NÉGOCIATIONS AVEC LES ALLIES (SEPTEMBRE
le Wurtemberfj, le Piémont; les vieilles dettes se réveillaient, à ce point qu'une puissance de TAlIemagne, du troisième ordre, vint demander une créance de lansquenets pris au service de France par Henri IV.
M. de Talleyrand était au désespoir, rien n'avançait; les conférences diplomatiques faisaient naître d'insurmontables difficultés. Les traités les plus durs auraient été imposés à la France, sous prétexte qu'elle était un danger permanent , lorsque Louis XVIII, de sa personne, crut indispensable de s'adresser à l'empereur Alexandre. Il avait aperçu avec son instinct que la Russie seule était désintéressée dans ce jeu fatal qui se jouait contre sa monarchie; elle n'avait rien à gagner dans un remaniement des frontières; l'Allemagne, l'Angleterre, la Prusse, l'Autriche, les Pays-Bas, le Piémont et jusqu'à la Suisse, pouvaient prétendre à quelque chose dans un morcellemen; mais la Russie, qu'avait-elle à y gagner? Elle avait besoin, au contraire , dans le Midi ^ d'un appui contre l'Autriche et l'Angleterre, etcetappui, qui pouvait le lui offrir plus fort, plus désintéressé que la France? Pourquoi donc anéantir sa puissance morale et matérielle ? Alexandre écouta le vieillard couronné avec intérêt; la fierté de Louis XVIII, qui l'avait tant blessé en >I8^4, l'intéressait maintenant ; et d'ailleurs le Czar, dans ses desseins sur la Pologne et 1" Orient, était content de trouver au Midi une puissance amie, qu'il avait cherchée même en Espagne avec les Cortès ; dans ses méfiances contre lord Gastlereagh, le duc de Wellington, et les temporisations continuelles de M. de Metternich , il avait hâté la marche de ses troupes; le Czar les avait passées en revue avec solennité dans la plaine des Vertus : ces forces étaient la base, l'élite des armées alliées.
Dans cette situation des affaires, Alexandre écouta très ravoral)lement les paroles de Louis XVllI ; il lui répondit avec franchise : « que le ministère de M. de Talleyrand ne pouvait lui convenir, parce qu'il avait des engagements trop sérieux avec FAngleterre et des sympathies trop vives pour rAutriche : il demandait donc, comme premier gage de tout rapprochement, une modification très large dans le cabinetfrançais et le sacrifice de M. de Talieyrand. Le ministère n'était-il pas déjà très ébranlé? » Fouché était sorti du cabinet, comme un sacrifice à la réaction royaliste ; il porta la peine de sa conduite équivoque pendant les Cent Jours; lui qui avait signé tant d'exils, subissait un exil doré sous le titre d'ambassade à Dresde ; il avait voulu se sauver par un mariage presque de jeune homme, avecune grande demoiselle du faubourg Saint- Germain , née de Castellane : aux époques de réaction , les partis vont trop vite pour s'en tenir aux petits gages. Le ministère préparé sous l'induence du duc de Wellington fut donc disloqué; Alexandre exigea que M. de Talleyrand lui-même se retirât des affaires, il ne voulait pas entendre parler d'une négociation avec le diplomate qui l'avait blessé à Vienne. Un nouveau ministère lui fut soumis dans des opinions mieux en harmonie avec Talliance russe, la seule désormais qui put être favorable à la France. Le nom de M. de Richelieu se rencontra tout naturellement ; le noble duc avait refusé de prendre place comme ministre de la maison du roi dans le ministère de M. de Talleyrand, pour ne point siéger à côté de Fouché. Ses premières années s'étaient passées en Russie ; il avait suivi cette jeune noblesse qui, sous la grande Catherine, s'était distinguée au siège d'Ismaïl, chanté par lord Byron; les Saint-Priest, lesLangeron , les Damas , les Fronsac (Richelieu), avaient salué