ASPECT DE PARIS (28-50 JUIN
Iriste : on avait élevé des fortifications sur toutes les hauteurs, on remuait comme toujours beaucoup de terre et par tous les côtés ; les fédérés faisaient entendre des cris patriotiques dans les cabarets, la garde nationale plus modérée se bornait à maintenir Tordre avec une difficulté extrême,- une certaine crainte se manifestait; plus de 25,000 paysans étaient dans Paris avec leurs charrettes, leurs bestiaux, sur les places publiques et sous les portes coclières ; la plupart des boutiques étaient fermées; le Théâtre-Français, TOpéra, TOpéra- Comique , avaient suspendu leurs représentations ; les petits théâtres jouaient à vide. En dehors des barrières, et sur de vastes lignes, les troupes françaises se déployaient en bon ordre sous le commandement dos généraux qui recevaient directement leurs instructions de la commission provisoire et de la Chambre,
Pour singer la Convention nationale , cette chambre avait envoyé auprès de Tarmée des représentants , qui parcouraient les rangs avec Técharpe tricolore*; les soldats ne répondaient à leurs harangues que par des cris bien rares, et celui de vive Napoléon II ! dominait tous les autres ; car pour eux la France se résumait en
' Le colonel Bory Saint-Vincent disait, ont particulièrement combattu dans ces
<l3ns un rapport qu'il fit à la ^.hambre au derniùrcs circonstances, seraient considérés
iiomdes représentants du peuple à l'armée: comme des rebelles ; leurs succès, leur in-
« Ne vous le dissimulez pas, Messieurs , fortune seraient des titres de proscription;
voici quelle serait la siiuaiion de la France on leur refuserait peut-être, dans les liôpi-
si l'on parvenait à vous imposer le chef de taux mêmes, des places qu'on donnerait
la famille des Bourbons. à ceux qui les auraient blessés, et leurs no-
« Le chef de cette famille, vou'ilt-il fran- blés blessures seraient aux yeux du maiire
chement le bien, il ne pourrait le faire ; la des stigmates ignominieux,
multitude des créatures qui l'accompagnent <i Les acquéreurs de biens nationaux, qui
lui forcerait nécessairement laj main. On forment dans la nation une masse si consi-
vous accorderait quelques promesses, mais dérable, seraient dépouillés violemment de
on y manquerait dès qu'on en aurait le pou- leurs biens ; les paysans seraient opprimés
voir. Tous ceux qui ont combattu depuis par les petits seigneurs; de nouvelles jac-
vingl-cinq ans pour la liberté, et ceux qui queries seraient le résultat des atteintes
un seul homme , et ce seul homme avait un fils. En dehors de ces déclamations d'assemblées, ils saluaient du nom de César Fenfant de leur Empereur proscrit. Le colonel Bory Saint-Vincent fut le chef ou le pontife de cette promenade des représentants en écharpc tricolore aux barrières ; avec cinq autres députés , ils visitèrent les camps : « on travaillait aux retranchements sur les buttes, on formait des abatis sur toutes les grandes routes, on creusait des fossés; ils avaient vu des intrépides Parisiens qui tiraillaient avec les avant-postes au cri de vive la libertél Tout cela était fort bien; ces rapports pouvaient rassurer un moment; mais en examinant de près la situation respective des armées , la défense de Paris étaitelle possible? C'était là une question stratégique bien plus importante que toutes ces forfanteries tricolores des représentants. Le maréchal Davoust venait de prendre le commandement de l'armée devant Paris; ministre de la guerre, il donnait tous les ordres, et en touchant de près tous les moyens, il voyait parfaitement la situation désespérée des affaires; l'armée combinée du duc de Wellington et de Blûcher ne s'élevait pas au-delà de 90,000 hommes ; on pouvait livrer bataille , obtenir la
portées à l'égalité proclamée depuis vingt- a proposée hier, et que sur-le-champ on
cinq ans. l'envoyât à l'armée et au peuple français.
« Nos ennemis supposent donc que les « Je demanderais encore que les gardes hommes de la révolution sont bien lûclies ! nationales de bonne volonté fussent appelle ont placé leurs espérances dans les Ven- lées à l'honneur de partager, sur les haudées royales, et ils ne songent pas qu'il y teurs de Paris, les dangers de leurs frères aurait des Vendécs patriotiques. Croiraient- de la ligne, et que leur élan ne fût pas pails contenir ces Vendées par la présence ralysé.
des troupes étrangères ? Ah ! Messieurs , « Je demanderais enfin qu'il y eût con-
ceus qui par éiai ont été, comme nous, les slammenl cinq représentants aux armées ,
garnisaires do l'Espagne, savent que la pré- non pour se mêler des mouvements et de ce
.sence des meilleures garnisons est insuffi- qui s'y passe, mais pour que l'univers ap-
sante pour asservir un peuple. prît que vous ne connaissez rien de plus
« Je demanderais donc qu'on s'expliquât beau que de mourir pour la patrie. »
caiégoriquenient dans l'adresse qu'on vous (Scance du i" juillet.)