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CAPITULATION DE PARIS (5 JUILLET

Guilleminot; M. Bignon se trouva, par le fait, complètement annulé.

La capitulation fut signée le 5 juillet dans la nuit. Fouché, à qui le projet fut immédiatement porté, substitua le mot convention à celui de capitulation, qui présentait un sens plus humiliant pour le peuple. Il faut éviter aux nations ces mots qui les blessent, et restent sur leur cœur jusqu'au jour de la vengeance ; et c'est ce que Fouché comprenait bien. Les signataires de cet acte, discuté toute une nuit, furent le baron Muffling pour le prince Blùcher, le colonel Hervey pour le duc de Wellington, et les commissaires français. La convention ou capitulation se résumait en quelques dispositions clairement exprimées : d'abord, suspension d'armes; l'armée française se mettrait en marche pour se retirer derrière la Loire , emmenant tout son matériel de campagne ; les blessés restaient sous la protection des généraux anglais et prussiens; tous les employés attachés à l'administration militaire du camp quitteraient Paris, leurs femmes et leurs enfants pourraient les suivre ; du 4 au 6, toutes les positions et les barrières devaient

1 Voici l'extrait de la capilulalion de l'armée prussienne ; JI. le colonel Ilervey,

Paris. muni des pleins pouvoirs de S. E. le duc

Convention. de vrellinglon, commandant eu chef l'ar-

« Aujourd'hui, trois juillet mil huit cent mce anglaise, de l'autre ;

quinze, les commissaires nommés par les « Sont convenus des articles suivants :

commandants en chef des armées respec- «Art. l". i| y aura une suspension d'ar-

tives, s.ivoir : mes entre les armées alliées, commandées

« M. le haron Eignon, chargé du porte- par S. A. le prince Bliieheret S. E. le due

feuille des affaires étrangères ; M. le comte de Wellington , et l'armée française sous

Guilleminot, chef de l'état-major général U-s murs de Paris.

(le l'armée française ; M. le comte de Bon- « 2. Demain, l'armée française commen-

dy, préfet du département de la Seine, cera à se mettre en marche pour se porter

munis des pleins pouvoirs de S. E. 51. le derrière la Loire.

maréchal prince d'Eckmiihl, commandant « 3. L'armée française emmènera avec

en chef l'armée française, d'une part • elle tout son matériel, artillerie de campa-

« M. le général baron Mufïling , muni gne, convois militaires, chevaux et pro-

des pleins pouvoirs de S.A. 5î. le mare- priôtés des régiments, «ans aucune excep-

chal prince Blùcher, commandant en chef lion. Il en sera de môme pour le personnel

être remises, le service intérieur de Paris serait fait par la garde nationale concurremmentavec la gendarmerie de la Seine. Les articles M et 42 présentaient des clauses d'une grande importance pour les propriétés et les personnes : il y était dit : «Les propriétés publiques, à l'exception de celles qui ont rapport à la guerre, soit qu'elles appartiennent au gouvernement , soit qu'elles dépendent de l'autorité municipale, seront respectées, et lespuissances alliées n'interviendront en aucune manière dans leur administration ou dans leur gestion. Seront pareillement respectées les personnes et les propriétés particulières. Les habitants, et en général tous les individus qui se trouvent dans la capitale, continueront à jouir de leurs droits et libertés , sans pouvoir être inquiétés ni recherchés en rien relativement aux fonctions qu'ils occupent ou auraient occupées , à leur conduite et à leurs opinions politiques. «Quel sens pouvait -on donner à ces clauses ? Engageaient-elles le gouvernement de Louis XVIH? La capitulation pouvait-elle protéger les hommes politiquement compromis dans les Cent

des dépôts et pour le personnel des diver- avec les fédérés ou avec les tirailleurs de

ses brandies d'adminislratiou qui appar- la garde naliouale, pourront ou se réunir

tiennent à l'armée. à l'amnée, ou retourner dans leur domicile,

.( 4. Les malades et les blessés, ainsi ou dans le lieu de leur naissance,

que les officiers de santé qu'il serait né- « 8. Demain, 4 juillet, à midi, on rcmel-

cessaire de laisser près d'eux, sont sous la tra Saint-Denis , Sainl-Ouen , Clichy et

protection spéciale de MM les comman- Neuilly. Après-demain, 5 juillet, à la môme

dants en chef des armées anglaise et prus- heure, on remettra Montmartre. Le troi-

sienne. sième jour, 6 juillet, toutes lus barrières

« 5. Les militaires et employés dont il seront remises,

est question dans l'article précédent pour- ■< 9. Le service intérieur de Paris conti-

ront, aussitôt après leur rétablissement, nuera à être fait par la garde nationale et

rejoindre le corps auquel ils appartieu- par le corps de gendarmerie municipale,

nent " 'O Les commandants en chef des ar-

« 6. Les femmes et les enfants de tous mées anglaise et prussienne s'engagent à les individus qui appartienneul à l'armée respecter et à faire respecter par leurs sufrançaise, auront la faculté de rester à l'a- bordonnés les autorités actuelles , tant ris. qu'elles existeront.

