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ASPECT DE PARIS (50 JUIN

victoire; mais ù quoi servirait-elle? ^00,000 Bavarois et Allemands étaient arrivés sur la Marne; dans six jours, ils seraient à Paris ; » les Russes passaient le llliin, et un événement imprévu qui jetait plus encore le trouble dans les combinaisons de défense, c'est qu'on venait d'apprendre que le maréchal Suchet avait conclu de son chef un armistice avec le général autrichien de Frimont , comme le maréchal Marmont, en i 84 4, avec le prince de Schwartzenberg. Le maréchal Davoust , tout démoralise, écrivit alors presque sur le ton de la prière au ducde Wellington pour demander un armistice ' : « il ne refusait pas une bataille, maison venait d'apprendre que le maréchal Suchetavait conclu une suspension d'armes avec le général autrichien de Frimont; pourquoi le refuserait-on sur la ligne de Paris ?» Le maréchal demandait donc positivement un armistice comme préliminaired'un traité de paix. Dans cette vive agitation des esprits, les agents de Louis XVIÏI s'étaient répandus à Paris ; M. Hyde de Neuville, parvenu dans la capitale sous un déguisement, s'était abouché avec le maréchal Macdonald, qui avait offert sa maison pour siège de toutes les négociations royalistes; chacun venait offrir son adhésion , on accourait en foule

1 Lettre dumarêrhal Davoust au duc votre gouvernement que celles que les gé-

de Vr'etliiigion. néraux autrichiens tenaient du leur. Je fais

« Milord, vos mouvements hostiles conti- à Votre Seigneurie la demande formelle de

nuint, quoique, suivant leurs déclarations , cesser immédiatement toute espèce d'hos-

Ics motifs de la guerre que nous font les tilité, et que l'on s'occupe d'un armistice

souverains alliés n'existent plus, puisque en attendant la décision du congrès. Je ne

l'empereur Napoléon a abdiqué. Au mo- puis croire, Milord, que ma demande res-

ment où le sang est de nouveau sur le tera sans effet ; vous prendriez sur vous

point de couler, je reçois do M. le duc d'Al- une grande responsabilité aux yeux de vos

buféra la dépêche télégraphique dont je compatriotes. Au reste, nul autre motif que

vous transmets copie. Milord, je garantis celui de faire cesser l'effusion du sang , et

sur mon honneur cet armistice. Toutes le» l'intérêt de ma patrie, ne m'ont dicté cette

raisons que vous auriez de continuer les lettre. Si je me présente sur le champ de

hostilités sont détruites , puisque vous ne bataille avec l'idée de vos talents, j'y por-

pouvcz pas avoir d'autres instructions de terai aussi la conviction d'y combattre pour

OlJ LES CENT JOURS.

pour solliciter son pardon de Louis XVIII ; on voyait que le vent tournait là. Les maréchaux Macdonald et Oudinot, M. de Chabrol de Crussol, et plusieurs autres personnages initiés par M. Ilyde de Neuville dans les secrets de la Restauration , s'étaient mis en rapport avec les généraux en chef de Tarmée. Louis XYlll leur avait donné des pleins pouvoirs, tous offraient garantie pour les personnes et les propriétés : « on était encore à temps de sauver la capitale ; si Louis XVIII était proclamé, ni les Prussiens, ni les Anglais n'entreraient à Paris ; ce qu'on avait espéré sur les frontières du Nord pour éviter l'invasion de la France, on pouvait l'espérer encore pour épargner la capitulation de Paris. »

C'est à ce moment que commencent des négociations de la plus haute importance, qui se rattachent à la seconde restauration; on se rappelle que M. de Vitrolles, chef du gouvernement royaliste à Toulouse, violemment arrêté, avait été militairement conduit à Vincennes ; il s'attendait à une de ces exécutions sanglantes et rapides, et le souvenir du duc d'Enghien n'était pas capable de le rassurer. Au départ de l'Empereur pour Tarmée, quelques soulagements furent donnés à M. de Vitrolles : on le trans-

la plus sainte des causes, celle de la défense nous en a donné les moyens et la volonté,

et de l'indépendance de ma patrie, et, quel " Voyez ce que vous avez â faire .- ne

qu'en soit le résultat, je mériterai, Milord, précipitez pas de nouveau une ville dans

voire estime. le malheur, car vous savez ce que le so!-

« Agréez, milord, l'assurance de ma très dat irrité se permettrait si votre capitale

haute considération. >< élait prise d'assaut. Voudriez-vous attin r

SiQitÉ, prince d'Eckmûhl sur votre tôle les malédictions de Paris

La même lettre fut envoyée au prince comme celles de Hambourg ?

