‹ Les cent jours: Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, duChapitre 2 sur 16 · MÉM0IHE · texte numérisé non relu

MÉM0IHE

coalition. Dans l'autre il rappelait les propctôi» tions de M. Werner; il discutait avec une sar gacité admirable les avantages et les inconvé*liiens qui pourraient en résulter dans Tintiérêt de la France et de TEurope:: et il finissait par déclarer, après avoir succei^sivemçnt rejeté, la république, la régence et le duc d'OrléansL, que Napoléon, qu'il comblait d'éloges démesurés , était évidemment le cbef qui convenait le mieux aux français et aux intérêts biei^ entendus des monarques alliés.. Mais néanumoins, il avait su contourner ses expressions avec tant d'art et de finesse ^ qu'il était impos; sible de ne point apercevoir qu'il pensait , au ^nd du coeur, que le duc d'Orléans était le seul prince capable d'assurer le bonheur delà France et la tranquillité des étrangers.,

Je mis cette lettre squs Içs yeux de l'Empereur, et cherchai vainement à lui en faire démêler la perfidie; il n'y vit que les éloges doiv . Qés à son génie ; le reste lui échappa.

M. Werner avait été exact au rendez-vou&; je m'empressai de me rendre chez lui.«. Je craignais, me dit-il, oblige^mraeut, qu'on n^ vous eût refusé l'entjrée de Baie; j'en ai parlé aux autorités ; et si vous le désirqz, je vqus ferai délivrer la carte nécessaire pour que vou^ puissiez entrer en Suisse, en sortir et y.résidw' sans obstacles et sans danger. >

UEMOlRliS. QJ

Je le remerciai de cette o&ve , qui me prouva que les Suisses étaient aiissi bien disposés pour Hos eonemîs, qu'ils lV3faient m^al pour nous. ]Vous entrâmes ensuite en matière. « J ai rapporté à M. de Metternich, me dit-il, la conversation franche et loyale que j^ai eu ITionneur d avoir avec vous. Il s'est enjipressé d'en rendre compte aux souveis^ains alliés ;' et les souverains ont pensé qu'elle ne devait rien changer à la résolution qu'ils ont prise de ne jamais reconnaître Napoléon pour souverain de la France, et de n'entrer personnellement avec lui dans aucune négociation ; mais en même ternes , jre suis autorisé à vous déddrer formeUement qu'ils renoncent à rétaèUr les Bourbons sur le trône j ei qu'Os consentent à vous accorder le j^une prince Napoléon. Ils savent que la régence était, çn i8i4,l objet des vœux de la France, et ils s'esliment heureux de pouvoir les accomplir aujourd'hui. » — «Cela est positif, lui répondis-je ; mais que ferons-nous de l'Empereur?! — «Commencez par le dépojser: les alliés prendront, ensuite et selon les événemens, la détermination convenable.

Ils sopt grands, généreux et humains; et vou^ pourrez compter qu'on aura pour Napoléon les égards dus à son rang, à son alliance et à sop malheur. » — « Cette repose n'explique

29 MEMOnU.

point si NapoIéooL sera libre de se choisir nue retraite, ou s'il sera prisonnier de la Franee et des alliés, » — « Je n'eii sais pasdaTantage. » — -c Je vois que les alliés voudraient qu'on leur livrât Napoléon pieds et mains Ués: jamais les Français ne se rendront coupables d'une semblable lâcheté. Depuis notre entrevue, l'esprit public s'est prononcé pour Iiti avec une nouvelle forcer et je puis vous protester qu'il n'a jamais possédé, à un si haut degré» l'amour des Français. De.toutes part»» arrivent à Paris « et les électeurs convoqués pour le Champ de Mai, et les noùveauift représentans de la France (i). Cro^eï-vons que ces électeurs et ces députés qui sont FéKte de la nation, auraient embraîssé la causé périlleuse Ae Napoléon^ si cette cause n'était pas commune à tous les Français? Croyez-vous, s'ils n'étaient point résolus de la défendre envers et contre tous, qu'ils seraient assez stupides ou assez imprudens pour venir, à la face du monde ,^ jurer fidélité à l'Empereur et proscription et haine aux Bourbons? Les alliés nous ont subjugués en i8i4» pnrce que nous étions alors sans union, sans volopté^ sans

