RAVAGE DES MUSEES (JUILLET ^845). 5G
pect dos soldats qui envahissaient le Louvre pour toucher de leurs mains calleuses les chefs-d'œuvre des arts. Musée, bibliothèque, tout lut fouillé, ravajjé. Leçon morale donnée par Dieu aux peuples conquérants ! dans leurs jours de victoire, ils doivent respecter ce que la nature et les arts ont réparti à chaque climat. Les armées républicaines avaient tristement abusé de leur supériorité; hélas! les jours de réaction arrivaient avec leur conséquence funeste; chaque peuple venait reprendre son bien, car la force ne peut jamais sanctifier Tinjustice.
Les souverains et les hommes d'Etat se réunissaient à Paris sous l'impression de certaines idées défavorables à la France qui, dans l'espace d'une année à peine, avait élevé, renversé deux gouvernements. La légèreté française était proverbiale en Europe , mais aujourd'hui elle dépassait toutes bornes, et l'exemple d'ailleurs qu'un tel désordre avait donné pouvait être d'un déplorable effet s'il n'était pas suivi d'une répression prompte
mais existé ; Mais enfin, puisque c'est pour restitution, et l'on ne voit pas d'après quel
les nations une manière d'acquérir admise droit les puissances voudraient aujourd'hui
par le droit des gens, le ministère du roi réclamer des choses qui n'ont pas été com-
n'hésite pas à dire avec conviction que la prises dans l'abandon que la France en a
conquête d'objets inanimés, dont le seul fait. »
avantage est de procurer des jouissances i Les ordres de Bliicher pour l'enlèvephysiques, ou, si l'on veut, intellectuelles , ment des tableaux furent donnés avec est bien moins odieuse que celle par laquelle toute la brutalité militaire; voici comment des peuples sont séparés de la société dont ils étaient conçus : <> Le lieutenant-général ilssont membres. 11 y aà raire,relativement deGrootest chargé par moi de i'enlèveaux objets qui ont été successivement ap- ment de toutes les propriétés allemandes portés en France, une distinction que l'on volées par les Français. « Quelques-uns de paraît n'avoir pas faite. Parmi les pays aux- ces officiers lui ayant demandé la permisquels la France a renoncé en I8i4, plu- gion d'emporter quelques volumes de la sieurs appartenaient bien légitimement à Bibliothèque Royale, comme souvenirs de elle ou au chef qu'elle avait, et parce la campagne de )8i5:«Tous les livres, qu'ils lui avaient été cédés ; elle a donc pu dit-il, sont prisonniers de guerre , ils sont disposer des objets d'art qui s'y trouvaient, en rangs et en files; prenez, emportez Lorsqu'elle a renoncé à ces pays, elle les a tout ce que vous voudrez. » restiiu s tels qu'il- étaient au moment de la
et solennelle. Le caractère particulier de chaque souverain et des hommes d'État, chefs de leur cabinet, devait encore fortifier cetfê tendance de répression ; à travers ses manières froides, l'empereur Alexandre était impressionnable et passionné ; il tenait cela de la famille Romanoff, etde l'empereur Paul surtout ; il passait d une opinion à une autre avec enthousiasme : libéral jusqu'à l'excès en ^ S\ 4, maintenant il était plus que jamais décidé {Ma répression. Le roi de Prusse était entraîné par l'esprit de réaction allemande , et l'empereur d'Autriche, plus calme, subissait les impressions de M. deMetternich, qui, dans sa logique d'homme d'Etat, concluait avec assez de raison qu'il n'y avait plus de paix possible en Europe si les armées pouvaient défaire un gouvernement en quelques jours.
