corps de cavalerie qui a le maréchal Croucliy, avec les troisième el été mis a votre disposition, pour les diriger quatrième corps, l'attaquera ; l'intention sur l'interjection des chemins dits les de Sa Majesté est que vous attaquiez aussi ce Trois-Uras { roule de iSiuxelles}, où vous qui est devant vous, et, qu'après l'avoir vi- leur ferez prendre position, et vous poriegoureusement repoussé, vous rabattiez sur rez en même temps des recouuaissauces, nous pour concourir à envelopper le corps aussi avant que possible, sur la route de donl je viens de vous parler. Bruxelles et sur Mvellcs, d'où probaole-
" Si ce corps était enfoncé auparavant, ment l'ennemi s'est retiré,
alors Sa .Majesté ferait manœuvrer dans « sa Majesté désire que, s'il n'y a pas
votre direction pour hâter également vos (i'iiiconvén:ent, vous établissiez une divi-
opérations. siou avec de la cavalerie a Geuappe, el elle
« Instruisez de suite l'Empereur de vos ordonne que vous portiez une autre divi-
LE MARÉCHAL xNEY AUX QUATRE-BRAS (jDIN ^8^5). 475
Allez, et poussez Tennemi. » Ce fut donc seulement le 4 5 à la nuit que Ney se trouva à la tète de son corps d'armée : il ne put donc se rendre en face des Quatre-Bras que le 4 6 au matin, moment où se développait le mouvement anglais. »
Les défenseurs de la grande stratégie de Napoléon, au contraire, soutiennent que Ney fit la faute énorme de ne pas marcher sur les Quatre-Bras avant les Anglais; lui si impétueux,si brave, perditun temps précieux. SouventNapoléon exigeait rimpossible; maissouventaussi Ney exécutait des choses si merveilleuses que TEmpereur put bien croire que Tinstincl militaire le pousserait tout seul aux grandes entreprises. Si le maréchal en effet avait été riiomme des belles campagnes, le môme qu'en Prusse, à lénn, en Allemagne, en Russie, quand il traversait les arméesentières avec quelques mi lie braves, certes la position des Quatre-Bras eût été enlevée avec quelques régiments,
sion du côlé de Marbais, pour couvrir aux ordres de M. le comte de Valmy, et
l'espace eulre Sombre!' et les Trois-Bras. par le premier régiment de hussards. Vous placerez, prés de ces divisions, la di- ., j'ai l'honneur de vous prévenir que
vision de cavalerie de la garde impériale, l'Empereur va se porter sur Sonibref, où,
commandée par le général Lefebvre-Des- d'après les ordres de Sa Majesté, M. le raa-
nouetles, ainsi que le premier régiment de réchal Grouchy doit se diriger avec les
hussards, qui a été déiache hier vers Gos- troisième et quatrième corps d'mfanterle,
sclies. elles premier, deuxième et quairiémecorps
« Le corps qui sera à Marbais aura aussi de cavalerie. M le maréchal Grouchy fera
pour objet d'appuyer les mouvements de occuper Gembloux.
M. le maréchal Grouchy sur bombrcl, et x Je vous prie de me mettre de suite à
de vous soutenir à la position des Quatre- même de rendre compte à l'Empereur de
Bras, si cela devenait nécessaire. Vous vos dispositions pour exécuter l'ordre que
recommanderez au général qui sera à je vous envoie, ainsi que de tout ce que
Marbais de bien s'éclairer sur toutes les vous aurez appris sur l'ennemi, directions, particulièrement sur celles de « Sa Majesté me charge de vous recom-
Gembloux ei de Wavres. mander de prescrire aux généraux com-
« Si ci-pendant la division du général Le- mandant les corps d'armée de laire reunir
febvre-Uesnoueites était trop engagée sur leur monde, et rentrer les hommes isolés,
la route de Bruxelles, vous la laisseriez et de maintenir l'ordre le plus parfait dans
vous la remplaceriez ju corps qui sera à la troupe, et de rallier toutes les voitu-
Marbais par le troisième corps de cavalerie res d artillerie et les ambulances qm au-
ne
sans examiner les périls, sans approfondir la résistance. Mais Ney alors avait perdu Ténergie de son caractère ; les événements l'avaient démoralisé, il était devenu timide, désespéré; ii appelait la mort à cjrands cris ; il aurait souhaité comme un bonheur que des boulets vinssent déchirer ses entrailles, et dans cette situation d'esprit, on perd tout. L'Empereur avait demandé à ?Sey de grandes choses comme autrefois, et le maréchal ne donna que ce qu'il put par rapport à la faiblesse actuelle de sa tète; lui lintrépide, fut prudent comme le général le plus vulgaire ; il fut dominé par le souvenir de la perte de A andamme en 1815, et qui amena de si grands périls pour Tarmée française; il craignait d'être cerné par les Anglais. La position des Quatre-Bras était d'autant plus décisive qu'elle pouvait isoler les Prussiens des Anglais , et rendre leur défaite plus complète; les Prussiens de
raient pu se trouver engagées en arrière. » Le maréchal d'Empire, major-général, SigtiL, duc de Dalmalie.
-4 M. le maréchal prince de la Moskoiva. << Charleroi, le 16 juin 18 1 5.
Monsieur le maréchal,
« Un oITicier de lanciers vient de dire à l'Empereur que l'ennemi présentait di's masses du coié des Qualre-Bras. Réunissez les corps des comtes Reille et d'Erlon, et celui du comte de Valmy, qui se met à l'instant en roule pour vous rejoindre ; avec ces forces, vous devrez battre et détruire tous les corps ennemis qui peuvent se présenter. Bliicher était hier à Namur, et il n'est pas vraisemblable qu'il ait porté des troupes vers les Quatre-Bras ; ainsi, vous n'avez affaire qu'à ce qui vient de Bruxelles.
u Le maréchal (irouchy va faire le mouvement sur Sombref, que je vous ai annoncé , et l'Empereur va se rendre à Fleuru?; c'est là où vous adresserez
vos nouveaux rapports à Sa Majesté. » Le maréchal d'Empire, major-général.
Siqné, duc de Ualmatie.
A M. le maréchal prince de la Itloskoica.
« L'Empereur ordonne que l'armée soit disposée à attaquer l'ennemi à neuf heures du matin ; MM. les commandants des corps d'armi'c rallieront leurs troupes, feront meure les armes en état, et permcllront que les soldats fassent la soupe ; ils feront aussi manger les soldats, afin qu'à neuf heures précises chacun soit prêt et puisse être en bataille avec son artillerie et ambulances, à la position de bataille que l'Empereur a indiquée par son ordre d'hier soir.
« M.M. les lieutenants-généraux , commandant les corps d'armée d'infanterie et de cavalerie, enverront sur-le-champ des officiers au major-général, pour faire connaître leur position et porter des ordres. »
Au quartier-général impérial, 18 juin i8i5. Le maréchal d'Empire, major-général.
Sijné, duc de Dnlmaiic.