(i) La plupart des déjputés nVlaienf poinC encore nommés^ nais il m*ëlait bien permis d* anticiper sàr lef érénenvcm^

moye^ àe résistance* Maïs on ne subjugue pas deux anuiées de suite Uïie grande dation ; et tout annonce que si la tutte s'engage, elle tournera cette fois à l'avantage des Français. » — «Si vous connaissiez les forces qui vous seront opposées, vous tiendriez d'autres discours ; vous aurez douze cents mille hommes à combattre^ douze cents mille hommes habitués à vaincre , et qui connaissent déjà le chemin de Paris. > — t Ils le connaissent , parce que la trahison le leur a enseigné. » --^ c Songez donc que vous navez plus d artillerie, plus d armée , plus de cavalerie. » -r- 1 Les Espa-« gnols ont résisté à toutes les forces de Bonaparte , et ils avaient moins de ressources que nous. » — « Vous n'avez point d'argent. » — • c On s'en procurera aux dépens des nobles et des royalistes, ou l'on s'en passera. Les armées de la république étaient payées avec des Quilles de chêne; en ont-elles moins vaincu les ar« mées de la coalition ? » — * Vous avez tort, je vous assure, de voir votre position sous d'aussi belles couleurs. Cette nouvelle guerre sera plus cruelle etf plus opiniâtre que les autres. Les alliés sont décidés à ne point déposer les armes , tant que Napoléon sera sur le trône. 9 — t Je ne vois nullement la guerre qui se prépare^ avec sécurité, le ne puis y songer sans

3o MÉMOlRESr

effroi: si Napoléon est victorieux, iFestpbi^ cible que les succès nous montent la tête, et nous inspirent de nouveau le désir de retoutoer à Vienne et à Berlin. S'il n'eàt point heureux ; il est à craindre que nos revers portent la rage et le désespoir dans Tâme du peuple , et que les nobles et les royalistes ne soient massa* crés » • — t Cette perspective est sans doute fort .affligeante ; mais je vous Y ai dit et je vous le répète : la détermination des monarques alliés ne changera point; ils ont appris à con* naître TEiUperéur ^ et ils né veulent point lut laisser les moyens de troubler le monde. Les souverains consentiraient à déposer les armes,* que leurs peuples s'y opposeraient : Hs considèrent Bonaparte comme le fléau du genre humain , et ils donneraient tout jusqu'à la dertiière goutte de leur sang^ pour lui arracher le sceptre et peut-être la vie» . — ^ Je sais queles Prussiens lui ont juré une haine hnpla-^ cable ; mais les Russes et les Autrichren» ne doivent point partager l'etaspération de Ist Prusse » . — L'Empereur Alexandre s'est au contraire, prononcé le premier contre Napok^pn ». — c Soit encore; mais l'Empereur d'Autriche est trop vertueux et trop politique, pour sacrifier une seconde fois son gendre et $on allié naturel , à de vaines considérations » .

