LE CORPS DU MARÉCHAL GROUCHY (25-30 JUIN
Tcsprit de rarniée; évidemment le résultat le plus efficace de celle marclic rétrojjrade lut d'avoir conservé intact un corps de 52,000 hommes en face du duc de Wellington et du prince Bliicher.
Lorsque la fatale nouvelle de Waterloo se répandit comme un coup de foudre à Paris, le premier sentiment du ministre de la guerre, le maréchal Davoust, des Chambres et de la commission de gouvernement, fut une sombre inquiétude sur le sort de Tarmée du maréchal Grouchy. Qu'était-elle devenue? Dans quelle direction avaitelle marché? Avait-elle subi le sort fatal des corps engagés par Napoléon? On l'ignorait. Cependant le ministre s'empressa d'adresser une dépêche au maréchal' : « 11 venait d'a])prendre que son corps d'armée était à Dinan et à Namur; il Ten félicitait pour la patrie ; le maréchal devait se porter sur Laon : si l'ennemi y était déjà en force, il fallait marcher en se détournant sur
1 Voici la curieuse correspoDdance de «Ilfaut vous porleravec les3«el4ecorps,
Davoust avec le maréchal Grouchy ; elle cavalerie et ariilierie, sur Laon, en passant
consiste que dès le 22 juin, ce corps s'était par Mézicres.
placé sous les ordres de la Chambre des •• Si vous appreniez d'une manière posi-
représentants. live que l'ennemi fût entre vous et Laon ,
« Monsieur le Maréchal, avec des forces majeures, vous vous por-
« Je viens d'apprendre, par une lettre du teriez sur Ueims , et de là sur Soissons.
général Bonnemain au général Dumonceau, Vous me donnerez fréquemment do vos
que vous étiez à Dinan et à Namur avec nouvelles. Prenez toutes les dispositions
votre cavalerie, et les 3- et 4^ corps des pour bien maintenir l'ordre dans vos
généraux Gérard et Vandamme. C'est un troupes. Vous leur donnerez connaissance
événement d'une très grande importance des derniers événements de Taris. L'Em-
pour notre pairie ; car, après les événe- pereur vient d'abdiquer, voulant ôler tout
raenls malheureux des i", 2' et 6^ corps prétexte aux puissances étrangères de con-
el de la garde près de Jemmapes , on était tinuer la guerre contre nous, puisque,
dans les plus vives inquiétudes ; la cerli- par toutes leurs déclarations, elles ont an-
tude que votre corps est conservé est d'un nonce que ce n'était qu'à lui qu'elles fai-
avantage incalculable dans les circonstances saient la guerre.
actuelles. J'ignore les ordres que le duc de « Les Chambres viennent de nommer un
Dalmaiie a pu vous donner; mais voici ceux gouvernement provisoire; des commis-
auxqucls vous devez vous attacher mainte- saires vont être envoyés à toutes les puis-
nanl. sances alliées pour annoncer cet événe-
Reims et sur Soissons; la discipline devait être main tenue dans les troupes, on leur donnerait connaissance des derniers événements de Paris : TEmpereur avait abdiqué; les Chambres avaient nommé un gouvernement provisoire. Dans toute hypothèse, il importait d'empêcher la désorganisation des troupes. Le maréchal était autorisé à faire connaître ces événements aux alliés pour ralentir leur marche, et il devait écrire aux préfets pour éviter toute fausse mesure. »
A cette dépèche, le maréchal Grouchy répond par un bon état de la situation des troupes. Le maréchal Davoust Yen félicite, « mais il faut empêcher la contagion du désordre que le contact des autres corps peut répandre parmi les soldats restés sous le drapeau ; il doit occuper les portes de Compiègne et de Pontoise. 11 faut ranimer le courage des garnisons de La Fère, de Laon, de Ham. » Le ministre annonce des récompenses pour Tarmée du maréchal.
menl, qui doit ôler tout prétexte à la guerre-
« Si les puissances alliées, comme on doit l'espérer, ont été de bonne foi dans leurs déclarations, dans peu de jours la paix sera rendue au monde.
" Vous sentez, Monsieur le Maréchal , que dans l'hypothèse où cette déclaration ne serait qu'un leurre, il importe, pour le salut de notre patrie, de prendre toutes les mesures pour empêcher les malveillants de mettre de la désorganisation et la désertion dans les troupes.
« Vous pouvez et vous devez même envoyer connaissance de ces événements aux généraux alliés dans votre voisinage, en les invitant à suspendre toute hostilité jusqu'à ce qu'ils aient reçu des ordres de leurs souverains.
« Écrivez à tous les préfets et à tous les généraux commandants de place pour leur
annoncer ces événements ; invitez-les à prendre des mesures énergiques pour arrêter les déserteurs, faire rejoindre ceux qui auraient abandonné leur poste , soit soldats de ligne, soit gardes nationales.
•< Faites connaître ces événements à tous les généraux, et conjurez-les, au nom de la pairie, de prendre toutes les mesures pour maintenir dans l'ordre toutes les troupes, et leur rappeler tous les devoirs du soldat français.
« l.a France compte sur vous, sur le général Vandamme et sur le général Gérird , et sur tous les généraux et officiers, dans cette circonstance importante.
« Je vous le répète, l'arrivée de vos corps a fait la plus grande impression à l'aris.
« Becevez, Monsieur le Maréchal, l'assurance de ma plus haute considération. »
Signé, prince d'Eckmùhl.