LA CHAMBRE DES PAIRS (22 JUIN
voix basses ! oui, depuis dix aus il ne s'est lait entendre ici que des voix basses ! » Puis il sort précipitamment de rassemblée, comme s'il abdiquait son titre dejpair. Entbousiasteet noble cœur, Labédoyère avait besoin de dire ce qu i pesait sur son ame ; il ne croyait pas qu'il fût possible d'abandonner Napoléon ; son Empereur était pour lui 1 lionneur, la vie, l'existence, et il voulait relever l'énergie du parti bonapartiste. Dans cette agitation des esprits, M. Maret prit la parole pour formuler plus rationnellement une proposition favorable aux impérialistes , et dont la colère du jeune Labédoyère avait détruit l'effet : « N'était-il pas vrai que l'Acte additionnel appelait de plein droit Napoléon II à la couronne ? Il fallait se bâter dès lors d'adopter ce grand symbole de foi politique. » M. Maret fut vivement combattu par M. de Lametii : « Conserver la dynastie de Napoléon, c'était s'enlever les moyens de traiter avec l'étranger, et d'obtenir un gouvernement national. » Telle était la pensée dominante des opinions liées aux patriotes de ^ 789 et aux partisans du duc d'Orléans.
La pairie n'osait prendre un parti , lorsqu'un terme moyen fut proposé par Josepli : « Nommez si vous le voulez un gouvernement provisoire, mais qu'il gouverne au nom de Napoléon II. » — « Si l'Empereur avait été tué, ajouta M. de Flabaut, ne serait-ce pas son fils qui lui aurait succédé? il a abdiqué, il est mort politiquement; pourquoi dès lors son fils ne lui succèderaitil pas? » — « Assez, assez, s'écria Decrès avec une énergie impatiente ; que la discussion soit fermée, que l'on sauve avant tout la patrie. » On adopta comme terme moyen le système de la commission de gouver. nement, et dans un scrutin secret MM. de Caulaincourt et Qumette furent nommés membres de ce nouveau
Directoire. M. dcCaulaincourt exprimailTidée de régence et la possibilité d'un traité avec les alliés , à la manière de celui de Cliatillon '; M. Quinette était un de ces noms insignifiants que les partis politiques mettent en avant sans motif et qu'ils grandissent on ne sait pourquoi ; tous deux devenaient collègues de Fouché, de Carnot et de Grenier, et par ce moyen le gouvernement provisoire fut constitué en dehors des idées napoléoniennes. Cette commission devint le seul pouvoir, la seule unité ; et toute la sollicitude de Fouché, après avoir, par le fait, détrôné Napoléon, ce fut de s'assurer pour lui la présidence de la commission , afin de négocier avec tous les partis et d'assurer la transition la plus facile, la plus prompte, vers un nouvel ordre de choses : lequel serait-il? on rignorait encore; ce quil y avait de certain, c'est qu'il n'y avait plus d'Empire et de dynastie bonapartiste. Dans la fatale situation des affaires, deux partis restaient aux patriotes pour obtenir des conditions de paix : ou traiter avec les Bourbons de l'une ou de l'autre branche par un pacte solennel, en faisant des concessions réciproques; ou bien s'adressera l'étranger, pour solliciter de lui une forme de gouvernement. En traitant avec les Bourbons, on pouvait sauver le territoire, faire la paix à de bonnes conditions ; c'était ce que conseillaient en secret Fouché et M. de Talleyrand. Accourir devant l'étranger, solliciter un gouvernement de ses mains était plus qu'une faute pour les patriotes, c était trahison ; car évidemment les Prussiens et les Anglais inqmseraient aux réprésentants des conditions humiliantes, l'abandon peut être d'une ou deux provinces, la réalisation d'un morcel
> MM. de Caulaiticourl et Quinelie furent 70 votants, le premier avait réuni 52 sufproclamés membres de la commission de i'rages, et le second 48. gouvernement à la Chambre des Pairs. Sur
RAPPORTS AVEC L^ ÉTRANGER (jUIiS ^8^5). 275
lement ; mais en temps de partis, je le répète, les haines sont si vives, que Ton préfère souvent l'étranger à un pouvoir que Ton déteste : les ligueurs appelaient les Espagnols à leur aide, les huguenots invoquaient les Suisses et les Allemands, qu'ils plaçaient au-dessus d'un gouvernement opposé à leur principe. La Chambre des réprésentants était tellement exaltée contre les Bourbons, qu'elle aurait reçu des Prussiens ou des Anglais un prince de la maison de Bruns^vick, de Hanovre ou de Saxe, plutôt que de saluer Louis XVIII ou de constituer une forte dictature impériale; de sorte qu'on pouvait dire que le parti de l'étranger était moins alors parmi les royalistes que parmi les patriotes. Aussi le premier soin de la commission fut de désigner une députation chargée de se rendre au quartier-général des alliés pour traiter avec eux sur les bases d'une paix solide , et examiner avec le czar Alexandre, l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse, quelle forme de gouvernement leur conviendrait le mieux par rapport à la France. Tous les membres de celle dépul;.lion furent choisis dans le parti de 1791, MiM. de Lafayette, Sébastiani, d'Argenson, de Pontécoulant, de Laforest; M. Benjamin de Constant devait tenir la plume comme secrétaire de la députation. Aucun de ces noms ne représentait le parti napoléonien, il n'en était plus question; le pouvoir était entièrement placé dans les mains de Fouché ; Carnot s'absorbait dans la défense militaire.