MEMOIRES; 3l

i*- %Cé iie sont point de vaines considérations qui ont guidé l'Empereur; il avait à opter entre ses dflfectiohs comme père , et ses devoirs éomme souverain î il avait à prononcer entré le sort d'une femme et d'un enfant , et le sort de TEuTope : son choix ne pouvait être douteux; et "la résolution magnanime prise par TEmpéreur , est incontestablement un beau titre à la reconnaissance de ses contemporains et à Tadmiration de la postérité > . — « Je sens, en effiet, combien il a dû lui en coûter pout renverser du trône sa fille et son petit-fils , et les condamner à vivre douloureusement sur la terre/ sans père, sans épouï, sans patrie. Quoique Français , je rends justice à la force d'âme que l'Empereur a montrée dans cette mémorable circonstance; mais si le parti qu'il prit alors , était cônveniable, il me semble que celui qu'il parait vouloir adopter aujourd'hui, ^ serait aussi dangereux qu impolitique. L'Autriche^, dans la position critique où elle se trouve placée pat le voisinage , l'anibition et l'alliance de la Prusse et de la Russie, a besoin d'être protégée et soutenue par un allié puissant ; et nul prince n'est plus en état que Napoléon de la secourir et de la défendre » . — ^« L'Autriche na rien à redouter de ses voieiosV il règne entr'eux une harmonie que rien

Zi MÉjfonKS*

ne pourra troubler : leur^ priocijles et lettre sentiinens sont les in^mes. M* de Metternich ma chargé de vous déclarer posiliYement qu il n agissait que 4!un çoipinuQ ^qcord airec )es alliés, et qu'il p'eDtamePfiit mPimcf né^ goci^tion sans leur ass^ntiiqopt^

Ce mot de négociatiop ipe frappft^c P|iis-« qu*ii faut ne point song^, M. Werper» répon-* di^^jie, ^ réta)>lir ^éparé^epit, entre TAutriche et la Frapce, lunion et T^uiitié que fiomman* dent leurs intérêts et leHr^ Jîeps de famille , np renonçons pas du moins à Tespoir d'un accomippdemept géqér^l, J$im^is pout-rétre Thumanité ne fut n)epapée. d'une guerlre aussi terrine; ce ser^ un cQ^nbat à mort, U9P point d armée à armép, mais de pfitîon fi pation« cette idée fait frémir. Lp uQjn de M« de Metternich est déjà célèbre; m^j^ de quelle gloire ne serait-il poipt entoui*éi3i M. de Metternich, en 4^venant le médiateur de T^ur^pe » par^ venait à la pacifier? Et peus*méiDes»M<^ Werner, croyez-vous que poi|$ n obtiendrions pas aussi upe part d^ns lep bénédictions des peuf pies ? Mêlions de qpté notre earaetère de né-' goeiateurs» et examinons la position das puis^ sanqes belligérantes , non plus comme leurs agens» mais en homiops désintéressés f en amis de l'humanité l Vous avec, dites-vous, 4ou»

)i£MoniK8. 53

rlm ■' '^'""•"'^ "»«" «o«« ««avons e«

L aoH.„r de I honneur et l'indépendance n'est pomt éteml en France; il embrasera tous les cœurs , lorsqu'il s'agira de «pousser le joug humiliant et injuste que vous voulez nous im! poser. Si le tableau que je vous ai fait de 1 état delà France et du patriotisme dont elle est ammée vous parait infidèle ou exagéré, venez avec moi ; je vous offre un passe-port et toute. l^ garantie» que vous pourrez exiger; nous voyagerons ensemble incognito f nous iront partout où vous voudrez? nous écouterons nous interrogerons les paysans , les bourgeois* les soldats, les riches et les pauvres ; et quand vous aurez vu. tout vu par vous-même . vous pourrez alors garantir à M. de Metternich quon la trompé, et que les efforts des alliés pour nous faire la loi. n'auront d'autre résultat que d'ensanglanter inutilement la terre. .

L'émotion dont je n'avais pu me défendre, était passée dans l'âme de M. Werner:. Je voudrais, me dit-il avec attendrissement , pouvoir seconder vos vœux et concourir avec vous à arrêter l'effusion du sang humain; mais je n'ose me livrer à cet espoir; cependant je rendrai compte i M. de Metternich de la force avec laquelle vous avez plaidé la cause de

rhumanité^ et s'il peut accepter lé irÔle dé médiateur ; je connais assez l'élévation de sôii âme , pour vous garantir qu'il ne le refusera pas. »

Jusqu'alors, j'avais évitée pour habituer M.

de Mettcrnich à traiter directement avec m^i, de mettre en scène M. Fouché. Cependant , comme il m'avait été ordonné de faire usage de ses lettres, je fis. naître l'occasion d'en par- \ Jer à Mv Werner. Je lui en donnai lecture, et l'eus soin de les commenter de manière à détruire l'impression fâcheuse que lui fit éprouver, ainsi que je l'avais prévu, la partialité des éloges prodigués à Napoléon. Quand nous fûmes arrivés au passage où M. Fouché discutait les inconvéniens d'une république , M.