« 7. Les officiers de ligne employés « 13. Les troupes étrangères n'apporte-

CiPITCLATION DE PARIS (5 JUILLET ^845). 533

Jours? et la Prusse et l'Angleterre accordaient-elles impunité à tous, sans tenir compte des autres cabinets et des exceptions même établies par la déclaration de Cambrai ? Les autres articles de la convention, relatifs aux approvisionnements des armées , prévoyaient la possibilité d'une rupture de l'armistice. Enfin, au cas de doute, l'interprétation du traité devait être faite en faveur de l'armée française et de la ville de Paris.

En parcourant ces articles de la capitulation, ratifiés au pont de Neuilly, on ne pouvait espérer mieux dans la triste situation des affaires ; ce qui avait déterminé le duc de Wellington et leprinceBlûcherà ratifier ces clauses si favorables, c'est que Foucbé leur avait donné parole que tout serait fini par cet acte, et que Louis XVllI serait spontanément proclamé par les Chambres ; il fallait aller vite, car ce qui plaisait surtout aux cabinets anglais et prussien, c'est que les affaires de France seraient entièrement terminées avant l'arrivée des Russes et des Autrichiens; de cette manière, le duc de Wellington devait assurer à son gouvernement une grande influence d'avenir sur les affaires de France; les Russes et les Au-

ront aucun obstacle à l'approvisionnement « 17. Les ralifications en seront échan-

de la capitale, et protégeront au contraire gées demain, 4 juillet, à six heures du ma-

l'arrivage et la libre circulation des objets tin, au pont de Keuilly. qui y sont desliiiés. « 18. Il sera nommé des commissaires

« t't. I.a présente convention sera ob- par les parties respectives pour veiller à

servée et servira de r(!'gle pour les rap- l'exécution de la présente convention, ports mutuels jusqu'à la conclusion de la ■■ Fait et signé à Saint-Cloud, en triple

paix. expédition, par les commissaires sus-nom-

« 15. S'il survient des dilBcultés sur mes, les jour et au ci-dessus. »

l'exécution de quelqu'un des articles de la Signé : le baron lîignon, le comte Guilleprésenle convention , l'interprétation en minot, le comte de Bondy ; le baron sera faite en faveur de l'armée française et de MuITling, T. B Hervey, colonel, de la ville de Paris. « Approuvé et ratifié la présente sus-

« «6. La présente convention est décla- pension d'armes, à Paris, le 3 juillet I8i5. » rée commune à toutes les armées alliées, Siginé, le maréchal prince d'Eckmûhl.

sauf la ratification des puissances dont ces « Approuvé et ratifié.»

armées dépendent. Signé, Wellington, Bliicher.

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tricliiensen seraient exclus. Avertis de cette résolution, les empereurs Alexandre et François II précipitaient leur marche sur Paris. Le prince de Metternich et le comte de Nesselrode déclaraient :■ « que rien ne devait se finir sans la participation des puissances signataires au congrès de Vienne; toutes avaient commencé la guerre, toutes devaient finir par un traité simultané ; les efforts qu'avaient faits les alliés dans cette campagne devaient trouver compensation dans des indemnités pécuniaires et territoriales. » Les deux Chambres ayant refusé obstinément de proclamer Louis XVllI, de fatales et impératives conditions furent résolues dans les cabinets de l'Europe ; la France menaçant la paix publique par l'esprit révolutionnaire , on jeta déjà contre elle les bases suivantes: ^o contribution de guerre; 2<> occupation militaire ; S» rectification des frontières ; 4° ligne de places fortes élevées aux dépens de la France et pour la contenir du côté de la Belgique. Avec ces tristes et déplorables idées, les ennemis venaient occuper Paris ; ils ne respectaient plus le traité de 4814.

Louis XVIII, qui savait ces fatales résolutions de morcellement, accourait en toute hâte pour s'interposer entre l'Europe et la France menacée ; il était informé heure par heure de toutes les intrigues, de toutes les négociations qui se suivaient à Paris ou dans le camp des alliés. Le comte Pozzo di Borgo, très dévoué aux Bourbons, lui conseillait d'entrer le plus vite possible dans sa capitale ; si Louis XVUI ne se dépêchait pas, toules les combinaisons pouvaient trouver chance, et l'appui de la Russie paraissait indispensable pour balancer Tiniluence du duc de Wellington, tropliéùFouché.Leroi quitta donc Cambrai et s'acheminant en toute hâte vers Paris, il arriva dans le hameau d'Arnouville, où devait se placer le

