LES PLENIPOTENTIAIRES A HAGUENAU (JUILLET
Ces commissaires lurent le comte de Walmoden pour FAutriche, le comte Capo-d'lstria pour la Russie, le général Knesebeck pour la Prusse. Lord Stewart assista à cette conférence au nom de T Angleterre; il ne prit que le rôle de spectateur, et tout ceci par forme; les alliés n^ avaient nulle intention de traiter avec des plénipotentiaires dont ils ne reconnaissaient pas la qualité; on les mit en rapport avec des diplomates de second et de troisième ordre dans la hiérarchie, sauf lord Stewart qui devait écouter plutôt comme officier général que comme plénipotentiaire.
11 faut ajouter que les commissaires français à la façon de MM. de Lafayelte et d'Argenson n'étaient pas capables de suivre et de comprendre une grave négociation diplomatique; la seule présence de M. de Lafayette était une insulte aux gouvernements monarchiques. Il y a des esprits qui s'imaginent que braver, c'est négocier; la parole habituellement polie de M. de Lafayette avait toute la morgue d'un gentilhomme mécontent, orgueilleux de ses principes, M. d'Argenson était raide, frondeur, sans liant. Le général Sébastiani, plus phraseur que tête positive, devait se tenir dans des généralités vagues.
reur. Nous avons conibatlu par des rai- a élé aussi positif, el par les mêmes motifs, sons victorieuses toute celte argumentation. Le comte de Noslitz a offert , au nom du Vous sentez, Monsieur, qu'il nous était im- prince IJlùclier, de recevoir à son quartierpossible d'accéder à de paredles demandes, général et à celui ilu duc de Wellington ,
" Nous avons fait tout ce qui dépendait les commissaires que vous leur enverrez , de nous pour obtenir l'armistice à des con- qui seraient exclusivement occupés des dllions modérées, et il nous a été impos- négociations nécessaires pour arrêter la sible d'arriver à une conclusion, parce que, raarciie des armées et empêcher l'effusion dit le prince, il n'est pas autorisé à en faire du sang. Il est urgent que ces commisun, et que d'immenses avaniages peuvent «aires parlent demain même, et qu'ils seuls l'j décider aussi longtemps que le but prennent la route de Nojon, où des ordres principal n'est pas atteint. seront donnés par le maréchal Bliicher
■• Aous avons offert une suspension pour les recevoir. Noyon va devenir son
d'armes au moins pour cinq jours. Ce refus quarlief-général. Ils ne peuvent trop redire
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M. de Constant était un secrétaire d'ambassade un peu gauche, il avait plus de littérature et d'esprit que de connaissance des hommes et des affaires. Parmi eux, le négociateur le plus fort, le plus capable, était incontestablement M. de Laforest, trop habile et trop habitué aux affaires pour ne pas reconnaître d'abord que tout ce qui se faisait était insignifiant. (Vest ce que lui révéla la position où les plénipotentiaires furent placés dans les conférences.
Il n'y avait nul espoir d'une pacification; les commissaires des puissances, sans exprimer une opinion, se bornèrent à écouler ce que proposaient les plénipotentiaires français ; seulement lord Stewart jetait de temps à autre quelques paroles en termes cavaliers ou railleurs. Les phrases que Ton pouvait obtenir de MM. de Walmoden, de Capo d'istria et du général Knesebeck se résumaient ainsi : « Il vaudrait mieux ne pas demander cela, il faudrait remettre ceci à un autre moment ; je vous prie de me permettre de faire cette question », et il faut remarquer que ces phrases insignifiantes étaient dites à la suite des ouvertures les plus sérieuses, les plus importantes, les plus graves , et, par exemple, la possibilité de faire proclamer par la Chambre la dynastie de la branche
que l'Empereur n'ti pas un grand paiti en à perdre pour les diriger sur les armées France ; qu'il a profilé des faulcs des Uour- anglaise el prussienne, bons plutôt que des dispositions existantes « Les deux aides-de-camp du prince Bliien sa faveur, el qu'il ne pourrait lixer l'ai- cher ont déclaré ilérativement que les alleiition nationale qu'autant que les alliés lies ne tenaient en aucune manière au rémanqueraient à leur déclaration. tablissement des Bourbons ; mais il nous '< Nous avons l'espérance de voir prendre est démontré qu'ils tendunt à se rapprocher un cours heureux à nos négociations, dont le plus possible de Paris, et ils pourraient nous ne dissimulons point la difficulté. Le alors user de prétexte pour changt-r de seul moyen d'empêcher que les événements langage.
de la guerre ne le fassent échouer est de « Tout cela ne doit que presser davantage
parvenir à une trêve de quelques jours- Le les mesures pour la réorganisation de l'ar-
choix des négociateurs pourrait y influer; et mée, el surtout pour la défense de Paris,
nous le répétons, il n'y a pas un moment objet qui parait tes occuper essentiellemeut.