La commission de gouvernement, délégation des deux chambres, réunissait en elle-même tous les pouvoirs; Paris était livré à une agitation sourde et profonde ; le culte de Napoléon parmi les fédérés et dans les faubourgs avait pris un caractère d'énergie sombre, et quelque aqjent distribué par M. Real, des ordres de police, avaient pré-
paré des rassemblements tumultueux , demandant la dictature de Bonaparte. On entendait dans les rues les cris de vive Napoléon II 1 II y avait des processions tumultueuses, et, comme dans les derniers jours de la Lijjue, on tirait des coups d'armes à feu en pleine rue. Les représentants n'étaient pas en sûreté à la face des opinions a>jitées; la jjarde nationale multipliait les patrouilles, sous la haute impulsion de son nouveau chef, Masséna. La vieille expérience du maréchal lui montrait déjà le retour des Bourbons comme inévitable; mais il voulait, lui , le drapeau tricolore, une sorte de république sous Louis XVI II : il ne pouvait se sauver de sa position équivoque depuis sa conduite en Provence, que par un gouvernement qui fût lui-même équivoque.
Installée aux Tuileries, la commission de gouvernement dut nommer son propre ministère ; Fouché n'y mit pas une grande importance, il voulait des commis pour lui qui conduisait secrètement les affaires dans une direction parfaitement arrêtée. M. de Caulaincourt faisant partie de la commission de gouvernement, on dut lui donner un successeur aux affaires étrangères, et Ton jeta les yeux sur M. Bignon, choix évidemment mal combiné : M. Bignon avait laissé de fâcheux souvenirs en Allemagne et à Wilna, et en tous les cas il n avait pas assez d'importance pour traiter avec les ministres de la coalition. A lintérieur, le général Carnot mit son frère, M. Carnot Feulins, nom tellement inconnu, qu'on ne vit là qu'une affaire de famille. A aucun prix. Cambacérès ne voulait du ministère de la justice: il avait peur, il désirait partir: tout tremblottant, il répétait sans cesse. « Ceci finira par une catastrophe : nous serons tous pendus. » Fouché lui donna pour successeur M. Boulay (de la Meurthe), qu'il fallait rallier à la commission de gou-
ORGA.MSATION DL GOtVERNEMEIST (llLN 1815). 277
vernement. Pour la forme, Fouché se donna comme minisire de la police M. Pelet (de la Lozère), son commensal déjà, sorte de chef de bureau. Les autres ministres, Davoust, Gandin , MoUien et Decrès, furent conservés; et quanta la secrétairerie d'Etat, conmie on n^était pas sur de M. Maret, on lui adjoignit M. Berlier pour l'expédition des affaires. Celle espèce de Directoire, ainsi installé, voulut parler aux Français dans une proclamation ' ; chaque pouvoir fait son manifeste; Bonaparte s'était adressé aux Français au 18 brumaire pour dénoncer le Directoire, un nouveau Directoire annonçait la chute de Napoléon. C'était encore de belles 'phrases! on faisait des promesses de constitution, œuvre naturellement sajje, sublime ; « on invitait la raison et le génie à se révéler ; des plénipotentiaires partaient pour traiter avec l'étranger, on recommandait l'union et la concorde comme le j)remier gage de la sécurité de tous. »
Dans le fait, la question sérieuse était dans les négocialions avec les alliés ; les patriotes, fascinés par une étrange illusion , mettaient leur espérance dans le mandat de M. de Lafayette auprès des souverains. Ce fut Fouché
1 Proclamation de ta commission de gou- éclairé de vos représentanls, et les pairs
vernement, en date du 24 juin. sentent, pensent et votent comme vos man-
« Français, dans l'espace de quelques dataires.
