NÉGOCIATIONS AVEC LES CABINETS (.ILILLET
Init lour soumission au roi, on pourrait facilement la licencier avec de la prudence , des soins , des précautions; on renverrait les officiers dans leurs foyers , sous des surveillances de police qui ne leur permettraient pas de conspirer. » Sur le troisième point, c'est-à-dire, en ce qui touchait les mesures contre les personnes, de longues observations furent faites ; les ministres de Louis XVIII exposèrent : « que sans doute il fallait des exemples, et que les hommes dangereux devaient être surveillés ; mais ne devait-on pas craindre de donner trop d'extension au système de réaction politique ? »
Les cabinets répliquèrent : « que la sûreté et la continuité des bons rapports européens exigeaient que les auteurs et les complices des Cent Jours fussent exemplairement punis, c'était le seul moyen d'éviter le retour de la révolution et d'une guerre européenne. » On fournit alors une liste de 200 personnes parfaitement désignées , contre lesquelles des mesures exceptionnelles paraissaient indispensables , comme exemples donnés au peuple, àTarméé, à l'Europe; il fallait constater qu'on ne se révoltait pas impunément contre les souverains. <( Sans doute le roi de France était maître de faire ce qu'il lui plaisait dans son royaume, d'user de clémence pour une affaire privée ; mais comme les derniers événements venaient d'ébranler l'Europe jusque dans ses dernières entrailles , les cabinets devaient prendre eux-mêmes les moyens d'empêcher le retour d'un pareil malheur. Les Cent Jours n'étaient pas seulement une affaire française, ils avaient forcé les souverains à armer, et des torrents de sang étaient répandus. Pour réparer tout cela , il fallait donc des mesures sévères, coërcitives, concertées entre tous les cabinets, comme l'était la captivité de Bonaparte; le délit était
européen, la répression devait Têtre également; si on ne livrait pas les coupables, si on ne les mettait pas dans le cas de ne plus troubler le monde, l'Europe était forcée d'exiger de plus fortes garanties territoriales ; elle comptait onze cent mille baïonnettes en France, et pouvait facilement organiser une occupation permanente pour sa sûreté, demander deux lignes de forteresses au lieu d'une, des contributions spécialement frappées sur les perturbateurs. Ainsi les conditions d'ordre qu'elle proposait étaient dans l'intérêt môme d'un meilleur traité de paix pour la nation française. » Telles étaient en résumé les réclamations que les cabinets adressaient à M. de Talleyrand. J'ai dit, dans un autre livre \ comment les ministres de Louis XVIII combattirent ces doctrines; la liste de proscription fut réduite à 57 personnes.
Ainsi quel legs funeste n'avaient pas laissé les Cent Jours à la Restauration! des contributions de guerre', une occupation permanente, de nouveaux et funestes traités, la diplomatie allemande qui exigeait l'Alsace et la Lorraine, les Belges qui voulaient envahir nos frontières de Flandres , l'Angleterre réclamant la Martinique, le Piémont redemandant la Savoie; il fallut réparer
' Histoire de la restauration , 1
;ome lU,
Hesse-Darmsladt, Ol-
- Uetevi' des sommes réclamées
par
les
denbourg, Mecklem-
puissances ,
indépendamment
des
bourg-Slrelilz, Saxe-
millions de contributions de guerre.
Weimar.
Autriche.
189 millions,
Mecklembourg - Schwe-
Prusse.
rin.
Pays-Bas.
Danemarck.
Sardaigne.
Rome.
Hambourg.
Bavière.
Toscane.
Francfort
Parme.
Suisse.
Ville de Brème.
Saxe seule.
Ville de Lubeck.
Bade.
Saxi- avec la Prusse.
Hanovre.
Total.
Hesse-Cassel.
TRISTESSE DES iNÉGOClATIOr<S (aO[]T ^8^5). 575
le désordre des idées et des intérêts au milieu de l'Europe année; plus de crédit, plus de commerce, et tout cela qui r avait fait?
