‹ Les cent joursChapitre 59 sur 98 · INIÎGOCIATION DE M. DE VITROLLES (28-50 JUIN · texte numérisé non relu

INIÎGOCIATION DE M. DE VITROLLES (28-50 JUIN

M. de Grouchy sur Tesprit de son corps d'armée ;je crois pouvoir affirmer que le maréchal avait dit : «que son armée pourrait bien proclamer le duc d'Orléans ; mais quant à Louis XVIII et au drapeau blanc, c'était impossible. ))M. de Vitrolles, accompagné du maréchal Oudinot, se rendit en plein jour, dans un cabriolet de Fouché, au quartier-général de la Yillette; le maréchal Davoust était là dans une mauvaise masure; il accueillit M. de Vitrolles, et entama avec lui une causerie politique, lorsque, par un hasard surprenant, un aide-de-camp vint annoncer qu'une députation de la Chambre des pairs et de la Chambre des représentants arrivait avec l'écharpe tricolore pour féliciter l'armée sur son dévouement à la patrie. Jugez de la position de M. de Vitrolles ! Il voulait se retirer dans une pièce à côté ; mais le maréchal lui dit : « Restez, vous n'êtes pas de trop. » Or, quand la grande harangue fut faite, lorsqu'on eut échangé beaucoup de belles phrases, Davoust, par une imprudence indicible, finit par ces mots : « Messieurs, voici M. de Vitrolles, envoyé du roi Louis XVIil, et qui vient traiter avec nous. » Alors, il se fit un frémissement parmi tous les avocats et les parleurs ; il faut le dire aussi, parmi les militaires dévoués à Napoléon. M. de Vitrolles 1 M. de Vitrolles 1 c'était la tête de Méduse ! Il se passa ici une scène des plus violentes; il y eut des accents de colère, et le maréchal dit, pour simplifier la question, que c'était Fouché, le chef du gouvernement, qui avait envoyé M. de Vitrolles. Alors rumeurs plus violentes encore : «Fouché, s'écrie-t-on avec fureur, est un traitre ! » etM. de Vitrolles a quelque peine à s'esquiver pour revenir à Paris. Son premier soin fut d'accourir vers Fouché; il ne putle joindre que le soir à onze heures ; il le croyait très agité, il fut très surpris de lui trouver un calme admirable et son sourire

5iC LES CENT JOURS.

moqueur. « Ali ! vous voilà ; c'est bien. Vous avez rompu la glace, il le fallait. Je viens d'avoir une scène avec Quinette, Carnot etde Caulaincourt ; n'ont-ils pas parlé de trahison, de me dénoncer ? Voici ce que je leur ai dit : « Ah! vous m'en apprenez de belles! vous me dites que M. de Vitrolles est un royaliste, il y a longtemps que je le sais ; vous me dites que Davoust est prêt à trahir, eh bien ! allez le faire arrêter si vous voulez, au milieu de son armée, je ne m'en charge pas. Et quant à moi , écoute , Carnot, monte à la tribune et viens m' accuser; je suis habitué à ces jeux depuis la Convention. Allons, pas de courage à demi, monte à la tribune, Carnot, et je t'y attends. »

On ne peut dire l'indicible légèreté avec laquelle Fouché prononça ces mots ; il y avait encore là l'homme de la Convention nationale et des comités ; il parlait de sa tête comme d'une chose indifférente. Cependant, dans la nuit, la commission de gouvernement donna ordre d'arrêter M. de Vitrolles. Fouché le lit prévenir le matin par son secrétaire, M. de Fabry, et l'agent royaliste se cacha; mais il ne continua pas moins d'avoir des rapports avec Fouché, avec M. Hyde de Neuville, commissaire du roi. Une circonstance curieuse, c'est que M. Hyde de Neuville, l'agent le plus loyal, le plus actif, se dissimulait complètement à la police de Paris, déguisé d'une manière étrange ; il vint voir M. de Vitrolles dans sa cachette, et l'on continua des rapports avec Fouché et le roi Louis XVllI.

Cependant , ces tentatives pour la maison de Bourbon ne furent point entièrement perdues. On se rap-

1 M. de Vitrolles m'a dit que M Hyde de fumerie, et parcourait ainsi les rues pour Keuvillc était déguisé en marcliand de par- se dérober à la police.

