M. DE LAFAYETTE ET LA CHAMBRE DES UEPRÉSENTANTS
du vieil étendard tricolore, celui de 89, celui de la liberté, de Tégalité et de Tordre public! C'est celui-là seul que nous avons à défendre contre les prétentions étrangères et contre les tentatives intérieures. Permettez , messieurs, à un vétéran de cette cause sacrée, qui fut toujours étranger à Tesprit de faction , de vous soumettre quelques résolutions préalables , dont vous apprécierez, j'espère, la nécessité. Les voici : « La Chambre des représentants déclare que T indépendance de la nation est menacée. La Chambre se déclare en permanence. Toute tentative pour la dissoudre est un crime de haute trahison. Quiconque se rendrait coupable de cette tentative sera traître à la patrie, et sur-le-champ jugé comme tel ; r armée de ligne et les gardes nationales qui ont combattu et combattent encore pour défendre la liberté, rindépendance et le territoire de la France, ont bien mérité de la patrie; le ministre de Tintérieur est invité à réunir à T état-major général les commandants et majors de légion de la garde nationale parisienne, afin d'aviser au moyen de lui donner des armes, et de porter au plus grand complet cette garde citoyenne, dont le patriotisme et le zèie , éprouvés depuis vingt-six ans , offrent une sûre garantie à la liberté, aux propriétés, à la tranquillité de la capitale et à l'inviolabilité des représentants de la nation ; les ministres de la guerre, des relations extérieures, de la police et de l'intérieur sont invités à se rendre sur-le-champ dans le sein de l'assemblée ^ . »
Cette résolution résumée en quelques lignes; brisait toute l'autorité de l'Empereur; M. de Lafayette ne disait pas « qu'il fallait se réunir autour du chef de l'Etat, mais sous le drapeau tricolore ; idée vague de souveraineté po-
1 Séance du 2i juin 1815.
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pulaire ; il y avait de la perfidie à parler des tentatives coupables, car c'était signaler les projets de dictature. Enfin, ]a Chambre, agissant sans le concours de TEmpereur, allait déclarer crime de haute trahison la tentative de la dissoudre; elle mandait les ministres à sa barre; ce qui était r exercice des pouvoirs souverains en dehors du prince ; et tout cela fut voté d'acclamation.
Cest ce message qui arrivait au milieu du conseil de gouvernement, présidé à TElysée par TEmpereur. Ainsi au moment où il fallait des résolutions d'unité et d'énergie , la Chambre jetait des brandons de discorde : qu'allait-on faire désormais de cette nation sans tète, de ce peuple sans chef, sans conducteur? Il y avait un parti à prendre à l'Elysée , c'était l'immédiate dissolution de la Chambre ; on y était d'abord résolu, et cet acte de fermeté n'eût pas manqué d'exécuteurs dans le parti militaire et national; mais les avis mollissaient déjà; l'Empereur lui-même baissa la tète tout rouge de dépit ; puis la relevant fièrement, il s'écria : « J'aurais dû congédier ces gens-là avant mon départ; c'est fini, ils vont perdre la France. Regnauld ne m'a point trompé, ils ne veulent plus de moi. Eh bien! j'abdiquerai s'il le faut, mais pas encore; voyons d'abord; Regnauld, allez à la Chambre, calmez-la et sondez le terrain. Vous leur annoncerez que je suis de retour; que je viens de convoquer le conseil des ministres ; que l'armée, après une victoire signalée, a livré une grande bataille; que tout allait bien; que les Anglais étaient battus; que nous leur avions enlevé six drapeaux, lorsque des malveillants ont causé une terreur panique; que l'armée se rallie ; que j'ai donné des ordres pour arrêter les fuyards; que je suis venu pour me concerter avec mes ministres et avec les Chambres, et que je m'occupe, en ce moment,