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CARNOT POUR LA CAPITULATION {\^' JUILLET

virons avec le g^énéral Grenier, et le résultat ne fut point favorable à la résistance militaire. Carnot exposa : « que les fortifications élevées sur la rive droite de la Seine paraissaient suffisantes pour mettre Paris, de ce côté , à r abri de toute insulte; mais que la rive gauche se trouvait entièrement à découvert, et offrait un vaste champ aux entreprises deTennemi ; que les généraux anglais et prussiens avaient porté impunément sur le point vulnérable la majeure partie de leurs armées ; qu'ils paraissaient disposés à tenter une attaque de vive force ; que s'ils échouaient une première fois, ils pourraient revenir à la charge une seconde, et renouveler leurs tentatives jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus à se rendre maîtres delà capitale; qu'ils auraient sans cesse à nous opposer des troupes fraîches, tandis que les nôtres , forcées d'être constamment sur leurs gardes, seraient bientôt excédées de fatigue ; que l'arrivage des subsistances devenait difficile, et qu'un corps de 60,000 Bavarois paraissait devoir achever sous peu de jours le blocus entre la Seine et la Marne ; que les ennemis, déjà maîtres des hauteurs de Meudon et des meilleures positions environnantes, pourraient s'y retrancher, nous fermer la retraite, et réduire Paris et l'armée à se rendre à discrétion. » Ce rapport fut soumis à la commission spéciale de défense, composée des généraux chefs des corps, et Davoust, qui la présidait,

" Il noua a assuré qu'aussitôt qu'il au- berlé sur les grands intérêts de la patrie,

r;iil vu le prince Biiicher, il reviendrait dont il paraissait reconnaître t'influence

n'ius joindre à Louvres, et nous enverrait sur ceux de l'Europe,

prier de nous rendre à Gones?e. « La conférenre s'est ainsi terminée.

« En causant des condilions possibles Nous avons tout lieu de croire qu'; lord

d'armistice, il a insinué qu'il demander jit Wellington feia connaître à M. le couiie

que l'armée sortit de Taris; ce que nous d'Artois qu'il doit se placer à une dislance

avons rejeté, en opposant qu'il serait au beaucoup plus considérable de Paris. »

contraire convenable que ce fût l'armée M. Bignon répondit sur-le-champ à

des alliés qui prît des positions éloignées, celte dépêche des plénipotentiaires;

pour qu'il fût possible de délibérer en li- « Vous devez, .Messieurs, bien répéter

invita chacun des membres à émellre son opinion impartiale ; il fut répondu : « qu'avant toute chose il paraissait nécessaire de faire connaître préalablement Télat actuel des négociations avec T ennemi. » Fouché ne s'y refusa point ; mais cette communication ayant amené des discussions sur les Bourbons, la commission rappela : « qu'on devait se renfermer dans le point militaire, et qu'il ne s'agissait purement et simplement que de décider s'il était convenable et possible de défendre Paris. » Le maréchal Masséna , interpellé , dit : « que cette ville serait imprenable si les habitants voulaient en faire une seconde Saragosse ; mais qu'il n'y avait point assez d'harmonie dans les volontés pour songer à une résistance soutenue, et que le parti le plus sage était d'obtenir, à tout prix, une suspension d'armes.» Le maréchal Lefebvre déclara : « qu'il ne croyait pas impossible de prolonger la défense en activant rapidement les travaux commencés dans la plaine de Montrouge. » Le maréchal Soult soutint : « que la rive gauche de la Seine n'était point tenable; qu'il était même très hasardeux, depuis l'occupation d'Aubervilliers, de tenir sur la rive droite; que si la ligne du canal qui joint Saint-Denis à la Villette venait à être forcée, l'ennemi pourrait entrer pêle-mêle avec nos troupes par la barrière Saint-Denis. »

A la suite de cette conférence militaire, et pour mieux couvrir encore sa responsabilité, la commission convoqua un véritable conseil de guerre au quartier général

au duc de Wellington el au prince P-luchcr, esprit de la Fi ance. Nous pensons parlicn-

que si le gouvernement Trançais insiste avec lièrement que le noble raracière du duc

chaleur sur un arnnislice, c'est qu'il y voit de Wellington et la sauesse des souverains

la possibilité de s'entendre sur des poinls alliés n^ pourront les porter à vouloir for-

