LE ROI A CAMBRAI (27 JUIN
combien de soumissions vinrent au roi ; un nouveau régime était salué, on envoya secrètement son adhésion au gouvernement de Louis XVIII , pairs , généraux, magistrats, fonctionnaires. M. de Talleyrand accueillait ceux qui venaient à lui sans distinction; comme toutes les intelligences éminentes, il n'avait point de projugés et de préventions sur les noms propres]; il se servait de tous, parce qu'avant tout, en politique, il hui obtenir un résultat. Entre lui et Fonché, il y avait parfaite sympathie : Fouclié visait au ministère de la police ; lui, M. de Talleyrand, garderait les affaires étrangères ; les autres positions étaient réservées à Tabbé Louis, à M. Pasquier, aux généraux Gouvion-Saint-Cyr, Dc'ssoles, Maison, et à d'autres capacités qui s'étaient ralliées franchement au système national de Louis XVIII, système qui aurait évité tant de secousses à la patrie ' .
Le ministère fut préparé dès Cambrai; ou, pour mieux dire, il n'y eut qu'un ministre de choisi, M. de Talleyrand, 1 homme le plus capable pour négocier avec les partis. Sa tache devint alors fort difficile ; il s'agissait de maintenir le duc de Wellington dans l'opinion profondément sentie: « qu'il n'y aurait pas de repos et d'ordre public en Europe sans les Bourbons »; il avait à convaincre également la Russie, l'Autriche et la Prusse : « qu'il n'y avait plus nécessité d'une invasion qui accablerait la France sans objet, et pour un but de restauration désormais accompli »; enfin il fallait éviter les folies du
' J'ai besoin de rectifier un fait que des Plombières en mai I8i5, après l'Acte addi-
biographies incorrectes et passionnées ont lionnel, qu'il n'avait point approuvé; il
jeté sur M. Mole : on a dit qu'il avait pris était revenu à Paris en juin, avait refusé
prétexte de sa mauvaise santé pour pren- de siéger à la Chambre des pairs. Il reçut
dre les eaux de Plombières et s'éloigner de la nouvelle du désastre de Waterloo à sa
Pads et du gouvernement des Cent Jours à terre des Marais, et il vint sur-le-charap â
sa décadence. M. Mole alla aux eaux de son poste.
parti réactionnaire. Quand on aurait bien convaincu la France que le roi pardonnerait à bcaucou j), parce que luimême avait fait des fautes, les esprits mèines les plus prévenus revitMidraient aux Bourbons, et c'était un point immense. Foucbé, qui partageait ces idées, voulut ajouter encore quelques concessions à ce programme, et les voici : i*^ fortifier la Cbambre des pairs par quelques choix de notabilités patriotes; 2« adopter la cocarde et le drapeau tricolores; 5<^ paraître au milieu des généraux dans une entrée solennelle à Paris, comme Henri IV précédé des ligueurs. Il fallait tendre la main à Tarmée, unir les anciens souvenirs aux choses nouvelles , et lorsque Louis XVIIl serait ainsi proclamé avec enthousiasme, les alliés pourraient-ils encore envahir la France?
Ici, on se faisait bien des illusions : les partis restent avec leurs haines, leurs passions, et je le répète, ils y sacrifient tout, môme la patrie. Si vous aviez dit aux bonapartistes de proclamer Louis XVIIl pour sauver une province, pour empêcher une invasion, ils vous auraient répondu: « qu'ils avaient pour ces princes d'indicibles répugnances! Vienne l'étranger! tombe la province! » Si vous aviez dit aux patriotes, à M. de Lafayette : « qu'avec les Bourbons on aurait un meilleur traité de paix, des avantages plus grands »; il vous aurait répondu : <( J'ai méfiance des Bourbons, je n'en veux pas; vienne un plus mauvais traité! que nous importent des avantages plus grands? » Or, ces tristes passions des partis, en précipitant la marche de l'étranger sur le territoire, préparèrent ainsi les funestes traités de 1815.
SITUATIOIN DES l'ARTIS (jUI.N 4815). 257