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CAUSES DE LA DEFAITE DE WATERLOO (JDLN

rejoint par ses ôquipajjes qu'à Charleroi; ses voitures, le portefeuille des cabinets, ses décorations, son trésor, tout fut enlevé par les Prussiens. Les funérailles de Waterloo furent moins nne retraite qu'un désordre. Elles s'expliquent par plusieurs causes générales, qu'il est important d'énumérer ^

L'armée qui marchait en Belgique était animée par deux sentiments qui nuisent à la discipline et au succès dans la guerre : la fureur, qui fait courir le soldat comme un exalté sur le champ de bataille, à la manière des nations primitives; et ce découragement profond qui suit une première défaite. Quand le courage est une fièvre , l'abattement vient après. Ainsi fut l'armée française à Waterloo : elle n'avait pas le sang-froid des vieilles bandes, ce courage méthodique du camp de Boulogne ; elle avait de la rage, de la fureur ; ses rangs furent souvent une confusion, on le vit dans l'attaque comme dans la retraite. Ensuite ce sentiment qu'il y avait trahison préoccupait le soldat, il ne croyait plus ni à ses généraux ni à ses officiers ; dans les événements les plus ordinaires , il apercevait une noirceur. Ces préventions, sources de désordre , enlèvent toute force morale ; elles arrivent chaque fois qu'il se mêle une exaltation religieuse

1 Le lieulenanl-général Duhesnie, vieux éprouviVent dans la reiraile, quoique 1res

soldat couvert de blessures et de la plus considérables, i uisqu'ils eurent 6, ooo pri-

grande bravoure, fut fait prisonnier en sonniers, ne compoiisent pas en'-ore les

voulant rallier une arrière-garde, l.e gêné- perles des alliés dans ces quatre jours ,

rai Mouton fut pris demème.Cambronne, qu'ils avouent être de (0,000 hommes,

général de la garde, resta grièvement savoir : ii,30O Anglais, 3,500 Hanovriens,

blessé sur le champ de bataille. Sur 26 gé- 8,000 Belges, Nassaux, Urunswickois ; to-

néraux anglais, i2 furent tués ou blessés tal, 22,800 pour l'armée anglo-hollandaise ;

griéveraenl. Les Hollandais perdirent 3 gé- Prussiens , 38,ooo ; loial général , co,800.

néraux. Les pertes de l'armée française, même y

Les perles de l'armée anglo-hollandaise compris celles éprouvées dans la déroule

et celle du général Bulow furent, pendant et jusqu'aux portes de Paris, furent de

la bataille, de beaucoup supérieures à celles 4 1 ,000 hommes, des Français, el les perles que les Françaip

OU une trop vive empreinte politique à un mouvement de guerre ; il faut au soldat de l'enthousiasme , mais sans enivrement; malheureusement, à Waterloo, les grandes lois de la discipline n'existaient plus.

Il y eut des fautes pour tout le monde ; si , aux Quatre- Bras, le maréchal Ney pouvait se compromettre en atta([uant sans hésitation, il pouvait aussi rendre un immense service. Ney , avec ses intrépidités d'iéna et ses folies de gloire , pouvait briser le prince d'Orange. Le ^8 juin, sur l'autre côté de la ligne, à Wavres, la conduite du maréchal Grouchy fut inexplicable : comment , lorsque le canon grondait sous ses pas, ne suivait-il point ce s;rand principe de stratégie : «marcher toujours au feu» ? Le maréchal Grouchy craignait de tomber avec son corps d'arméeau milieu de toutes les forces prussiennes, comme Ney le croyait aussi pour les Anglais; il craignait délre forcé de mettre bas les armes, entouré comme il Tétait par Bulow, ZietenetBlùcher. Singulier changement qui s'était opéré dans ces lieutenants de l'Empereur depuis leurs grandes journées : à Austerlitz, à îéna, tous osaient ; maintenant , en Belgique , tous craignaient ! là fut la cause d'une grande décadence. S'il faut en croire les récils bonapartistes , les avertissements ne manquèrent pas au maréchal Grouchy. « Le général Excelmans, qui commandait la cavalerie, se rendit près du maréchal et lui dit : « L'Empereur estaux mains avec l'armée anglaise; cela n'est pas douteux; un feu aussi terrible ne peut pas être une rencontre; il faut marcher sur le feu. Je suis un vieux soldat de l'armée d'Italie ; j'ai cent fois entendu le général Bonaparte prêcher ce principe. Si nous prenons à gauche, dans deux heures nous serons sur le champ de bataille. » — « Je crois, lui dit le maréchal, que vous avez raison ; mais si Blûcher débouche de Wa-