jours, des succès glorieux et un revers af- « Après vingt-cinq années de tempêtes
freux ont de nouveau agité vos destinées. politiques, voici le moment où tout ce qui
« Un grand sacrifice a paru nécessaire à a été conçu de sage, de sublime, sur les in-
volre paix et à celle du monde : Napoléon slilulions sociales, peut être perfectionné
a abdiqué le pouvoir impérial. Son abdi- encore dans les vôtres,
cation a été le terme de sa vie politique ; « Que la raison et le génie parlent, et, de
son fils esl proclamé. quelque côté que se fasse entendre leur
« Votre constitution nouvelle, qui n'avait voix, elle sera écoutée,
encore que de bons principes, va recevoir « Des plénipotentiaires sont partis pour
tous ses développements, et ses principes traiter au nom de la nation et négocier avec
mêmes vont être épurés et agrandis. les puissances de l'Europe cette paix qu'elles
« Il n'existe plus de pouvoirs jaloux l'un ont promise à une condilion qui est; au-
de l'autre ; l'espace est libre au patriotisme jourd'hui remplie.
lui-même, de concert avec M. Bignou, qui rédigea les instructions des plénipotentiaires qui devaient se rendre à Haguenau. Ces instructions écrites ne disaient point le dernier mot de Fouclié : « le but de celte grande mission devait être le salut de la patrie, Tindépendance nationale; on invoquait la déclaration du ^15 mars et le mémorandum de TAngleterreet de TAutriche. Si les étrangers ne voulaient pas reconnaître la commission de gouvernement, les plénipotentiaires devaient rappeler l'exemple de rAngleterre qui avait changé sa dynastie à la révolution de ^688 ; le seul fait de la possession du pouvoir était lé gitime. La dynastie de Napoléon pouvait être conservée sans danger de guerre ; les Bourbons étaient incompatibles avec le repos général de la France et de l'Europe ; » les plénipotentiaires devaient tenir fortement à les exclure. On devait soutenir Tintégralité du territoire. Si, comme dernier moyen de salut, les puissances faisaient d'autres propositions, les plénipotentiaires les transmettraient à la commission de gouvernement. Avant tout, on devait solliciter un armistice : « Comme les intérêts des puissances n'étaient pas les mêmes, il fallait chercher à les diviser; T Autriche pouvait n'être pas contente de voir la
.. Le monde enlier va être atieniif comme né sur le sol de la France pourrait ne pas
vous à leur réponse; leur réponse fera se ranger sous le drapeau national pour
connaître si la justice et les promesses sont défendre l'indépendance de la patrie?
quelque chose sur la terre. " On peut détruire en partie des armées;
« Français , soyez unis : ralliez-vous tous mais l'expérience de tous les siècles et de
dans des circonstances si graves : tous les peuples le prouve , ou ne détruit
« Que les discordes civiles s'apaiseni, que pas, on ne soumet ;pas surtout une nation
es dissensions mêmes se taisent eu ce mo- mlrépide qui combat pour la justice et
meni où vont se discuter les grands inté- pour la liberté,
rêls des nations. •• L'Empereur s'est offert en sacrifice en
<< Soyez unis du n.ird de la France aux abdiquant.
Pyrénées, de la Vendée à Marseille. .< Les membres du gouvernement se dé-
.< Quel qu'ait été son parti, quels que vouent en arcepiant de vos représentants
soient ses dogmes politiques, quel homme les rênes de l'Elal. »
LES l'LÉiMl'OTËlNTlAlRES VUES LES ALLIES (JUIN 1845). 279
maison de Bourbon à Naples, en Espagne , en France ; elle pouvait désirer la dynastie napoléonienne comme contre-poids à Tinlluence Je la Russie et de la Prusse. L'Empereur de Russie était un prince libéral, qui avait à se plaindre des Bourbons; les plénipotentiaires trouveraient peu de sympathie dans le cabinet prussien, mais ses forces étaient épuisées à .Waterloo, et la Prusse subirait rinlluence de la Russie ' . »
Ainsi furent les instructions publiques données par la commission. Mais les instructions secrètes étaient plus franches, plus décisives. Fouché, qui avait pris la haute place dans le directoire nouveau, vit avec la plus grande intimité MM. d'Argenson et de Lafayette. Entre eux, il fut bien entendu : « que si dans les instructions écrites il pouvait être question du prince impérial, on ne devait point y tenir; à la première parole, à une ouverture des alliés, il serait sacriflé. » M. de Lafayette même fut autorisé à ne pas en parler, en démontrant aux cabinets la possibilité d'un choix national pris dans la branche cadette, ou même parmi les princes étrangers, en harmonie d'opinion avec le pays ; on devait dire à TAngleterre : <( Quel intérêt avez-vous à tenir aux Bourbons de la
1 Extrait des instructions pour MM, les complète qu'autant que les principes con-
plén'potentiaires de la commission de slitutifs de l'organisation de la France soient
gouvernement auprès des puissatu •■.$ à l'abri de toute ailcinie étrangère. L'un
étrangères. des ^ rincipes de cetic organisation est l'Iié-
Paris, le 23 juin I8i5. redite du trône dans la famille impériale.
