ÉLISA. — PAULINE (^ 84 6- 1825). A
ralt pas de l'être parce que rinfortune était venue à lui.» Jérôme vint habiter Florence, douce et somptueuse retraite pour lui, sous la protection de ses grands-ducs, pacifiques souverains des plus belles contrées du monde. A Rome s'étaient encore abritées les deux sœurs de l'Empereur Elisa et Pauline : Elisa qui avait pris au sérieux son grand-duché de Toscane, femme fière et hautaine, voulait refléter l'image de l'Empereur; on la voyait en amazone dans le jardin du palais Pitti , à Florence, passer des revues sur un cheval fougueux. La guerre de 4814 avait abattu son pouvoir; elle s'en consolait avec peine au milieu des arts qu'elle avait aimés. Pauline, princesse de Borghèse, tenait le premier rang à Rome, tant il est utile d'appuyer sa vie sur ce qui est solide et ancien ; les blasons d'un jour peuvent disparaître, mais les antiques races ne meurent pas si vite. Pauline habitait donc la villa Borghèse avec ses riches promenades, son musée magnifique encore malgré ses pertes ; mollement couchée sur un palanquin, elle parcourait les allées sablées de la belle villa qui domine la place du Peuple à Rome. Seule peut-être de la race de Bonaparte, elle avait
devoirs qui ne sont point soumis aux vi- dessus de la race du genre humain, nous
cissiiudes de la fortune ; je connais l'éten- sommes beaucoup plus à plaindre. Une vo-
due de ces obligations, et je sais aussi com- lonté variable dirige notre destinée ; mais
ment les remplir. J'étais reine, je suis en- ici son pouvoir cesse, il est vain contre les
core épouse et mère ! le changement de la obligations que son pouvoir nous impose,
politique des princes en renversant l'Em- « L'époux que Dieu et vous m'avez
pire français a aussi détruit le trône sur donné, l'enfant que j'ai porté dans mon
lequel votre bonté et le prince mon époux sein, comprennent toute mon existence;
m'avaient placée. Nous avons obéi à la j'ai partagé un trône avec cet époux, je
force des circonstances. L'auguste Marie- partagerai avec lui l'exil et l'infortune; la
Louise m'a donné un grand exemple de violence seule pourra me séparer de lui.
résignation, mais nos situations ne sont Mais, ô mon roi .' ô mon père 1 je connais
point semblables. Les intérêts publics peu- voire cœur, votre justice et l'excellence
■yent souvent commander des sacrifices de vos principes; je sais ce que, dans tous
permanents. les temps, ces principes ont été relative-
« Quoique le hasard nous ait élevés nu- ment aux devoirs domestiques que doivent
conservé son caractère aimant, enthousiaste pour Napoléon. C'était un cœur chaud et entraîné que celui de Pauline; pénétrée d'énergie et de dévouement, elle se fût donnée tout entière pour racheter son frère ; ses entrailles, son sang, elle les eût livrés; cependant ses mœurs étaient molles ; celle que le pli d'une rose aurait blessée, cette femme aux formes divines que Canova avait reproduite dans le groupe de ses trois Grâces, aurait parcouru de ses pieds meurtris les rochers et les précipices pour obtenir un peu de soulagement à Napoléon, sa fierté à elle, sa gloire et son amour.
Caroline, la plus jeune des sœurs de Napoléon, la plus froide peut-être envers lui , avait perdu la destinée de Murât par ses folles ambitions et ses capricieuses fantaisies. Sa conduite en 4815 et 484 4 était inexplicable ; n'avaitelle pas déterminé Murât à traiter avec les Anglais et les Autrichiens ? Depuis la fatale exécution de son mari, tombé surles rochers de Calabre, Caroline avait pris le titre de comtesse de Lipona, anagramme de Napoli, et la douce protection de M. de Metternich Tavait sauvée des secousses de l'infortune. Elle portait son existence un peu aventureuse en Autriche , en Bohême, et un moment
respecter les princes de voire maison, vant vous. Si nous sommes obligés de par- « Je ne demande point à Votre Majesté tir ce soir, faites que ce soit avec l'assupar affection pour moi de faire aucun rance de votre affection et de votre prochangemenl dans ce système de conduite teclion dans un temps plus heureux. Nos qui a été adopté en conformité avec les ré- malheurs doivent avoir une On; la polilisolutions des plus puissants princes de que ne commandera pas toujours envers l'Europe; mais je me jette à vos pieds nous tant d'humiliations; plusieurs mempour implorer la permission de rester au- bres de celle famille sont alliés aux maiprés de vous avec mon époux ; mais, ô sons les plus anciennes et les plus illustres mon père ! s'il n'en peut pas être ainsi, de l'Europe ; leur sang n'est-il pas mêlé rendez-nous au moins voire faveur avant au vôtre? Pardonnez -moi, mou père et que nous parlions pour un pays étranger, mon souverain, de m'êlre exprimée ainsi; Ce ne sera qu'après avoir reçu quelque mais ayez la bonté de me faire connaître, preuve do votre amour paternel que je ne par un seul mot, que relie lettre n'a poiot sentirai assez de force pour paraître de- été reçue avec déplaisir.»