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vres sur moi et nie prend en flâne, je serai compromis pour n'avoir point obéi à mon ordre, qui est de marcher contre Blùcher. » Le général Gérard joignit dans ce moment le maréchal, et lui donna le môme conseil que le général Excelmans. « Votre ordre porte, lui dit-il, d'être hier à Wavres et non aujourd'hui ; le plus sûr est d'aller sur le champ de bataille. Vous ne pouvez vous dissimuler que Bliicher a gagné une marche sur vous; il était hier à Wavres, et vous à Gembloux; et qui sait maintenant où il est? S'il est réuni à Wellington, nous le trouverons sur le champ de bataille, et dès lors votre ordre est exécuté à la lettre; s'il n'y est pas, votre arrivée décidera de la bataille. Dans deux heures nous pouvons prendre part au feu; et si nous avons détruit l'armée anglaise, que nous fait Bliicher déjà battu ? »

Faut-il adopter absolument cette version? Dans les événements de l'histoire, lorsque de tristes résultats sont accomplis, beaucoup veulent se donner le mérite de les avoir prévus. Les généraux Gérard et Excelmans étaient de braves soldats et de dignes chefs , mais je doute qu'ils aient tenu ce langage et qu'ils n'aient pas été écoutés. Le maréchal Grouchy n'était pas d'une intelligence militaire bien étendue, il n'avait rien de spontané ; les ordres de l'Empereur étaient pour lui inflexibles ; il avait mission de surveiller le corps prussien de Bliicher, il croyait l'avoir devant lui, mal éclairé qu'il était parla cavalerie légère du général Pajol, et il tint à cet ordre. Bliicher, intrépide, hardi , lui déroba une marche; et en toute supposition pouvait-il l'arrêter? Les Prussiens, réunis au général Bulow, comptaient près de 85,000 hommes; le maréchal Grouchy en avait à peine 52,000; il pouvait être cerné, abîmé. Aux Quatre-Bras, Ney était trop faible pour contenir l'armée anglaise; à Wavres,

Grouchy était trop faible pour résister à l'armée prussienne; Tactivité de Bliiclier le trompa. Le maréchal Grouchy n'avait ni de ces conceptions ni de ces hardiesses militaires qui assurent les grands succès. Si on avait vécu encore au temps des merveilles, aux grandes époques d'Iéna et d'Austerlitz, toutes ces fautes n'auraient pas été commises; intrépides et jeunes, on ne comptait pas alors le nombre; aujourd'hui vieux et fatigués, on calculait trop ; Mortier avait une sciatique , le maréchal Grouchy un peu de goutte, et Ney ce sombre désespoir qui ne voyait d'autre abri pour lui que la mort.

Et l'Empereur lui-même ne fit-il pas des fautes considérables dans cette campagne ' ? Qui expliquera le retard qu'il mit a attaquer les Prussiens à Ligny ? et après avoir vaincu Blùcher, pourquoi perd-il une journée entière avant d'attaquer les Anglais encore dispersés dans leurs cantonnements? Sa grande erreur surtout fut de croire que Bliiclier était entièrement détruit , et qu'il ne devait le faire suivre que par un corps d'observation. A toutes ces causes, il faut ajouter l'impossibilité où était Napoléon de vaincre des armées aussi considérables ; il n'avait pas de moyens suffisants, il se trouvai! en face de généraux de premier ordre, pleins de confiance, parce qu'ils savaient que Napoléon n'avait pas les éléments de vaincre. Bliiclier et Wellington auraient été battus, que les Russes arrivaient; après les Russes, les Autrichiens! L'idée napoléonienne était finie, et quand un temps est ainsi arrivé, tout est dit pour une cause !

* Comme siralégie , le général Jomini lui reproche d'avoir commencé la campagne avec deux ailv.s .saniiceiure.

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