‹ Les cent joursChapitre 37 sur 98 · DÉLIBÉRATIONS SUR LA DICTATURE (21 JUIN · texte numérisé non relu

DÉLIBÉRATIONS SUR LA DICTATURE (21 JUIN

dynastie impériale. Lucien défendit l'opinion d'une forte et grande dictature confiée à son frère ; il était redevenu riiommeferme du 48 brumaire; les moyens violents ne lui paraissaient pas en dehors de la situation ; s'il le fallait, au besoin, on dissoudrait la Chambre des représentants par la force; l'armée n'était-elle pas dans les mains de l'Empereur' ? Il y a malheureusement des hommes en politique qui vivent avec une idée; comme cette idée a fait leur force, leur réputation, ils la caressent et veulent la reproduire, alors même que les temps et les opinions ont changé. Ainsi, pour Lucien, tout se résumait dans le 4 8 brumaire; il avait fait jeter les Cinq-Cents par les croisées à Saint-Cloud, il croyait le pouvoir encore en 4 84 5, sans remarquer que le 48 brumaire était la jeunesse dans la vie de Bonaparte, et que les Cent Jours étaient la décrépitude et la mort. Donnez aux vieillards la nourriture des jeunes hommes, et vous les tuez; et il en est de la vie des Etats comme de celle des hommes. Carnot appuya Lucien, et Napoléon peut-être allait se décider pour une mesure de force et d'énergie, lorsqu'un message des représentants vint tout à coup interrompre la délibération.

Fouché, qui s'était entendu avec M. de Lafayette et les meneurs de la Chambre des représentants. Manuel, M. Jay, M. Dupin aîné, n'avait rien laissé ignorer de ce qui se passait dans la tête et le cœur de Napoléon pour

1 « Je me suis déjà trouvé dans des cir- joindre à l'Empereur pour sauver la

constances difficiles , et j'ai vu que plus France, il faut qu'il la sauve seul; il faut

les crises sont grandes, plus on doit dé- qu'il se déclare dictateur, qu'il mette la

ployer d'énergie. Si la Chambre ne veut France en état de siège, et qu'il appelle à sa

point seconder l'Empereur, il se passera de défense tous les patriotes et tous les bons

son assistance. Le salut de la patrie doit Français. »

être la première loi de l'Etal ; et puisque {Opinon de Lucien.) la Chambre ne parait poiut dlsposét; à se

la dictature; il exagéra même les bruits sinistres quîcir-' culaient contre les représentants : « les nouvelles étaient très alarmantes pour ce qu'on appelait les mandataires du peuple; on méditait un 4 8 brumaire; les débris de la jjarde impériale devaient agir contre les organes de la nation : on essaierait une journée. »

Depuis le matin , M. de Lafayette était résolu à une démarche, car, je le répète, il paraissait comme l'oiseau sinistre qui annonçait la chute des gouvernements. On était au 21 juin, les représentants en grand nombre se réunirent à midi ; les visages étaient différents : les bonapartistes paraissaient consternés ; les patriotes de ^ 789, faut-il le dire! laissaient percer un rayon de joie, car ils voyaient dans ce sinistre événement un moyen de renverser Bonaparte , s'imaginant ensuite avec puérilité qu'ils pourraient obtenir des alliés un gouvernement de leur choix. Tous les partis étaient prêts; on attendait à tout moment une menace violente. Dans ces pénibles circonstances, M. de Lafayette monte à la tribune, avec son froid et impitoyable courage contre les gouvernements qui tombent, avec ce calme qu'il ne perdit jamais, alors même que le sang coulait à grands flots dans les journées de Versailles ou au Champ-de-Mars. Le voilà maintenant à la tribune : que va-t-il dire? que va-t-il proclamer ? Au milieu du silence universel , voici les paroles qu'il fait entendre contre celui qui l'avait sauvé des prisons d'Olmultz : « Messieurs., lorsque, pour la première fois depuis bien des années, j'élève une voix que les vieux amis de la liberté reconnaîtront encore, je me sens appelé à vous parler des dangers de la patrie, que vous seuls à présent avez le pouvoir de sauver. Des bruits sinistres s'étaient répandus ; ils sont malheureusement confirmés. Voici le moment de nous rallier autour

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