Blùctier, qui répondit sur-le-champ au ma- « Nous voulons pénétrer à Paris pour y

réchnl Davoust : mettre les honnêtes gens à l'abri du pillage

M Si le maréchal de Frimont s'est cru au- qui les menace de la part de la populare. ,

torisé à conclure im armistice," ce n'est Ce n'est qu'à Paris que l'on peut conclure

point pour nous un motif d'en faire autant ; un armistice assuré. »

nous poursuivrons notre victoire ; Dieu lîlùcher.

FOUCHÉ ET M. DE VITROLLES (jUIN 4845). 545

fera à FA^bbaye, et dès ce moment Fouché se mit en communication avec lui; il Tavait connu en 4844, lors du gouvernement provisoire, car, chose curieuse! ce fut Fouché qui donna Tidée au Sénat de déférer la lieutenance générale du royaume à M. le comte d'Artois.

Dès que Napoléon eut abdiqué pour la seconde fois, ordre fut donné par Fouché de mettre en liberté M. de Vitrolles; le soir même il le vit :((Ah! vous voilà! lui dit-il; j'en suis aise; voici maintenant votre tour de puissance : il faut partir de suite pour aller auprès de Louis XVIII. Vous savez ce qui se passe : ils sont entichés de leur roi de Rome, et ce béat de Carnot l'est comme tous les autres. Aussi je lui ai joué un bon tour : il voulait intituler les actes du gouvernement au nom de Napoléon II , je lui ai répondu que cela ne convenait pas à des patriotes comme nous. » Puis, Fouché, contrefaisant une grosse voix, continua : «Je lui ai dit: «Carnot, nous ne devons parler qu'au nom du peuple français; «et vous sentez qu'avec ce mot je suis venu à bout de lui. Au reste, pour parler affaires sérieuses, dites au roi que tout se finira. » Et reprenant son ton léger : «Je crois qu'avant tout il faudra passer par le duc d'Orléans. » M. de Vitrolles répondit: «qu'il avait fait assez de voyages comme cela , et que l'état des affaires exigeait qu'il restât à Paris. 11 ne demandait seulement que deux conditions : la première , de garder sa tête sur ses épaules; la seconde, de correspondre directement avec le roi. » — « Votre tête, répondit Fouché, je la mets au niveau de la mienne, je ne réponds pas qu'elles ne tombent point simultanément ; car, voyez-vous ? dit-il en montrant la porte de l'antichambre, tout ce salon est plein de bonapartistes enragés, qui veulent me faire un mauvais parti; mais enfin à chacun son jeu. Quant à votre correspondance avec le roi, loin de m'y opposer, je vous y

autorise ; et voici des passe-ports que vous pourrez distribuer à vos amis. » Alors, M. de Vitrolles exposa la nécessité d'éviter Tinvasion de l'étranger et les progrès de l'ennemi sur Paris. « Ehl que voulez-vous 1 dit Fouché, ce sont des fous, je le sens aussi profondément que vous! Que faire? J'ai bien l'idée d'un message aux Chambres , mais je serai mis en accusation ; on ne veut des Bourbons à aucun prix. En cette situation, l'armée peut tout; si vous pouvez gagner Davoust, l'entraîner, ce serait la meilleure combinaison ; si Davoust m'appuie, je ferai le message ; tatez le terrain, je vous y autorise. »

La situation de M. de Vitrolles à Paris l'avait mis en rapports intimes avec le maréchal Oudinot, demeuré loyalement fidèle aux Bourbons; le maréchal, qui avait conçu le même projet d'éviter l'occupation de Paris par l'ennemi, au moyen d'une restauration constitutionnelle, offrit à M. de Vitrolles de sonder le maréchal Davoust, son ancien camarade , sur le projet conçu par des hommes sages et habiles. Davoust refusa d'abord toutes les offres, puis il consentit à voir M. de Vitrolles; des négociations sérieuses s'engagèrent; elles portaient toutes sur des stipulations relatives à l'armée; et il faut dire à riionneur du maréchal qu'il ne demandait rien pour luimême; il ne faisait pas comme le duc de Brissac et les ligueurs qui livrèrent Paris à Henri IV. On se vit plusieurs fois la nuit à trois personnes, M. de Vitrolles, les maréchaux Oudinot et Davoust ; des rendez-vous avaient lieu en l'holel du maréchal, qui les recevait couché sur un matelas et presque en chemise. Enfin, il fut convenu qu'on en parlerait encore à Fouché.

Le ministre avait rédigé un message aux représentants dans des termes tellement vagues, qu'il ne s'engageait en rien. Le matin il avait longuement causé avec

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