Werner m'arrêta, et me dit que je l'avais sans doute mal compris ; qu'il ne m'avait parlé de la république que d'une manière indirecte, et qu'il n'était jamais entré dans la pensée des monarques alliés de se prêter à son rétablissement; que leurs efforts tendraient plutôt à étouffer les semences de Fesprit républicain , qu'à favoriser leiir dangereux développement. Je lui rappelai la conversation que nous avions eue à ce sujet , et comme il m'importait fort peu d'avoir raison , je passai condamnation.

« Au surplus, me dit-il en prenant les lettres , le langage de M. Fouché surprendra fortement M. de Metternich, Il me répétait encore, la veille de mon départ , que le duc d'Otrante lui avait témoigné, en toutes occasions, une haine invétérée contre Bonaparte; et que méjtne; en i8i4» il lui avait reproché de ne lavoir point fait renfermer dans un château fort; lui ' prédisant qu'il reviendrait de File d'Elbe ravager de nouveau TËuropie^ Il faut que M. Fouché; pour croire au Salut de TEmpereur , ignore totalement ce qui se passe à Vienne; ce qu'on lui a fait dire par M. dé Montroh' et M: Bresson, le ramènera sans doute à des idées différentes, et lui fera sentir qu'il doit, pour ses intérêts personnels et pour celui de la France, seconder les efforts des allies. » — - « Je connais, lui répondis-je, les liaisons de M. le duc d'Otrante avec ces messieurs; il n'ajouteta que peu dé foi aux paroles qu ils lui rapporteront. Je regrette que vous n'ayez jioint été chargé de me les confier y lors de notre première entrevue ; elles auraient sans doute produit sur lui une toute autre impression j mais ce qui n'est pas fait peut se faire; et, si vous le désite», je vous servirai très-volontiers d'interprète. » — « M. de Meiternich, répliqua M. Wcrner, ne m'a

S6 MSIIOIUS.

point appris positÎTeraent ce qu'il avait chargé ces messieurs de reporter au duc d'Otrante ; mais je présume que ce ne peut être que la répétition de ce qu'il m'avait ordonné de vous dire. > -^ c £n ce cas, repris-je, vous auriez tort de vous flatter du plus léger succès. S'il ne s'agissait que de Napoléon , nous n'hésiterions point à sacrifier la cause d'un seul homme à celle de tout un peuple : Napoléon personnellement n'est rien pour nous; mais son existence sur le trône se trouve tellement liée au bonheur et à l'indépendance de -la nation » que nous ne pourrions le trahir sans trahir aussi la patrie; et c*est un crime dont M. Fouché et ses amis ne se rendront jamais coupables. En résumé, M. Werner, j'espère que vous parviendrez à convaincre nos ennemis qu'ils chercheraient en vain â détrôner Napoléon par la force des armes : et que le parti le plus sage est de se borner à lui lier les mains de manière à l'empêcher d'opprimer de nouveau la France et l'Europe. Si M. de Metternich approuve ce parti , il nous trouvera tous disposés à seconder secrètement ou ouvertement ses vues salutaires, et à nous réunir à lui pour mettre Napoléon dans rimpossibilité physique et morale de recommencer sa tyrannie. Alors, je reviendrai à Bâle; j'irai à Yieu:.

