BONAPARTE ET LES ANGLAIS (JUILLET
gager à conduire Napoléon en Angleterre autrement qii i pour le mettre à la disposition de l'amirauté. Tout ce qu'on a dit des négociations et des pourparlers à bord du Bellérophon est complètement inexact. Le capitaine Maitland n'avait aucun caractère diplomatique, il ne pouvait négocier, et Tamiral Keith pas plus que lui ; leurs instructions portaient « de surveiller toute la côte de la France »; si Napoléon demeurait à lile d'Aix, les ordres secrets de T amirauté étaient même de forcer File militairement pour s'en emparer. Une dépêche de lord Castlereagh est formelle sur ce point : « Vous écrirez au commandant de l'ile de vous livrer Napoléon Bonaparte; sipon vous attaquerez l'île, en laissant toute responsabilité des événements sur le commandant militaire. »
L'Europe avait fait la guerre à cause de Napoléon, elle n( croyait aucune sécurité pour le continent tant qu'il serait libre; si on le tenait, il n'échapperait pas. A l'ile d'Aix, il était surveillé, traqué, si bien qu" il n'osa se confier ni aux aspirants ni au navire américain ; il était pressé de toutes parts par les escadres anglaises; que pouvait-il pour son salut?S'il vint donc à bord du capitaine Maitland, ce ne fut pas par un sentiment volontaire, spontané, mais par la nécessité impérative de sa position. Le capitaine Maitland l'accueillit avec le respect dû à sa destinée et au malheur; ses instructions étaient précises ; capitaine d'un navire de guerre du premier rang, il dut faire connaître à son amiral les événements qui s'étaient passés, et l'amiral lui transmit les ordres de son gouvernement. Napoléon lui-même était trop sévère sur les services publics pour blâmer une pareille conduite. Voici donc le véritable état des choses : l'Europe avait déclaré pour la sécurité de tous « que le général Bonaparte serait captif»; l'Angleterre avait dit à T amirauté : « Saisissez-vous de
lui. » Bonaparte était cerné à Tile d'Aix , il ne se confia à Fescadre ano jaise que parce qu'il ne put lairc autrement.
A bord du Bellèrophon, au milieu de ces officiers et de ces matelots qui le contemplaient dans une curieuse admiration, Bonaparte résolut d'écrire au prince-régont pour invoquer la générosité du plus ancien et du plus constant de ses ennemis; il retrouva sous sa plume les j)luases antiques et pompeuses de son grand style' ; s'adresser au prince-régent, dans la constitution anglaise, était une démarche qui ne s'expliquait pas ; sa lettre allait droit à lord Castlereagli, Premier Consul, Empereur, il avait écrit au roi d Angleterre, et les secrétaires d'État seuls répondirent, parce qu'il s'agissait d'une affaire de gouvernement sous le contre-seing et la responsabilité des ministres. Après son entrée à Paris, dans les Cent Jours, il avait encore écrit au prince-régent, et lord Castlereagh répondit à M. de Caulaincourt quelques phrases sèches et laconiques. Dans cette circonstance, Napoléon conserve sa manie impériale ; il aime à traiter de frère à frère, d'égal à égal avec des souverains ; ces correspondances lui plaisent, il a une joie enfantine de fraterniser avec les couronnes ; sa lettre envoyée à lord Castlereagh par l'amiral Keith, fut sur-le-champ expédiée à Paris, où se trouvaient réunis les souverains et les ministres de la coalition dans un nouveau congrès.
Une des premières résolutions des cabinets réunis à Paris avait spécialement porté sur le sort réservé à Napoléon Bonaparte ; il était déclaré par tous : « que pour assurer le repos du monde, Bonaparte serait
1 « Altesse Royale, en butte aux factions protection de ses lois, que je réclame de qui divisent mon pays et à l'inimitié des Votre Altesse Royale, comme du plus puisplus grandes puissances de l'Europe, j'ai sanl,du plus constant, du plus généreux terminé tana carrière politique. Je vien<!, de me? ennemis. « comme Tliémistocle, m'asseoir aux foyers SiQnc, Xapoléou . du peuple britannique. .le me mets sous la