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cadette, ou bien même de faire élire un prince étranger, tel que le roi de Saxe, un duc de Brunswick ou un des lîlsde la maison d'Orange. A la lin, lord Stewart s'expliqua catégoriquement : « Votre Chambre des représentants n'a aucun droit de faire ou de déposer les rois; d'où lui vient son mandat ? qui l'a élue ? » Et M. de Lalayette, avec ce ton froidement poli qu'il savait prendre, répondit : « Mylord, je vous demande pardon, je m'étonne qu'un Anglais me fasse cette question : c'est le même droit que celui que le Parlement avait de choisir Guillaume III ». Désormais la conversation se continua historique sur la révolution de ^C88; les plénipotentiaires français répétèrent à plusieurs reprises « que toute forme de gouvernement, toute dynastie conviendrait mieux à la France que les Bourbons de la branche aînée. » Sur ce point si grave, aucune réponse ne fut laite, aucun engagement pris; on écouta et on congédia les envoyés.
Au reste , les plénipotentiaires au quartier-général furent traitésavec politesse, par égard pour leur personne: M. de Lnfayette était bien né ; M. d'Argenson, le fils d'une des grandes races parlementaires ; le général Sébastiani,
« Des conversations que nous avons eues salut de la France. Nous avons d'ailleurs
avec les aides-de-camp, il résulte en défi- lespérance que celte afTaire pourra se ter-
nitive, et nous avons le regret de le répé- miner aussi à la satisfaction de l'Empereur,
1er, qu'une des grandes difïiculiés sera la puisqu'ils ont fait peu d'objections à son
personne de l'Empereur. Ils pensent que séjour el à celui de ses frères en Angleterre,
les puissances exigeront des garanties el ce qu'ils ont paru préférer au projet de re-
des précautions afin qu'il ne puisse jamais traite en Amérique,
reparaître sur la scène du monde. Ils pré- « Il n'a été question dans aucune con-
tendenl que leurs peuples demandent su- versation du prince impérial. Nous ne de-
reté contre ses entreprises. Il est de notre vions pas aborder celle question.
devoir d'observer que «on évasion avant „ Sigtié, Sébasiiani, l'ontécoulant , La-
l'issue des négociations serait regardée fayette, d'Argenson, l.aforest,
comme une mauvaise foi de notre part, et Benjamin Constant. » pourrait compromettre essentiellement le
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un militaire de distinction, et allié aux Coigny par les femmes; M. de Laforest, un remarquable diplomate, mêlé aux grandes affaires de TEmpire ; enfin, M. de Constant, d'une vieille famille , alliée au prince de Hardenberg; et quelle que soit la cause que Ton défende, entre gens de politesse et de naissance, il y a des formes qui ne s'oublient pas. En résultat, nul ne put se dissimulerque la négociation avaitcomplétementéchoué; on écouta les plénipotentiaires sans leur faire de réponse; on sonda les opinions sans prendre de parti ; les passeports furent délivrés pour Baie , car on ne voulut même pas garder plus longtemps les plénipotentiaires au quar tier-général ' .
Une fatale idée avait paru dominer dans toutes les causeries des plénipotentiaires avec les alliés, et même dans leur passage rapide à travers les quartiers-généraux du duc de Wellington et du prince Bliicber: c'est qu'il n'y aurait ni paix ni trêve tant que Bonaparte ne serait pas livré à l'Europe, comme gage et garantie de la paix; ceci paraissait une pensée fixe; les alliés disaient pour la justifier : <( que Napoléon avait été frappé d'un décret de proscription par le congrès de Vienne; T arrêt devait être exécuté^, le lieu de l'exil était fixé (l'Ile de Sainte-Hélène);
• Voici au reslc la réponse officielle des véritable iranquillitë que Napoléon Bona-
cabinets : parie soit hors d'éial de troubler le repos
Haguenau, i" juillet. de la France et de l'Europe; et d'après les
«D'après la stipulation du traité d'al- événements survenus au mois de mars der-
liance qui porte qu'aucune des parties con- nier, les puissances doivent exiger que Xa-
iraciantes ne pourra traiter de paix ou poléon Bonaparte soil mis â leur garde. .
d'armistice que d'un commun accord, les Signe, Walmoden, Capo d'isiria,
trois cours qui se trouvent réunies, l'Au- Knesebeck.