ne, si vous lë déisirez; je ferai, en un mot» tout ce qu'il faudra faire pour arriver prompt temeirt à un [résultat certain. Mais si M. de Metternich ne veut point entrer franchement en pourparler, et que son unique intention soit de provoquer des trahisons , ses efforts seront infructueux ; et M. Ponché désire que M. de Metternich et les alliés veuillent bien lui épargner la peine de les en convaitrcre. »

M. Werner m assura , qu'il reporterait fidèlement à M* de Metternich tout ce qu'il avait entendu; et nous nous séparâmes, après noiis être promis de nous retrouver à Bâle le 1/' juin*

Je rendis compte â l'Empereur de cette nouvelle conférence. Il parut en concevofr quelques espérances. < Ces messieurs, dit -il, » commencent à s'adoucir, puisqu'ils m'of>- » &ent la régence ; mon attitude l^ir impose. 9 Qu'ils me laissent encore uû mois, et je ne

les craindrai plus > .

Je n'oubliai point de lui faire remarquer que MM. de Montron et Brèsson avaient été chargés de nouvelles communications pour M. Fouché : tll ne rh^eh a point ouvert la bou- » ehe, me dit Napo léori. Je suis persuadé main- * tenant qu'il me trahit. J'ai presque la certi- » tude iju'il a des intrigues à Londres et à

58 MÉMOIBES.

> Gand; je regrette de ne l'avoir pas chassé, ^ avant qu'il ne fût venu me découvrir Tîn- » trîgue de Metternich : à présent Toccasion 9 est manquée ; il citierait partout que je suis p un tyran spupçonneux , et que je le sacrifie » sans motifs. Allez le voir; ne lui parlez point » de Montrou ni de Bresson; laissez-le. ba- » varder à son aise, et rappoulez-iiioi bien tout » c^ qu'il vous aura dit » .

L'Empereur fit part de cette seconde, entrevue au duc de Vicence , et le chargea de faire appeler M, de Montron et M. Bresson , et de tâcher de les faire causer. Le duc de Vir çence n'en ayant obtenu aucun éclaircisse:ment, l'Empereur, n;ia-t-on assuré, voulut les voir lui-même-; et après le? avoir qyesl;io^nés, sqndés pends^nt quatre heures , il les renvoya l'un et lautrç, sans en ayoir obtenu autre chose, quelles détails sur îes dispositions hostiles des alliés, et sur les entretiens qui U avaient eu à Vienne avec M, de Taileyrand et iVI. de Metternich; entretiens dont le fond était le mêine qw çeluj de çpes conférences avec M. Werner.

L'Empereur avait repoussé si indifféremment oies premiers soupçons , que je fus flatté de le voir partager ma défiance; mais cettp jouissance d'amour-propre fit pjacq aujf r4flexions les plus pénibles.

ilÊllOIllES. $9

J'ay^tis çofïcUy da caractère et du patriotisme du duc d'Otrante^ la plus haute opi-^ pion ; je le r^ardais comme l'un des premiers homm.es. d'état de France; et je regrettai amèrement que tant de qualités et de t^yKi^s, au Ueu d'être consacrés au. bien de ta patrie, fussent employés à favoriser les desseins de no^ çnnemis , çt à calculer froidement avec eux les moyens de nous asseevir^

Cesrétfeiàoiis qui duiraient dû m'inspirer de rhojrceui: pour M. Fouché, nie firent éprou-^ ^er un effet tout opposé; je reculai devant Vénormité du crime que je lui attribuais. Non , me dis- je, M. Fouché ne peut-être coupable d'une si gp:ande indignité y il a reçu tjop de bienfaits de TEn^ipeJCieur pour lei trahir, et a donné trop de gages de dévouement et d af^ fection à la patrie, pour conspirer son dés** honneur et sa ru^ne^ Son penchant poij^r rin-^ (rigue a pu Ventrainer; mais ses intrigues , si^ eUes sont repréhénsibles^ ne sont pas du moins criminelles.

jfe noe. i:endis. donc chez le duc d'Otrante avec la persuasion que je l'avais jugé trop sévèrement. Mais son air contraint et ses captieux çfforts pour pénétr,er ce qu'avait pu ixip, dire M. Werner, me prouvèrent que sa conscience n'était point eu repos , et je sentis re-

4o MÉMOIRE».

naître et» accroître mes juëtes préventions (i)* Le tems que )e passai près do lui fut employé en questions et dissertations oiseuses sur les probabilités de la paix et de la guerre. Il se-« rait int|tîle et fastidieux de les raconter ici.

