EXIGENCES DE L'EUROPE VICTORIEUSE, TRAITÉS DE 181S
Influence politique du duc de Wellington à Paris. — Dureté du système prussien. — Le maréchal Bliicher. — Contributions de guerre. — Insultes aux monuments. — Marches forcées des Russes et des Autrichiens. — loquiéturle de l'empereur Alexandre. — Campement à la plaine des Vertus. — Premières conférences à Paris.— Les objets d'arts pris au Musée — Conditions contre le parti militaire. — Le parti jacobin. Influecce de l'Euroiie sur le gouvernement. — Listes de proscription. — Garanties exigées. — Paiement à l'étranger. — Les deux systèmes en présence : i" germanique et anglais, 2" russe. — Chute de la politique anglaise de M. deTalleyrand. — Triomphe de la politique russe sous M. de Richelieu. — Débats et conclusion des traités de 1816. — Situation diplomatiijue que les Cent Jours font aux Bourbons jusqu'au congrès d'Aix-la-Chapelle.
Juillet à Novembre 181o.
Dès que les troupes anglaises et prussiennes eurent pris possession de Paris, en vertu de la capitulation du 5 juillet, le gouvernement par le fait tomba aux mains de Tétranger ; il est difficile qu'un pouvoir, quel qu'il soit, s'exerce librement à la face d'une occupation militaire. Louis XVIII était sans doute aux Tuileries, mais partout
l'occupation de paris (juillet 48^5). 5G5
où se portaient ses yeux et sa sollicitude, il ne rencontrait que Tautorité des généraux anglais et prussiens; des batteries d'artillerie se déployaient dans la cour des Tuileries, sans respect pour la majesté royale ; les canonniers prussiens , mèches allumées, surveillaient attentivement les mouvements du peuple : Louis XVIII était de sa nature fier, et aucun spectacle ne le frappa plus péniblement; toutefois il fallut se résigner, et les exigences de Tétranger devinrent de plus en plus douloureuses ' .
Le caractère des deux chefs qui commandaient les armées alliées à Paris, je Taidit, était d'une nature bien dif férente : le duc de Wellington , froid , méthodique , élevé à Técole des tories, jouait un rôle plus politique que militaire ; il avait exercé la plus grande influence sur la formation du ministère Talleyrand et Fouché; c'était à lui que les patriotes s'étaient adressés pour demander des garanties, comme en 1 81 4 ils avaient invoqué T appui de l'empereur Alexandre pour obtenir la Charte; Fouché était homme de son choix ; M. de Talleyrand, son expression politique par ses vieilles sympathies anglaises. Le duc de Wellington avait des instructions précises de son gouvernement, et il les exécutait : les dépêches de lord Castlereagh^ mettaient une grande importance à placer la France dans une position qui la réduisît au rôle d'auxiliaire delà Grande-Bretagne dans toutes les luttes d'avenir, et avec la Russie surtout, parce que cette lutte paraissait tôt ou tard inévitable.
Le prince Bliicher avait un caractère tout opposé : vif.
1 Lorsque Louis XVIII en porta la plainte iitaire d'une ville de 800,000 âmes exigeaient au duc de Wellington et à Bliicher, ils ré- ces précautions.
pondirent que les suites de l'occupation rai- * Voyez ces dépêches dans mon Histoire
de la Reslauraiion .
emporté , vindicatif comme toute la vieille école allemande, il s'occupait peu de politique ; il avait quelque chose du Suwarofl russe ; il était raidede paroles, impérieux de commandement, et, comme tous les hommes à passions vives, il n'avait ni tenue ni soin de sa propre personne ; il fjardait les habitudes allemandes des bords du Rhin et de TElbe : il aimait le jeu, les tabagies, et il ne conservait pas toujours cette paix de la tète , si nécessaire dans un vaste commandement comme celui de Paris' ; expression d'ailleurs des sociétés secrètes, il avait bien des vengeances à exercer contre Bonaparte et ses partisans. L'esprit des deux armées se ressentait de leurs chefs : les Anglais, régis par une discipline sévère , remplissaient froidement leurs devoirs ; ces troupes, exigeantes pour la viande et les liqueurs fortes^, n'avaient rien d'oppressif et d'irrégulier dans leurs rapports avec les habitants. L'officier anglais était poli , sans passion de pillage ou de désordre. Le duc de Wellington avait fait camper ses troupes au bois de Boulogne; de manière qu'on les voyait très peu à Paris. 11 n'en était pas de même des Prussiens : bivouaques sur les places publiques, soldats des universités et de la landwerh, ils se montraient insolents. Le prince Blùcher avait placé au gouvernement de Paris le baron de Muffling, officier d'instruction et de convenance ; mais comment arrêter ces impétueuses réactions qui marquent le triomphe des armées? Dès les premiers jours de l'occupation, Paris put comprendre qu'il avait des vainqueurs dans son sein , et que
» Le maréchal Bliicher se montrait sou- de querelle entre les commandants mili-
vent sans habit, il étouffait de chaleur; mires et les préfets. M. de Chabrol , pré-
il perdit des sommes immenses dans les fct de la Seine, fut menacé d'être destitué
maisons de jeu. et jeté dans une forteresse pour s'être re-
2 C'était un des objets les plus habituels fusé à quelques exigences.