BATAILLE DE WATERLOO (18 JUIN
csi lue, les généraux Friand et Michel sont blessés, les grenadiers se retirent en désordre. La bataille est comj)roniise.
Quand les troupes françaises s'agitaient auxcrisdewtje l'Empereur ! quand les soldats disaient pour s'encourager les uns les autres : « Voici Grouchyî voici Grouchy! » à Taspect de tourbillons de fumée, ce n'était pas le maréchal qui accourait au bruit du canon; Bulowse voyait déjà soutenu par Zieten , le général d'avant-garde de Bliicher; ce Zieten qu'on avait dit dispersé, tué, arrivait aussi en ligne, et tandis que BulowattaquaitPlanchenoit, il s'emparaitdelaHaye-Sainte. Ainsi partout les Prussiens, à Planchenoît, à la Haye-Sainte, sur le flanc etsur le derrière, et Blùcher à quelques centaines de toises au-delà des réserves. A cet aspect des masses profondes de Prussiens, la confusion la plus étrange se met dans les rangs français, une terreur subite se communique et se propage comme un mal contagieux; quelques cris se font entendre déjà : « Nous sommes trahis î sauve qui peut! » et l'on sait combien dans un désordre ces cris font de mal. Le duc de Wellington aperçoit la confusion, il en profite et lance une fois encore au grand trot toute sa grosse cavalerie. Les Français abandonnent leurs positions, les Anglais les refoulent devant eux, ils sont pressés par Zieten et Bliicher qui arrivent sur le champ de bataille à la Haye-Sainte, par Bulow qui brise tout ce qu'il rencontre à Planchenoît; attaquée de front, rompue sur les ilancs , l'armée française n'est plus qu'une foule confuse; c'est une masse sans chefs, sans commandement; ce n'est plus une armée.
Ce fut alors que se formèrent en bataillons carrés quatre régiments de la vieille garde ; ils devaient servir de point de ralliement et de réserve, pour opérer une re
traite régulière ; Napoléon l'avait ainsi ordonné, afin d'éviter des catastrophes comme à Moscou ou à Leipsick; il voulait se placer à leur tète, lorsque pressé par les aides-de-camp il quitta rapidement le champ de bataille à travers plaines. On a fait beaucoup de légendes sur la dernière partie de la bataille de Waterloo, et on a peint l'Empereur au milieu d'un bataillon de la garde, Tépée à la main, voulant mourir par une balle ou un boulet anglais ou prussien. Je respecte ces légendes du peuple, expression de son amour et de son admiration ; mais une telle mort n'était point à la hauteur d'une tête militaire comme la sienne et d'un homme d'État qui avait d'autres destinées à remplir : aussi cette légende n'est pas l'histoire. Voici la vérité : dès que l'Empereur se vit débordé par les Prussiens à Planchenoît, dès que le corps de Bulow se rendit maître de la ferme de Caillou, au-dessous de la Maison-du-Roi, Napoléon dut quitter Waterloo à travers champs ; son cheval vigoureux l'entraîna loin des Prussiens qui lui auraient fait un mauvais parti ; il ne voulait pas tomber dans leurs mains, et il laissa le champ de bataille avant môme que les derniers carrés de la garde eussent été formés pour protéger la retraite. La légende qui le place au milieu d'un bataillon héroïque, l'épée à la main, est une de ces glorieuses religions du soldat qu'il faut laisser dans un pieux mystère comme le mot du général Cambronne : « La garde meurt, mais ne se rend pas. » Certes, la garde était assez noble et assez intrépide pour prononcer ces paroles ; certes, l'Empereur était assez brave, assez grand, pour mourir sur un champ d'honneur; mais, homme politique, il ne le fit pas. L'histoire doit dire qu'il était déjà à deux lieues du champ de bataille lorsque le dernier carré de la garde fut enfoncé. Il ne fut