« L'objet de la mission de MM. les pléni- L'Empereur ayant abdiqué, ses droits sont
potenliaires chargés de se rendre auprès dévolus à «on fil'. Les puissances ne peu-
des souverains alliés n'a plus besoin d'être vent porter la moindre atteinte à ce prin-
développé ; il est dans leur cœur comme cipe d'hérédité, établi par nos constitutions,
dans tous les cœurs français: il s'agit de sans violer notre indépendance.
sauver la patrie. «La déclaration du i3 et le traité du
« Le salut de la patrie est attaché à deux 15 mars ont reçu une importante modifi-
questions essentielles : l'indépendance na- calion par l'article impératif que le cabinet
tionale et l'intégralité de noire territoire. britannique a joint à la ratification rie ce
« L'indépendance nationale ne peut être traité, article par lequel ce cabinet annonce
branche ainée? Mieux vaut un prince élu par un parlement. A la Prusse on devait répéter : « Donnez-nous le roi de Saxe pour monarque , et prenez la Saxe pour vous. » A la Russie, on devait opposer T Angleterre et rappeler l'ingratitude des Bourbons pour Alexandre ; enfin, on pourrait caresser M. de Metternicb par lespérance d'une régence autrichienne. Toutes ces menées étaient ainsi concertées pour empêcher le retour de Louis XVIII, que les révolutionnaires craignaient comme une grande calamité. 11 ne faut pas en vouloir à ce parti , il jouait en ce moment sa dernière carie ; quand on en esta savoir s'il faut vivre ou subir la mort, Thésitation n'est pas longue, et Ton recourt souvent à de tristes moyens : les partis ont rinstinct de conservation comme les individus prêts à périr et se rattachant à tout; MM. de Lafayette, Sébastiani, d'Argenson, tous ces noms qu'on appelait le parti national, ceux qui disaient avoir tant de répugnance pour les étrangers, allaient solliciter la plus grande intervention qui put exister delà part de l'ennemi, c'est-àdire faire décider par la coalition quel serait le roi ou le gouvernement qui conviendrait le mieux à la France. » Les plénipotentiaires en effet partirent de Paris pour
qu'il n'enlend point poursuivre la guerre craindre que les puissances ne se croient
dans l'intentiou d'imposer à la France un plus liées aujourd'hui par les déclarations
gouvernement particulier. Cette modiflca- qu'elles ont faites avant le commencement
tion a, été adoptée par les alliés ; elle a été des hostilités.
consacrée par la lettre de lord Clancarty, « Elles ne manqueront pas d'objecter :
du (J mai , à la rédaction de laquelle tous « Que si avant la guerre elles ont établi
les autres plénipotentiaires ont donné leur une distinction entre la nation et l'Empe-
assentiment; elle a été consacrée par une reur, celte distinction n'existe plus lorsque
note du prince de Metteriiich en date du la nation, eu reunissant toutes ses forces
9 mai, et enfin par la déclaration des puis- dajis les mains de ce prince, a uni de faii sa
sances en date du 12 du même mois. destinée à la sienne ;
« C'est ce grand principe, reciunu par « Que si avant la guerre elles étaient siu-
les puissances , que MM. les plénipoien- cères dans l'intention de ne point se mè-
liaires doivent surtout invoquer. 1er des affaires intérieures de la France ,
« On ne peut se dissimuler qu'il est fort à elles sont forcées de s'en mêler aujourd'hui,
LES l'LÉMrOTEMIAIRES l'RÈS LES ALLIES (JUL\ 48^5). 284
le quartier-général des souverains alliés; Fouché, avec sa ruse accoutumée, ne les envoya pas auprès du duc de Wellington ou du prince Blùcher ; il était aise de se débarrasser de M. de Lafayette et de l'envoyer le plus loin possible; il se réservait, lui, une négociation active et directe. Comme les vainqueurs de Waterloo s'avançaient sur Paris et quêteurs armées décideraient définitivement la question, il ne fallait point livrera des commissaires de la capacité ingénue et embarrassante de M. de Lafayette les mystères et le maniement des transactions importantes et décisives. Seulement Fouché eut recours à Bliicher pour obtenir des passe-ports. Dans leur conférence avec le chef d'état-major , M. de Zieten, les plénipotentiaires furent très heureux d'apprendre : « que la Prusse ne portail pas un très grand intérêt aux Bourbons; » ils l'annonçaient avec enthousiasme dans une dépêche adressée à M. Bignon. Par contre, le prince Blûcher demandait, en échange d'un armistice, les places de Maubeuge, de Thionville, de Metz, de Mézières et de Sarrebruck, la lisière que l'Allemagne et la Belgique convoitaient, et, avec ce petit sacrifice, la France pourrait choisir, si elle voulait, M. de Lafayette
