CHAPITRE XIV
DESTINEE DES PARTIS ET DES CABINETS JUSQU'A LA MORT DE L'EMPEREUR NAPOLÉON.
Le parti bonapartiste après les Cent Jours. — Souvenir de Napoléon. — Les officiers et le drapeau. — Le soldat-laboureur. — Le Champd'Asile. — Tentative de conspiration militaire. — Le parti patriote. — Associations. — Commencement du carbonarisme. — Rapprochement avec les bonapartistes. — Divisions. — Opposition constitutionnelle. — Les cabinets. — L'empereur Alexandre. — François 11. — Le roi de Prusse. — Esprit des congrès jusqu'à Troppau et Laybach. — Agitation de l'Angleterre. — Mouvement militaire en Europe. — Napoléon à Sainte-Hélène. — Ses jugements. — Les légendes. — Sa mort. — Fusion du parti bonapartiste dans le parti constitutionnel.
Deux partis politiques s'étaient particulièrement montrés dans le gouvernement des Cent Jours: le bonapartisme d'abord, exclusivement dévoué à la grande destinée de l'Empereur; les patriotes ensuite, qui, parleur méfiance et leur haine, avaient brisé la dictature qui seule pouvait organiser l'énergie du pays; Napoléon l'avait bien prévu. Ces deux partis qui avaient gouverné ensem-
ble dans les Cent Jours tombaient aussi simultanément par la Restauration ; la ruine de Tun entraînait la catastrophe de l'autre ; Faigle qui s'envolait laissait sans défense les couleurs tricolores ; la Révolution et TEmpire étaient également frappés.
Jamais chute plus profonde n'avait atteint une opinion politique. En 1814, les bonapartistes avaient gardé quel- (jue espérance, une certaine confiance en eux-mêmes; la Restauration avait fait tant de fautes et les éléments de l'Empire étaient si vivaces qu'ils pouvaient se croire destinés pour l'avenir à des succès nouveaux et considérables. Mais après la défaite de Waterloo, la réaction fut si active qu'on ne pouvait concevoir l'espérance de se relever de celte catastrophe; des listes de proscription avaient atteint les chefs du parti impérial; il y en avait de traduits devant des commissions militaires ; ceux que la balle n'atteignait pas étaient obligés d'errer de solitude en solitude'; ici, un général parcourait de ses pieds meurtris les Cévennes^; là, ils trouvaient à peine un exil à l'étranger; d'autres, plus heureux, cherchaient un refuge en Amérique ; des hommes civils, des administrateurs aussi, dérobaient leur tête à cette réaction contre le bonapartisme. Dans les rangs inférieurs, la proscription atteignait tout le parti militaire ; les officiers de l'armée de la Loire, désignés par de misérables épithètes , ne pouvaient habiter dans les cités populeuses ; presque partout on leur assignait des lieux de résidences ^ ; s'ils manifestaient quelques souvenirs pour les gloires du passé, on les trai-
1 Les cours prévôlales et les conseils de rochers des Cévennes, sous l'abri des ar-
guerre agirent particulièrement sur les im- quebuses protestantes, périalistes du mois de novembre 1815 au 3 Le général Despinois , commandant de
mois d'août 1816. Paris, manifestait une fermeté et une ri-
'- Le général Gilly dut s'abriter dans les gueur indicibles.