‹ Les cent joursChapitre 35 sur 98 · NAPOLÉON APRÈS WATERLOO (49 JUIN · texte numérisé non relu

NAPOLÉON APRÈS WATERLOO (49 JUIN

de FElbe? De Charleroi môme, il écrivit sur-le-champ deux lettres à son frère Joseph : Tune, publique, devait être lue au conseil des ministres; c'était un long mensonge sur la bataille de Waterloo, afin de ne pas inquiéter le Conseil et la Chambre ; il se résumait par une demande d'hommes et d'argent. Dans la seconde lettre, toute confidentielle, il disait la vérité entière à son frère, en lui répétant, toutefois , que tout n'était pas perdu : « J'ai encore 450,000 hommes; les fédérés et les gardes nationales m'en donneront 400,000; les bataillons du dépôt, 50,000: j'aurai donc 500,000 soldats à opposer de suite à l'ennemi. J'attellerai l'artillerie avec les chevaux de luxe; je lèverai 400,000 conscrits; je les armerai avec les fusils des royalistes et des mauvaises gardes nationales. Je ferai lever en masse le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne, la Lorraine, la Champagne; j'accablerai l'ennemi : mais il faut qu'on m'aide et qu'on ne m'étourdisse point. Je vais à Laon , j'y trouverai sans doute du monde. Je n'ai point entendu parler de Grouchy: s'il n'est point pris, comme je le crains, je puis avoir dans trois jours 50,000 hommes ; avec cela j'occuperai l'ennemi, et je donnerai le temps à Paris et à la France de faire leur devoir. Les Anglais marchent lentement; les Prussiens craignent les paysans, et n'oseront point trop s'avancer : tout peut se réparer encore. Écrivez-moi l'effet que cette horrible échauffourée aura produit dans la Chambre. Je crois que les députés se pénétreront que leur devoir, dans cette circonstance, est de se réunir à moi pour sauver la France : préparez-les à me seconder dignement. » L'Empereur ajouta de sa main : « Du courage et de la fermeté! » C'était ici une illusion complète; Waterloo devait produire un autre effet sur la population et sur les pouvoirs ; Napoléon

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ignorait que la plus grande plaie de la France, c'est le découragement après le premier revers.

L'Empereur ne put rester à Philippeville , déjà Pennemi enlaçait cette ville par ses coureurs; réveillé en sursaut, il fut obligé de fuir encore ; autour de lui se pressaient les généraux Drouot et Dejean, MM. de Flahaut, de Labédoyère, Corbineau et de Bissy. Toute Tescorte était à faire pitié, des ligures décomposées , des habits couverts de sang et de poussière. On avait atteint Rocroy, souvenir de victoire du grand Condé, et c'est là qu'on disserta sur les moyens qui restaient à l'Empereur et au pays ; mille paroles furent dites, chaudes, ardentes , mais sans portée , comme celles de jeunes officiers ; Labédoyère voulait que « Napoléon vînt s'offrir de mourir en soldat et de remettre la couronne au plus digne ; les Chambres alors le seconderaient d'enthousiasme. » On lui répondit que c'était mal connaître les représentants; ceux-ci accuseraient Napoléon d'avoir perdu la France. « Que Dieu nous préserve d'un semblable malheur ! s'écria Labédoyère plein de feu; si les Chambres s'isolent de l'Empereur, tout est perdu : les ennemis, sous huit jours, seront à Paris; le neuvième, nous reverrons les Bourbons ; alors, que deviendront la liberté et tous ceux qui ont embrassé la cause nationale? Quanta moi, mon sort ne sera pas douteux, je serai fusillé le premier. » Pauvre jeune homme! quel sinistre pressentiment ! — « L'Empereur est perdu s'il met le pied à Paris: il n'y a qu'un seul moyen de se sauver, lui et la France, reprit M. de Flahaut; c'est de traiter avec les alliés et de céder la couronne à son fils. Mais, pour pouvoir traiter, il faut qu'il ait une armée; et peut-être, au moment où nous parlons, la plupart des généraux songent-ils déjà à envoyer leur soumission au

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