Lotis XVIII A ARNOUVILLE (5 JUILLET 4 8^5). 555

siège provisoire de son gouvernement ; Arnouville, petit village, devait voir se préparer les destinées d'un nouveau gouvernement. Placé tout près de Saint-Denis, le roi pouvait contempler la basilique où ses aïeux dormaient dans la poussière, et s'inspirer de leur grandeur. Arnouville fut bientôt visité par les hommes politiques les plus actifs et les plus avancés ; on négociait nuit et jour sur les conditions et le caractère de la nouvelle Restauration : d'une part on soutenait la nécessité pour le roi de prendre le drapeau et la cocarde tricolores; le maréchal Macdonald et une fraction des patriotes le poussaient à cette concession, qui était pour Louis XVIII ce que la messe avait été pour Henri IV. Les royalistes purs, au contraire, déployaient la bannière blanche sur la tour de la basilique de Saint-Denis ; l'important était que le roi hâtât son entrée à Paris, et, pour empêcher cette résolution , on lui faisait peur de l'effervescence des fédérés et des faubourgs; l'étranger était aise d'occuper la capitale avant le roi.

Dans les conférences d' Arnouville fut définitivement formé en présence de M. de Talleyrand le ministère , dans lequel se trouvait Fouché , comme garantie donnée au parti révolutionnaire : chacun venait faire ses conditions ; il y avait des partis, des opinions, des nuances; les royalistes étaient indignés de rencontrer Fouché à côté de Louis XVllI, un régicide auprès du fauteuil du frère de Louis XVI 1 M. de Talleyrand s'était posé comme l'arbitre souverain, le pacificateur; il avait tant vu de gouvernements , qu'il pouvait bien ne se passionner pour aucun. Le roi le laissait faire, avec carte blanche pour tous les arrangements politiques. Dans ce nouveau cabinet, sous la présidence effective de M. de Talleyrand , Fouché garda la police, c'était une promesse et une exi-

^ù(j LES CENT JOURS.

gence du duc de Wellinolon ; M. Pasquier eut les sceaux; M. Tabbé Louis , les finances ; !o maréchal Gouvion- Seint-Cyr, la guerre ; M. de Jaucourt, la marine; pour plaire à Tempereur Alexandre, IM. de Talleyrand réserva au comte Pozzodi Borgo le ministère de Tintérieur, pro* visoirement confié à M. Pasquier, et Ton espéra que le duc de Richelieu, si intime avec le Czar, accepterait le portefeuille de la maison du roi à la place de M. de Blacas. M. de Talleyrand savait bien toutes les difficultés que rencontrerait la signature d'un traité ; il voulait s'assurer des amis dans tous les cabinets; il n'aimait pas la Russie , mais finfluence d'Alexandre pouvait préparer les bonnes conditions d'un traité'.

Depuis l'arrivée du roi à Arnouville, une question d'un grand intérêt s'agitait incessamment : Louis XVIII ferait-il son entrée h Paris avant les étrangers, pour empêcher la fatale occupation de la capitale, fixée du G au 7 juillet ? les opinions étaient-elles assez calmes pour cela? ou bien fallait-il recourir à la triste nécessité d'arriver après l'étranger, et de subir ses conditions? Les royalistes les plus ardents soutenaient que si le

1 Voyez pour tous ces détails les tomes avait été pour son compte ; qu'il ue lui

11 et m de mon Histoire de la Restaura- avait laissé rien ignorer sur la situation de

iio«. Le 6 juillet, à son retour de la dernière la France sur la disposition des esprits

conférence avec Louis XVUI, alors à contre le retour de sa Tamille ; que le roi

Saint-Denis , Fouché exposa à la commis- l'avait écoulé avec attention et avec appro-

sion : « que Wellington s'était fortement bation; qu'il avait manifesté la volonté d'a-

prononcé en faveur de Louis XVIII, et avait jouter à la Charte de nouvelles garanties,

déclaré que ce souverain ferait son entrée et d'éloigner toute idée de réaction ; que,

à Paris le 8 juillet ; que le général Pozzo quant aux expressions des proclamations,

di Borgo avait répété la même déclaration elles seraient moins des moyens de sévérité

au nom de l'empereur de Russie, et lui que des occasions de clémence. » Fouché

avait communiqué une lettre du prince de ajouta « qu'il avait parlé de la cocarde tri-

Metiernich et du comte de Nesseirode ex- colore, mais que toute explication avait été

primant la volonté de ne recevoir que rejelée; que l'oppo.Mtion lui avait paru

Louis XVlil, et de n'admettre aucune pro- moins venir du roi que do ses entours el

position contra re ; que le duc de Welling- de M. de Talleyrand. » ton l'avait conduit chez le roi ; qu'il y

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