La levée de bouclier du roi deiVârples devint ensuite l'objet de notre conversation. < Murât est un homme perdu , me dit M. Fouché ; il n'est point de force à lutter contre l'Autriche. Je lui avais conseillé ( et je l'ai écrit réceni* ment encore à la reine ) de se tenir tranquille et de se soumettre aux événemens; ils ne l'ont point voulu, et ils auront tort: ils auraient pu

(i) Lorsque le duc d*Otrante devint ministre du Roi , et fut cbargé àt dresser les listes de |n-oftcriptfoii , je voulus savoir à quoi m*en tenir sur les effets de son ressentiment et je lui écrivis pour sonder ^es dispositions. Il me fit appeler, m'accueillit avec beaucoup de bontë, et m^assura de sa protection et de tfon aniitië ^ «< Vous faisiez votre devoir , me «lit-il, et je faisais aussi ie mien. J'avais prëvu que Bonaparte ne pourrait point se soutenir. Ce'tait hb gradd homme ^ mais il était devenu fou. J'ai dû faire ce que j'ai fait, et préférer la bien de. la France à toute autre considération. »

Le duc d^Otrante se conduisît aree la ménie générosité Tis-ài-vis de la pl^ipart d«» personnes dont fi ettait eu* à se plaindre ; et s'il fut forcé d'en comprendre quelques-unes au pombre des proscrits , il eut du moins le mérite de leur faci-» lîter par de| avis , par des passeports , souvent par des prêts d'argent, les moyens d*écbapper à la mort ou aux fers <)ui Uuv étjiiept ^éseryéj^.

traiter; ils ne le pourront plus maintetiant; ils seront renvoyés 4ans égards et sans conditions. »

L'Empereur, devenu inquiet, ordonna d« mettre en surveillance M. de Montron et M; Bresson. On lui apprit que ce dernier venait d'être envoyé en Angleterre par ordre du ministre de là goerre.

Le pirkice d'E^kniufal^questionrié, répondit qu'ayant su qu'un ariti^lteur anglais avait à vendra 4o,ooa fusils^ il avait chargé M* Brés^ son d'aller les visiter et traiter des conditions de la vente. Cette mission qui, au pf'eniier aperçu, n'évefilla point rstitdntton de l'Empe^ reur, lui revint à l'esprit^ il la -trouva étrange^ puis suspecte^ c Si Davdust, me dit^il, n'avait » point eu de motifs pour me cacher cette > affaire, il m'en aurait parlé, cela n'est point » naturel; il s'est entendu avec Fouché * .

Ce trait de lumière n'aboutil à rien. Nfi^po* léon se borna a tancer sévèveUTent le ministre de la guerre, et à loi ordonner de ne plus se permettre d'envoyer qui quer ce soit y hors de France « sans son agrément.

Dn nouvel incident vint fortifier les appré-' hensions de l'Empereur : il fut prévenu par le préfet de police que M. Bor, . . . , ancîfen employé supérieur de lapoiiee.etrun des affidés

49 HÉHOIREa.

habituels du ministre , était partipourkSuisse^ avec un passeport de M. Fouché. L ordre d'ar-r rêter M. Bor . . . fut transmis télégraphique-, ment au général Barhanègre , qui commandait à Huningue. Il arriva trop tard : M. Bar . . . , aussi prompt que T^clair , avait déjà franchi la frontière.

