NAPOLÉON 1 SAINTE-HÉLÈNE
gouvernement, de ses théories sociales que son imagination grandit encore; beaucoup de petitesse quand il exprime ses haines corses, ses ressentiments des montagnes ; et ce caractère, il le soutient jusqu^au bout; même dans son testament, alors qu'il n'a plus devant lui que Dieu et la postérité, il laisse un legs au sous-officier du nom de Cantillon', pour avoir tenté d'assassiner le duc de Wellington. J'aime à croire qu'à cette époque ses nobles facultés étaient affaiblies ; ou peut-être s'étaitil rapetissé par le contact des haines et des passions qui l'entouraient. Souvent on s'empreint des caractères qui vous pressent et vous dominent, on devient étroit par son voisinage : qu'avait donc fait le duc de Wellington à Bonaparte, pour que ceiui-ci récompensât une mauvaise action? Ils s'étaient rencontrés sur un champ de bataille, ils avaient croisé le fer en loyaux capitaines; y a-t-il de quoi récompenser l'assassin d'un adversaire? 11 faut le dire. Napoléon, à travers ses grandeurs, avait avant tout le caractère corse; lorsqu'il fit fusiller le duc d'Enghien, il était Corse; lorsqu'il exila Moreau, il était Corse; quand il blessait maladroitement Bernadotle, il était Corse; il ne supportait pas une gloire militaire rivale de la sienne, et il jetait un trait de cette jalousie sur le duc de Wellington.
1 Celte étrange disposition esl|en effet chait à le jusiiGer par l'inlérél de la Grandedans le codicille de lEmpereur. liretagne. Cauiillou, sivruinieul il eùtassas-
« Je lègue 10,000 francs au sous-ofiicier sine le lord, se serait cuuvert, et aurait éiC
Canlillon qui a essujé un procès comme juslilié par les mômes moiifs, l'inlérél de
prévenu d'avoir voulu assassiner lord Wel- France de se défaire d'un général qui d'aii-
lington, ce dont il a été déclaré innocent, leurs avait violé la capiiulaiion de Paris ,
canlillon avait autant de droii d assassiner et par la s'était rendu lesponsable du sang
cet oligarque, que celui-ci de m'eiivoyer des marijrsNe), Labedoycre, etc., etc., et
pour peiir sur le rocher de Sainle-lléléne. du crime d'avoir dépouillé les musées, cou-
Welliugton, qui a proposé cet attentat, cher- ire le texte des traités. »
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Les légendes de Sainte-Hélène ont passé dans le cœur du peuple; cette lamentable fin de la vie de Napoléon, cette mort isolée sur un rocher, tout cela est devenu une chronique que les vieux disent aux jeunes, et que la postérité recueillera comme la vérité. Ainsi, à côté de riiistoire de Charlemajjne , le héros germanique, se trouve une foule de pieuses légendes et de poëmes chevaleresques ; les uns disent que l'Empereur fut saint, ainsi qu'on le voit en l'église d'Aix-la-Chapelle; les autres racontent qu'il fut fort à briser le fer et l'acier; les autres, encore, qu'il fit le pèlerinage en Palestine et vécut en pénitence à la fin de ses jours; prouesses, grands travaux, monuments de tous les âges, sont attribués à Charlemagne. 11 en sera de même de Napoléon : il n'y a plus de critique pour ce qui éblouit, nul examen pour ce qui est si magnifique ; on le fera saint, grand comme un géant de la fable. Cet homme qui commence dans une école d'artillerie, puis à Toulon, grandit avec cette puissance que savait imprimer à tout le génie de la République; cotte république qui l'a créé, il l'étouffé; Empereur, il enjambe le monde, il refoule les peuples, et les peuples le refoulent; il tombe, reparait dans la plus merveilleuse des marches héroïques, balaie une vieille dynastie en vingt jours; il se fait de nouveau Empereur, il organise vigoureusement les forces du pays ; il s'élance; il est vaincu; les lâches l'abandonnent, et pour compléter le martyre, une assemblée stupide le sacrifie à des idées sans but, à des projets sans portée.
Quand Napoléoneut touché le tombeau, quand ce front superbe fut déposé dans la tombe de Sainte-Hélène , « cette Saint-Denis des tempêtes », comme l'a si bien nommée un grand écrivain, il se fit en France une large
DESTINÉE DU PARTI BONAPARTISTE (^8l6-^8{0). 404
séparation dans le parti purement bonapartiste ; une frac! ion se rallia sincèrement à la branche ainée des Bourbons; elle lui prêta loyalement son épée : témoin la guerre d'Espagne. Les idées impérialistes commencèrent ainsi à pénétrer dans le gouvernement de la Restauration ; les gentilshommes tendirent la main à la nouvelle génération de noblesse qui siégeait dans la Chambre des pairs; les fils de Bessières, de Lannes, fraternisèrent avec les Fitz-James, les Luxembourg, les Duras, les Grillon , pour défendre cette puissante nationalité française que Louis XIV avait fondée et que Napoléon avait comprise. H se fit une fusion des noms illustres du passé et des grandeurs du présent. Les fils des gentilshommes qui avaient leur blason dans les héroïques temps de la monarchie pouvaient presser la main de ceux qui avaient mêlé leurs couleurs aux drapeaux deFEmpire.
Une autre fraction du bonapartisme se fondit, au contraire, dans la vieille école libérale ; elle abdiqua les idées de force du 48 brumaire, Ténergie gouvernementale de Napoléon, pour se mêler à ce vieux libéralismequi est la négation de toute autorité. On vit les généraux se mettre à la suite des légistes ; Tabsurde Cédant arma togœ devint un axiome ; on démolit une à une toutes les garanties de Tordre social : ici un avocat proclamait que la loi était athée , là tel autre jurait haine à la royauté sur un poignard ; un plaidoyer suffisait pour heurter de face les forces du gouvernement; on affaiblissait ainsi la société, pour la léguera l'avenir dans sa désorganisation et dans sa ruine. Ce fut une fatale trahison que celle de la vieille école libérale, livrant la monarchie de Louis XIV et de Napoléon à tous les décousus des idées, à toutes les folles doctrines. Que deviendrait désormais cette noble France à la face de l'Europe et
des intérêts immenses qui allaient s'agiter? Comment les hommes d'état pourraient-ils continuer ce système d'habileté et d'unité qui, depuis le xvi" siècle, avait donné sept provinces à la France et constitué sa puissance ?
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