à l'égard desquels les opinions paraissent cer la nation française à se soumettre à un

le plus divisées, c'est que les communica- gouvernement que rf pousse le vœu bien

lions et les rapports qui s'établiront entre réel de la grande majorité de la popula-

leurs quartiers généraux et nous les met- lion.» Iront en état de bien apprécier le véritable

CONSEIL DE DÉFENSE POUR PARIS (2 JUILLET i8l5). 527

delaVillettedans la nuit du ^®'' au 2 juillet, pour décider si Paris se défendrait ou si la capitulation serait proposée; on y posa et on y résolut les questions suivantes : «4" Quel est l'état des retranchements élevés pour la défense de Paris? Le conseil de guerre répondit que Tétatdes retranchements et de leur armement sur la rive droite de la Seine, quoique incomplet, était en général assez satisfaisant ; sur la rive gauche , les retranchements pouvaient être considérés comme nuls. — 2° L'armée pourrait-elle couvrir et défendre Paris ? — Elle le peut , mais non pas indéfiniment. Elle ne doit pas s'exposer à manquer de vivres et de retraite. — 5° Si l'armée était attaquée sur tous les points, pourrait-elle empêcher l'ennemi de pénétrer dans Paris d'un côté ou d'un autre?— Il est difficile que l'armée soit attaquée sur tous les points à la fois; mais, si cela arrivait, il y aurait peu d'espoir de résistance. — 4" En cas de revers, le général en chef pourrait-il réserver ou recueillir assez de moyens pour s'opposer à l'entrée de vive force ? — Aucun général ne peut répondre des suites d'une bataille perdue. — 5° Existe-t-il des munitions suffisantes pour plusieurs combats? — Oui. — 6° Enfin, peut- on répondre du sort de la capitale, et pour combien de temps? — 11 n'y a aucune garantie à cet égard. »

Cet avis du conseil de défense de Paris fut signé à la Villette le 2 juillet, à trois heures du matin, et le système de la capitulation parut ainsi prévaloir parmi les généraux; dans cet abaissement de toutes les âmes on ne pouvait rien oser d'énergique; la commission de gouvernement déclara : « qu'en conséquence de cet avis, une proposition officielle de capitulation serait adressée directement au prince Blûcher, parce que le duc de Wellington paraissait trop lié au parti des Bourbons. » Le

maréchal Davoust écrivit au général Zielen , alors aux avant-postes; le général Zieten, militaire fort distingué , plein des idées réactionnaires et des vengeances allemandes, répondit d'une manière laconique et hautaine : «qu'il n'osait même point annoncer la demande d'une capitulation au prince Bliicher; mais que si la ville et l'armée voulaient se rendre, il accepterait une suspension d'armes ' . » Quelle humiliation pour notre nohle pays I Voilà la position que les Cent Jours lui avaient faite : sa capitale et son armée devaient se rendre avant d'obtenir un armistice!

11 était dans les habitudes de Fouché de ne pas se préoccuper de ces formes hautaines, qu'il savait être inhérentes au caractère militaire. Dès qu'il fut autorisé à capituler, il envoya des hommes de confiance au duc de Wellington et au prince Blûcher; il leur fît bien remarquer : « qu'il ne fallait point irriter la nation; tout se ferait spontanément si on ne blessait personne ; pourquoi insulter au malheur d'un peuple grand et fort? ce n'était ni habile, ni généreux ; Paris se défendrait jusqu'à la dernière extrémité, si l'on heurtait la fierté nationale. » Les agents secrets de Fouché étaient porteurs d'une note conçue en termes fort réfléchis, pour appeler les généraux alliés à des sentiments de modération*: « L^ armée est mécon-

1 Au maréchal Davoust. et que Parmée veut se rendre aussi, j'ac-

2 juillet. cepterai une suspension d'armes-

« Monsieur le maréchal, le général Uc- « J'en ferai part alors à S. A. le prince

vest m'a communiqué vcrbjliunenl que Blùcher, pour traiter sur les autres arii-

vûus demandiez un armistice pour traiter clés. »

de la reddiiion de la ville de l'aris. Je n'ose Signé , Zieten.

môme point aimo:;cer cette deman.ie à ^ Les négociateurs secrets de Fouché au-

S.A. le maréchal prince Blùcher ; mais ce- près du duc de Wellington et de liliicher

pendant si les députés du gouvernement furent M. Macérone et le général Tromeling:

déclarent à mon aide-dc-camp, le comte ils allaient journellement au quartier géné-

Weslphalen, qu'ds veulent rendre la viilc, rai.