LES PARTIS ET LEDRS NEGOCIATIONS A PARIS (jUIN 4845). 517

pelle que le maréchal Soult avait écrit que le nom du duc d'Orléans était prononcé par toute T armée; le maréchal Grouchy persistait à dire que son corps proclamerait volontiers la branche cadette des Bourbons, en gardant la cocarde tricolore. Les maréchaux Macdonald et Oudinot travaillaient au contraire directement pour la branche aînée des Bourbons ; et quant à Davoust, il déclara sans déguisement qu'il se prononçait pour Louis XVIII ; il écrivit dans ce sens à la commission provisoire de gouvernement \ et déclarait « qu'il avait vaincu ses préjugés; Louis XVIII seul lui paraissait appelé à réaliser l'œuvre de la paix et de la liberté. » Davoust conseillait donc de traiter avec le roi de France. Je n'ose l'affirmer, mais j'ai quelques raisons de croire que le maréchal Grouchy ne fut pas étranger à ces négociations, il était trop important à la tête d'une armée pour qu'on le négligeât dans un arrangement définitif. Ainsi, les questions d'armistice se mêlaient alors à la Restauration, et il était difficile de séparer le point militaire du point politique, et d'isoler la paix du rétablissement des Bourbons de l'une ou de l'autre branche.

Le plan des royalistes était alors d'éviter T occupation de Paris par les étrangers , en faisant proclamer Louis XVIII par l'armée. Le maréchal Macdonald était à la tête de ce mouvement; il voulait, il désirait la cocarde tricolore ; c'était un sacrifice exigé des Bourbons, comme

* Le maréchal Davousl à Fouché. dans la capitale sans les troupes étrangères.

Paris, 27 juin I8i5. Louis XVIII doit régner avec 1 appui de la

" J'envoie à Votre Excellence la nouvelle nation; j'ai vaincu mes préjugés, mes idées;

que j'ai reçue ce soir sur l'étal des choses la plus irrésistible nécessité et la plus in-

et des troupes. Il n'y a pas de temps à per- time conviction m'ont déterminé à croire

dre pour adopterla proposition que j'ai faite qu'il n'y a pas d'autre moyen de sauver

hier : nous devons proclamer Louis XVIII; notre patrie. » nous devons le prier de faire son entrée

la messe pour Henri IV. Le inaréclial Oudinot entrait également dans les mêmes idées ; mais il ne faisait pas une si grave question du drapeau. Masséna promettait la garde nationale si on lui laissait sa cocarde. Le maréchal Soult, alors présent à Paris, avait un esprit d'ordre trop puissant pour ne pas vouloir que l'anarchie cessât devant un gouvernement régulier. Davoust avait son plan aussi : Louis XVIll devait faire son entrée à Paris, entouré de Français, des maréchaux et des chefs de Tarmée ; et tout cela se négociait à Paris, chez le maréchal Macdonald, avec MM. de VitroUes et Ilyde de Neuville.

Dételles négociations avaient rendu suspects à Tarmée les maréchaux Davoust et Grouchy ; officiers et soldats n'étaient nullement pour Louis XVllI ; le cri de vive Napoléon JI ! était le seul ralliement. Cette armée, bien disposée pour livrer bataille, attendait, pleine d'impatience, l'ordre du combat. Tout calcul fait, voici quelles étaient les chances : si la bataille était gagnée, les Anglais et les Prussiens faisaient retraite sur les Bavarois, les Autrichiens et les Russes entraient en ligne et marchaient encore sur Paris ; si la bataille était perdue, Paris avait à craindre deux pillages : d'abord, le désordre des troupes vaincues et des fédérés qui se croiraient trahis, puis les violences des vainqueurs dans une ville prise d'assaut. Les fous seuls pouvaient exposer une cité comme Paris à ces fatales éventualités ; jamais position plus difficile. Oii fit retentir comme une grande victoire un léger avantage remporté par le général Excelmans à Versailles; on avait surpris quelques régiments prussiens, et de braves colonels , parmi lesquels M. de Briqueville, les avaient fait sabrer. Le maréchal Blucher avait agi avec sa hardiesse habituelle. Cet avantage n'était pas assez considérable pour changer la position des alliés.

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