triche, la Russie et la l'russe, déclartnt ne - « Les plênipoleutiaires de Haguenau
pouvoir entrer présentement dans aucune ayant déclaré qu'il n'y avait rien de préjugé
négociation Les cabinets se réuniront aus- conceriianilechef que la nation française se
sitôt qu'il sera possible. donnerait, lord Siewart fit otjserver, iejour-
" les trois puissances regarderont comme ualufliaelàli main,que cette assertion n'é-
condiiion essentielle de la paix et d'une lait pas conforme à a vérité , puisqu'une
IIAIINES CONTRE NAPOLEON (jUIN ^815), 287
il n'y aurait pas de repos pour l'Europe, et de traité possible pour la France, tant qu'il serait sur le continent. Cette idée devait plaire à M. de Lafayette, qui avait des haines contre Bonaparte, parce qu'il ne pouvait comprendre la ferme dictature d'un pouvoir organisateur; il écrivit sous toutes les formes à Paris : « Débarrasseznous de Bonaparte, c'est l'obstacle à tout! » Fouclié, qui voulait aussi l'éloigner, propageait dans les salons de Paris, dans l'armée, parmi le peuple, cette pensée : « que le seul embarras pour la paix, c'était Bonaparte; il fallait le livrer aux cabinets pour sauver la patrie et l'intégralité du territoire. » On ne parlait plus de Napoléon qu'avec la rage au cœur dans quelques salons patriotes ; il semblait pour certains représentants, tels que MM. Manuel , Scipion Mourgues , Lanjuinais , qu'une fois débarrassée de riiomme puissant et national , la France obtiendrait une paix large et honorable. Singulières gens, qui ne voulaient rien de ce qui était une solution réelle de la difficulté ! Ou Napoléon avec la guerre, ou les Bourbons avec la paix !
Aux prises avec ces grands coups de la fortune , Na poléon suivait attentif la fatale tournure des événements.
proclamation de la commission de gouver- que l'Auiriclie, la Prusse et la Russie ne nementindiquait «que le roi de Rome était à pouvaient présenlemententrer dans aucune la tête de l'Empire.» Interpellés en vertu de négociation , et que les cabinets se réuniquel droit la nation française prétendait ex- raient aussitôt qu'il serait possible; mais puiser son roi légitime et s'en donner un au- que ces trois puissances regardaient comme tre,les plénipotentiaires citenll' Angleterre condition essentielle de la paix et d'une véelle-même. Ils déclarent aussi et répètent riiable tranquillité que Napoléon Bonaparte qu'à défaut du nls de Bonaparte, la nation fût mis hors d'état de troubler à l'avenir le française pourrait accepter le roi de Saxe, repos de la France et de l'Europe ; que et ensuite un duc français. Ces réponses même, d'après les événements survenus au ayant été rapportées aux monarques alliés, mois de mars dernier, les puissances exiles généraux Walmoden , deKiiesebeck, et geaient que Bonaparte fût remis à leur le comte Capo-d'lsiria transmettent aux garde. » plénipolenliaires une note, laquelle portait (RÉsumé de la négociation.)
Après son abdication, il continua d'habiter TÉlysée, le beau palais dont les fenêtres donnent sur les vastes champs plantés par Louis XV, le roi des grands travaux publics. L'Empereur était resté Thonime d'énergie et du peuple, la police de M. Real avait conservé fidélité à Napoléon, et plus d'une fois elle avait fait rassembler dans les Champs-Elysées les fédérés des faubourgs; ils criaient vive l'Empereur ! ces hommes du peuple, et demandant des armes, ils semblaient lui dire : « Empereur, reviens te mettre à notre tète , reprends la dictature que tu as abandonnée; ces gens-là te perdent et nous perdent ! »
Napoléon n'était que trop disposé à ressaisir le pouvoir; ce qu'il voyait lui faisait mal '; mais on Tentourait, on le surveillait, on le démoralisait. Si quelques amis fermes le poussaient à reprendreles armes, MM. Maret , Regnauld , et d'autres confidents plus faibles , entourés par Fouché , pressaient son départ. Dans ces longues nuits, Bonaparte eut quelques conférences avec les chefs et les meneurs du parti jacobin; on lui parla de dictature à des conditions révolutionnaires ; il en eut peur; la démocratie lui paraissait une trop forte et trop hautaine alliée ; il préféra s'en séparer, et sur les exhortations desesamis, il quitta 1 Elysée le 25 juin et vint habiter la Malmaison, ce brillant ermitage de sa jeunesse et de sa gloire. Que le temps avait marché vite! que d'années déjà séparaient les époques du Consulat des tristesses du temps actuel ! Ces fleurs , il les avait plantées de la main qui gagnait les batailles , comme le grand Condé dans le parterre de Chantilly; cette serre contenait des
1 M. Tissot m'a dit la curieuse et triste la suite de ces manifestations des fédérés, impression qu'il i apporta d'une dernière « Ce peuple, vojez-vous, s'écria-t-il, ne conférence avec l'Empereur à i'Rlysée, à connartque moi, ne veut que moi. »