FOUCnÉ ET LE DUC DE WELLINGTON {{"^-2 JUILLET i 81 5). 529

tente, parce qu'elle est mallieureuse : rassurez-la , elle deviendra fidèle et dévouée. Les Chambres sont indociles par la même raison; rassurez tout le monde, et tout le inonde sera pour vous. Qu'on éloigne Farmée, les Chambres y consentiront en promettant d'ajouter à la Charte les garanties spécifiées par le roi. Pour se bien entendre, il est nécessaire de s'expliquer ; n'entrez donc pas à Paris avant trois jours : dans cet intervalle tout sera d'accord. On gagnera les Chambres, elles se croiront indépendantes , et sanctionneront tout : ce n'est point la force qu'il faut employer auprès d'elles, c'est la persuasion. » Fouché voulait faire sentir au duc de Wellington et à Bliicher qu'ils demandaient trop pour que les Bourbons pussent tenir dans cette situation humiliée. D'après lui, ce n'était pas la France qu'on avait vaincue, mais le seul parti bonapartiste; il invitait les deux généralissimes à bien réfléchir sur les conditions qu'ils voulaient imposer à Paris; il semblait leur dire : « Soyez larges, généreux, votre victoire sera durable, et ne rendez pas impossible le gouvernement de Louis XVIII. .)

Paris était ainsi dans une vive inquiétude pour sa sûreté, quand on apprit le départ de MM. Bignon, de Bondy et du général Guilleminot pour les avant-postes du prince Bliicher, avec la mission de capituler. M. Bignon, principal négociateur, devait déplaire aux Prussiens dont il avait blessé le caractère par ses légèretés diplomatiques sous l'Empire; M. de Bondy, préfet de la Seine, allait remplir un devoir purement municipal ; le général Guilleminot, de l'école de Moreau et de Gouvion-Saint-Cyr , traiterait la question militaire. Les députés passèrent avec difficulté à travers les postes des fédérés et les vedettes prussiennes. Le quartier général de Bliicher et du duc de

Wellington était à Neuilly, Saint- Cloud et Meiidon. Bliïcher reçut assez brusquement les trois envoyés; comme ils étaient porteurs de simples pouvoirs de la commission de gouvernement, le général prussien déclara « qu^il ne reconnaissait pas ses pouvoirs, et qu'il ne traiterait qu'avec les envoyés du général en chef de Farmée française, le maréchal Davoust. »

C'était nier Texistence des Chambres et la légitime autorité de la commission de gouvernement; ce point fut régularisé : le maréchal Davoust signa les pouvoirs ; conduits ensuite à Saint -Cloud, les négociateurs exposèrent l'objet de leur mission en présence du duc de Wellington et de Bliicher, qui les écoutèrent avec soin, en limitant incessamment la question politique pour n'en faire plus qu'une difficulté municipale. Toutes les fois que M. Bignon voulait toucher à un point diplomatique, le duc de Wellington lui répondait : « Mais, monsieur, ce n'est pas cela; nous ne pouvons entendre qu'une capitulation militaire et municipale; nous sommes disposés à parfaitement traiter Paris. » Réduite à ces proportions, la difficulté fut pleinement levée ; le duc de Wellington suivit les conseils de Fouché, et il se montra fort large sur toutes les clauses qui pourraient assurer la sécurité de la ville. Fouché avait donné parole de préparer législativement la restauration de Louis XVIII, et d'amener les Chambres à ce point de conciliation ; il se trompait évidemment, mais le duc de Wellington désirait surtout en finir avant l'arrivée des Russes et des Autrichiens; il était impatient de donner une impulsion anglaise au nouveau gouvernement de la France, et de succéder à Tinfluence morale d'Alexandre en 48^4. Le point municipal largement stipulé fut discuté avec M. de Bondy; le point militaire, avec le général

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