précisément pour prévenir tout retour forcé la nation française à la guerre pour
semblable de guerre, et assurer le repos de sa propre défense, jointe à celle du chef
l'avenir. qu'on voulait lui enlever, l'abdication de ce
« Il serait superflu d'indiquer à MM. les chef replace la nation dans l'état de paiï
plénipotentiaires les réponses qui peuvent avec toutes les puissances, puisque c'était
être faites à ces objections; ils en puise- ce chef seul qu'elles voulaient renverser;
ront la meilleure réfutation dans le senti- que si la déclaration faite parles puissances
ment d'honneur national qui, après que la de ne pas prétendre imposer à la France
nation entière s'était ralliée à l'Empereur, un gouvernement particulier était franche
a dû combattre avec lui et pour lui, et qui et sincère, cette sincérité et cette franchise
ne pourrait s'en séparer qu'autant qu'un devraient se manifesler aujourd'hui par
acte, lel que celui d'une abdication, vien- leur respect pour l'indépendance nationale,
drait rompre les liens de la nation et de lorsque les circonstances nouvelles ont fait
son souverain. 11 leur sera facile de démon- disparaître le seul grief dont elles se crus-
nrer que si ce devoir sacré de l'honneur a sent autorisées à se plaindre. »
282 LES CEiNT JOURS.
même pour président de la République. Les plénipotentiaires avaient demandé un armistice de cinq jours; le duc de Wellington avait fait répondre : «qu'il recevrnit sur ce point des commissaires spéciaux désignés par M. Fouclié et par la commission de gouvernement j » ce qui signiCait que Ton ne voulait pas avoir de rapports directs avec les plénipotentiaires de la Chambre. C'était un peu humiliant, mais, pour se consoler, les plénipotentiaires répétèrent ees paroles qui les comblaient de joie : « Les alliés ne tiennent pas aux Bourbons ' . » Là seulement leur paraissait le salut de la France. Le duc de Wellington et Bliicher semblaient surtout insister sur le départ immédiat de Napoléon.
Munis d'un passe-port signé des généralissimes alliés, les plénipotentiaires de la Chambre des représentants arrivèrent 5 Haguenau le ^''' juillet, et demandèrent immédiatement à être admis auprès des souverains. iSe pouvant obtenir cette audience, ils sollicitèrent l'honneur d'un entretien avec les ministres; ils ne l'obtinrent pas davantage ; seulement , on leur fit savoir par les aides-de-camp : « que des commissaires seraient nommés pour causer avec eux sur l'objet de leur mission. >>
1 Dépêche des plénipotentiaires au mi- réchal Bliicher, nous accompagne. La roule nistre des affaires étrangères, en date de Meiz est celle que nous allons suivre; du 26 juin. notre départ aura lieu dans une heure. Le .. Monsieur le baron Bignon, nous avons maréchal Blùcher nous a fait déclarer par le recula lettre que vous nous avez fait Thon- prince de Schœnburgh elle comle de Noslit, neur de nous écrire, hier 25, au sujet de plus spécialement chargé de ses pouvoirs, l'intention oii est l'Empereur de se rendre que la France ne serait en aucune manière avec ses frères aux Étals - Unis d'Ame- gênée dans le choix de son gouvernemenl. rique. Mais dans l'armistice qu'il proposait, il de- « Nous venons enfin de recevoir no« pas- mandait pour sûreté de son armée les se-ports pour nous rendre au quartier-gé- places de Thionville, de Maubeuge, de Sarnéral des souverains alliés , qui doit se rebourg et autres 11 part du principe qu'il trouver à Heidelberg ou à Manheim. Le doit élre nanti contre les efforts que pourprince de Schœnburgh, aide-de-camp du ma- rail tenter le parti qu'il suppose à l'Lmpe-