MINISTÈRE DU DUC DE RICHELIEU (OCTOBRE
comme de braves officiers les bannières russes se déployant sur le Danube.
Ce fut le désespoir au cœur que le duc de Richelieu accepta la direction des affaires dans des circonstances si graves'. Quand on porte un de ces grands noms historiques, on frémit de se trouver en contact avec de fatales circonstances : un Richelieu avait construit la monarchie de France, serait-ce un Richelieu qui servirait à la démolir? L'Europe allait-elle se venger du grand cardinal? Pour rassurer les craintes du duc de Richelieu, l'empereur Alexandre engagea sa parole d'honneur d'appuyer de toute sa force les justes réclamations de la France pour maintenir ses frontières dans les proportions du traité de ^844. Si l'on faisait quelques sacrifices, ils seraient tellement imperceptibles en présence des prétentions élevées par l'Allemagne et les Pays-Bas, que la patrie devrait encore reconnaissance au nom de Richelieu. Deux ou trois conversations avec l'empereur Alexandre déterminèrent le noble duc à prendre la direction des affaires pour réparer le mal produit par le fatal épisode des Cent Jours. M. le duc de Richelieu se mit à l'œuvre; il a fallu vivre dans l'intimité de cette âme élevée pour connaître tous les soucis que lui donnèrent les négociations du traité de Paris signé en novembre 4815: à chaque incident des difficultés nouvelles , et des difficultés soutenues par un million de baïonnettes : avait-on à négocier avec les ministres de la Confédération germanique, soutenus par
1 Blinistère du duc de Richelieu. M. Decazes, de la police générale ,
Le duc de Richelieu, ministre des affaires M. Barbé-Marbois, de la justice et garde
étrangères et président du conseil ; des sceaux ;
Le général Clarke, ministre de la guerre ; M. Corvette, des finances ;
Le vicomte Dubouchage, de la marine et M. Angles, préfet de police ;
des colonies ; Le marquis d'Herbouville, directeur gé-
Le comte ie Vaublanc, de l'intérieur ; néral des postes.
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la Prusse, c'était l'Alsace et la Lorraine que Ton disputait; se trouvait-on avec les ministres des Pays-Bas, appuyés par rAnjrleterre, c'était la ligne de Dunkerque jusqu'à Lille qu'il fallait enlever presque de vive force ; la Suisse voulait une partie du Jura ; le Piémont étendait ses frontières jusqu'à Grenoble; le cabinet espagnol réclamait la Gascogne et le Roussillon ; la carte de la France restreinte fut dressée par les géographes de TEurope, et une copie en resta comme un triste et noble dépôt dans les mains de M. de Richelieu, qui aimaità la montrei- pour expliquer ses travaux et ses douleurs pour le traité de Paris * .
Le ministre défendit tout avec une honorable résistance ; il fut soutenu par l'empereur Alexandre, qui se fâcha plusieurs fois contre les Allemands et les Anglais ; il menaça même de quitter la France avec ses 2o0,000 Russes , en laissant ainsi les Prussiens se débattre
1 Voici comment furent amoindries les Perle, elle passera par Launsdorf, Walwich,
frontières de France par les traités signés Schardorf, Niederweilin^ , Pellweiler, tous
à Paris le 20 novembre 1815. ces endroits restant avec leurs banlieues à
« Les frontières de la France seront telles la France, jusqu'à Houvre, et suivra de là
qu'elles étaient en 1790, sauf les modifications les anciennes limites du pays de Sarre-
indiquées dans l'article présent : 10 sur les bruck, en laissant Sarrelouis et le cours de
frontières du Nord, la ligne de démarcation la Sarre, avec les endroits situés à la droite
restera telle que le traité de Paris l'avait de la ligne ci-dessus désignée, et leurs ban-
fixée, jusque vis-à-vis de Quiévrain ; de là lieues, hors des limites françaises. Des li-
elle suivra les anciennes limites des pro- mites du pays de Sarrebruck, la ligne de
v'Dces belgiques, du ci-devant évêché de démarcation sera la même qui sépare ac-
Liége et du duché de Bouillon, telles;qu'elles luellemen t de l'Allemagne les départements
étaient en 1790, en laissant les territoires de la Moselle et du Cas-Rhin, jusqu'à la
enclavés de Philippeville et de Marienbourg, Lauter , qui servira ensuite de frontière
avec les places de ce nom, ainsi que tout le jusqu'à son embouchure dans le Khiu. Tout
duché de Bouillon, hors des frontières de le territoire sur la rive gauche delà Lauter,
la France. Depuis villers, près d'Orval (sur y compris la place de Landau, fera partie
les confins des déparlements des .\rdennes de l'Allemagne ; cependant la ville de Weis-
et du grand duché de Luxembourg), jusqu'à sembonrg, traversée par cette rivière, res-
Perle, sur la chaussée qui conduit de Thion- tera tout entière à la France, avec un
ville à Trêves, la ligne restera telle qu'elle rayon sur la rive gauche n'excédant pas
avait été désignée par le traité de Paris. De mille toises, et qui sera plus particulière-