Ici les partis ne peuvent faire mentir l'histoire ! Dans les Cent Jours, Napoléon oFt rétabli ; toutes les forces révolutionnaires du pays viennent à lui , elles le soutiennent un moment, puis elles se mettent en lutte; les représentants, par de petites et basses jalousies, proscrivent TEmpereur et se refusent à proclamer Louis XVIIl ; ils crient à tue tête : « Point de Bourbons! » Ils laissent en fuyant un mauvais chiffon constitutionnel devant lequel ils s'a}Jcnouillent, et ils disent en cela avoir sauvé la patrie ; ils préfèrent traiter avec les Anglais et les Prussiens qu'avec le roi de France! Après qu'ils ont attiré l'Europe sur nos bras, après que ^ ,^ 00,000 hommes occupent nos provinces, ils laissent à M. de Talleyrand et après lui à M. de Richelieu le poids immense de réparer tant de désastres ; et par un mensonge odieux ils imputeront aux hommes d'État d'alors les traités de i 8-1 5! Ces traités, qui les a nécessités ? Qu'auraient-ils obtenu sans les Bourbons? Auraient-ils sauvé l'Alsace et la Lorraine? Ils parleront pourtant de trahison, lorsque la plus grande de toutes fut celle des lâches politiques qui délaissèrent Napoléon , et des imbéciles haineux qui ne virent pasque puisqu'ils avaientbrisél'hommede guerre, il fallait venir à l'homme de la paix, Louis XVIIL
Profondément affectés de la situation, les hommes d'Etat chargés du gouvernement du pays avaient devant les yeux le plus déplorable tableau ! Jamais des exigences plus grandes ne s'étaient manifestées; Fouché avait fait bon marché des hommes dont on exigeait la proscription ; on lui avait demandé une liste d'exil , il l'avait dressée avec insouciance : il connaissait le parti
57G LES CEM JOURS.
jacobin dans son personnel le plus inliino; il avait sacrifié les noms qui pouvaient lui nuire, même les plus insignifiants. Comme toutes les listes de proscription, il y eut un arbitraire irréflécbi dans ce travail * ; les petits payèrent pour les grands qui furent épargnés. On vit des inconnus qui furent bien étonnés de se trouver sur des listes européennes : quand ils vinrent s'en plaindre à Fouché, il leur dit: « qu'ils étaient bien beureux de partir, car du train que les clioses allaient, il n'y en avait pas pour quinze jours. » En effet, les réactions'commençaient sanglantes, le Midi était en feu, le ministère de M. de Talleyrand n'était plus à la bauteur des circonstances passionnées ; on avait convoqué une Cbambre, elle arrivait ardente, royaliste, réactionnaire; elle ne parlait que de reconstruire quelque cbose de fort, une monarcbie provinciale, une armée vendéenne, une noblesse, un clergé, une éducation religieuse et corporée.
Les négociations diplomatiques prenaient une tournure fatale ; on n'aboutissait à rien : les Allemands ne cessaient de revendiquer l'Alsace et la Lorraine comme une portion de leur patrimoine; la Hollande voulait s'agrandir des provinces flamandes. Tous réclamaient : la Suisse,
1 La liste arrêtée contenait cinquante-sept deau, Carnot, Harcl, Barrère, Arnaiiit, Pnmîioms. Dix-neuf personnes, savoir : le ma- mereuil, Regnauld de Saint-Jean-d'Angély, réclial Ney, Labédoyère, les deux frères Lai- l'.éal , Carreau, Bouvier-Dumolard, Merlin lemand, Drouet, Laborde, Lefebvre-Des- (de Douai), Durbach , Dirat, Defermonl, nouettes, Anieiiie , Brayer, Gilly, Mouton- Bory de Sainl-Vinccnl , Félix Desportes , Duvernet , Grouchy , Clauzel , Debelle , Garnier (de Saintes), Mellinet,Cluys, Cour- Bertrand, Drouol, Cambronne, Lavallette , ti», Forbin-Janson KIs aîné, Lelorgne d'Ide- Savary, compris dans une première liste, ville, devaient quitter Paris dans les trois devaient être traduits devant des conseils jours et se rendre dans les lieux désignés de guerre compétents. Trente-huit, sa- parle ministre de la police. Ceux de ces voir : le maréchal Soult, les généraux Alix, individus qui étaient condamnés à quitter Excelmans, Vandamme, Marbot, Lamarque, le royaume par suite de l'ordonnance, de- Lobau, Péré, Dejean fils, Ilullin, Arrighi ; valent vendre leurs biens et en transporter MM. Félix Lepelletier, Boulay (de la Meur- le prix hors de France. On déclarait close Ihe), Méhée-Lalouche, Fressinet , Thibau- ù tout jamais la liste des proscriptions.