COMMUNICATIOISS AUX REPRESENTANTS (4 G JUIN
des mesures de salut public qu'exigeront les circonstances. »
Ce terme moyen , qui jetait l'Empereur dans les bras des représentants, devait plaire aux timides qui composaient le conseil. M. Regnauld rédigea une communication officielle sur les événements de la bataille de Waterloo; comme il avait la parole facile, de Télégance, des formes et une habitude des assemblées, il espérait être écouté avec faveur'; il devait, sinon dominer la Chambre, au moins la préserver d\m de ces mouvements qui en finirait avec la dynastie de TEmpereur. Montant à la tribune, il se borna pour le moment à communiquer aux représentants une note brève et significative sur les désastres de la campagne; elle était ainsi conçue : « L'Empereur est arrivé à onze heures. Il a convoqué le conseil des ministres; il a annoncé que l'armée, après une victoire signalée dans les plaines de Fleurus, où l'élite de l'armée prussienne a été écrasée, a livré une grande bataille, deux jours après, à quatre lieues de Bruxelles. L'armée anglaise a été battue toute la journée, et obligée de céder le champ de bataille. On avait pris six drapeaux anglais, et la victoire était décidée, lorsqu'à la nuit des malveillants ont répandu l'alarme, et occasionné un désordre que la présence de S. M. n'a pu rétablir à cause de la nuit, qui n'a été qu'une suite de désastres qu'on n'a pu arrêter. L'armée se rallie sous les murs d'Avesnes et de Philippeville. S. M. a passé à Laon ; elle y a donné des ordres pour que la levée en masse des gardes nationales des départements arrête les fuyards. Elle est venue à Paris pour conférer avec ses ministres sur les moyens de rétablir le matériel de l'armée. L'intention de S. M. est
1 M. Regnauld s'était déjà rorlemeotrapproché du parti Fouché.
de se concerter aussi avec les Chambres sur les mesures législatives qu'exigent les circonstances. S. M. s'occupe en ce moment des propositions à présenter aux Chambres. »
A cette communication si curieusement dissimulée^ M. Regnauld n'ajoute pas une seule parole; il la croit assez grave et assez solennelle; mais de sourds murmures se fout entendre : « M. Regnauld, vous n'êtes pas un ministre à département ; la Chambre a mandé les ministres, qu'ils viennent! qu'ils viennent 1 » — « Assurons la sécurité des représentants, dit M. Félix Desportes , et qu'une commission soit nommée pour veiller sur notre palais. » — « Oui, oui ! s'écria-t-on, car on a voulu menacer la représentation nationale. » Aussitôt on désigne cinq membres chargés de garantir l'indépendance de la Chambre : ce sont le républicain Gamon et avec lui le général Becker, l'ordonnateur Lefèvre, l'ancien officier de marine Labbey de Pompières et le représentant Pénières^ M. Jay, organe de Fouché dans l'assemblée, s'écrie avec une grande vivacité : « Les ministres ne viennent pas; veulent-ils désobéir aux ordres de la Chambre? Envoyons un second message. » — « Appuyé 1 appuyé! » dit-on. Manuel, le commensal de Fouché, ajoute : « Prenons des mesures pour garantir la sécurité des représentants. » — « Nommons un commandant en chef de la garde nationale, » reprend M. Pénières. Et , par là, on voulait créer une fonction militaire à M. de Lafayette; on n'ose point cependant aller si loin, et dresser ce vieux glaive contre l'épée de l'Empereur. Le général Sébastiani, déjà lié au parti patriote, et un peu en disgrâce de Napoléon, répond aussitôt: « Sans nommer
> Séance du 31 juin I8i5.