SÉANCE DES REPRESENTANTS (21 JUIN
un chef de la garde nationale, on peut mander les chefs de légion devant la Chambre; le général Durosnel, qui la commande, ne refusera pas d'envoyer un bataillon de cette garde fidèle, pour protéger la représentation. » L'agitation gronde, les propositions se succèdent, lorsqu'arrive un billet du conseil des ministres: «ils déclarent qu'ils vont se rendre à la Chambre des représentants, pour se mettre à ses ordres * » Concession immense faite par l'Empereur, prélude de son abdication I lui, le souverain impérieux, laisse mandera la barre d'une assemblée les ministres de son choix! En révolution, les choses marchent si vite I quelques heures avant, il était résolu de saisir fortement la dictature ; le voici maintenant résigné à tout céder, môme la couronne ; il autorise ses ministres à se rendre au milieu des représentants, et pour leur donner un chef, une tête , il charge son frère Lucien de les accompagner au milieu des flots tumultueux de ces hommes à passions étroites.
L'arrivée de Lucien déplut aux représentants; souvenir vivant du 4 8 brumaire, sa présence était une insulte à une assemblée politique; n'était-ce pas lui qui avait insisté pour que Napoléon saisît la dictature ? Lucien demande immédiatement le comité secret pour des communications importantes : « Non, non, s'écrient des voix tumultueuses, tout doit se faire et se dire au grand jour de la publicité! » La majorité se prononce toutefois pour le comité secret , parce que chacun y sera plus à l'aise. Les représentants, placés en dehors de l'opinion, se jettent à corps perdu sur le cadavre politique de l'Empereur;
1 Monsieur le président, sur le point de nous rendre à votre assem-
« Ayant été retenus jusqu'à ce moment blée.» à la Chambre des pairs et au conseil, et Nous avors l'honneur, etc.
ayant reçu presqu'en même temps votre Signé , Carnot , Caulaincourt,
message et celui des pairs, nous sommes duc d'Olrante, prince d'Eckmiilh.
228 LES CENT JOCRS.
c'est à qui le déchirera. Il y a souvent une grande luchetéî dans les assemblées politiques : elles aiment à flétrir les pouvoirs déchus; elles exaltent les forts, elles foulent aux pieds les faibles. On insulte Lucien par le geste et la parole; Henri Lacoste (du Gard), un des républicains les plus hostiles à Napoléon, s'écrie : « Le voile est donc déchiré! nos malheurs sont connus! Quelque affreux que soient nos désastres, peut-être ne nous les a-t-on pas entièrement révélés. Je ne discuterai point les communications qui nous ont été faites; le moment n'est point venu de demander compte au chef deTÉtat du sang de nos braves et de la perte de T honneur national ; mais je lui demanderai, au nom du salut public, de nous dévoiler le secret de ses pensées, de sa politique; de nous apprendre le moyen de fermer Fabime entrouvert sous nos pas! Vous nous parlez d'indépendance nationale, vous nous parlez de paix, ministres de Napoléon! Mais quelle nouvelle base donnerez-vous à vos négociations? Quels nouveaux moyens de communications avez-vous en votre pouvoir? Vous le savez comme nous, c'est à Napoléon seul que l'Europe a déclaré la guerre ! Séparerez-vous désormais la nation de Napoléon ? Pour moi, je le déclare, je ne vois qu'un homme entre la paix et nous. Qu'il parle, et la patrie sera sauvée M »
A ces paroles, qui décèlent simultanément la haine profonde contre Bonaparte et l'ignorance de la situation diplomatique, Lucien s'empresse de répondre : « Hé quoi! aurions-nous la faiblesse de croire au langage de nos ennemis? Lorsque, pour la première fois, la victoire nous fut infidèle, ne nous jurèrent-ils pas, en présence de Dieu et des hommes, qu'ils respecteraient notre in-
1 Ce comité secret a été recueilli par uq témoin oculaire.