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LA CHAMBRE DES PAIRS (22 JUIN

je jure fidélité à Napoléon II. S il est des traîtres autour de nous, s'il est des Français qui pensent nous livrer au mépris des autres peuples, à F ignominie de ne savoir défendre ce que nous avons entouré de respect et d'amour; si une minorité factieuse voulait attenter à la dynastie et à la constitution , ce n'est pas dans la Chambre des pairs que Ton trouverait des traîtres; ce n'est pas dans la Chambre des pairs, qui a donné l'exemple du dévouement, que les factieux trouveraient un appui. »

Alors M. de Pontécoulant fit entendre ces paroles inattendues : « Je le demande au prince , à quel titre parle-t-il dans cette Chambre? Fst-il Français? Je ne le reconnais pas comme tel. Sans doute, je le trouve Français par ses sentiments, ses talents, par les services qu'il a rendus à la liberté, à l'indépendance nationale; je veux bien l'adopter pour Français. Mais lui, qui invoque la Constitution, n'a pas de titre constitutionnel ; il est prince romain de Canino, et Rome ne fait plus partie du territoire français... » — « Je suis aussi Français que vous, s'écria Lucien vivement animé. » — «Prenez garde, répondit M. Boissy- d'Anglas; n'est-ce pas assez de la guerre étrangère ? voulez - encore la guerre civile? Que faut-il faire en ce moment? Un seul parti nous reste : il faut nommer un gouvernement provisoire; à moins que vous ne vouliez vous oter les moyens de traiter avec les alliés. » A ces mots , Labédoyère prend encore la parole : «Je répéterai ce que j'ai dit ce matin. Napoléon a abdiqué en faveur de son fils; son abdication est nulle , de toute nullité, si Ion ne proclame pas à 1 instant Napoléon 11. Et qui s'oppose à cette résolution ? Ce sont ces individus constants à adorer le pouvoir et qui savent s'en détacher avec autant d'habileté

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qu'ils en montrèrent à le flatter. Je les ai vus autour du trône, aux pieds du souverain heureux; ils s'en éloignent quand il est dans le malheur! Us repoussent aussi Napoléon II, parce qu'ils sont pressés de recevoir la loi des étrangers, à qui déjà ils donnent le titre d'alliés, d'amis peut-être. »

Une vive agitation se manifeste dans Tassemhlée; Labédoyère, le feu au visage, continue : « Où sont donc ces serments, cette ivresse , ces milliers d'électeurs, organes de la volonté du peuple? ISapoléon les retrouvera si, comme je le demande, on déclare que toutFrançais qui désertera ses drapeaux sera jugé selon la rigueur des lois; que son nom soit déclaré infâme, sa maison soit rasée, sa famille proscrite!... Alors plus de traîtres, plus de ces manœuvres qui ont occasionné les dernières catastrophes, et dont peut-être quelques auteurs siègent ici!... » En prononçant ces imprécations , Labédoyère porte les yeux sur le maréchal Ney ; c'est une accusation publiquement lancée ; toute la pairie est debout, il faut une réparation éclatante. Labédoyère jette çà et là des regards de feu : « Ecoutez-moi! écoutez-moi! » — « On ne doit plus vous écouter, s'écrie le comte de Valence, désavouez ce que vous avez dit ! » — « Non, répond Labédoyère, ce n'est pasà vous que je m'adresse. » Masséna, se levant péniblement de son fauteuil, dit à Labédoyère : « Jeune homme, vous vous oubliez. » M. de Lameth ajoute : «Est-ce que vous vous croyez encore au corps-degarde ? )) Labédoyère ne se tient plus, ses vêtements sont en désordre * : « Il est donc décidé, grand Dieu! s'écriel-il, qu'on n'entendra jamais dans cette enceinte que des

1 J'ai recueilli celle séance non feulemenl dans le? procès-verbaus, mais encore d'après les témoins oculiires.

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