L'unanimité des souverains était donc pour un système répressif, qui donnerait aux cabinets les garanties d'une paix durable; et comme dans ces maximes générales, l'intérêt personnel ne s'oublie pas, on chercherait dans un remaniement des frontières françaises des moyens d'indemnités pour la Belgique, l'Allemagne et la Sardaigne ; la France avait trop de vie dans son organisation morale et matérielle; il fallait lui enlever, comme une palette de sang, les frontières offensives dues aux conquêtes de Louis XIV ; et pour arriver là, il fallait méconnaître la déclaration faite par les alliés de respecter les frontières. Voici comment les hommes d'État raisonnèrent : Les puissances avaient sans doute déclaré qu'elles respecteraient les limites de la France, mais c'était avant l'ouverture delà campagne. Les Chambres des Cent Jours n'avaient point proclamé Louis XVIII; les Français étant restés inflexibles sans aller au-devant de leur roi légitime, les alliés pouvaient légitimement
MESDRES IMPOSÉES PAR l'eUROPE (JUILLET ^84J)). 574
partir d'un point terrible et fatal dans ses conséquences diplomatiques : c'est que la France était légitimement envahie et conquise; la Restauration n'était plus qu'un accident. Raisonnant sur cette base, ils déclarèrent que les traités de \S\4, parce seul fait, pouvaient être modifiés; l'intégralité du territoire devait être rectifiée de manière à donner de nouvelles garanties aux peuples qui avaient pris les armes. La France avait troublé l'ordre établi , elle en portait la peine; il fallait protéger les territoires voisins, gouvernements et peuples, contre tout nouveau projetd'invasion et de perturbation : ainsi, meilleure ligne sur la frontière de Belgique pour empêcher une surprise ; meilleure ligne du côté du grand-duché du Rhin; meilleures limitations sur les Alpes et la Savoie ; contributions de guerre, indemnité destinée à élever des forteresses sur toutes les frontières, de manière à former comme une ceinture de pierre autour delà France : occupation des places fortes sur une très large base pendant un temps déterminé; enfin, certaines conditions de gouvernement et des mesures de sûreté générale qu'il fallait concerter avec les ministres de S. M. chrétienne, afin d'empêcher à tout jamais le triomphe du parti jacobin et des bonapartistes.
Dans des conférences secrètes qui eurent lieu entre les plénipotentiaires des alliés et les ministres du roi de France, des notes fort dures, fort impératives, furent remises par les cabinets de l'Europe, sur la nécessité de mesures répressives : « Puisqu'il était constant que les Chambres ni le pays n'avaient protesté contre les Cent Jours, il fallait bien admettre que ce pays était sous la domination réelle de deux factions menaçantes, le parti militaire et le parti jacobin révolutionnaire ; ces deux partis avaient troublé la sécurité de l'Europe, on de-
vait prendre des mesures contre eux; la clémence avait des bornes : Louis XVIII, dans sa déclaration de Cambrai, avait fait des exceptions, il fallait des exemples. » L'empereur Alexandre, qui s'était montré si indulgent en^ 8^1 4, fut inflexible; il voyait un manque de foi très condamnable dans tous les hommes qui du jour au lendemain avaient changé de drapeau.
Les notes des cabinets se résumaient en des conditions impératives, les voici : Napoléon Bonaparte, prisonnier de l'Europe à Sainte-Hélène, serait sans doute dans Timpuissancc de nuire; mais cela ne suffisait pas ; il y avait un parti militaire turbulent qui était accouru autour de son drapeau; et, pour le rendre tout à fait incapable de troubler la paix , l'armée française devait être dissoute ; on réorganiserait un état militaire dans un meilleur esprit, et dans des conditions plus rassurantes. Il serait pris des mesures contre les auteurs et fauteurs de la révolution des Cent .Jours; les chefs du parti jacobin seraient désignés et inscrits sur une liste ; on les condamnerait à l'exil dans les forteresses ou au bannissement; enfin, comme quelques chefs militaires avaient donné l'exemple d'une trahison odieuse, ils seraient traduits devant des commissions pour être jugés selon la rigueur des lois. L'Europe exigeait ces articles comme garantie de repos et avant tout traité de paix définitif'.
M. de ïalleyrand répondit : « que sur le premier point aucune difficulté ne pouvait s'élever; ce n'était pas une question française ; Napoléon Bonaparte était prisonnier de 1 Europe , elle en disposerait à son gré. Quant à l'armée, nulle difficulté; elle était alors en pleine dissolution, les débris retirés sur la Loire avaient
1 Noies de MM. de Nesselrode, Casllereagh, llardenbcrg, Mellernich.