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LES PRUSSIENS A PARIS (JUILLET ^84 S

Louis XVIII n^était pas maître de son gouvernement. Je dois rappeler que le jour même de l'entrée des Prussiens à Paris, Bliicher s'était rendu à la commission de gouvernement pour demander une contribution de guerre immédiate de ^00 millions, destinée à la solde de ses troupes ^ . Quand on voulut faire la moindre observation, il répondit : « que Bonaparte en avait usé ainsi à Berlin, avec des formes même plus militaires. » Bientôt les exigences devinrent plus actives : les officiers prussiens, en passant devant la colonne de la place Vendôme, avaient demandé quelle était la signification de ce monument, et on leur avait répondu qu'il racontait pour la postérité les victoires de l'Empereur ; ce bronze provenait des canons pris àléna. Aussitôt des cris se font entendre dans la landwerh : « Il faut détruire ce bronze monumental, comme les Français ont abattu la colonne de Rosbach , en passant à travers l'Allemagne ! » Ce fut l'objet de longues négociations, et ici il faut rendre justice au duc de Wellington : il fit comprendre au général prussien que ces vengeances ne serviraient qu'à exciter les esprits sans profit pour la cause commune. Il en fut de même quand on voulut faire sauter le pont d'Iéna; ce monument attestait une défaite des armées prussiennes, et le duc de Wellington intervint encore en plaçant une sentinelle anglaise sur le pont même : une sentinelle, c'était la nation britannique, et si Bliicher avait fait sauter le pont d'Iéna, c'était une rupture avec la Grande-Bretagne ' .

1 Celle coniribulion fui levée par voie de dinaire : « qu'il y avait un moyen de tout

répariition, et depuis elle a été converlie finir : c'était de changer le nom de pont

en rentes, avec cette probité qui fil le cré- d'Iéna, et de l'appeler le pont de l'É-

dit de la Restauration. cole-Mili taire. » Personne n'avait songea

^ M. de Talleyrand dit avec son esprit or- cela.

56G LES CEiNT JOURS.

Par le fait, le gouvernement de Paris et de la France était donc aux mains du duc de ^Yellington. Louis XVIIl, qui montrait des sentiments tout français, défendait avec une fermeté digne son autorité méconnue; il ordonnait même à ses préfets de résister, jusqu'à se faire jeter dans les forteresses prussiennes. La réaction de l'Europe était profonde, et nul n'avait la main assez ferme pour la retenir. Les dépêches du comte Pozzo di Borgo à l'empereur Alexandre lui annonçaient l'état réel des affaires de France, et le caractère surtout que prenait l'occupation de Paris : « Le Czar devait se hâter de faire marcher les Russes, s'il voulait peser encore dans la balance d'un traité définitif; les Prussiens et les Anglais s'emparaient de tout le gouvernement à Paris. » Sur ces dépêches, l'ordre fut donné d'accélérer les mouvements, et 250,000 baïonnettes russes vinrent se réunir daiis la plaine des Vertus \ 200,000 Autrichiens se déployèrent depuis les Alpes , les Cévennes , jusqu'à la Bourgogne^, et ainsi appuyés sur ces masses, les empereurs de Russie et d'Autriche vinrent prendre part aux négociations et balancer l'iniluence absorbante du duc de Wellington et de Blùchcr. Tous les souverains furent réunis à Paris vers le milieu de juillet ^, et Louis XVllI se trouva plus à l'aise quand il eut à traiter des affaires

1 Le jour de la fêle du Czar, on compta Loir, la Seine-Inférieure, l'Eure, Loir-et-

275,000 baïonnelles russes dans la plaine Cher, Indre-ei-Loire, Maine-el-Loire, la

des Vertus. Loire - Inférieure jusqu'à la rive droite

* Les Allemands prêtèrent appui aux pro- delà Loire ; elle faisait sa jonction avec

lestants des Cévennes, victimes de la réac- l'armée anglaise dans le départemenl de

lion. Seine-el-Oise.

3 Les armées alliées étaient ainsi parla- Le quartier général du duc de Wellington

gées à la fin de juillet i8i5 .- était à Paris; l'armée anglo-batave occu-

Le quartier général de l'armée prussienne pail une portion de la Seine-Inférieure, sur

était à Caen ; celle armée devait occuper le la rive droite de la Seine, Seine-et-Marne ,

Finistère, le Morbihan, les Côles-du-Nord , l'Oise, le Nord, la Somme, le Pas-de-Calais,

la Manche, l'Ille-el-Vilaine, le Calvados, La grande armée russe, sous les ordres

l'Orne, la Mayenne, la Sarlbe, l'Eure-el- du reid-marécbal comle Barclay de Tolly ,

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