L'Empereur ne douta plus de la trahison de M- Fouché; mais il craignît, en la révélant, de jeter l'alarme et le découragement : on n'aurait point manqué , en eflFet , d'eu tirer la conséquence qu'il fallait que la cause impériale fût perdue, puisque ce ministre, dont la perspicacité était connue, l'abandonnait pour se rallier aux Bourbons.

Napoléon prévoyait d'ailleurs le prochaîa conuiTencement des hostilités; et convaincu que ce ne seraient point les manœuvres du duc d'Otrante, qui décideraient du sort de la France , il résolut d attendre , pour se défaire de lui, une circonstance favorable. Si la victoire de Fleurus n'eût point été suivie des désastres de Waterloo , le premier décret qu'eût signé l'Empereur , en arrivant à Bruxelles , eût été problablement la destitution du duc d'Otrante.

L'époque du rendez-vous que m'avait donné M. Werner, étant arrivée , je demandai à Na-^

poléon ses ordres, c Fpuché , me dUril» aur^ » saDS doute fait prévenir Metternich , et U e^t » probable que spu agent ne reparaîtra plus i »il serait même possible quon eût pris de^ 1? mesures pour yqus arrêter. Ainsi , j'aime tout

• autant que vous Testiez ici. j» — :« Je ne croi^ pas.5 Sire, que M. de Metternich soit capable dune semblable action: le patriotisme et la franchise que j'ai montrés dans nos entrelie:qs avec M. Werner, ont paru plaire au prince»

et M. Werner m'a dit qu'il l'avait chargé formellement de m'exprimer la bonne opinion qu'il avait conçu ( souffrez que je le dise ) de mon mérite et de mon caractère. Votre Majesté aurait tort, je crois, de ne point me Jaisr ser faire cette dernière tentative. Comme il ne s'agit pojnt de conspiration, mais d'entamer une négociation , il serait possible que M. Werner revînt. » — « J'y consens très-volontiers ;

• mais je crains qu'ils ne vous prennent : soyez > prudent. »

Je le craignais aussi. Je partis.

Ce que l'Empereur avait prévu arriva ; M. Werner ne reparut point.

Ainsi se termina cette négociation qui peutêtre aurait réalisé bien des espérances , si M. Fouché ne l'eût point fait échouer.

A l'époque où elle eut lieu, TAngletene

dans son fanieilx memorandilrfi dii â5 airrif » et rAutriche dans celui qu elle fit paraîtra le 9 mai suivant 4 avaient, à la suite de ma pire-mière enti^evue à Bâle , déclaré authentiquetnent qu'elles ne s'étaient point engagées par le traité du 29 mars^ à rétablir Louis XVIIE sur le trône , et que leurs intentions n'étaii&nt point de poursuivre la guerre dans la i^ue d'imposer à la France un gouvernement quelconque.

Ces déclarations donnaient un grand poids eux propositions dû Mi Wèrrier. L'Ëmpereiii* les crut sincères ; et dans un de des moment d'effusion qu'il n'était pdint toujours maître de réprimer, il dît, à son lever : « Eh bien , » messieurs , on m'offre déjà la régence ; il né • tiendrait qu'à moi de l'accepter. » Ge mot. inconsidéré produisit àssex de sensation; et ceux (Jui l'ont retenu oht affirmé depuis , que si l'Empeireùr h'avàit point eu la soif de régner, il aurait pu placer son fils sur le trône, et éviter à la Frdiicef là boucherie de Mont- Saint-Jeâi). L'Ettfperéttr, eu descendant du trône pour y faire fifïènter son fils, et la paix » aurait sans dout^ d}l>ùtê une belle page à sou histoire». Mtiâ' devaic-il accepter lesr propositions vagues de M. Werner , et se coiifier à la foi de ses ennemis ? Je ne le pense pas. hsk

première question à décider, avant de traiter dp I9 régence , était cellç-çi : Que deviendra Napoléon ? et l'on a vu que les alliés gardaient sur ce point le plus profond silence.

Je suis loin de croire que TEmpereur • dans aucun cas» eût consenti à se démettre de sa couronne, qu'il regardait comme le prix do vipgt ans de travaux et de victoires : je sou-* tiens s^ulenient qu'on ne peut lui reprocher , dans cette circonstance, de lavoir conservée.

La confidence faite par Napoléon à ses courtisaps p'est point la seule indiscrétion dont ilgf &e sc^iant emparés pour lui créer des torts imaginaires. Cela n'étpnnera personne. Ce qqi paraîtra surprenant , c'est qu'avec le caractère négatif et dissimulé qu'on lui prête , il ait pu cQipniettrc des indiscrétions.

N^ipoléon concevait dans le secret, et cofi-* duisçiit mystérievtsfgn^pt à leur fin les projets qui v^et fnett£|ient p^int ^jfk jeu ses passions , parce qu alors il ne cess^jit point d'être m^ittre de lui; mais il était ^xcessi veinent rare qu'il pût observer upLe dissimulation soutenue et Gomplèto dans. Içs affaires qui agissaient fortement sur son ânçie. L'objet dont il était alorf occupé as^saillait spa esprit, éc^AulTait son imagination; Sia tète, en travail continuel, abondait en idé?s qui s'épanchaient |Ba]gré

4è MlÉMOTRES:

lui, et qui se manifestaient au-clehors par des inots entrecoupés , des démonstrations de foie ou de colère, qui mettaient sur la voie de ses desseins, et détruisaient entièremeAt le niystère dont il aurait voulu lés enve-* lopper.

Cette narration que je n ai pas voulu interrompre, ih'd fait perdre de vue Napoléon. Je I ai laissé méditant la constitution qu'il avait promise aux Français : je reviens à lui.

Napoléon avait d abord annoncé Fintention de refondre les anciennes constîtùtioiis aved la charte, et de ctïmposet* dû tout une censf itution nouvelle qui serait sounïise à la libre discussion deè délégués de la nation. Mais il pensa que lés circonstances et lagitâtion deâ esprits ne permettraient point de débattre pu-" bliquement, sans danger , des matière^ dune aussi haute importance; et il résolut de se borner momentanément à consacrer , par un acte particulier eit additionnel aux constifulions de l'empire, les garanties nouvelles qu'il avait promises à la nation.

Napoléon fut encore détérmirté par une autre considération : il regardait les constitutions de Tempire comme les litres de propriété de sa couronne; et il aurait craint, ent les annulant^ d'opérer une espèce de itôva-

HEMOtHES. 4/

tton qui lui aurait donné l'air de récommencer un nouveau règne, Car Napoléon, ô faiblesse humaine ! après avoir voué au ridicule les prétentions du roi d*HartweUy était en^ clin lui-même à se persuader que son règne n avait point été interrompu par son séjour à 1 île d'Elbe.

L'Empereur avait confié à M. Benjamin Constant et à une commission composée des ministres d'état ♦le double soin de préparer les bases de la nouvelle constitution. Après avoir vu et amalgamé leur travail, il le soumit à l'examen du conseil d'état et du conseil des ministres. Sur la fin de la discussion, Napoléon manifesta l'idée de ne point soumettre cette constitution à des débats publics, et de ne la présenter que comme un acte addition-^nel aux constitutions précédentes. Cette idée fut unanimement combattue. At. Benjamin Constant , le duc Decrès, le duc d'Otraate, le duc de Vicence, etc., etc., remontrèrent à l'Empereur que ce n'était point là ce qu'il avait promis à la France; qu'on attendait de lui une nouvelle constitution purgée des actes «despotiques du sénat, et qu'il fallait remplir latteute de la nation , ou se préparer à perdre a jamais sa confiance^

L'Empereur promit- d'y réfléchir ; mais

après avoir pesé , dans sa sagesse , les observa-* tiens qui lui avaient été soumises, il persista dans son projet; et le lendemain, lacté additionnel parut dans le Moniteur, tel que le voici.

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